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Full text of "Histoire de la Révolution française dans les Alpes-maritimes"

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HISTOIRE 



DB LA 



RÉVOLUTION FRANÇAISE 



DAlfS LB8 



ALPES-MARITIMES 



La Société Niçoise des Sciences naturelles et historiques laisse aux 
auteurs la responsabilité entière de leurs publications. 



HISTOIRE 

RÉVOLUTION FRANÇAISE 

DÂNg LE* 

ALPES-MARITIMES 

Le Chaioine t. TUMkSt 

MEIIBI.E DI LA BOCIÉTt inÇOUE, AnHOKIEI DU LTCËK Dg Nid, 

H PUBMQUI, COU.UPOini*MT DD HIHUriU, 







NICE 

TTFOfiBlPaiB, LITHOOBAPBIE ET UHAIBIB 8. CAUVIN-EMPBBBUB, 
Rue de Ia Fitrectan, 6 et plaça da U PréTactura. I. 



237. e. 5Sl- / 



DÉDICACE 



A la Société Niçoise des Sciences naturelles et historiques. 



Mes Ghers Collègues, 



Je vous dédie cet ouvrage, dont vous voulez bien 
faire les frais. Veuillez Tagréer comme un faible 
hommage de ma reconnaissance et comme ma part 
de bonne volonté et de collaboration. Le seul dessein 
que je me propose dans cette Histoire de la Révolu- 
tion Française dans les Alpes-Maritimes , c'est de 
compléter les Monographies de Nice, de Vence et 
dAntibes qui s'arrêtaient à 1789, et de mettre en 
ordre les documents puisés dans les archives com- 
munales et dans celles de la préfecture, sur les évé- 
nements si émouvants de notre grande Révolution. 
Nos contrées en ont ressenti d'autant plus les effets 
qu'elles étaient plus rapprochées de la frontière. Aussi 
presque tous nos grands généraux sont-ils venus 



VI 

s'illustrer dans les Alpes-Maritimes. C'est chez nous 
que Bonaparte et Masséna ont débuté. Dieu lit dans 
le fond des cœurs. Je n ai point d'autre but dans cet 
ouvrage, que de contribuer, selon la mesure de mes 
forces, au bien de mon pays, en tâchant, par la con- 
naissance des faits, de rendre à jamais impossible le 
retour des excès de cette époque exceptionnelle. Je 
me rends aussi à l'appel des Sociétés savantes et de 
la nôtre en particulier, que réclament le concours de 
tous, dans les recherches des archives locales pour 
aider à l'histoire générale de la nation. J'ai emprunté 
au Moniteur universel, aux ouvrages de M. Toselli, 
du comte Saint- André, de Jomini, du général Koch. 
Mais je dois surtout remercier M. le général d'Au- 
vare de m'avoir laissé puiser dans le précieux ma- 
nuscrit de son vénérable père. Si nous n'avons pas 
chargé ce volume de plus de notes justificatives j c'est 
que les sources se supposent facilement : J'écris les 
archives à la main. Voici encore les sources où j'ai 
puisé ' Registres des délibérations des Conseils 
communaux d'Antibes, de Belvédère, de Nice, de 
Vence, etc., correspondances, registres des Districts 
de Nice, de Grasse et de Saint-Paul, qu'on trouve à 
la préfecture de Nice; PoUce secrète, armée, etc. J'at- 
teste une fois de plus, que je n'ai écrit que sur des 
documents officiels. Il serait trop ambitieux de pré- 
tendre tout dire, mais c'est peut-être un titre à l'in- 
dulgence de mes collègues, et de tous, d'avoir ouvert 
le champ à ceux qui voudront encore découvrir et 



VII 

écrire après moi sur la Révolution Française dans 
les Alpes-Maritimes. 

Agréez de nouveau, Messieurs et honorables Col- 
lègues, l'expression de ma reconnaissance et de 
mon sincère et respectueux attachement. 

Votre très-^évotcé et humble Collègtie, 

E. TISSERANDp 

Cktitiie htieriirc, iiaèiier éi Lyi^i, 

utuhn it la Steiélé Niçtiie. 



Lycée de Nice, samedi 6 juillet 1878. 



QA5> 



Cette Histoire formera six chapitres : 

Chapitre I"". Assemblée Constituante 

— II. Assemblée Législative 

— III. Convention nationale. 

— IV. Directoire. 

— V. Consulat et Empire. 

— VI. Les Deux Restaurations, 1814-1815. 
Fastes chronologiques de 1816 à 1878. 

Nous mettons à la fin les notes additionnelles et justifi- 
catives, suivies d'une table générale. 



t 






CHRONIQUE DE PROVENCE 



HISTOIRE DE LA GRANDE REVOLUTION 



OAlfB L^ 



DÉPARTEMENT DBS ALPES-MARITIMB8 



CHAPITRE PREMIER 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 



I. — ÉTAT DES ALPES-MARITIMKS AU MOMENT DE LA GRANDE 



REVOLUTION. 



"^ÉTvjîrous avons fait observer dans nos monographies 
1^ précédentes que la féodalité ne fut jamais aussi 
rigoureuse dans la Provence que dans le Nord. Si quel- 
(jnes communes payaient des redevances seigneuriales, 
elles se trouvaient soumises au propriétaire en vertu 
de conventions librement acceptées. Beaucoup de fa- 
milles pauvres , appelées de la rivière de Gênes ou 
d'autres pays , avaient reçu du propriétaire des terres 
à titre de rentiers ou de colons, et ils soldaient en na- 
ture ou en espèces, suivant le contrat fait en bonne 
forme. L'impôt était plutôt payé en corps de commu- 
nauté que personnel. Assurément beaucoup de droits 
seigneuriaux du Midi ressemblaient à ceux du Nord; 
il y avait une différence marquée entre le bourgeois 
et le marquis, entre le manant ou le roturier et le 



4 CHAPITRE PREMIER 

ble. Le peuple, entraîné par la bourgeoisie frondeuse, 
aspirait à l'égalité. Elle entendait dire à chaque in- 
stant que nous naissions tous égaux et libres. Pas un 
homme un peu lettré de nos communes chez qui on 
ne trouvât au XVIII™® siècle dans sa bibliothèque les 
œuvres de Jean-Jacques Rouséeau, de Voltaire et au- 
tres ouvrages du XVIII™® siècle. Disons-le, l'idée d'une 
réforme sociale , la révolution , était dans toutes les 
têtes avant 1789. Il est malheureux que le souffle de 
l'irréligion et de l'indépendance s'en mêlât pour entraî- 
ner la France en sens inverse de l'autorité légitime : 
depuis quelque temps déjà les conseils communaux, s'af- 
franchissant de l'idée religieuse, ne commençaient plus 
leurs délibérations par la formule d'usage : Aie nom 
de Dieu. Née des scandales de la régence, et des ou- 
vrages impies et lubriques publiés à cette époque , la 
société du XVIII'"® siècle sentait un affaiblissement gé- 
néral des mœurs. La jeunesse qui a toujours aimé 
l'indépendance ne rêvait plus que la jeune Amérique ; 
la magistrature aimait la constitution anglaise; un cer- 
tain monde haïssait les nobles et les prêtres. — Le chi- 
rurgien Gourmette , de Vence , rencontre un jour, en 
revenant de la chasse, le vénérable évêque qui, avec 
son grand-vicaire et son secrétaire, goûtait sur l'herbe 
à la campagne de Saint-Martin. « Bientôt, dit-il, en 
montrant son fusil, nous ferons une autre chasse. » Il 
ne se trompait pas. Ce sera un des plus forcenés révo- 
lutionnaires de Vence. 

La noblesse et le haut clergé de nos pays jouissaient 
pourtant d'une considération méritée. 

A Vence^ peuplée de 3,000 habitants, brillait noble 
et magnifique marquis , illustre rejeton de Romée de 
Villeneuve , Pierre-Paul-Ourse-IIélion de Villeneuve , 
baron de Vence , marié avec Clémentine de Laage , 
fille de l'intendant général des gabelles. 11 était en 1785 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 5 

capitaine au régiment royal-Corse, et en 1789 maître 
de camp au régiment royal-Pologne cavalerie. 

L'évêque de Vence se nommait Charles Pisani, mar- 
quis de la Gaude, conseiller du roi, avocat au parle- 
ment d'Aix. Né à Aix en 1743 de Joseph -César de 
Pisani, marquis delà Gaude, avocat en la cour, et de 
Catherine de Reboul de Lambert, il suivit la carrière 
paternelle. Il eut le malheur de perdre, le jour même 
de ses fiançailles, la noble et riche demoiselle d'Entre- 
casteaux. Ce chagrin le détermina à prendre les ordres 
ecclésiastiques. Il devint évêque de Vence en 1783 ; et 
digne successeur des Véran, des Lambert, des Godeau, 
et des Surian, il se montra savant, pieux, doux, cha- 
ritable. Il choisit pour grand-vicaire l'abbé LatiK futur 
cardinal de Reims , et pour secrétaire l'abbé Méro , 
prêtre et orateur distingué. Son chapitre se composait 
de sept chanoines : Antoine Suche , prévôt ; Jacques 
Mars, sacristain ; Joseph Savournin, archidiacre ; Jo- 
seph Alziary, François Savournin, Christophe Rostan, 
François Espitalier et l'abbé Vernachan , supérieur du 
séminaire. Les deux curés de la cathédrale se nom- 
maient Vial et Archier, et le capiscol, Tabbé Abbon. La 
bourgeoisie de Vence possédait des hommes intelligents 
et instruits ; Honorât Savournin , avocat , est le juge 
seigneurial avec Pierre Blacas, notaire, sous-lieutenant. 
Nommons Joseph Blacas et Jean Mars notaires, Théodore 
Rostan, Charles-Antoine Guérin et Théodore, son frère, 
avocats, Jean-Baptiste Bérenger,Charles Vacquier, Pierre- 
Paul André, Jean-Louis Isnard, Pierre Auzias, Alexandre 
Vacquier, Antoine Savournin, Alexandre Boyon, Jean- 
Alexandre Mallet, Pierre Baussy, François Calvy, com- 
mandant des gardes-cotes , Jean Savournin , capitaine 
des cannoniers gardes-côtes, tous bourgeois ; Jean-Phi- 
lippe Suche, docteur médecin , Jean Suche, chirurgien 
du roi , Joseph Aussel et Christophe Gaitte , chirur- 



6 CHAPITRE PREMIER 

giens, Joan-Pierre Savournin et Joseph Maurel, phar- 
maciens ; Joseph Fanton, receveur des gabelles, Pierre 
Hugues, orfèvre. 

iSai>//-Paî^?, H trois kilomètres de Vence, chef-lieu de 
baillage, petite place de guerre, avait 1,800 habitants 
en y comprenant Roquefort et La Colle qui vont, en 
1790, obtenir chacun leur titre communal. — Honoré 
Alziary de Roquefort, fils d'Alexandre Alziary, et de 
Marie-Christine de Grimaldi, avait cédé sa charge de 
viguier de Saint-Paul à Jean Raymond, baron des Con- 
ségudes , pour se livrer à sa passion de l'art drama- 
tique. Ses deux filles, Pauline et Marie Blanche avaient 
joué au pensionnat des Bernardines d'Antibes où elles 
étaient élevées, des petites pièces de théâtre qui avaient 
excité un véritable enthousiasme. Le viguier de Saint- 
Paul partit avec elles pour Montpellier, où tous les trois 
débutèrent dans Zaïre. Le triomphe de Pauline à Paris 
fut Mer ope ; et celui de Marie Blanche à côté de Talma 
Iphigénie en Aulide. Ces deux artistes étaient con- 
nues au théâtre sous le nom des demoiselles Sainval. 

Le père de Pauline et de Marie Blanche eut aussi 
deux fils : le juge de Saint-Paul, Jean-Antoine Alziary 
de Roquefort, marié en 1787 avec Claire de Beaumont, et 
François Alziary, qui sera en 1790 commandant de la 
garde nationale. Le sieur Guevarc était lieutenant du 
viguier. Parmi les notabilités de Saint-Paul nous avions 
Esprit Bellissime de Roquefort, Layet, Achard, Gar- 
denqui, Euzière, Raybaud, Bonnet, Mougins, Payan, 
Issaurat, etc. 

Au chapitre de la Collégiale, l'abbé Flory, curé- 
doyen, J. Félix Raybaud, sacristain, Sicard, Baussy, etc. 

A Cagnes^ c'était haut et puissant marquis et baron 
Laurent-Sauveur-Gaspard de Grimaldi, qui convoitait 
toujours l'héritage de Monaco. 11 avait son frère Louis 
André évêque du Mans ; et il était allié avec le mar- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 7 

quis Panisse-Pacy, son voisin, seigneur de Villeneuve- 
Loubet et Cipières. 

TotirretteS'Veiice avait pour seigneur le marquis 
Joseph Guichard de Villeneuve, aussi baron de Saint- 
Jeannet, qui avait épousé une sœur du marquis de 
Vence. 

A CarroSj c'était le marquis Alexandre Claude Bona- 
venture de Blacas qui épousa le 13 mai 1789 Marie de 
Pélissier de Chanterieux. 

Grasse, ville riche, peuplée de 12,000 habitants, chef- 
lieu de Viguerie et de Sénéchaussée , est vraiment la 
petite capitale de la rive droite du Var. Son évêque, 
homme distingué par sa science et par sa piété, appartient 
à une famille parlementaire. François d*Estienne de Pro- 
nière siège depuis 1753. Ses grands vicaires se nom- 
ment Jaury et Geoffroy du Rouret ; son secrétaire, Conte. 
Voici son chapitre : Messires Charles Hubert Chevretel, 
sacristain, Pierre Antoine Barbaroux de Gévaudan, ca- 
piscol, parent du trop célèbre Barbaroux de Marseille, 
Joseph Bernard, archidiacre, Al. Mallet, archidiacre, Marc 
Chéry, Antoine Roustan, théologal, F. Albanelly, J.F. 
Pugnaire. Auban Augier ; les deux curés MM. de Mougins 
et de Gasq. 11 y avait douze bénéficiers. 

D'ordres religieux, on comptait à Grasse : les Augus- 
tins, las Observantins, les Dominicains, les Capucins, les 
Oratoriens, les Visitandines ; les sœurs de Nevers des- 
servaient rhôpital. 

Dans le diocèse, il y avait des Capucins, à Cannes ; des 
Observantins-Cordeliers et des Bernardines, à Antibes. — 
I^rins était fermé depuis 1787. 

La bourgeoisie de Grasse, opulente et visant à la 
noblesse, coudoyait la vieille aristocratie. On voyait en 
face des Villeneuve- Vence-Tourrette, Bargemon, Mons, 
Beauregard, Saint-Césaire , les de Grasse du Bar, les 
Grasse-Briançon, TIsle-Taulanne, les Pontevès, le mar- 



8 CHAPITRE PREMIER 

quis de Clapiers marié avec la sœur de Mirabeau, Lom- 
bard de Gourdon , Puget-Chasteuil , Durand-Sartoux , 
Castellane , de Flotte , d'Agout , Geoffroy du Rouret , 
Robert d'Escragnolles, C'était la jeune noblesse : Théas 
d'Andon et de Caille, Ainesy de Briançonnet, Calvy de 
Vignolet, Fanton d*Andon, Isnard et Luce deSeillans, 
Bounin de Cabris, coseigneur de Chàteauneuf, Cresp de 
Saint-Césaire, Mougins de Roquefort, Bain de Séranon, 
Barbaroux de Gévaudan. Un fils de Luce de Seillans re- 
vendiquait à cette époque l'héritage des comtes Gaspari 
de Corse. Parmi les familles actuelles de Grasse nommons: 
Bruér3\ Bonafons, Bérenger, Bartel, Amie, Aubert, 
Albanelly, Barbery, Bernard et Bernardy, Bompar, Court, 
Chautard, Cavalier, Chéry, Daumas, Fanton, Feraud, 
Gazan, Gérard, Girard, Giraud, Gasq, Gaitte , Imbert, 
Isnard, Lambert, Jaumes , Jourdan , Martelly, Marcy, 
Maure , Le More , Maubert , Mercurin , Niel , Ricord, 
Roubaud, Roustan, Payan, Pngnaire, Saissy, Rancé, etc. 
Quelques personnages marquaient alors ou sMUustraient 
en ce temps-là : les deux Mougins de Roquefort, fils 
de Jean Joseph et de Marie Anne Abbo. Le général 
Gazan ( Honoré Théodore ) ; le conventionnel Maxi- 
min Isnard ; le général comte F. L. J. Gabriel Luce de 
Gaspari, comte de Belval ; Léopold de Bompar, chef 
d'escadre, Iiouis Augustin de TIsle-Taulanne aussi chef 
d'escadre ; les peintres Fragonard , Cresp et Margue- 
rite Gérard ; le botaniste J. H. de Jaume Saint-Hilaire. 

En 1789 , voici le dénombrement des seigneurs de 
l'arrondissement de Grasse : Messire Pierre François de 
Grasse, seigneur, comte du Bar. 

Messire François Orengo, comte et seigneur de Ro- 
questeron. 

Jean Sauteron et Laurent Saissy ,coseigneui^ de Séranon . 

F. de Durand, sieur de Sartoux, résidant à Grasse, 
et Messire de la Tour RomoUes, coseigneur de Sartoux. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 9 

Louis de Villeneuve, seigneur de Mouans. 

Joseph de Villeneuve, seigneur de Saint-Auban. 

M. de Caille, résidant à Aix. 

Antoine de Flotte d'Agout , seigneur de Gars, rési- 
dant à Seillans. 

Jean de Theas, et Jean-Paul de Clapiers, marquis de 
Cabris, coseigneur aussi de Gars, résidant à Grasse. 

Jacques de Robert , d'EscragnoUes, capitaine de ca- 
valerie de l'ordre royal, ayant son fils officier de marine. 

Jean-Paul de Lombard, marquis de Gourdon, et son 
fils aussi Jean-Paul, marquis de Montauroux, lieute- 
nant de la Compagnie des Maréchaux de France. 

Jean-Paul de Puget-Chasteuil, baron de Chàteauneuf, 
résidant à Grasse. 

Jean-François de Bounin, coseigneur de Chàteauneuf. 

M. de Saint-Ferréol de Mastre, seigneur d'Amirat, 
résidant à Montauban. 

René Alphonse-Paulin de Grasse, lieutenant des vais- 
seaux du roi, domicilié à Toulon , seigneur baron de 
Brianconnet. 

Le sieur d'Ainesy, résidant à Grasse, coseigneur de 
Brianconnet. 

Dame Anne-Marie de Blanqui, et Jean-Paul Alziary 
de Malaussône, coseigneurs d'Aiglun. 

La veuve du sieur de Clapiers et M. de Lombard de 
Gourdon, coseigneurs de Saint-Césaire. 

A Biot^ le dernier commandeur de Malte se nomme 
Antoine-François de Groze de Lincel, commandeur de 
Nice. 

Résident à Cannes MM. de Rioufie de ThorenC, 
commissaire de marine, et le chevalier de Thorenc son 
fils, et Jean-Baptiste de Riouffe. 

André Souquet, colonel d'artillerie. 

M. de Montgrand , gouverneur des îles de Lérins. 

Antibes, avec ses 5,600 habitants, place de guerre, 



10 CHAPITRE PREMIER 

port de mer, sentinelle sur la frontière du Var, avait 
toutes les bonnes grâces du roi, qui depuis l'acquisition 
de Henri IV, en était le seigneur. Elle méritait bien du 
pays par sa constante fidélité et surtout par le blocus 
glorieux qu'elle avait soutenu en 1746. Son gouverneur 
se nommait le marquis de Cugnac, successeur de M. de 
Lesrat depuis le 15 février 1787. M. de Mont-Choisy 
était mnjor du fort Carré ; il sera remplacé en 1789 
par M. de Sanglier. M. Lombard de Roquefort était di- 
recteur du génie, Pierre Sartoux entrepreneur des for- 
tifications , Michel-Josepli-Emond d'Esclévins , direc- 
teur du courrier de la Corse, noble Joseph de Guide, 
viguier royal ; Joseph Bonneau, lieutenant-général au 
siège de l'amirauté ; les sieurs Curault et Tourre juges, 
Tun de la ville, l'autre de la marine; Esprit-Joseph 
Reille, lieutenant-général au siège royal ; noble Reibaud 
de Clausonne, procureur du roi ; le sieur Allègre, maître 
du port, Sébastien Vial procureur du roi à l'amirauté. 

Le régiment des chasseurs royaux tenait garnison, 
avec un détachement à Monaco. Beaucoup d'officiers re- 
traités avaient établi leur domicile dans cette petite ville 
de guerre, tels que le major Saint-Ferréol, le capitaine 
Leroy de Beurry, le sieur Joseph de Boyer de Choisy, 
le capitaine Eléonore-Joseph-Gabriel de Bouchard d'An- 
betaire. Beaucoup d'Antibois ser^'aient dans la marine ou 
dans l'armée, les Guide, les Barquier, les Gazan, les 
Vial. Massénay recherchait déjà la main de la fille unique 
du chirurgien Lamarre qu'il épouse en 1789. 

Lorsqu'après avoir parcouru la rive droite du Var, 
nous franchissons la frontière, nous nous trouvons dans 
le comté de Nice, tout dévoué à la maison de Savoie. 
A'/(v,' , peuplée de 20,000 habitants, pas aussi grande 
et aussi belle qu'aujourd'hui, ne manque pas pourtant 
d'agréments. Excepti la bourgade Saint-Jean-Baptiste , 
sur la rive droite du Paillon, la ville n'occupe encore 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) H 

que la rive gauche entre Tembouchure du Paillon et 
la mer, et autour du rocher appelé le Château. Depuis 
qu'elle n'a plus de citadelle , elle tend à s'embellir de 
jour en jour. Un nouveau quartier, appelé Ville-Xeuve 
(Saint-François-de-Paule) , remplace le pré aux oies ; 
le cours, la place Victor, le théâtre, le nouveau port 
Limpia datent de ce temps-là. 

Les étrangers commencent à rechercher son climat 
pendant l'Inver. Le duc de Glocester y passait l'hiver de 
1784 ; l'archiduc de Milan et la duchesse de Bourbon- 
Condé, celui de 1786. Son commerce, grâce au port- 
franc, est assez considérable. De riches armateurs frètent 
des navires pour les échelles du Levant, pour les cotes 
d'Afrique. Il y a un mouvement inceî^sant de Nice avec 
Gènes et Marseille. 

Ses libertés municipales, un peu amoindries, ne dif- 
fèrent pourtant guère de ce qu'elles étaient au Xll"' 
siècle ; M. le marquis de Planargia , qui avait rem- 
placé, en 1787, le comte de Saint-André, devenu vice-roi 
de Sardaigne, était gouverneur de la ville et du Comté ; 
le comte ïrinquieri de Venançon, intendant ; Charles 
Valperga de Maglione, évoque depuis 1780; en 1789, 
le comte Augustin Léa exerçait la charge de P'"" consul, 
avec J. Avouas et J. B. Fédel. En 1790, ce seront : 
MM. F. Peyre, marquis de Chàteauneuf ; A. Ricordi, 
L. Vigon. En 1791, M. de Grimaldi, baron deSausse, sera 
l^' consul. 

Parmi les grandes familles de Nice, on pourrait nom- 
mer les Lascaris, les Grimaldi, les de Roubion (Caissotti), 
les d'Auvare qui suivront des partis opposés, comme les 
deux frères Trinquieri, les de Pierlas, le comte de Saint- 
Léger, les Caravadossy de Thoët, les comtes de l'Esca- 
rène, de Falicon. de Cessole, les de Orestis, les Raynardi, 
comtes de Belvédère. — La population niçoise nvait un 
profond attachement à ses rois et à la religion. Il y 



12 CHAPITRE PREMIER 

avait de nombreux couvents : deux maisons d'Augus- 
tins ; PP. Observantins de saint François ; Récolets de 
Cimiez , Capucins de saint Barthélémy ; Minimes de 
saint François-de-Paule ; deux maisons de Visitandines, 
Clarisses , Bernardines ; quatre ou cinq confréries de 
Pénitents entretenaient le zèle religieux. 

Le monastère bénédictin de Saint-Pons était sur le point 
d'être sécularisé, comme l'avait été Lérins. 

AMenton,àSaorge, à Sospel, à Lantosque, il y avait 
des Franciscains ; des Carmes gardaient le sanctuaire de 
Laghet. 

Voici quels étaient les vénérables chanoines du cha- 
pitre de Nice en 1789; D. D. Balduini, prévôt et vicaire 
général ; Barralis, prieur ; Trinquieri, archidacre ; Barli- 
Fabri, préchantre ; Fighiera, chantre inférieur ; Bottieri, 
théologal ; Casoni,Thaon,Navello, Garin, Garidelli, curé, 
Belmondi, Massilia, Berengeri, Provasso, bibliothécaire, 
Biscarra, Torini,OUvari, pénitencier, Passeroni, chanoine 
secrétaire. 

Quoique le Var séparât la France du Comté de Nice, 
on laissait la plus grande facilité de communication entre 
les habitants des deux rives. Le Var se passait à gué. 
La passerelle de Saint-Laurent-du-Var ne date que de 
1792 à 1793. 

Racontons maintenant. Nous nous abstiendrons le 
plus souvent de toute réflexion . Souvent même, on ne 
pourra apprécier les hommes et les événements d'après 
les règles ordinaires ; la société, dans un état violent, 
et jetée en dehors de la légalité, ressemble à un fleuve 
qui, rompant ses digues, ne respecte ni le sacré, ni le 
profane. Telle sera la grande Révolution. 

II. — ASSEMBLÉES PROVINCIALES. 

L'Assemblée des notables à Versailles avait amené le 
roi à convoquer les ossenMèes provmcialesj afin d'éta- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 13 

blir l'égalité des impôts : ce qui avait mis en joie toute 
la Provence, heureuse de recouvrer ses États supprimés 
depuis cent quarante sept ans. Quiconque sait discourir 
va faire entendre sa voix dans les moindres communes. 
C'est vraiment le règne des avocats. Dans nos pays la 
place d'honneur appartient à M. Jean-Joseph Mougins 
de Roquefort, maire et viguier de Grasse. 11 salue avec 
tant d'enthousiasme l'ère nouvelle de la liberté qui 
apparaît, qu'on le couvrirad'applaudissements. Le conseil 
général de Grasse lui continuera sa charge de maire 
pour 1788, à cause du zèle et du patriotisme qu'il mon- 
trera aux États d'Aixet de Lambesc. 

Le premier discours qu'il prononcera date de l'As- 
semblée générale de la Viguerie de Grasse, 18 décembre 
1787, pour l'élection des représentants aux États d'Aix. 
M. Mougins fut chargé de représenter Grasse aux États. 
Les autres communes, suivant le tour de rôle, avaient à 
choisir entre le maire de Vence et celui de Vallauris qui 
se portaient comme candidats. M, Girard, maire de 
Vallauris, fut élu par onze voix contre M. Bérenger, maire 
de Vence, qui n'en obtint que neuf. De là un vif méconten- 
tement des Vençois.Le 22 décembre, dans l'Assemblée du 
Co7iseil municipal jM. Bérenger déclare que cette pré- 
férence donnée au maire de Vallauris offense toutes les 
communautés, et plus particulièrement celle de Vence ; le 
sieur Girard par des sollicitations publiques et secrètes 
a capté des suffrages qui malheureusement font poids 
par le nombre. Ledit Conseil exprime donc le vœu que 
la communauté de Vence, la plus importante de la Vi- 
guerie après Grasse, par son ancienneté, son affbuage- 
ment, sa population de 4,000 habitants, son siège épis- 
copal, ait le droit de fournir aux États un député au nom 
de la Viguerie ; que le choix du sieur Girard est peu 
honorable pour elle, puisque par là elle a été convaincue 
d'insuffisance, n'ayant pas trouvé dans sa communauté 



14 CHAPITRE PREMIER 

un seul sujet digne de recueillir l'honneur d'une pareille 
députation, honneur d'autant plus grand que le rétablis- 
sement des États fait époque. 

La requête de Vence n'aura aucun succès, ce qui met- 
tra les communautés en demeure de demander à cor et 
à cri l'abohtion du tour de rôle. 

Les Etats s'assemblèrent solennellement à Aix, le 31 
décembre, dans l'église du Collège-Bourbon, sous la pré- 
sidence de l'archevêque. Nos évêques de Grasse, de 
Vence, de Glandèves, s'y trouvaient ; toute la noblesse, 
les députés du clergé et des communes. Grasse y avait 
MM.'Mougins et Girard ; Antibes, M. Bonneau, François; 
Saint-Paul, MM. Bellissime et Euzière. Tout s'y passa 
sans incident remarquable. 

Une nouvelle convocation des Etats eut lieu à Lam- 
besc pour le 4 mai 1788. Les communautés nommè- 
rent le 25 avril leurs députés à l'assemblée de la Viguerie 
de Grasse, pour le 29 avril. On s'y occupa beaucoup 
de l'abolition du tour de rôle pour en revenir au règle- 
ment de 1440. Le sieur Bonneau, député d' Antibes, 
avant de se rendre à Lambesc était chargé par ses com- 
mettants de demander la réforme des assemblées pro- 
vinciales. On le chargeait de dire que tout pesait sur 
le peuple, quoique dix fois plus nombreux ; pour lui 
toutes les charges; mais les privilèges, les immunités 
pour la noblesse et le clergé. Plus de privilèges, mais des 
droits égaux pour tous les citoyens d'une même patrie. 
« Vous vous associerez aux félicitations données au roi 
pour avoir rendu à la Provence ses assemblées provin- 
ciales, et rempli les vœux de son Parlement, des assem- 
blées générales des communautés et de tout bon citoyen. > 

Mais voici venir l'année mémorable 1789. Il s'agit main- 
tenant de la tenue des Etats généraux à Versailles, pour 
le 4 mai. Les États d'Aix se réuniront le 25 avril. Les 
communautés de nos pays nomment leurs députés aux 
chefs-lieux de Viguerie, le 11 janvier. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 15 

Le 15 janvier, M. le maire et viguier de Grasse, Jean- 
Joseph Mougins de Roquefort, prononce le discours sui- 
vant qui renferme toute la Révolution : 

< Messieurs, nous touchons au moment de la restau- 
ration publique ; nous entendons retentir dans toutes les 
provinces le cri de la Liberté et les élans du Patriotisme. 
Le Tiers- État j dont nous sommes membres, qui jusqu'à 
aujourd'hui n'avait pas assez connu ses forces, ses lumiè- 
res, ses ressources, vient enfin de se reconnaître, de 
sentir tout le prix de son existence, et il touche au mo- 
ment heureux où, dégagé de ses fers, il n'aura plus qu'à 
obéir à son roi et à servir sa patrie. 

€ Cette Révolution est l'ouvrage du temps, qui met 
enfin un terme à l'ambition et à l'injustice ; il est encore 
celui de la bienfaisance du monarque adoré, qui en mar- 
chant sur les traces de l'immortel Henri IV, en suivant 
ses heureuses intentions, nous appelle à lui pour rétablir 
dans l'exercice de ses droits un Ordre que son illustre 
aïeul appelait le nerf et l'appui de l'État. 

€ C'est donc à nous à faire usage de cette liberté 
précieuse ; c'est à nous qu'il appartient de nous régénérer 
et de rendre cette nouvelle vie à TEmpire français. Et 
quelle circonstance plus favorable pour adopter ces 
salutaires principes que celle qui nous rassemble ! 

« Vous allez donner un représentant à la Viguerie ; 
vous allez nommer celui qui doit assister à la prochaine 
convocation des Etats pour concourir avec nous au 
soutien de vos intérêts, à la discussion de vos droits, à 
la défe)ise de la cause publique. Que ce choix forme 
l'objet de vos sollicitudes, mais qu'il soit volontaire et 
libre ; qu'il ne soit point asservi, qu'il soit dicté par la 
confiance et par l'expression de ce sentiment intérieur 
qui vise au maintien de l'ordre et du bien public. La 
députation à tour de rôle que l'on avait voulu propager 
présentait un sj'stème destructeur des droits les plus 



16 CHAPITRE PREMIER 

précieux et surtout de ceux de la liberté. Il est de droit 
naturel, de droit positif que les Vigueries aient la liberté 
de choisir leur représentant, 

< Le libre arbitre et la volonté sont les propriétés les 
^\\x^ précieuses de l'humanité, disait dans la délibération 
prise par la ville d'Aix, ce 18 décembre dernier, un juris- 
consulte tout à la fois administrateur zélé et citoye^i au 
talent et au patriotisme duquel nous ne devons cesser 
d'applaudir. Ces deux bases doivent être le signal de 
l'abrogation du tour de rôle. Les anciens règlements qui 
avaient reçu la sanction du souverain laissent ce choix 
volontaire et libre ; ils sont plus conformes à la justice et 
à l'équité. Le tour de rôle présente des inconvénients 
dangereux. Si on ne les évitait, ils entraîneraient les 
suffrages et produiraient une source d'abus également 
funestes au Tiers-État. Le Consul d'une petite commu- 
nauté est ordinairement peu instruit ; plus susceptible de 
préventions, plus asservi ; il serait nul à nos assemblées 
provinciales, parce que les objets qu'on y traite seraient 
hors de sa sphère ; ou bien il apporterait une opinion 
dictée par la crainte, ou subjuguée par l'empire que les 
personnes qui ont un intérêt opposé à ceux du Tiers-État 
pourraient avoir sur lui. 

€ Les deux premiers ordres nomment leurs représen- 
tants librement et sans gêne ; le Tiers-État ne connaît ni 
la forme, ni le régime de cette nomination et il ne s'en 
plaint pas. Pourquoi n'aurions-nous pas la liberté d'user 
d'un droit égal, lorsqu'il s'agit de discuter les intérêts de 
la Province ou de la Nation : nous sommes réunis dans le 
sein d'une même famille, ne sommes-7ious pas toits 
égaux ? La loi du tour de y^ôle ne peut être née que par 
l'effet de l'erreur; elle se ressent de Vancien régime 
féodal. Elle n'aurait pour base et pour principe qu'un 
esprit de domination, de despotisme. Empressons-nous 
de l'abdiquer. — Pénétré de la force de ces raisons, le 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 17 

Conseil de notre communauté nous chargea, par sa délibé- 
ration du 14 décembre dernier, de vous faire aujourd'hui 
la motion d'abroger le tour de rôle. Cette mission nous 
est d'autant plus flatteuse qu'elle est conforme à nos vues, 
au cri de la justice et de la vérité, de l'opinion enfin, que 
tx)utes les Communautés de la Province ont déjà portée. 
Nous n'ignorons pas que quelques communautés du 
district ont voté, dans leurs délibérations particulières, 
pour le tour de rôle. 

< Mais leur opinion a-t-elle été libre ? Des impressions 
étrangères n'ont-elles pas présidé à ce vœu ? N'a-t-il pas 
été le fruit de la contrainte et de l'empire de cette an- 
cienne servitude dont nous voyons encore, malheureuse- 
ment pour nous, éclore quelque étincelle? Sans approfondir 
davantage les motifs d'une si étrange défection, aujour- 
d'hui que nous sommes venus dans ce temple de concorde 
et de paix, aujourd'hui que vous sentez tous le prix de 
votre liberté, vous vous empresserez d'abjurer ces 
funestes principes et de conserver les droits de votre 
patrie dans leur intégrité. . . Suivons cette loi salutaire 
que nous donne notre auguste souverain, par un effet de 
sa bonté et de sa justice paternelle, et en rendant hom- 
mage à sa justice ne cessons jamais de publier sa gloire et 
ses bienfaits. Nous avons donc à vous demander : P le 
vœu de la Viguerie sur l'abrogation du tour de rôle ; 
29 la nomination volontaire et libre d'un député pour la 
représenter aux prochains États. 

< Vous venez d'entendre nos vœux, la fermeté de nos 
résolutions. Nous les devions à nos sentiments, au devoir 
de nos charges, à la confiance de nos concitoyens qui 
nous ont placé pour la troisième fois parmi vous. Unis 
par les mêmes liens, n'ayant qu'un même objet et un 
même cœur, recevez aujourd'hui, messieurs^ dans ce 
temple auguste, le serment public et solennel que nous 
faisons d'apprécier les droits de notre patrie avec zèle, d'en 



iS CHAPITRE PREMIER 

défendre les intérêts avec soin et de concourir mieux à 
délivrer le Tiers-État des entraves qu'on avait mises à sa 
liberté et de le faire jouir des avantages que la dignité de 
son existence et la nature, trop longtemps outragées, 
réclament en sa faveur. > 

Ce discours fut couvert d'applaudissements, et chaque 
membre de rassemblée en emporta une copie. 

Presque tous les députés des communes lurent à 
leur Conseil ce discours remarquable, et l'universalité 
des citoyens non-seulement l'approuva, mais vota des 
éloges à l'orateur si bien inspiré^ et fit transcrire ces 
nobles paroles sur le registre des délibérations. Cette 
fois Jean Savournin,capitainedescanonniers gardes-côtes, 
représentait aux États Vence et les autres communautés. 
Il y avait les deux frères Mougins de Grasse^ J. -François 
Lombard de Roquefort, maire d'Antibes, et M. Bellissime 
de Roquefort, maire de Saint-Paul. Les États d'Aix 
furent très-orageux, à l'exemple de ceux de Grenoble, de 
Bordeaux, de Rennes, de Toulouse et de beaucoup 
d'autres provinces. Les deux premiers ordres ne voulu- 
rent faire aucune concession au Tiers-État, et prétendi- 
rent même concourir à la légitimation des pouvoirs des 
députés du tiers ordre. Ceux-ci se retirèrent le 28 janvier, 
de la salle et dressèrent un acte de protestation en forme 
de supplique au roi. Mirabeau^ qui devait dans quelques 
mois entraîner dans la même voie le Tiers-État, et con- 
stituer l'Assemblée nationale^ se trouvait parmi les députés 
des États d'Aix, et sans doute il fut l'instigateur de cette 
protestation. Pourtant le tiers ne voulut pas se séparer 
sans promettre à Louis XVI de lui venir efficacement en 
aide pour les impositions demandées : « Malgré la 
détresse du pays et l'épuisement où l'a jeté le fardeau des 
impositions qu'il a supporté presque seul jusqu'à présent, 
et la justice qu'il y avait de le faire supporter par les trois 
ordres, la voix impérieuse des besoins de l'État, le danger 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 19 

qu'il y aurait à ce que par les longueurs et les difficul- 
tés émises par les deux premiers ordres, les impositions ne 
fussent pas versées dans le trésor royal, ces considé- 
rations ont seules porté les députés du dernier ordre à les 
consentir sans protestation. Cette démarche manifestera 
aux yeux du roi et du royaume les vraies dispositions et 
intentions de chacun des ordres ; et tandis que les deux 
premiers ordres refusent de payer de leur superflu cette 
part d'imposition, le tiers, malgré son accablement, ne 
consultant dans les dangers de l'État que le moyen de 
le sauver et son amour pour son roi, consent à prendre 
sur son nécessaire pour le payement de ces impositions 
et à faire l'avance des portions concernant les deux pre- 
miers ordres. » Les représentants des communes rendent 
compte à leur conseil de ce qui s'est passé aux États 
d'Aix (3 février). 

Le maire de Vence fait observer que malgré les inten- 
tions du roi, les deux premiers ordres se sont présentés 
en nombre supérieur à celui des députés du tiers, et ont 
de plus prétendu concourir à la légitimation des pouvoirs 
des députés de cet ordre, que le tiers-ordre est sorti de la 
salle pour dresser une protestation le 28 janvier. Le Con- 
seil de Vence déclare que l'acte du 28 janvier renferme 
l'expression de ses sentiments, et approuve la conduite 
tenue à Aix par le sieur Savournin, maire et député de la 
Viguerie de Grasse aux dits États. Il loue aussi le talent 
et le zèle patriotique de M. Mouginsde Roquefort qui a 
discuté avec autant d'énergie que de vérité l'abrogation du 
tour de rôle dont la communauté de Vence avait demandé 
la suppression. Il adhère aux délibérations prises par la 
municipalité d'Aix, les 26 et 31 décembre dernier, pour 
la réformation de nos États de Provence et notre repré- 
sentation aux États généraux du Royaume, 72e pouvant 
qté'applatedir a2i patriotisme qui les a dictées. Il adhère 
enfin aux manifestations faites par les principales villes 



20 CHAPITRE PREMIER 

du royaume au sujet de la formation des prochains États 
généraux, de l'égale répartition de tous les impôts sur 
les trois ordres. Il envoie une copie de la présente délibé- 
ration, notamment aux villes de Rouen, Quimper, Car- 
cassonne, Vesoul et Marseille. Il dit que si sa commu- 
nauté s'est condamnée au silence, tant en raison du peu 
de sensation que pourrait faire une ville à l'extrémité du 
royaume, que de la crainte de ne point exprimer assez 
noblement la réclamation des droits sacrés et impres- 
criptibles du peuple j elle est amplement dédommagée de 
ce sacrifice et de la retenue qu'elle a imposés aux élans 
de son patriotisme par la sagesse des délibérations prises 
par les principales villes du royaume. » 

Il se répand en remerciements pour le noble exemple 
donné par le parlement de Grenoble. Il charge le maire 
député, qu'il envoie aux États, de demander que cette 
ville ait la faculté de nommer habituellement un député 
aux États provinciaux, faisant valoir les motifs de cette 
demande sur une population de 4,000 âmes, sur son com- 
merce, son importance, son ancienneté, sa qualité de 
première ville frontière à la sortie de l'Italie, et de la plus 
ancienne ville épiscopale de Provence ; le sieur maire- 
député observera que Vence est la seule ville épiscopale 
qui n'ait pas séance au;c États ; Senès par son exiguité 
n'ayant pas qualité de ville, et Entrevaux, chef-lieu du 
diocèse de Glandevès, ne faisant pas corps de la Provence ; 
que Vence vaut mieux par son importance que la moitié 
des trente-six villes qui députent aux États, qu'elle est 
plus affouagée que neuf d'entre elles , qu'elle renferme 
une foule de représentants aptes à administrer la chose 
publique ; qu'elle est totalement séparée de la Viguerie 
de Grasse et qu'elle demande à en être distraite. Enfin 
ledit sieur maire-député priera M*' l'Évèque qui se trouve 
aux États d'appuyer la demande du Conseil de tout £on 
crédit. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 21 

MM. Mougins^ frères, font part aux communautés de 
Grasse et de Vence qu'ils ont été nommés aux États- 
Généraux pour représenter les Sénéchaussées de Grasse, 
Digne et Castellane. On les en félicite unanimement. 

Le 22 mars, le maire d'Antibes rendait compte, lui 
aussi, de ce qui s'était passé à Aix : < Messieurs, disait-il, 
l'État a des besoins. Le roi les expose à la Nation, mais 
à la diflférence des monarques asiatiques dont la volonté 
forme la mesure du pouvoir, c'est par l'assentiment de 
ses sujets que notre monarque veut obtenir les secours 
que les circonstances rendent nécessaires. Le roi étant 
assuré de trouver dans l'amour d'un peuple idolâtre de 
son souverain les ressources au rétablissement de la ba- 
lance entre les recettes et les dépenses, sa sollicitude a 
rien moins eu pour objet le soin de se faire obéir que 
d'aviser au moyen d'arrêter les excès d'un zèle im- 
modéré. Pour déterminer la quotité du tribut , il était 
indispensable de connaître la plaie et d'en sonder la pro- 
fondeur. C'est à un pareil motif que doit être rapportée 
la première assemblée des notables et que les provinces 
ont été ensuite redevables, les unes du retour de leur an- 
tique constitution, les autres de leur régénération dans 
l'ordre municipal. Les besoins étant constatés et les té- 
moignages de confiance de la part du souverain étant 
réitérés et non équivoques, il faut chercher les moyens 
de prévenir l'explosion du zèle d'un peuple prêt à tout 
sacrifier A l'honneur et à la splendeur de la couronne de 
son souverain. D'après les sentiments que le troisième 
ordre a fait paraître pour dissiper jusqu'à l'ombre des 
soucis de son souverain, il ne restait plus aux deux pre- 
miers ordres que de lui adoucir le poids du joug. > Ici le 
maire reproche la conduite des deux premiers ordres 
contre le troisième, -et attaquant les privilèges de la no- 
blesse et du clergé : < L'un de ces ordres, dit-il, n'est re- 
devable de ses privilèges qu'aux siècles d'ignorance, et 



22 CHAPITRE PREMIER 

Tautreà ceux de la féodalité. Or, TÉtatne formant qu'une 
seule famille, chacun doit, suivant ses moyens, contribuer 
à son avancement, de sa bourse, comme de ses connais- 
sances et de son industrie. Il est de l'essence de toute société 
bien ordonnée que les associés participent également aux 
profits comme aux pertes en proportion de leur intérêt. 
Quelle idée se former de ceux qui voudraient ne figurer 
que pour les profits, et qui cependant pousseraient la pré- 
tention immodérée jusqu'à aspirer à la prépondérance 
dans les assemblées du Corps? > 

Dans la même séance, Antibes dresse f on cahier de 
doléances au roi, et exprime en trente considérants ses 
vœux et ses besoins, savoir : abolition des privilèges, vote 
par tête et non par corps d'état : impôts proportionnels. 
n faut que les vœux du Tiers-États montent librement 
jusqu'au trône, comme ceux des deux premiers ordres. 
On remercie Sa Majesté des témoignages de confiance 
qu'elle donne aux communautés et à ses sujets. Elle sup- 
plie Louis XVI et Necker d'accorder à la Provence la 
même Constitution qu'au Dauphiné. > Le maire décline 
l'honneur d'aller porter son cahier des doléances à l'as- 
semblée de Grasse. 

La commune de Vence étant l'une des vingt-quatre 
villes comprises dans le règlement donné par le roi 
(2 mars 1789) pour la Provence, s'assemble par corporation. 
Toutes les corporations de ladite ville, même celle des 
paysans, ménagers et fermiers, ayant observé que tout 
habitant désirait prendre part à la délibération, le Conseil 
général décide que tout individu était libre de participer 
à l'assemblée soit pour arrêter le cahier des doléances 
et remontrances au seigneur roi, soit pour nommer les 
six députés qui porteront le ?5 avril à l'assemblée de 
la Sénéchaussée les vœux de la ville de Vence. Quant 
aux vœux généraux, tous les cahiers de doléances se 
ressemblent au fond. 



ASSEMBLEE CONSTITUANTE (1789) 23 

Grasse fait de même le 22 mars. Parmi ses vœux, elle 
émet celui d'être érigée en chef-lieu de département , 
comme ville frontière, la plus peuplée de la Sénéchaussée, 
commerçante et cité épiscopale. On vote en même temps 
pour la salle de l'Hôtel-de-Ville les bustes de Henri IV, 
de Louis XVI et de Necker. Necker enverra le sien et le 
conseil communal lui adressera ses remerciements. Le 
2& mars se tient rassemblée générale de la Viguerie à 
Grasse. 

Une autre question agite vivement le pays, à cette 
époque. La r^lte avait manqué, l'hiver avait été rude 
et désastreux pour le Midi. Le 11 janvier, la neige et la 
gelée avaient perdu beaucoup d'oliviers. Il fallut que le 
roi nous envoyât des provisions de blé, et qu'il permît 
aux communes des districts de Grasse et de Saint-Paul 
d'aller puiser aux magasins d'Antibes (6 avril). 

Les évêques et les chapitres de Grasse et de Vence se 
montrèrent généreux envers la population. Us cédèrent à 
la commune tout ce qu'ils avaient dans leurs greniers. 
Une partie de la noblesse devançant déjà les États- 
Généraux s'empresse d'envoyer aux municipalités leur 
adhésion à l'égalité des charges et des impositions. L'un 
des premiers qui donne l'exemple est le marquis Louis 
Villeneuve Saint-Césaire, sénéchal de Grasse. Le marquis 
de Vence par une lettre du 17 mars au maire de Vence, 
consent à une renonciation de tout privilège pécuniaire, 
il se soumet à supporter dans la plus parfaite égalité 
toutes les charges publiques. 

Le Conseil enregistrera la lettre et les paroles que M. 
Mougins de Roquefort prononça à ce sujet dans l'as- 
semblée de la Viguerie : « Cette lettre, dit-il, donne 
un nouveau lustre à sa naissance et à sa vertu, d'autant 
plus que le Tiers-État de ces pays a été formé sous les 
yeux et sous les auspices de M. Louis de Villeneuve, séné- 
chal d'épée, président de cette assemblée. Le même sang 



24 CHAPITRE PREMIER 

qui coule dans ses veines lui a fait exprimer le même 
sentiment et lui a attiré les applaudissements de toute 
rassemblée, > Tout s'anime déjà au souffle de la révo- 
lution et au cri de lil)erté. On sent l'orage qui gronde à 
rhorizon et la lave du volcan qui bouillonne. A Toulon, 
le 23 mars, 1 ,800 forçats, au cri de vive la liberté, bri- 
saient leurs fers, semant partout la terreur dans le Midi. 
Le peuple s'agite. Au Luc, on abat la maison et le bureau 
du droit de piquet. A Antibes, le peuple crie famine et 
manque d'ouvrage. On l'occupe aux réparations des 
chemins et des rues. Les enfants de dix ans sont même 
reçus dans les chantiers. 

Nice se préoccupait de cet état de fermentation en 
France et il y avait dans sa population des propagateurs 
des idées nouvelles, entre autres, Blanqui et Dabray. La 
colonie étrangère, composée de la plus riche aristocratie 
de TAngleterre et d'autres États, ne restajt pas indif- 
férente à notre politique. On s'en inquiétait dans les 
salons. C'est à Nice que le ministre banni de la France, 
Léoménie de Brienne, venait de se réfugier. Il y rece- 
vait même le chapeau de cardinal des mains de M*"" Picco- 
lomini (2 février 1789). 

Pour venir en aide à la misère publique, disons qu'a- 
lors comme aujourd'hui, cette riche aristocratie donnait 
des fêtes pour les pauvres. Elle ouvrait largement sa 
bourse, et Brienne ne se montrait pas des moins généreux. 
Le roi de Sardaigne, la municipalité, l'évêque Valperga, 
les couvents et, entre autres, les moines de Saint-Pons 
distribuèrent des secours multipliés. Les moines de Saint- 
Pons allaient pourtant avoir, eux aussi, le même sort que 
ceux de Lérins. Le roi avait demandé au pape leur sécu- 
larisation. L'édit du roi et la bulle du pape ne paraîtront 
pourtant qu'en juin 1792 ; et ce sera fini de l'abbaye 
royale de Saint -Pons fondée et dotée par Charle- 
magne. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 25 

in. — LES ÉTATS GÉNÉRAUX 

Les Étals Généraux s'ouvrent à Paris le 5 mai 1789. 
Cette séance où se rend le roi est des plus solennelles et 
des plus enthousiastes. Pendant ce temps-là, la province 
délibérait aussi de son côté. A Antibes, dans l'assemblée 
du 2 mai, on émettait de nouveau ses vœux. On de- 
mandait des syndics ou tribuns aux assemblées provin- 
ciales pour défendre les intérêts du peuple (2 mai). 

Les Vençois, le 10 mai, chargeaient leur député à 
rassemblée de la Viguerie de demander qu'en envoyant 
la lettre de convocation on en motivât les motifs et les 
objets de délibération ; qu'on supprimât le secours de 
1,200 francs que la Viguerie donnait au collège de Grasse, 
et les honoraires de l'ingénieur de la Viguerie, puisque 
les ingénieurs de la Provence faisaient leurs travaux. 
Cette assemblée de la Viguerie, se tint, le 14 mai. Les 
députés d'Antibes, de Vallauris se rallièrent aux vœux 
du député de Vence. Mais les consuls de Grasse, non- 
seulement s'opposèrent à ce que leurs vœux fussent 
l'objet d'un vote , mais encore à ce qu'ils fussent tran- 
scrits sur les registres : ce qui excita une vive irritation. 
On se sépara dans de mauvais termes. 

Des aflfaires plus importantes firent bien vite diversion. 
Que se passait-il aux États de Versailles ? On attendait 
sur les deux rives le courrier pour en dévorer les nouvelles 
avec avidité. Luce Gaspari écrivait de Versailles à son 
père : « Dès le premier jour de l'assemblée, les nobles et le 
clergé ont formé bande à part pour examiner les pouvoirs 
de chaque ordre. Le Tiers-État aprétendu inutilement que 
les pouvoirs devaient être examinés en États-Généraux. 
La noblesse a soutenu le contraire à la majorité de 158 
voix contre 44. Le clergé louvoie. Le Tiers-État a voulu 
se rendre, lundi 11, au service anniversaire de Louis XV; 



26 CHAPITRE PREMIER 

M. le marquis de Brézé leur a dit qu'il n'y avait de place 
que pour douze d'entre eux. Tous se sont retirés. On reçoit 
aujourd'hui la nouvelle d'une émeute à Caen. 

< Le Tiers-État veut jouir pour la première fois d'une 
représentation double qui le rende égal en nombre aux 
deux autres ordres réunis. La noblesse s'y refiise, le 
clergé fait cause commune avec elle ; la Cour soutient les 
deux premiers ordres. Mais une partie des membres du 
clergé et delà noblesse se joint aux Tiers-États, et le il 

juin LE TIERS SE CONSTITUE EN ASSEMBLÉE NATIONALE. > 

Luce Gaspari écrit à Grasse le même jour : t Jamais 
la Provence ne s'est trouvée dans un pareil moment de 
crise. Jamais révolution n*a été plus frappante. » 

« Dès le 15 juin, écrit toujours notre correspondant: 
M. Mougins, curé de Grasse, s'était rendu à l'assemblée 
du Tiers-État. 11 y a dit, en substance, qu'il tardait de- 
puis longtemps à son cœur et à sa conscience de se joindre 
à l'ordre du tiers pour commencer la grand'œuvre de 
la régénération de la France. Il fut applaudi, comme de 
raison , par toute l'assemblée . Son frère , le maire de 
Grasse, qui avait contribué à cette détermination, ne se 
possédant plus de joie,a demandé la parole et dit: < Je joins 
mes acclamations à celles que l'on donne à la conduite 
de ce digne pasteur pétri du même sang, ayant les mêmes 
principes. J'éprouve dans ce moment la joie la plus vivo 
Et les acclamations ont redoublé. > 

Les événements maintenant se précipitent. 

Luce Gaspari, témoin oculaire, continue de faire part 
de toutes ses impressions â son père 

11 juillet, avant la prise de la Bastille : « La fermen- 
tation est plus forte que jamais. 11 vient des troupes de 
tous côtés. Les hussards ont balayé les rues, le sabre à la 
nlain, entre dix et onze heures du soir, samedi dernier. 
M. de Broglio fait mettre en ce moment les troupes sous 
les armes. Le 9, la population a pris un agent de police. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 27 

lui a fait faire amende honorable dans le bassin du Palais 
Royal, l'a ensuite mutilé, pendu, puis décroché et porté à 
THôtel-de-Ville où il expira. Hier, à Paris, les ouvriers 
de Montmartre ont ouvert les prisons. La troupe a dîné 
avec le peuple, dansé, sauté au Palais-Royal, et ceux qui 
étaient trop ivres ont dormi sur des matelas dans les 
galeries. » 

Le 18 juillet, il redira les scènes du 14 : < Le 17, le roi 
est allé de Versailles à Paris au milieu d'une population 
immense qui applaudissait de la voix et des mains. La 
garde bourgeoise l'a accompagné de Versailles à Sèvres. 
Là, il a été reçu par la garde bourgeoise de Paris, et 
escorté jusqu'à l'Hôtel-de-Ville au milieu d'une haie de 
la garde bourgeoise. Il a tout accordé. La milice de Paris 
se compose de 280,000 hommes. Elle a tous les canons de 
la Bastille et des Invalides. Tout ce qui passe à Paris est 
fouillé, et on ne sort plus qu'avec un passe-port de 
La Fayette. Le roi en ce moment n'a plus ni armée, ni 
ministres, ni argent, mais il a l'amour de ses peuples. > 

SOjuillet : a Les provinces sont dans les horreurs de 
l'insurrection. La Bretagne est en feu. On signale des 
scènes terribles à Tours, au Mans, à la Flèche, à Saumur. > 

A mesure que ces nouvelles parviennent dans notre 
bassin du Var,onsesent le frisson. Aussi écoutons quelques 
uns des discours de nos maires après les journées du 14 
et du 17 juillet. 

€ Messieurs, dira le maire d'Antibes , M. Lombard de 
Roquefort, vous avez été instruits par des nouvelles pu- 
bliques de l'appareil éclatant avec lequel le roi s'était 
montré à V Assemblée de la Nation à la séance du 23 juin. 
Vous n'ignorez pas que cet événement, en annonçant un 
mécontentement que nos représentants croyaient n'avoir 
pas mérité et qui était incompatible avec les témoignages 
réitérés que le souverain leur avait donnés de sa satis- 
faction pour l'activité et le zèle avec lesquels ils se por- 



28 CHAPITRE PREMIER 

taient à ravancement de ce grand projet qu'il avait 
proposé dans sa sagesse pour le bonheur de son peuple, 
leur avait navré le cœur d'une douleur profonde et avait 
successivement plongé la Nation dans la plus profonde 
consternation ; que toute leur ressource étant dans les 
bontés de l'Être Suprême qui veille à la conservation de 
l'État et entre les mains duquel les cœurs des rois sont 
comme le morceau d'argile dans les mains de Touvrier, 
ces députés attendaient, dans la plus grande résignation, 
qu'il eût plu à la Providence de tirer du trésor de sa mi- 
séricorde les ressources nécessaires pour le retour des 
bonnes grâces du monarque envers son peuple, après la 
barrière insupportable qu'on avait élevée entre lui et le 
souverain sans ressource pour lui faire parvenir ses peines. 
Et nous, tristes spectateurs des troubles et des horreurs 
qui ont couvert la France d'un deuil universel^ nous 
gémissions intérieurement. Mais tranquillisez-vous, mes- 
sieurs^ les sentiments de bonté qui jusqu'ici ont dirigé 
les démarches do ce père tendre et affectueux reprennent 
le (I(3ssus; ces jours de sang ont disparu comme l'ombre 
do la nuit et ont fait place aux plus douces espérances. 
Votre sécurité en ses bontés doit être d'autant plus par- 
faite (lue ce généreux monarque, dépouillé cette fois de 
ra[)pareil du trône, seul et sans suite, est venu de lui- 
même à la séance du 15 de ce mois, rassurer nos re- 
présentants contre les préventions qu'on pourrait leur 
avoir inspirées sur ses véritables sentiments et les in- 
viter à coopérer avec lui à la restauration de l'État. La 
franchise de cette démarche est un nouveau témoignage 
de la confiance du souverain envers la Nation. Qu'avait- 
elle à redouter de ces menées sourdes, à la faveur des- 
quelles on voudrait rendre ses sentiments suspects? 
Persuadés qu'une pareille annonce ne saurait manquer 
de vous être agréable, nous avons cru indispensable de 
vous assembler pour vous en faire part et vous naettre à 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 29 

portée de donner un libre cours aux sentiments de re- 
connaissance dont vous êtes pénétrés pour ce généreux 
souverain, comme à ceux de gratitude envers vos repré- 
sentants. > Après quoi on met en délibération ce qui suit : 
« L'^lssemblée considérant que si elle est redevable aux 
sentiments paternels du roi du rétablissement de la tran- 
quillité comme du bonheur que sa sagesse a préparé à la 
Nation, elle ne doit pas moins de reconnaissance à l'As- 
semblée nationale pour la prudence, la constance et la 
fermeté qu'elle a fait paraître dans les circonstances 
critiques où elle s'est trouvée^ et donnant cours aux 
sentiments dont elle est pénétrée, déclare que la ville 
(TAntibes tmie par des liens particuliers au roi et 
d'après rattachement qu'elle a toujours fait paraître 
pour ses souverains et dont elle 7ie se départira jamais^ 
veut vivre et mourir fidèle à son service^ et est prête 
à tout sacrifief* pour un objet si précieux. Cet objet 
rempli, elle déclare qu'édifiée et pénétrée de vénération 
pour la conduite des représentants de la Nation et per- 
suadée que c'est à leur zèle, à leur constance et à leur 
fermeté que la Nation est redevable du retour des bonnes 
grâces du roi, elle a cru indispensable d'en consacrer les 
assurances dans la présente délibération. Déclare éga- 
lement protester contre ce qui s'est passé à la séance 
royale du 23 juin dernier, ou contre ce qui pourrait 
être fait dans la suite dans de pareilles séances contre le 
droit de laNation, comme des actes surpris à la religion du 
monarque contraireifient à sa bienfaisance et à sa volonté, 
ainsi qu'au bien et à l'avantage de son peuple ; comme 
aussi adhérer à l'arrêté de l'Assemblée nationale à l'issue 
de la séance du20juin,etàcelui du 17 du même mois, 
ensemble et à tout ce qu'elle a fait et pourra faire pour 
seconder les vues du souverain en faveur de la Nation . > 
La parole est maintenant à M. Jean Savournin, maire 
de Vence : 



30 CHAPITRE PREMIER 

» Messieurs, faites cesser les larmes que vous donniez 
au sort des députés. Je vous annonce que les tristes nou- 
velles qui les produisaient et que les ennemis de notre 
auguste monarque ont faussement répandues,sont tombées 
dans le néant, comme dans leur centre, par les bontés 
de notre roi bienfaisant, par la fermeté inébranlable de 
messieurs les députés et de la plus saine partie des deux 
premiers ordres. Tous, guidés par un esprit de droiture 
et de justice, se sont rendus avec grand cœur à la légiti- 
mité des prétentions de messieurs des communes. La 
réunion est faite par une heureuse concorde. Us ne for- 
ment qu^un tout qui \a donner une nouvelle vie au 
royaume. La Nation, non moins jalouse du nom français 
que de son trône, va faire taire les bruits séditieux qu'on 
essayait de propager. Les vues iniques des ennemis du 
pays sont anéanties par les soins infatigables des repré- 
sentants de la Nation. Tout occupés de l'intérêt de Sa 
Majesté et du bonheur du peuple, ils n'épargnent ni soins, 
ni veilles pour atteindre le but proposé, la restauration 
du royaume. La légitimité de leurs prétentions les rend 
inébranlables contre les contradictions que chaque mo- 
ment fait éclore. Ils les dissipent, ils les anéantissent et ne 
laissent aux contradicteurs que le honteux regret de leur 
avoir donné le jour. Notre monarque s'est rangé en partie 
de leur côté, et il adoptera toutes leurs résolutions, n'en 
doutons pas. La bonté de son cœur nous en est un sûr 
garant. Ce prince chéri de son peuple veut le rendre 
heureux et, lui-même, rendre son trône inébranlable et 
son nom redoutable à toutes les Nations. > 

Puis on rédige et on vote l'adresse dans le sens de celle 
des Antibois. 

Le 30, le discours du sieur Savournin s'accentue encore 
davantage devant l'assemblée générale des Vençois : 
« Tandis que la France est agitée entre le souvenir af- 
freux des événements sous lesquels elle paraissait devoir 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 31 

succomber, et l'idée constante que son roi ne veut plus 
s'occuper que du bonheur de son peuple, il nous est impos- 
sible de contenir l'explosion de nos sentiments. Au milieu 
des transports de joie de tous les Français qui espéraient 
la régénération de la patrie par une bonne constitution, 
des ennemis de l'État, couvrant l'intérêt le plus vil des 
apparences du bien public, étaient presque parvenus à 
renverser l'édifice du bonheur national pour s'asseoir 
audacieusement sur ses ruines. Dans le sein de la paix, le 
meilleur des rois était trompé, et entouré de l'appareil des 
combats, les Français étaient traités comme une nation 
rebelle, les ministres vertueux étaient écartés du trône, 
l'ange tutélaire de la patrie banni de son sein ; et des 
hommes qui bravaient l'opinion publique avaient osé 
prendre la place occupée auparavant par la vertu. L'As- 
semblée nationale allait être dispersée; et des forfaits 
inouïs se tramaient dans l'ombre. Déjà le sang français 
avait rougi la terre sur laquelle, peu de jours après, 
Louis XVI fut reçu comme un père au milieu de ses en- 
fants. Ah ! puissions-nous effacer de nos fastes ces jours 
désastreux ! C'en était fait de nos libertés, si l'Assemblée 
nationale ne nous eût sauvés. Aucun péril n'a effrayé ces 
généreux Français qui la composaient. Ils ont écarté les 
barrières qu'on avait cherché à établir entre le souverain 
et ses sujets ; la vérité a pénétré jusqu'au trône, l'im- 
posture a frémi, l'espoir du bonheur nous a été permis. » 
Il appelle les représentants, Père de la Patrie^ et en- 
gage à voter une nouvelle adresse au roi et à l'assemblée, 
et à redoubler de zèle pour la Nation et d'amour pour le 
roi. — « L'Assemblée générale des citoyens de Vence 
considérant qu'on ne peut penser sans frémir aux dangers 
auxquels ont exposé l'État le despotisme militaire et 
(Si* ambitieux aristocrates qui n'ont pas rougi d'imputer à 
la Nation fidèle à sa loi, le projet de vouloir attenter aux 
vrais principes de la monarchie ; considérant que des per- 



32 CHAPITRE PREMIER 

fides conseillers redoublant d'audace et d'efforts ont 
imaginé de mettre des barrières de fer entre le meilleur 
des rois et les représentants du peuple ; qu'ils ont poussé 
le délire jusqu'à penser qu'à leur voix les militaires fran- 
çais se rendraient de sang froid parricides et assassins, et 
tourneraient contre leurs frères et amis des armes qui ne 
sont destinées qu'à combattre les ennemis de l'État ; consi- 
dérant que la démarche du renvoi des ministres, amis de 
l'humanité, fidèles an souverain et chers à la Nation ; que 
l'appareil militaire qu'on a déployé, que l'idée déshono- 
rante d'une infâme banqueroute qu'on a osé mettre au 
jour, annonçaient le projet de faire naître des circon- 
stances la nécessité apparente de la dissolution de l'As- 
semblée nationale et de la dispersion de ses membres, 
contre l'intention maintenant manifestée du meilleur des 
souverains, qui n'a vu le moyen de sauver la patrie et de 
régénérer l'État que dans la conservation de cette as- 
semblée ; pénétrée en même temps du plus vif amour pour 
son souverain, a unanimement délibéré qu'il sera fait, 
dimanche prochain, dans l'église cathédrale de cette ville 
des prières publiques pour la conservation d'un roi au- 
quel il n'a fallu que jeter un regard sur l'abîme creusé 
sous un voile trompeur du bien public par de perfides 
conseillers, pour le porter à se réunir avec sa famille dans 
l'assemblée auguste des députés de la Nation, à paraître 
dans sa capitale pour en dissiper les alarmes et à ci- 
menter cette union d'une manière éternelle par l'assu- 
rance qu'il a donnée ; qu'il n'existe désormais aucun in- 
termédiaire entre lui et les représentants de son peuple ; 
qu'en mémoire de cet heureux événement, il sera chanté 
un Te Deum le même jour dans la même église, et qu'il 
sera fait une distribution de pain aux pauvres qui se pré- 
senteront à la porte de l'hôpital général Saint-Jacques ; 
qu'à l'effet des dites prières et Te Deum les sieurs maire 
et consuls feront toutes les démarches nécessaires par 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 33 

devant qui de droit. De plus l'Assemblée déclare adhérer 
expressément à toutes les délibérations prises et à prendre 
par l'Assemblée nationale ; notamment à celles des 17 et 
23 juin dernier, et 13 du courant. Elle envoie des vœux 
pour que la Constitution paraisse le plus tôt possible. 
Pareil extrait de cette délibération sera envoyé à MM. les 
maires et échevins de Paris, l'Assemblée déclarant qu'elle 
a partagé douloureusement les désastres arrivés dans la 
capitale, qu'elle les supplie d'agréer Fhommage de sa re- 
connaissance et de son admiration pour la conduite 
qu'elle a tenue, et à laquelle on doit en grande partie 
l'heureuse résolution du 15 et du 17 de ce mois, ne dou- 
tant pas que l'Assemblée nationale ne s'occupe du sou- 
lagement à accorder aux malheureuses familles des vic- 
times du despotisme et des martyrs de la Constitution ; 
que pareil extrait sera adressé à MM. Necker et de Mont- 
morin, l'Assemblée ne pouvant peindre l'accablement et 
l'affliction des habitants à la nouvelle de leur retraite ; 
que pareil extrait sera adressé à M. le prince de Beauveau, 
gouverneur de cette province; à M. le comte de Caraman, 
commandant en chef de la province, dont ils font le 
bonheur par leurs vertus. La présente délibération sera 
imprimée au nombre de 600 exemplaires pour être en- 
voyée aux villes de Provence et aux principales villes du 
royaume. > Suivent les signatures du juge, du maire, des 
consuls, des chanoines du chapitre , du clergé et de tous 
les citoyens. 

Il n'est pas peut-être de ville en Provence qui ne prenne 
une part plus active aux événements de la grande révo- 
lution. Les principaux membres de la bourgeoisie, qui 
impriment et dirigent le mouvement, MM. Savournin, 
Bérenger, André, Blacas, Boyon, quoique dévoués au 
roi, sont pour toutes les réformes de 1789, et pour les 
décisions de l'assemblée nationale. 



34 CHAPITRE PREMIER 

IV. — PREMIER CRI D' ALARME DANS LE MIDI. — !•' AOÛT. 

Vence est avisée la première par le maire de Bouyon, 
M. Bérenger. On lui annonce que cinq à six mille bar- 
bets mettent à feu et à sang les villages voisins et qu*ils 
sont en marche sur Castellane, où ils doivent être arrivés. 

Les consuls de Puget-Théniers et de Roquesteron ont 
envoyé demander des secours à Nice. < Veuillez prévenir 
toutes les communes > . La nouvelle court de pays en pays, 
à Saint-Paul, à Antibes, à Grasse ; on dépêche à Aix. 
Vence dirige des courriers à Roquesteron et à Castellane 
pour savoir ce qu'il en est. Vence et Antibes dépèchent 
auprès de notre consul Leseurre à Nice. MM. Vacquier 
et Boyon se rendent aussitôt auprès du commandant de 
place à Antibes, M. de Cugnac, pour obtenir des secours 
et des armes. En un instant la ville de Vence s'organisait 
en milice bourgeoise, de huit compagnies de vingt-cinq 
hommes chacune, et nommaient pour chefs François 
Calvy et Joseph Maurel. Le marquis de Gagnes offrait aux 
Vençois les tusils et les munitions de guerre qu'il avait de 
son château. Milices de Gagnes, de Tourette, de Saint- 
Jeannet, de la Gaude, de Goursegoules, de Garros, de 
Gattières, deVilleneuve-Loubet, du Bar se réunissaient 
à Vence pour se former en corps d'armée. — Même ardeur 
à Saint-Paul, à Antibes, à Biot, à Grasse et dans toutes 
les communes. Mais le 3 août le consul Leseurre écrit 
qu'après informations prises, il s'agissait de quelques 
centaines de barbets ou meurt-de-faim, qui, manquant 
de nourriture et de travail, s'étaient organisés en bandes 
de malfaiteurs du côté de Puget-Théniers, et que quel- 
ques troupes parties de Nice les avaient promptement 
dispersés. Le maire de Gastellane écrivit dans le même 
sens. M. de Gugnac rassura les populations. Gomme Vence 
avait donné l'éveil, la municipalité remercia les commu- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 35 

nés de leur élan patriotique, de leur zèle valeureux et de 
leur concorde (6 août). 

Par la même délibération, elle demande deux brigades 
de gendarmerie, une à pied et l'autre à cheval en résidence 
à Vence, et elle adresse pour cet objet trois lettres au 
Ministère de la guerre, à M. de Caraman et à M. de Bour- 
nissac, grand prévôt de la Maréchaussée. 

Des émeutes sérieuses éclataient déjà à Grasse et à 
Vence. Nous avons la teneur des troubles de Grasse au 
commencement du mois d'août par les quelques mots du 
Luce-Gaspari à son père. < M. de Mougins m'a fait voir 
une relation de V insurrection de Grasse. Je suis étonné 
de n'avoir plus reçu de nouvelles depuis lors. > 

C'était au moment de la fameuse nuit du 4 aoûtj où 
s'effondrait, par la volonté nationale, tout l'ancien régime 
de la féodalité. 

Nous avons extrait des délibérations de Vence la lettre 
que M. Mougins de Roquefort, rentré à son hôtel, adressa 
le 5 pendant la nuit même à la commune de Vence : 

€ Nous sommes restés en séance jusqu'à deux heures 
après minuit. Je dérobe les moments de mon sommeil 
pour instruire une ville intéressante comme la vôtre 
d'événements aussi précieux. Il a été délibéré et décrété : 
1<> L'abolition de tout privilège pécuniaire. La noblesse et 
le clergé contribueront à toutes les charges locales et rura- 
les sans distinction et réserve ; 2® Les impôts seront ré- 
partis dans la plus parfaite égalité ; 3*" Tous les droits de 
serf et de main-morte sont abolis; 4^ Tous les habitants de 
la France peuvent racheter de leurs seigneurs les cens, 
tasques, bannalités, lods, droits de chasse et autres droits 
seigneuriaux,à la charge d'indemniser les seigneurs sui- 
vant la fixation faite par les assemblées provinciales. 
Toutes les dîmes seront rachetables à charge d'indem- 
nité ; 6® Toutes les justices seigneuriales sont supprimées ; 
7® La vénalité des offices est abrogée. Les charges seront 



36 CHAPITRE PREMIER 

données au mérite. La justice sera rendue gratuitement; 
8° Toutes les jurandes et maîtrises sont abrogées. Tout 
citoyen exerce librement un art quelconque ; 9*^ Tout 
citoyen sera admis indistinctement à tous les emplois ci- 
vils et militaires ; 10° Les capitaineries et la pluralité des 
bénéfices sont supprimés; 11° La portion congrue des 
curés et des vicaires sera augmentée suivant le taux que 
déterminera ultérieurement l'Assemblée ; 12° Déjà toutes 
les provinces et villes du royaume ont déclaré qu'elles 
renonçaient à tout privilège, exemptions, jouissances, 
immunités et qu'elles s'inscrivaient d'avance à tout ce qui 
sera décidé par l'Assemblée nationale, pour qu'il n'existe 
dans toute la France qu'une administration générale et 
uniforme. Tout les membres de la noblesse et du clergé 
ont renouvelé, tant en leur nom qu'en celui de leurs com- 
mettants, la renonciation à tous leurs privilèges, et il a été 
décidé qu'on chanterait un Te Deum dans la chapelle 
royale., qu'il serait frappé une médaille patriotique et que 
Louis XVI serait proclamé le restaurateur delà liberté fran- 
çaise. Mon frère, qui participe à ma joie, vous offre ses 
devoirs et vous prie de faire part de ma lettre à messieurs 
vos curés. > 

On comprend, avec ces nouvelles, l'effervescence des 
pays seigneuriaux. Au Bar, à Tourrette-Vence, à Saint- 
Jeannet la population ne se tenait plus de joie et tradui- 
sait par des excès sa haine contre ses seigneurs et leurs 
domaines. Certains exaltés de Vence disaient hautement 
que le juge seigneurial n'avait plus rien à faire. Le 
marquis de Vence avait envoyé sa famille avec M. de 
Beauveau. La populace poussa des huées et des menaces. 
Ce qu'ayant appris M. de Villeneuve écrivit au maire 
cette lettre datée de Paris, le 26 août : 

€ 11 est douloureux pour moi que dans les circonstances 
malheureuses où nous nous trouvons, je n'aie plus même 
Tespoir de considérer comme un asile un lieu si ancien - 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE C1789) 37 

nement et si constamment habité par nos pères. Le mur- 
mure qu'a excité à Vence la présence de M. de Beauveau, 
tout en paraissant une injustice m'est cependant une 
preuve que je n'ai pas obtenu des habitants de Vence les 
sentiments que j'attendais d'eux, et les succès que je m'en 
promettais en travaillant sans cesse à les mériter. Je 
pense pourtant que le grand nombre me veut encore du 
bien, et c'est avec cette persuasion que je vous écris, et ce 
qui m'encourage à mettre sous votre sauvegarde ma 
femme, mes enfants, enfin tout ce que j'ai dei plus pré- 
cieux. > 

Il les conjure d'atténuer chez eux l'effet des troubles 
qui agitent le royaume par l'accord le plus parfait. Il 
rappelle l'abandon qu'il a fait de ses privilèges, et il est 
disposé à faire tous les sacrifices, mais celui auquel il se 
résoudrait le plus difficilement ce serait de renoncer à 
l'attachement des habitants de Vence. 

On ne pouvait parler avec plus de cœur. Le conseil 
municipal lui fit répondre par le maire qu'il était vive- 
ment surpris de sa lettre du 26 août, par laquelle il pré- 
sentait les citoyens de ceiie ville, comme des gens capables 
de sédition et de révolte ; que le maire était chargé de 
dissuader M. le marquis de la mauvaise idée que pou- 
vaient lui avoir donnée certains malintentionnés sur la 
conduite tenue par la municipalité dans ces circonstances. 
La modération qu'elle a montrée dans son cahier des 
doléances, devrait être une preuve, non équivoque pour 
lui, qu'il était toujours porté dans le cœur des citoyens de 
Vence ; que M. le marquis devait rejeter de lui des infoi»- 
mations données par des gens suspects et dangereux 
qui ne savaient que faire la cour et ternir la réputation 
d'autrui ; que de pareils individus devaient être regardés 
comme des monstres et des fléaux de l'humanité ; qu'un 
extrait de cette délibération lui serait envoyé, pour qu'il 
sache que toute la ville attachait toujours un grand prix 



38 CHAPITRE PREMIER 

à Tamitié dont il veut bien l'honorer ; que M. le marquis 
voudra bien leur transmettre les noms des dénonciateurs. 

Le conseil municipal d'Antibes enregistrait le 25 août 
le serment que le marquis de Cugnac et le maire avaient 
fait prêter sur la place d'armes au régiment des chasseurs 
royaux de Provence et aux autres troupes. On s'occupe 
partout d'organiser la milice bourgeoise ou nationale. 
Antibes n'en sent pas la nécessité, ayant la garnison ; 
mais la jeunesse n'en forme pas moins une garde natio- 
nale sous les ordres du commandant Saint-Féréol. Us 
sont trois cents volontaires. 

Le 6 septembre , les municipalités enregistrent le 
décret de l'Assemblée nationale leur ordonnant de dé- 
fendre le pays contre les ennemis de la nation qui, ayant 
perdu l'espoir d'empêcher par la violence et le despo- 
tisme la régénération et l'établissement de la liberté, ont 
le projet criminel d'en venir au même but par la voie du 
désordre et de l'anarchie. 

€ Les municipalités veilleront au maintien de la tran- 
quillité publique, dissiperont les rassemblements et at- 
troupements séditieux, et requerront au besoin la milice 
et la maréchaussée. Elles feront prêter le serment de 
défendre l'ordre à la milice entre les mains de son com- 
mandant, et cela avec la solennité la plus auguste. Les 
curés notifieront à leurs paroissiens le présent arrêté. > 

Quelques jours après, les ouvriers italiens de l'atelier 
de Montmartre renvoyés de Paris à Nice sont refusés à la 
frontière du Var. Ils se rabattent sur Antibes qui en écrit 
au gouverneur de Provence et leur fournit le gîte et 
les vivres jusqu'à ce qu'on ait statué sur leur compte. 

Nous ne parlerons pas de l'impression produite ici et à 
Nice par les journées du 5 et du 6 octobre. L'émigration 
commençait déjà. Le comte d'Artois et sa famille en- 
traînaient un grand nombre de fugitifs. La nou- 
velle constitution ôtait au roi presque toute l'autorité 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789) 39 

quMl avait eue jusqu^alors et le soumettait à la volonté de 
TAsserablée nationale ; elle brisait avec l'Église et avec 
le Saint-Siège, mettait les biens du clergé à la disposition 
de rÉtat, s'ingérait dans le donlaine de la conscience en 
supprimant les vœux et les couvents, en décrétant la 
constitution civile du clergé, en faisant de son chef une 
autre circonscription des diocèses, en confisquant les biens 
des monastères, en interdisant tout costume religieux. 
La raison d'État, la loi d'État plie tout sous elle. Chaque 
citoyen devra jurer d'observer cette loi, s'il veut être 
accepté comme citoyen français, ou considéré comme 
suspect. Des comités se fonderont déjà sous le titre de 
clubs ou de sociétés de frères et amis de la Constitution 
pour surveiller les administrateurs municipaux eux- 
mêmes, pour faire exécuter la Constitution, et tous les 
décrets de l'Assemblée nationale. Un de ces décrets invite 
alors les communes à faire des dons patriotiques à la 
patrie , et les riches à sacrifier le quart de leurs revenus. 
Le roi donne l'exemple en remettant à la monnaie sa 
vaisselle d'argent. L'évèque de Grasse ofire 6,000 livres 
de ses revenus. 

L'année 1789 s'achève dans nos parages par le serment 
civique que font prêter à Antibes le 29 novembre, MM. 
de Saint-Ferréol et de Cugnac à leurs corps respectife. 

De sérieuses préoccupations agitaient aussi nos prin- 
cipales villes. La nouvelle organisation civile et ecclé- 
siastique supprimait des évêchés, des tribunaux, créait 
des chefs-lieux d'arrondissement, des districts, des can- 
tons. Grasse et Vence écrivent à l'Assemblée nationale 
pour qu'on leur conserve leur évêché et leur chapitre. 
Saint-Paul s'alarme pour sa collégiale. Grasse voudrait 
obtenir d'être chef-lieu d'un département ; Antibes , 
Saint-Paul et Vence se disputent le district. Ils envoient 
pétitions sur pétitions, écrivent à M. Mougins de Roque- 
fort, à Mirabeau, aux ministres. 



40 CHAPITRE RREMIER 



Année 17110 

V. — NOUVELLES CIRCONSCRIPTIONS, DONS PATRIOTIQUES, 

ALARMES. 



Les communes les plus intéressées continuent de 
muer ciel et terre pour ne pas perdre les administrations 
qu'elles possèdent. Grasse voudrait être le chef-lieu d'un 
département et ne pas perdre son évêché. Antibes voudrait 
avoir le district au lieu de Saint-Paul. «Saint-Paul, disait- 
on, petite ville de 1 ,200 habitants, sans route, sans com- 
merce et retirée dans la montagne ne peut le disputer à 
Antibes port de mer, place de guerre, chef-lieu d'ami- 
rauté, peuplée de plus de 5,000 habitants. > Vence jalousait 
Saint-Paul, et avait pour elle Gagnes et la Colle, qui 
apostillaient ses pétitions afin de supplanter cette rivale. 
Elle faisait valoir son ancienneté, son titre de cité, son 
évêché, une population de 4,000 âmes. Le décret fut 
rendu le 16 février. Antibes ne fut que chef-lieu de 
canton ; Vence ne voulut pas de Saint-Paul et ressortit 
de Grasse. Elle fut chef-lieu d'un petit canton avec la 
Roque-Esteron, les Conségudes et les Ferres pour com- 
munes. Saint-Paul eut le district, et fut aussi canton de 
Roquefort et de la Colle érigés en communes. Les autres 
cantons ressortissant de Saint-Paul furent Gagnes, Tour- 
rettes-Vence, le Broc et Goursegoules. 

Malgré ce décret Vence ne cessa pas de réclamer. Elle 
pria même le marquis de Villeneuve, qui était à Vence, 
le 10 avril, d'apostiller sa lettre à Mirabeau. Ce qu'elle 
gagna seulement , ce fut l'incorporation du Malvans 
à sa commune, malgré les te:tatives des Tourrétins. 
Antibes, grâce à M. Mougins de Roquefort, envoyé par 
l'Assemblée nationale pour visiter les ports de Provence, 
obtint un professeur d'hydrographie pour les élèves qui se 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 41 

destinaient à la marine (25 avril). Elle imita Vence, 
demandant à cor et à cri de former un district à part et 
indépendant. Les deux villes de Grasse et d'Antibes 
avaient toujours gardé rancune l'une contre l'autre. Dans 
les circonstances actuelles l'animosité ne fit aller qu'en 
croissant. 

Quels temps ! Il semblait que les éléments eux-mêmes 
fussent conjurés contre la France. La rigueur de l'hiver 
s'ajoute à la cessation du commerce, à la rareté du nu- 
méraire, au malheur du temps, disait le nouveau maire 
d'Antibes, Esprit Reille, au conseil municipal. Malgré 
cela l'État demande des secours pécuniaires pour venir 
en aide aux finances épuisées. Eh bien ! puisons dans le 
trésor de l'église pour montrer notre bonne volonté, 
nous offrons à la Nation les bustes en argent de saint 
Sébastien, de saint Roch, de Notre-Dame de la Garde, 
deux lampes, un encensoir, etc. Les Cordeliers et les 
Bernardines sont invités à y joindre leurs oflFrandes afin 
de coopérer aussi au soulagement de l'État, à la régé- 
nération de la liberté et au grand œuvre de la Con- 
stitution. L'orfèvre Joubert évaluera cette offrande à 
3,612 fr. 15". . . (73 marcs, 4 onces 1* d'argent). Jean- 
Baptiste Suply, capitaine d'une des felouques des cour- 
riers de France, porte le tout à la monnaie de Marseille. 
Grasse fera aussi son don patriotique à la Nation . 

Vence abandonnera un capital de 1 ,026 fr. qu'elle a en 
rentes sur l'État. 

VI. — SECOND CRI d'alarme 

Un second cri d'alarme parcourt le midi au mois 
d'avril. On dit qu'à Turin où est le comte d'Artois, et à 
Nice, le prince de Condé, on prend déjà des dispositions 
hostiles, qu'il s'y imprime des libelles incendiaires \}0\xt 
les introduire dans le pays. Le consul Leseurre rassure 



42 CHAPITRE PREMIER 

pourtant dos populations. Il écrit le 18 avril au maire 
d'Antibes en réponse à une lettre du 14 : < Ni le gou- 
verneur de Nice, ni le marquis de la Planargia, ni le 
gouverneur de Turin n'ont aucune part aux ma- 
nœuvres dont on suppose que ces deux villes sont le 
foyer, d'où sont partis de nos alentours des écrits incen- 
diaires qu'on cherche à introduire dans le pays. Faites 
surveiller la route. Quant aux dispositions militaires, 
personne n'y songe. Restez donc sans inquiétude. » 

Bientôt éclatent les troubles de Marseille, de Nîmes et 
de Montpellier. Le 30 avril, la garde nationale de Mar- 
seille occupe violemment les forts de Notre-Dame , de 
Saint-Nicolas et de Saint-Jean. Le 1®' mai, le peuple 
s'attroupe. Le chevalier de Bausset, major du fort Saint- 
Jean, en se rendant vers 3 heures à l'Hjtel -de- Ville, est 
mis en pièces, sa tête coupée et portée dans les rues au 
bout d'une pique. Et des soldats du régiment de Vexin, 
mêlés à la populace, accompagnent cet horrible trophée 
avec des danses et des cris frénétiques. Quand cette 
nouvelle parvint à Paris, on écrivit en marne temps que 
la garde nationale d'Antibes avait aussi expulsé la gar- 
nison du Fort-Carré. Le ministre, comte de Saint Priest, 
adressa cette lettre de reproche au maire d'Antibes : 
< Paris, 17 mai. Le roi a été fort mécontent de Toccu- 
pation que vous avez faite du Fort-Carré. Sa Majesté 
jugeant dans sa clémence que vous avez été égarés par 
l'exemple des Marseillais se borne à vous prescrire de re- 
mettre immédiatement cette forteresse à la garnison 
qui l'occupait auparavant. Une prompte ob iissance répa- 
rera sans doute votre faute et je serai fort heureux de 
pouvoir la mettre sous les yeux du roi. > 

Il n'en était rien. Tout le conseil protesta contre cette 
calomnie et déclara qu'il était et resterait inviolablement 
attaché à son roi. — Le ministre se confondit en excuses. 
€ Vous avez toute raison, Messieurs, de vous plaindre de 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 43 

la croyance que j*ai donnée trop légèrement à Tarticle du 
Bulletin de Provence^ où j'avais lu l'entrée de la garde 
nationale de votre ville dans le Fort-Carré. En m'accusant 
àSaMajestéde vous avoir inculpés sur un bruit vague, 
j'ai eu la satisfaction de lui lire votre lettre où votre 
respect pour sa personne et votre fidélité sont si bien 
peints. Le roi m'a chargé de vous en témoigner sa sa- 
tisfaction et je m'en acquitte avec empressement. > 

Ces mouvements insurrectionnels hâtent la formation 
de la milice nationale. Le maire d'Antibes trouve une 
sorte d'apathie dans la population. 11 parle en ces termes 
au conseil : < Vous avez vu des milices citoyennes se 
former dans toutes les parties du royaume. C'est par 
leur bravoure que les ennemis de la révolution ont vu 
avorter leurs complots. La ville d'Antibes n'a pas été 
insensible à l'exemple qui lui est donné. Trois cents de 
ses citoyens se sont généreusement dévoués à la défense 
de la chose publique. Il n'est pas juste que les fonctions 
de soldat citoyen portent continuellement sur eux. Nous 
savons que la municipalité de Toulon fait mettre ses 
remparts et ses batteries en état de défense et que tous 
les citoyens sont sous les armes. Faisons de même. Le 
procureur de la commune vous dit que les tentatives se 
sont renouvelées par les ennemis de la Révolution. Les 
trames odieuses qu'ils ne se lassent pas d'ourdir, les 
conspirations contre la liberté qu'ils forment chaque jour 
et les libelles, les écrits incendiaires qu'ils affectent de 
répandre par tous les moyens possibles, la situation de 
notre ville sur la frontière et dans le voisinage d'une 
cité qui paraît être devenue le refuge des ennemis de 
notre liberté,- et l'antre où se forgent tous les instruments 
que l'on croit propres à la renverser , l'agitation uni- 
verselle que l'on remarque dans les esprits, la crise où 
se trouve TÉtat , l'émigration presque continuelle des 
citoyens de toute classe, l'exportation vraiment factieuse 



44 CHAPITRE PREMIER 

du numéraire, toutes ces circonstances imposent plus 
strictement que jamais, à tous, le devoir de veiller à la 
conservaiion d'une liberté que nous avons acquise, pour 
ne plus nous la laisser ravir. Aujourd'hui plus que jamais 
chaque ville, chaque citoyen doit tout mettre en usage 
pour déconcerter et intimider les suppôts de f aristo- 
cratie. Parmi ces moyens il n'en est pas de plus puissant 
que rétablissement d'une milice vraiment nationale qui 
soit assez nombreuse pour veiller à tout. Tous les ha- 
bitants connaissent les difficultés qu'on a eues à vaincre 
pour former la garde nationale actuellement existante. 
Les obstacles qui l'avaient gênée dans son origine n'exis- 
tent plus. La municipalité assemblée, bien loin d'envisager 
l'établissement d'une garde nationale comme un moyen 
d'amener des troubles dans la ville , la regarde au 
contraire comme le rempart de notre liberté, le boule- 
vard de notre Constitution. Tous les citoyens actifs doi- 
vent être soldats de la patrie. Je crois qu'on ne doit 
écarter ni le vieillard qui a assez vécu pour pouvoir 
mourir libre, ni le jeune citoyen qui bientôt deviendra 
l'un de ses plus fermes soutiens. La milice nationale 
n'est autre chose que la commune armée ayant pour chef 
ses officiers municipaux. > 

Malgré ce discours, Topposition continua. 

Le 9 mai, M. de Saint-Ferréol, commandant de la mi- 
lice volontaire, déclara au maire qu'il n'eût pas d'inquié- 
tude, que la milice volontaire s'entendait fort bien avec 
la troupe pour le service de la place. 

L^ autres commîmes n'avaient pas agi ainsi. A Vence, 
parexempîe. lagardenationaleétait entièrement constituée 
dès la fin du moi d août 1TS9. Le 25 avril 1790, elle avait 
prèt'^Ies'^rment^et fait bénir son ilrapeauparM^^rÉvèque. 
L'ëtai-m:t <jr avec le o>rps municip;il all:\ prendre Tévè- 
quedaas son ptiais, et le prc^Iat accompagné de son cha- 
pitre éiant arrivé au sanctuaire, après le chant de 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 45 

VExaiidiatj prononça un dis(îours fort affectueux et 
fort touchant analogue à la cérémonie. Les drapeaux 
lui ayant été présentés par le maire et par le commandant, 
il les bénit, puis il fut reconduit solennellement à l'évê- 
ché. La garde nationale, de retour à THôtel-de- Ville, 
prêta le serment à la Nation, à la Loi et au Roi, au mi- 
lieu des cris réitérés de : Vive la Nation ! Vive le Roi ! 

Le 9 mai, les gardes nationaux du Broc, de Garros et 
de Vence commençaient déjà à arrêter les émigrants, et 
les conduisaient dans la prison de Grasse. Pour combattre 
ce qu'on appelait la Contre-Révolution, toutes les milices 
nationales formèrent dans la France entière une sorte de 
pacte d'union appelé pacte fédératif. En attendant la 
grande réunion de Paris, chaque département eut la 
sienne. Le 20 mai, deux cent cinquante communes en- 
voyaient leurs représentants à BrignoUes. On y attendait 
depuis quatre ou cinq jours les députés de Marseille qui 
n'arrivaient pas, à cause de la fermentation qui régnait 
dans cette ville. On se réunit dans l'église des Cordeliers. 
Les fédérés s'engagent à se secourir mutuellement contre 
les efforts incessants de l'ancienne aristocratie. Les muni- 
cipalités organiseront définitivement leurs milices natio- 
nales ; il y aura trois bureaux de correspondance pour se 
mettre rapidement en rapport : Digne, Lambesc etFréjus. 
En cas d'attaque imprévue de l'étranger, ou de quelque 
mouvement intérieur, le bureau , avisé le premier, avertira 
les autres et les communes environnantes, en indiquant 
le lieu de réunion des milices. Chaque municipalité fera 
marcher aussitôt le plus d'hommes possible avec vivres 
et munitions. Il est dit que l'Assemblée ne peut voir sans 
indignation les détestables manœuvres de ceux qui, sous 
le prétexte d'une religion sainte, que leur conduite outrage, 
veulent renouveler dans le siècle de la raison et de la phi- 
losophie les horribles attentats des siècles du fanatisme.Elle 
voue àl'exécration la délibération des catholiques de Nîmes 



46 CHAPITRE PREMIER 

qui veulent mettre entre les mains des citoyens français le 
poignard du fanatisme. Elle invite les municipalités à 
empêcher la distribution des libelles incendiaires qui ten- 
dent à égarer le peuple contre la Constitution. Elle invite 
à employer tous les moyens possibles pour extirper la 
mendicité et le vagabondage, et pour arrêter ces gens 
sans aveu dont le nombre effrayant inonde les villes et 
les campagnes. Comme la vente des biens domaniaux et 
ecclésiastiques et la confiance aux assignats sont les 
moyens les plus propres à consolider l'édifice de notre 
Constitution, elle invite les municipalités à acquérir les 
biens qui sont à sa convenance et à seconder de tous leurs 
efforts les intentions de l'Assemblée nationale. Les agents 
du pouvoir exécutif, et notamment les commandants et 
les états-majors des places fortes, officiersdu génie et de 
l'artillerie doivent prêter le serment comme les autres ; 
s'ils s'y refusent, il faut les dénoncer à l'Assemblée natio- 
nale commet antipatriotes. L'Assemblée prie l'Assemblée 
nationale de réunir Avignon à l'Empire français. 
Voici les termes du pacte fédératif de Brignolles : 
< Nous sommes libres et citoyens français, députés en ce 
lieu par les municipalités des départements, pour y jurer 
en leur nom le pacte fédératif d'union fraternelle et civique. 
Reconnaissant que la liberté est le patrimoine des hom- 
mes, quo le pacte social ne peut avoir de base immuable, 
s'il ne repose sur les droits éternels et sacrés de la nature, 
que la Constitution dont la France goûte déjà les premiers 
bienfaits peut seule nous rendre ces droits, imperceptibles 
sans doute, mais cruellement altérés par treize siècle 
d'erreurs et d'abus, et qu'enfin c'est à la force qu'il appar- 
tient d'assurer l'exécution des lois décrétées par la justice, 
nous arrêtons de réunir le concours de nos lumières et de 
nos forces pour défendre d'aussi grands intérêts, de nous 
aider mutuellement de nos conseils et de nous secourir 
fraternellement de nos armes. Nous regardons comme 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 47 

ennemis tous ceux qui le sont de la Constitution. Nous 
appelons la vengeance du ciel sur ces monstres, qui sous 
rabominal)le prétexte de défendre une religion qu'ils ou- 
tragent, essayent d'allumer les torches et d'aiguiser le 
poignard du fanatisme. Puisse notre anathème attirer sur 
leur mémoire l'exécration des siècles à venir. Nés pour 
vivre libres sous l'empire des lois, unis désormais par les 
liens d'une égalité patriotique, fiers et uniquement jaloux 
du titre de citoyen français, nous abjurons tout privilège, 
toute qualité, tout titre qui tendrait à nous distinguer de 
la grande nation. Enfin pour assurer l'exécution du pacte 
dont notre intérêt même est le garant,c*est au nom de Dieu, 
qui lit dans les cœurs des parjures, c'est en présence de nos 
frères,témoins de l'imposant appareil de cet acte religieux, 
que nous jurons d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au 
Roi et de maintenir la Constitution jusqu'à notre dernier 
soupir. » 

Vingt-quatre membres, après avoir pris connaissance de 
ce serment ne crurent pas devoir le prêter, et quittèrent 
Tassemblée.Tous les autres, la main le vée prononcèrent la 
formule. 

Pendant l'assemblée de Brignolles, Vence faisait son 
émeute, et contre qui? Contre celui-là même qui avait déjà 
renoncé à tous ses privilèges. Le seigneur continuait à gar- 
der son banc dans l'église. La municipalité le revendiqua 
pour elle-même. M. le marquis de Villeneuve répondit que 
ce banc lui appartenait comme haut justicier du lieu. La 
populace ameutée voulait aller l'assiéger dans sa maison. 
C'était le 12 mai, à l'époque des fêtes de la Pentecôte. La 
municipalité empêcha le désordre et écrivit à l'Assemblée 
nationale, quelaisser ces privilèges aux seigneurs ce serait 
compromettre le succès de la révolution et de la liberté 
française : < Nous avons eu peine à contenir le peuple qui 
voulait se faire justice lui-même. Et ce n'est qu'au nom 
de l'auguste Assemblée Nationale et du respect qu'il a pour 
ses décisions que nous sommes parvenus à le calmer. 



48 CHAPITRE PREMIER 

M. de Villeneuve dut enlever ses bancs. Quelques jours 
après le Conseil municipal défendait à Tévêque de présider 
le bureau de l'hospice. Et puis voici que les évoques de 
Noyon et de Toulon, obligés de fuir de leur diocèse, arri- 
vent à Vence sur ces entrefaites. Le parti .du peuple, 
hostile aux nobles et au clergé, s'agite de nouveau. Les 
deux prélats ayant besoin de donner leur procuration chez 
un notaire avant de quitter la France, s'adressent à maître 
Blacas. On s'assemble sous ses fenêtres, on profère des 
cris de mort (2G mai;. Les autorités municipales accourent 
à temps pour arrêter la foule ; et envoient immédiatement 
demander du renfort à monsieur de Cugnac, gouverneur 
d'Antibes. 

vu. — TROISIÈME ALERTE. 

Pour la troisième fois, la rumeur se répandait d'une 
invasion prochaine des étrangers unis aux émigrés. E| le 
maire de Vence écrivait le 27 mai à M. de Cugnac : 
< Ce que nous avons à craindre et à combattre ce n'est 
pas tant un ennemi étranger que l'ennemi domestique. 
Nous avons besoin d'armes et de munitions. Envoyez- 
nous 200 fusils, ou au moins des baïonnettes, pour ne faire 
servir les balles et la poudre qu'à la dernière extrémité. > Il 
prie en môme temps le maire d'Antibes de lui céder les 
tambours laissés par le régiment Corse. < Nous montons 
la garde nuit et jour. > Le consul Leseurre, au sujet de 
l'invasion étrangère essayait pourtant de calmer cette 
panique : « J'ai reçu hier la lettre que vous m'avez écrite, 
disait- il le 25 an maire d'Antibes. Cette prétendue armée 
de plusieurs mille hommes, prête à entrer en Provence, 
n'existe pas. 11 n'y a rien ni à Sospel, ni à Tende, ni à Nice. 
11 n'y a ni approvisionnements, ni armements, ni rassem- 
blements, ni troupes, ni argent, ni moyens, ni intentions, 
ni projets semblables. N'ajoutez aucune foi pour le moment 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 49 

à tout ce qu'on Ton pourra vous dire. Je vous avertirai 
au moindre mouvement. » 

Ce qu'il y a de plus curieux, ce sont les dénonciations 
d'un adjudant des chasseurs des Ardennes en garnison à 
Monaco. Il écrit au maire d'Antibes en juin : 

€ Entre 9 et 10 heures du matin, dit-il, j'étais chez M. 
ColUnet, quartier-maître, trésorier du bataillon et je lui 
faisais part des nouvelles du courrier d'Avignon n"* 126. 
Entnî M. de Castellane, officier. On se met à parler des 
privilèges et de la dureté des grands; on parle de M. Millo, 
commandant de place qui se montrait dur envers la 
troupe, du prince deMonaco,qui mettait un officier en pri- 
son et l'y oubliait. Alors me tournant vers M. de Castellane, 
je lui dis : — Le prince en a joliment rabattu cette année, 
et il n'a plus passé de revue. — On ne lui a pas oflfert d'en 
passer , reprit Castellane. — Ah ! je me doute bien 
pourquoi. — Et pourquoi ? — Parce qu'en endossant son 
uniforme de maréchal, il eut été obligé de mettre la co- 
carde qu'il a en horreur. L'an dernier, à l'arrivée de ses 
gens à Antibes, dès qu'ils furent en mer sur la felouque du 
prince, il leur signifia de mettre la cocarde dans leurs po- 
ches, avec défense de ne plus la porter. La femme de M. 
Angelous, son secrétaire, qui avait fait provision à Paris 
de rubans tricolores, ne peut en faire usage à Monaco. Le 
fils du prince, qui a passé son hiver à Nice, étant venu 
voir son père à Monaco, a porté, comme pour nous nar- 
guer, une cocarde noire sur son uniforme de major du ré- 
giment des chasseurs. > M. de Castellane entrant alors en 
fureur contre moi, me demanda de quoi pouvait servir ce 
chiffon-là ; que dans son pays de Gascogne personne ne 
le portait, et qu'à son avis la France était devenue folle. 
Je lui répondis qu'à la vérité il se commettait bien des 
extravagances, mais que l'Assemblée y mettrait bon 
ordre. 

€ Là-dessus, il riposta que dans un mois il n'y aurait plus 



50 CHAPITRE PREMIER 

d'Assemblée nationale, qu'elle serait égorgée et qu'il ne 
voudrait pas être dans la peau du comte de Mirabeau. J'en 
frémis d'indignation. Il a fini par me dire que cette révo- 
lution lui enlevait les trois quarts de sa fortune. Quoi ! cette 
heureuse révolution qui doit un jour faire l'admiration de 
l'Europe entière, qu'en ce moment je regarde comme le 
plus beau des phénomènes ! Ses ennemis sont dans les 
classes privilégiées sur qui l'ancien régime répandait tou- 
tes ses faveurs au détriment des honnêtes citoyens. Je 
dois vous annoncer que le prince Joseph, fils du prince de 
Monaco, est venu ici le 21 avec le prince Camille et qu'il 
est entré à l'imprimerie par la porte de derrière. Il y a 
aussi un abl)é do la Vannière, un M. Ferrault, conseiller 
au Parlement de Paris, et M. de la Fargue, chevalier de 
Saini^Louis. Ce sont autant d'ennemis de la Révolution 
qui colportent de Monaco des écrits incendiaires. Indi- 
quez-moi ce que je dois faire. > 

Quelques jours après, il dénonçait le lieutenant Colon. 
€ Aujourd'hui samedi, étant à déjeuner chez moi avec le 
ca[)itaine Gabres, j'apprends que le lieutenant Colon a 
tenu les propos suivants chez le maître-tailleur. Un chas- 
seur se faisait prendre mesure d'un habit pour partir à 
Paris, assister à la fête de la Fédération. — Savez-vous 
faire un habit ? dit Colon au maître-tailleur. — Assuré- 
ment, c'est mon métier. — Eh bien, prenez mesure à mon 
chien ; je veux l'envoyer siéger à l'Assemblée de Paris. 
Un certain Paris, receveur de tailles, en s'indignant contre 
l'abolition des armoi ries : < Moi , criait-il , si j 'étais le maître, 
je ferais brûler vifs tous les représentants de l'Assemblée.» 
Voilà ce qui se dit à Monaco. — En attendant mon passage 
à Antibes, recevez mon serment civique: « Je jure, 
sur mon àme et toutes mes facultés, d'être fidèle à la 
Nation, à la Loi et au Roi, et de servir de tout mon cœur 
la nouvelle Constitution. > Cette façon d'hommes de 
Baudry ne me plaît pas. » 



ASSEMBLEE CONSTITUANTE (1790) 51 

Le marquis de la Planargia à Nice avait un rôle diffi- 
cile à remplir vis-à-vis des émigrés et du gouvernement 
français. On avait dit à Vence et à Antibes que les Niçois 
et les émigrés avaient insulté la cocarde française et Tu- 
niforme de garde national. M. de la Planargia rassu- 
rait en ces termes le maire d'Antibes: 

€ Nice, le 23 juin 1790. Il n'y a eu aucune violence 
contre les gardes nationaux et contre les citoyens fran- 
çais. On leur laisse porter la cocarde nationale, quoi- 
qu'elle soit défendue chez toutes les autres puissances 
étrangères. J'ai même fait arrêter trois individus de Saint- 
Martin du Var qui, par un zèle sauvage, avaient arraché 
la cocarde à un Broquois venu au romérage . La munici- 
palité broquoise m'en a remercié. N'ajoutez pas foi à tou- 
tes les odieuses faussetés qu'on forge en France contre la 
ville de Nice. Cependant, Messieurs, je ne pourrais pous- 
ser la tolérance jusqu'à laisser porter, dans cette ville ou 
dans la province, des cocardes ou autres devises qui au- 
raient des emblèmes opposés aux principes de notre État ; 
d'un autre côté, je n'oublierai rien pour maintenir la paix 
et la bonne harmonie entre les deux pays limitrophes. > 

De grandes solennités s'accomplissaient dans les dis- 
tricts de Grasse et de Saint-Paul, pendant le mois de 
juin. Le serment fédératif, après s'être prêté à BrignoUes, 
devait aussi avoir lieu dans chaque district et dans chaque 
commune. Or, le 20 juin, cette fête nationale se célébrait 
dans la plaine de Chàteauneuf au milieu d'un concours con- 
sidérable de peuple et de dix mille gardes nationaux. On 
y dressa l'autel, on y prononça des discours et l'on jura. 
Malheureusement, des gardes nationaux de Grasse se mi- 
rent à insulter ceux d'Antibeset de Vallauris, à les traiter 
de réactionnaire-s, d'antipatriotes. La députation antiboise 
et le bataillon de la garde nationale, qu'y avait conduits 
le major, Gabriel Bouchard d'Aubeterre, se retirèrent, 
ainsi que le commandant Girard, de Vallauris. Cette scène 



5*2 CHAPITRE PREMIER 

regrettable ne fera qu'augmenter l'antipathie de ces deux 
villes,si bien qu'Antibes essaiera de se détacher de la juridic- 
tion de Grasse. C'est l'objet de la délibération du 27 juin. 
Le maire expose que la ville d'Antibes réclame, depuis des 
siècles, sa séparation de la juridiction de Grasse, et qu'il 
n'est aucun des habitants qui ne regarde le jour, où cette 
demande sera accueillie, comme celui qui servira d'é- 
poque à son bonheur : < Jusqu'ici notre cité a été courbée 
sous son joug. Le moment est venu de prendre Tattitude 
qui convient à une ville libre et française ». On sollicitera 
cette séparation dans l'assemblée électorale qui doit se 
tenir à Toulon, et on la motivera sur l'inimitié croissante 
que Grasse a toujours eue pour Antibes et sur ce qui s'est 
passé au camp fédératif de Chàteauneuf, où elle a éclaté 
avec plus de violence que jamais. On tâchera d'obtenir la 
réunion d'Antibes au district de Saint-Paul, d'autant plus 
que Grasse compta 206 feux, tandis que Saint-Paul n'en a 
que 58. > La garde nationale d'Antibes et la municipalité 
ont envoyé une députation à la Confédération générale 
de Paris, et non à Grasse, à cause du peu de sécurité 
qu'elles auraient trouvé dans l'assemblée qui a été tenue 
hier, 26 juin, dit l'acte de délibération du 27. 

Toutes les communes ensemble firent le 14 juillet, en 
même temps que Paris, une grande solennité qui prit le 
nom de fête de la Fédération. Le clergé lui-même y prit 
part ; un autel fut élevé sur la place principale de chaque 
commune, et la messe y fut célébrée. On y chanta le îh- 
mine Salvum et le Te Deum. 

Grasse dressa son autel enguirlandé sur le Cours ; Anti- 
bes, sur la place Neuve. Ici assistaient la municipalité et 
toute l'administration au grand complet, l'Etat-Major, 
MM. de Cugnac, Désiré de Sanglier, major du Fort- 
Carré, Balthazar Maurice de Barquier, le futur général. 
11 y avait outre la milice volontaire, les chasseurs des Ar- 
dennes, les chasseurs Corses, une compagnie du régiment 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 53 

de Salis-Grisons (Suisse), une compagnie du régiment de 
Clémensalle, les canonniers des Invalides. Le maire pro- 
nonça le discours suivant : 

€ Messieurs, dit-il, quel spectacle plus imposant que 
celui que les Français nous présentent en ce jour. Jamais 
les fastes de Thistoire ne peuvent vous en offrir un pareil. 
Une nation entière, après avoir langui pendant des siècles 
sous le joug de l'oppression, vient de recouvrer les droits 
imprescriptibles de Thomme, la liberté et l'égalité ; et le 
premier usage qu'elle en fait c'est de se réunir à sa capi- 
tale pour ne faire de tous les citoyens de ce vaste empire 
qu'une famille de frères. Joignez-vous, Messieurs, à ces 
généreux frères ; adhérez au pacte fédératif qu'ils vont 
contracter et jurez de maintenir la Constitution et d'être 
fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi. Oui, nous maintien- 
drons cette Constitution ; c'est par elle que nos fers sont 
brisés, que notre liberté est pour toujours assurée. Oui, 
nous serons fidèles à la Nation. Maintenant nous avons 
une Patrie, et la défendre sera le plus saint et le plus cher 
de nos devoirs. Nous seront fidèles à la loi . Par elle nos pro- 
priétés et nous serons protégés. L'anarchie ne serait-elle 
pas le pire des maux ? Nous serons fidèles à notre roi, il 
est le père et l'ami de son peuple, le restaurateur de la 
liberté française. Que de titres pour nous le rendre cher ! 
Généreux soutiens de la Patrie, vous dont les mains sont 
armées pour la défendre, et vous enfants de la gloire, 
braves soldats, je lis dans le fond de vos cœurs, et je vois 
couler vos larmes, vous êtes impatients de prononcer ce 
serment sacré. Oui, qu'un même cri se fasse entendre et 
que nos lâches ennemis palissent d'effroi. Nous sommes 
libres et nous sommes frères. » 

Midi sonnait ; une décharge de toute l'artillerie de 
l'armée et des forts retentit et le maire prononce le 
serment. Tous crient : Je le jure. M. de Cugnac parle à 
son tour au nom de tout le corps administratif de la 



54 CHAPITRE PREMIER 

place ; M. d'AUons, au nom des chasseurs royaux des 
Ardennes. Après quoi, la joie éclate, on crie mille fois : 
Vive la Nation ! Vive la Loi ! Vive le Roi Louis XVI, le 
restaurateur de la liberté ! Vive la Garde nationale 
antiboise ! Vivent les Chasseurs de Provence ! 

L'après-midi,on fraternisa pêle-mêle citoyens et soldats, 
on fit de bruyantes farandoles et des danses, avec tambours 
et musique. Le soir, à 9 heures, toute la ville illumina, 
chaque citoyen alluma des feux devant sa maison : et 
cette fête se termina avec cette satisfaction que ressent 
et apprécie seul V homme vraime^it libre. Tous les officiers 
municipaux et les chefs de corps ont signé le registre des 
délibérations. On lit parmi les officiers : le chevalier de 
Radulfd, Chiarelli, Sainte Croix, le sieur des Fossés, le 
chevalier Agaldy, le chevaher de Girabotti, Gabrielli, de 
Quincenet, d'Agar ; les sergents Jolibois, Graindavoine, 
la Violette, la Victoire, Beauséjour. Il y a même le clergé 
d'Antibes, Barquier, curé. Merle, Jaubert, Ardisson, 
vicaires, Raybaud, prêtre. 

L'enthousiasme n'est pas moindre à Vence. Après avoir 
entendu la messe dite à la cathédrale par le chanoine 
Rostan, aumônier de la garde nationale, le Conseil muni- 
cipal et la garde nationale se rendent sur le Coui^. On 
prête le serment. Le soir il y eut aussi danse, et à la nuit, 
feu de joie, illumination et feu d'artifice. Une circonstance 
particulière à noter, c'est qu'après le serment civique, la 
municipalité entra en délibération pour recevoir avec 
honneur le portrait de M" Surian, ofiert par l'adminis- 
tration de l'hospice à la commune. On décida que le por- 
trait de ce prélat, illustre par ses talents et ses vertus, qui 
avait comblé la ville de ses bienfaits et laissé aux pauvres 
une succession considérable, resterait placé dans la salle 
du Conseil, où on le voit encore aujourd'hui. L'avocat 
Théodore Guérin avait composé pour la circonstance une 
notice du savant évêque académicien dont il distribua des 
exemplaires à tous les municipaux. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 55 

M. Théodore Guérin mérita Thonneur d'être élu com- 
me membre du Directoire de Tadministration centrale du 
département, résidant à Toulon. La municipalité de 
Vence Ten félicita : < Notre pays s'applaudit, dit-elle, de 
vous avoir donné le jour, et il ressentira les effets de 
votre élection à ce poste éminent. » Les suffrages se por- 
tèrent aussi sur M. Léonore Bernardy d*Antibes, sur 
MM. Gazan, Roubaud et de Bain de Grasse, M. Mauret 

de Gagnes, etc Les compétitions recommencent. Bri- 

gnolles voudrait l'emporter sur Toulon, Grasse sur 
Draguignan, Antibes sur Saint-Paul. Il n'y a pas jusqu'à 
Cannes qui se pose en antagoniste de Grasse ; Fréjus et 
Saint-Raphaël qui veulent l'emporter sur Draguignan. 
Antibes voudrait obtenir le tribunal du district, puisqu'elle 
a eu jusqu'à ce jour ses trois tribunaux... Elle se plaint 
beaucoup de ce qu'on rappelle à Toulon et à Marseille 
presque toute sa garnison, de ce que le commerce est 
anéanti, que les terres sont en friche. < Les trois cents indi- 
vidus qui viennent de la rivière de Gênes et de Nice 
exploiter notre territoire emportent chez eux au bout de 
trois mois une grande partie du numéraire. Une bonne 
garnison rendrait un peu de vie et d'aisance à notre 
ville, > (c'était le !•' août). 

Le 29 août, le maire annonçait au conseil antibois que 
les démarches de la municipalité avaient échoué. < Un 
décret de l'Assemblée nationale a ordonné que la Viguerie 
de Grasse resterait dans son intégrité. Ainsi le crédit et 
l'intrigue l'ont emporté. La France entière est instruite 
des insultes graves que nos citoyens ont essuyées de la 
part de la garde nationale de Grasse au camp fédératif de 
Chàteauneuf. Elles ont été suivies des menaces les plus 
outrageantes dont nous avons la preuve écrite dans nos 
archives. Depuis que la ville de Grasse est parvenue à 
s'emparer du siège épiscopal qui avait été érigé chez 
nous, elle n'a cessé de nous faire sentir le poids de sa 



56 CHAPITRE PREMIER 

supériorité et le joug de sa tyrannie, au point qu'il règne 
entre les habitants respectifs un sentiment de haine qu'il 
sera impossible de déraciner, tant qu'ils se trouveront 
réunis dans le même district. Cette haine s'est singulière- 
ment accrue par les insultes que nous avons reçues au 
camp fédératif. Nos électeurs n'ont pu depuis se rendre à 
l'assemblée du district tenue à Grasse, le 20 de ce mois, et 
par cette abstention la ville d'Antibes s'est trouvée sans 
influence dans le choix des administrateurs du district ; 
l'Assemblée primaire et celle de la commune ont déclaré à 
l'unanimité qu'on ne se rendrait jamais à l'Assemblée du 
district. Toutes ces raisons bien examinées, le Conseil 
adresse une pétition à l'Assemblée nationale pour être 
réuni à Saint-Paul qui n'est qu'à deux lieues et demie 
d'Antibes, et pour avoir à Antibes le tribunal de première 
instance. 

On chargera encore, le 14 septembre, M. Léonore Ber- 
nardy de recommander cette afiaire aux administrateurs 
de Toulon. Antibes n'était vraiment pas favorisée. Elle 
apprendra le 17 octobre que deux de ses tribunaux sont 
définitivement supprimés, et que celui de l'amirauté est 
balancé. Le Conseil écrit à l'Assemblée nationale, que 
l'abolition du tribunal de l'amirauté porterait un coup 
funeste au commerce d'Antibes. Nouvelle pétition pour 
être réuni à Fréjus si le district de Saint-Paul est supprimé. 
Elle fait valoir la constante bravoure de ses habitants. 
Huit cents d'entre eux ont péri généreusement à la 
Hogue. En 1746 la population a déclaré préférer s'ense- 
velir sous les ruines de la ville que de se rendre. Elle 
renouvelle la demande du tribunal de commerce, du 
tribunal de première instance et la conservation du tribu- 
nal de l'amirauté, sans plus de succès. Vence n'obtient rien 
contre Saint-Paul. Le sieur Pierre-Henri Mougins, mem- 
bre du directoire de Grasse, envoyé à Vence pour faire 
le recensement de la population, constate que cette com- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 57 

mune a énormément exagéré puisqu'il n'y a que 2.615 
habitants, au lieu de 4,000 qu'elle prétendait avoir. 

Grasse et Saint-Pavl triomphaient. 

Le conseil administratif ou directoire du district de 
Grasse se compose de la manière suivante : MM. Giraud 
Honoré président, Roubaud, Durbec, Henri Mougins, 
Cavalier, Olivier, Gourmes, Bérenger, Rancé, Mallet, 
Sassy, Carmin, H. PerroUe et Serraire. M. Antoine Cresp 
maire. Le 30 octobre toute l'administration assistait dans 
l'église des Cordeliers au service funèbre des victimes de 
la garde nationale de Nancy. 

A Saint-Paul : MM. Alziary , Hyacinthe Mougins,Porcel, 
Isnard, Barrière de Saint- Jeannet, Bonnet, Bérenger, 
J. Isnard, G. Maurel, A. Constantin, B. Josserand.il 
commence ses délibérations le 6 août. François Alziary 
est le commandant de la garde nationale. « 11 s'agit de 
déployer une activité fébrile et continue pour consti- 
tuer à nouveau le royaume de France, contre l'opposition 
intérieure et les alarmes continuelles de l'extérieur. > 

VIII. — QUATRIÈME ALERTE. 

Elle nous vient des régiments en garnison à Antibes et 
à Monaco. On répand de plus la nouvelle le 3 août que 
des troupes se concentrent à Nice, et qu'une escadre an- 
glaise entrera prochainement dans la Méditerranée ; on 
a rencontré des troupes allemandes qui se rendent en 
Brabant. Un bateau napolitain, venant de Villefranche à 
Antibes , annonce qu'une frégate anglaise débarque à 
Villefranche des canons et des munitions de guerre. Aus- 
sitôt Grasse, Saint- Paul et Vence demandent des armes à 
M. de Coincy, lieutenant général de Provence. Le maire 
d' Antibes observe qu'il n'y a que deux cents hommes de 
troupes à Antibes e^ que trois soldats seulement gardent le 
fort carré. Le Ministre de la guerre envoie un renfort de 



58 CHAPITRE PREMIER 

deux bataillons. On reconnaît encore une fois que ces 
bruits sont prématurés. 

Vallauris faisait une émeute le 12 novembre. M. Plau- 
cheur y accourut d'Antibes avec un détachement de garde 
nationale. Pierre Guirard fit des excuses au nom de son 
fils, fauteur du désordre. Mais le véritable périU disait-on, 
se trouvait dans la garnison d'Antibes et de Monaco. Il 
y avait un complot ourdi entre les émigrés de Nice et les 
chasseurs royaux de Monaco et d'Antibes. Les ordres ve- 
naient de Turin où l'on achetait dc^ chevaux et où l'on 
forgeait des armes. Les conjurés portaient une rosette 
bleue et une croix à la boutonnière. Déjà, le 17 août, le 
conseil de guerre d'Antibes avait condamné à la peine de 
mort par contumace dix chasseurs royaux qui avaient 
déserté leur drapeau. Le 24 novembre, la garnison d'An- 
tibes devait se révolter. Or, le 20 novembre, le comman- 
dant de place qui avait l'éveil ordonne de saisir, dans une 
maison de la place du Ravelin, un grenadier du régiment 
de Vexin qu'on soujiçonnait du complot. Les chasseurs 
royaux prennent parti pour lui et ameutent une partie 
du peuple. On hue le peloton chargé de l'arrêter. Le gre- 
nadier se sentant soutenu rentre dans la maison. Il était 
6 heures 1/2 du soir. Le conseil municipal arrive, convo- 
que la garde nationale, disperse le peuple et fait conduire 
le grenadier à la prison militaire. Un compte-rendu de 
cette affaire partit pour Toulon, Marseille et Paris. 

Voici ce qu'écrivent les Antibois le 12 novembre au 
directoire du Var : « Messieurs, il est de notre devoir de 
vous instruire que la chose publique est en danger, et que 
les réfugiés français qui sont à Nice font les préparatifs 
nécessaires pour venir s'emparer de notre place. Malgré 
l'état de détresse dans lequel nous nous trouvons, soyez 
persuades. Messieurs, que nous ferons tout ce qu'il nous 
sera possible de faire pour les repousser. Notre garnison 
est des plus Ciibles; nos remparts sont presque sans 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 59 

canons, et la place a très-peu de munitions. Cependant 
nous ne nous découragerons pas. Nous mourrons, s'il le 
faut, mais nous mourrons libres ; nous nous ensevelirons 
sous les ruines de notre patrie. Ils n'arriveront à nous 
qu'en marchant sur nos cadavres expirants. Nous ne vous 
demandons qu'un marbre avec cette inscription : Ici fut 
Antihes. — Signé : Reille, maire, Vautru, Bonneau, 
Reibaud, Tourre, procureur de la commune (1). > 

On bâtit sur cet incident tout un vaste système de con- 
spiration. Antibcs, disait-on, a la gloire de l'avoir fait 
avorter. Le maire de Nîmes écrivait à celui d'Antibes : « Il 
paraît que l'exécution d'un projet de contre-révolution 
devait se tenter en divers lieux à la fois. A Perpignan les 
bons citoyens devaient être égorgés. A Lyon, une trame 
odieuse a été éventée et ses coupables auteurs ont été ar- 
rêtés. Un fourbisseur de Turin a la commission de fa- 
briquer une certaine quantité de grands sabres à lame de 
solingen larges, et de trois pieds et demi de long, tran- 
chants des deux côtés, la pointe à langue de serpent bien 
aiguë en cuivre doré, à plusieurs branches pour garantir la 
main. A mesure qu'on en fabrique, on les envoie à Nice, 
et l'ouvrier en a déjà fabriqué plus de 400. 11 est chargé 
aussi de faire des stylets triangulaires pour porter sur le 
tèton gauche. Il n*y aura plus de réfugiés français dans 
un mois en Piémont. Le moment du départ des princes 
doit être signalé par une rixe nouvelle dont le prétexte 
serait la religion. Tandis qu'ils s'avanceront vers le Var 
cent mille partisans arriveront de France à leur secours. 
Ceux-ci ont envoyé à Gênes l'abbé de Galonné pour em- 
prunter six millions sur des diamants. La république ne 
l'a pas souffert sur son territoire. Le sieur Biaise de Va- 
lence, fils d'un receveur du prince de Monaco, compromis 
dans l'affaire de M. de Bussy, a été arrêté à Lyon avec un 

(i) Moniteur. toI 6. p. 601. 



60 CHAPITRE PREMIER 

sieur Borie. Il a pu se sauver par l'entremise du sieur de 
la Chapelle, alors commandant de la garde nationale, et 
aujourd'hui réfugié à Turin auprès du prince de Condé. 
La plus grand partie de la jeunesse de Valence est en- 
rôlée dans ce complot. Ce qui vient de se passer à Lyon 
peut faire ouvrir les yeux. Il se tient à Turin quatre 
conseils par semaine. > 

Cependant des lettres de félicitation pleuvaîent à An- 
tibes. Le consul Le Seurre écrivait de Nice : < J'ai lieu de 
regarder le succès de la révolution à peu près assuré et la 
fin de Topposition, au moins de nos côtés. > Le citoyen 
Barquier, antibois, domicilié à Paris, électeur de la ville 
de Paris depuis le 14 juillet 1789, membre de la Société 
des amis dé la Constitution, rue du Bazar-Richelieu, 4, 
écrit à ses concitoyens qu'il les complimente d'avoir 
déjoué les complots des ennemis de la Constitution. L'ad- 
ministrateur du département du Gard s'exprime en ces 
termes : « Nous avons lu avec attendrissement le récit de 
votre dévouement généreux dans la lettre que vous avez 
adressée aux administrateurs du Var. Vous voulez mourir 
pour la cause de la patrie, et vous êtes glorieux du poste 
périlleux que le sort vous a confié. Nous frémissons de 
vos dangers et nous brûlons de les partager. S'il le 
faut, nous volerons à votre secours, fallut-il mourir 
comme les Spartiates aux Thermopyles. Qu'ils sachent, 
ces vils assassins, que la vengeance les attend, que l'en- 
thousiasme de la liberté fermente dans l'àme de tor.s les 
Français. > 

En vue de toutes ces rumeurs, M. de Cugnac obtient de 
M. de Coincy un nouveau secours de 200 hommes des 
régiments Dauphin et Barois. Ils arrivent à Grasse le 2 
décembre. 

Le directoire de Grasse écrit à Toulon le 3 décembre : 
€ Le détachement de troupe de ligne a été accueilli hier à 
Grasse avec toute la fraternité qu'il méritait. Des ordres 



ASSEBiBLÉE CONSTITUANTE (1790) 61 

étaient donnés qu'on le dirigeât sur Antibes ; mais 140 
citoyens pétitionnent pour qu'on le leur laisse. > 

Le directoire de Toulon ordonne en outre aux districts 
de Grasse et de Saint-Paul de renforcer la garnison d'An- 
tibes par 300 hommes de leurs gardes nationaux. 

On apprend le 6 décembre qu'il y a un projet d'invasion 
par Puget-Théniers sur Entrevaux, Castellane et Digne. 
Les officiers municipaux de Grasse proposent aussitôt 
aux Dignoisde leur envoyer la garde nationale. Le maire 
d'Antibes écrit aux communes : « Comme il est de Tin- 
térêt de tous d'être unis et de se porter secours, s'il arri- 
vait que vous fussiez les premiers attaqués, vous pouvez 
compter sur nous. Nous recevons une circulaire du Di- 
rectoire au sujet d'un projet contre-révolutionnaire et 
d'une invasion ennemie sur la frontière. > Le 9 décembre 
le détachement d'artillerie arrivé à Antibes trouve les 
canons braqués sur la place. Ordre est donné à tous les 
gardes nationaux d'accourir au premier signal sur la 
place Sainte-Claire. Quarante hommes choisis iront im- 
médiatement au magasin de poudre. 

Le 19 décembre, les officiers municipaux d'Antibes 
prêtaient, après la grand'messe, le serment à la Con- 
stitution. Tout le clergé souscrivait: MM. Barquier, curé, 
Merle, Ardisson, Gandolphe. 

IX. — TROUBLES DE GRASSE. 

Une autre cause de division compliquait encore la si- 
tuation. L'Assemblée nationale obligeait, par son décret 
du 28 novembre, tout le clergé à prêter le serment à la 
Constitution. Les évêques de Grasse, de Vence^ de Glan- 
dèves envoient une circulaire à leurs prêtres pour les 
engagera rester fermes dans la foi. Hélas! malgré ces 
ordres supérieurs, il y eut dans notre contrée trop de 
prêtres réftwîtaires. Le haut clergé, évêques et chanoines. 



62 CHAPITRE PREMIER 

resteront fidèles au Saint-Siège et à TÉglise et préfére- 
ront l'exil et la prison à un serment que réprouve leur 
conscience. De plus, l'État, de son propre droit, avait osé 
supprimer des évèchés. Le décret de l'Assemblée na- 
tionale était daté du 1®*^ octobre. Il fut signifié auxévêques 
de Grasse et de Vence le 28 octobre. En vain protes- 
taient-ils. Les fidèles catholiques prenaient parti pour 
eux et refusaient de pactiser avec les prêtres indignes qui 
rompaient avec leur évêque, et, par une lâche désertion, se 
faisaient prêtres constitutionnels. Nous nommerons en- 
tre autres MM. Mougins et Gasq, curés de Grasse ; MM. 
Vial et Archier, de Vence ; M. Barquier, d'Antibes, qui 
mettront la loi d'État au-dessus de la loi d'Église? De là le 
schisme, et une guerre de religion, la pire de toutes, se 
joignant à tous les fléaux de cette époque révolutionnaire. 

€ Le culte divin se continue à Grasse, écrira le direc- 
toire de Grasse à l'administration centrale de Toulon, 
mais une coalition s'est formée en faveur du ci-devant 
évêque Pninières. > Quel manque de respect pour un 
pontife vénéré, qu'on encensait hier ! ... « L'ex-chanoine 
Chéri, procureur fondé du curé Gasq infirme, est à la tète. 
La plupart des chanoines reprennent, dimanche prochain, 
le service du culte dans la cathédrale (9 novembre). Le ci- 
devant évêque est contraire à tous les décrets de l'Assem- 
blée nationale. > 

Le même directoire dénonce, le 21 novembre, le sup- 
pléant de M. le curé Mougins qui a lu au prône un mande- 
ment du ci-devant évêque Prunières. Une partie du peuple 
est pour l'évêquo et le chapitre, il doit faire une grande 
démonstration pour leur rétablissement. 

A cette nouvelle, le directoire do Toulon envoie à 
marche forcée sur Grasse deux cents hommes des régiments 
du Dauphiné et de Barois. Le 2S novembre, en apprenant 
que la troupe arrive, le peuple se rassemble. Le comman- 
dant de la garde nationale, M. Barbieri, laisse battre la 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 63 

générale. Le peuple va trouver le directoire pour lui de- 
mander qu'on fasse rétrograder les soldats. Le président 
répond qu'il ne peut rien contre les ordres supérieurs. On 
se dirige vers la municipalité, et Ton déclare qu'il faut 
rétablir Tévêque et le chapitre. 

Le 2 décembre les deux cents hommes entrèrent en ville 
et fraternisèrent avec la municipalité et le directoire. 

La force armée eut raison de cette démonstration. 

Le directoire signale un menuisier comme le principal 
meneur. 

Le 22 décembre 1790, les soldats de la compagnie 
France, dite de Castellane, en garnison au fort de l'île 
Sainte-Marguerite, voyant que les prisonniers au nombre 
de sept n'obtenaient, malgré leurs réclamations, aucun 
adoucissement à leur sort, vont trouver le commandant 
pour demander leur élargissement. Celui-ci, soit intimi- 
dation, soit sentiment d'humanité, accorda. Aussitôt nos 
soldats courant ouvrir les portes, prirent avec eux les 
détenus et se mirent à faire la farandole. 11 y en avait qui 
étaientlà depuis 1777, et entre autres le fils du premier 
président de Metz amené en 1781. Le comte de Monteil, 
détenu depuis trente-deux ans, refusa seul de sortir. Il 
déclara vouloir que la prison fût son tombeau. On alla re- 
mercier le commandant et on s'embarqua pour Cannes, 
où l'on continua les réjouissances. Vingt-cinq soldats es- 
cortaient les libérés. On se rendit à Grasse, tambour bat- 
tant et drapeau en tète. Chacun avait orné son chapeau de 
branches de laurier. Arrivés à Grasse, le conseil d'admi- 
nistration les logea à l'hôtel duDauphiné.ll envoya savoir 
ce qu'il en était auprès du commandant de Sainte-Mar- 
guerite et on rédigea un rapport à l'Assemblée nationale. 
On ne donna aucune suite à cette affaire. Les prisonniers 
s'en allèrent en liberté (1). 

(1) Moniteur — 1790 — 22 décembre. 



64 CHAPITRE PREMIER 

Le conseil municipal de Vence envoie au directoire de 
Toulon une dénonciation du curé Vial contre son évêque. 
Celui-ci se plaint que Tex-évêque Pisani commande encore 
à Vence. On répond de Toulon au curé qu'il est le seul 
maître dans la paroisse, qu'on n'a aucun ordre à lui donner, 
l'évêché étant supprimé; que c'est à lui de disposer digne- 
ment toute chose pour le service du culte divin, 

A la Roquette-Siagne, le peuple hue le curé constitu- 
tionnel. Les femmes le menacent jusqu'à l'autel, lorsqu'il 
est revêtu de ses habits sacerdotaux. Et le Directoire de 
Grasse écrit à la municipalité de la Roquette : < Que cette 
conduite oflfense la Religion, la Patrie et la Cionstitution ; 
qu'elle doit faire respecter le prêtre constitutionnel. » 

Voici ce qu'écrit l'évèque de Vence à ses ouailles au 
sujet de la Constitution civile du clergé ; le Directoire de 
Saint-Paul le dénonce au Directoire de Toulon (22 dé- 
cembre). 

€ Toujours évêque des âmes qui composent les parois- 
ses du territoire ci-devant appelé diocèse de Vence, et 
toujours comptable à Dieu du salut des officiers publics, 
comme de celui des simples fidèles, je ne puis me dispenser 
de vous instruire dans les circonstances alarmantes où se 
trouve l'Église, vous et Messieurs vos collègues, de vos 
obligations relativement à la prestation du serment que 
vous êtes obligés d'exiger des prêtres destinés aux fonc- 
tions du saint ministère. Le prophète annonçait aux rois 
les commandements du Seigneur sans crainte d'être con- 
fondu. A son exemple, je dois malgré les dangers inévi- 
tables auxquels je m'expose, je dois vous dire à vous, qui 
exercez une partie du devoir social, ce que la loi divine 
vous prescrit à l'égard de la demande de ce serment. Cette 
démarche de votre premier pasteur sera une des preuves 
de son zèle pour le salut de ses ouailles ; et si l'effusion de 
son sang pour le sacrifice de la foi était dans les décrets de 
la Providence, nécessaire pour la vérifier, je m'y soumets 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1790) 65 

avec joie comme Tapôtre. Si la religion chrétienne fait un 
devoir à tous ses disciples de se soumettre aux constitu- 
tions politiques et aux lois des divers empires où ils habi- 
tent, elle veut qu'en matière de foi ils obéissent à l'Église. 
Veuillez donc dans la prestation du serment n'y pas com- 
prendre les articles qui conrîernent les personnes, dépen- 
dant de l'autorité seule de l'Église. < Il finit ces admirables 
pages par les belles paroles de Saint-Ignace d'Antioche à 
ses fidAles : < Comme enfants de la lumière et de la vé- 
rité, évitez tout ce qui peut rompre l'unité. Là où est le 
pasteur, là, comme ses ouailles, vous devez le suivre. Je 
vous écris ceci, non parce que je crois que le schisme soit 
déjà au milieu de vous, mais pour vous prémunir, comme 
étant les enfants de Dieu. Que tous ceux qui appartiennent 
à Jésus-Christ demeurent attachés à leur évêque et que 
tous ceux qui s'en séparent pour communiquer avec 
les méchants en soient retranchés avec eux. Je vous 
souhaite mille bénédictions en Notre-Seigneur-Jésus- 
Christ. » 

Cette lettre de M*' Pisani est digne en tout des Pères de 
la primitive Église. 

179]. 

X. — CRAINTES ET ALARMES. 

Une lettre adressée de Turin à la municipalité d'Antibes 
contient les renseignements qui suivent : < Tous les agi- 
tateurs de Lyon vont quitter la ville pour se réunir à l'ar- 
mée étrangère. Ils sont plus de mille cinq cents. Le rendez- 
vous est à Évian d'où ils traverseront le lac pour gagner 
Iverdun. Là ils trouveront quatre vingt mille hommes des 
troupes autrichiennes et allemandes. L'empereur leur as- 
sure la Lorraine et l'Alsace. Dans peu de temps vous allez 
voir tout à feu et à sang 

€ La pauvre France sera livrée aux lâches assassina de 

5 



66 CHAPITRE PREMIER 

la Germanie. Je ne m'épouvanterais pas des ennemis du 
dehors, s'il n'y en avait à l'intérieur. Quel massacre ! Le 
cri de nos ennemis est : As-tu du cœur ! A ce cri, tous les 
antipatriotes se rallieront ; et ceux à qui on demandera 
ces quatre mots et qui n'y répondront pas seront aussitôt 
égorgés. 

a On fait fabriquer pour les aristocrates un nombre pro- 
digieux de stilets et des armes de toute espèce. Il y a quatre- 
vingts-six selles de commandant à franges d'or, garnies 
de velours cramoisi. Le jour de l'an, M. de Condé étantallé 
faire sa visite au roi de Sardaigne, Sa Majesté lui dit :— Eh 
bien ! mon cousin, on m'assure que vous voulez rentrer. 
— Enfin, oui, sire, mais ce ne sera que les armes à la main. 
Nous l'avons tous juré. Nous mourrons ou nous remet- 
trons le roi sur le trône. — Mais il est à craindre, reprit 
le roi, que le peuple en vous voyant rentrer, ne s'empare 
de la famille royale et ne l'égorgé. — Tant pis, pourvu 
que nous rentrions et que nous restaurions la royauté. — 
L'Espagne, dit-on, paie l'armée que fournit l'empereur 
Léopold. M. d'Artois et les princes resteront à Turin. Les 
princes vont à l'Académie (collège). Je viens d'apprendre, 
en terminant ma lettre, que l'Espagne fournit aussi une 
armée,que le clergé de France a envoyé aux princes quinze 
millions en espèce. — Ah ! que fait le roi Louis XVI ? Pour- 
quoi donc ne sanctionne-t-il pas les décrets de l'Assem- 
blée, pourquoi ne souscrit-il pas à la loi qui oblige les évo- 
ques à la résidence? Pourquoi envoie-t-il secrètement M. 
Duras complimenter l'empereur Léopold de son avène- 
ment au trône ? Pourquoi reproche-t-il au journal de Pa- 
ris de parler du complot de Lyon ? Pourquoi écrit-il au roi 
de Sardaigne d'engager les princes à suspendre le départ 
de Turin ? Pourquoi cette motion de Mirabeau qu'on ex- 
cepte les princes du décret des fonctions publiques? > 

Un négociant de Nice apportait en même temps cette 
lettre au maire d'Antibes : « Envoyez un exprès à Gap, 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 67 

pour qu'on surveille un certain Balthazar Caire de Brian- 
çon. On a parlé chez M. le marquis d' Au ti champ de ce 
sieur Caire, comme devant livrer à l'ennemi le fort de 
Briançon. Assurez-vous de cet homme. » 

Les moindres incidents qui se passaient soit en France, 
soit à l'étranger, étaient exagérés. — En voici un trait : 
Un sieur Remoniel, de Toulon, vient de Menton à Nice, 
habillé en garde national. 11 voulait s'embarquer pour 
rentrer chez lui. Tandis qu'il se promenait sur le port, en 
attendant le départ, son uniforme lui attira les insultes 
de quelques individus. Il demanda aussitôt à l'officier de 
port une ordonnance pour le conduire chez le marquis de 
la Planargia, porter sa plainte. Il fut reçu avec tous les 
égards possibles et reconduit au port sous sauvegarde. 
Mais la curiosité avait attiré un grand rassemblement de- 
vant la porte du gouverneur. Il était déjà assez tard. 
Quelques individus se mirent à huer le garde national, et 
des voix crièrent même : à la lanterne! Arrivé au poste 
de la porte-marine, il se hâta de s'y réfugier. Un officier 
du régiment de la Reine, passant par hasard de ce côté, 
ap[)rend ce qu'il en était, entre dans le corps de garde, et 
par de bonnes paroles essaie de rassurer notre homme : 
« Ne craignez rien, dit-il, vous êtes sous la protection du 
roi. Ceux qui portent votre uniforme doivent être res- 
pectés: c'est l'ordre supérieur.» Un sieur Cagnoli, employé 
du gouverneur, l'emmène même chez lui et le présente de 
nouveau au gouverneur, qui lui donne un adjudant et 
deux ordonnances pour l'escorter au port, où enfin il 
s'embarque. M. Leseurre qui rendit compte de cette 
affaire au maire d'Antibes, lui dit qu'à Nice, tous les hon- 
nêtes gens avaient manifesté leur indignation contre les 
auteurs de cette scène indécente ; que le marquis de la 
Planargia avait ordonné de rechercher les coupables et de 
les punir rigoureusement : « Malheur à ceux qu'on décou- 
vrira! » 



68 CHAPITRE PREMIER 

Le 17 janvier, Leseurre écrivait qu'on avait saisi les 
coupables ; qu'un d'eux avait été enfermé dans le fort de 
Villefranche, et que les autres avaient été dirigés sur 
Turin. 

Le gouverneur de Nice reçoit l'ordre de la cour d'agir 
avec beaucoup de prudence, afin de ne pas indisposer la 
France. 

Des troubles éclatent en plusieurs endroits à la fois. 
A Saint-Vallier, on ne veut pas du juge de paix qui a été 
nommé par une cabale. Il faut la force armée pour ramener 
l'ordre. — Au Bar, une grande partie des habitants s'in- 
surge contre l'ex-seigneur. 11 s'agit de certains droits lé- 
gitimes de banalité, dont Thabitation est redevable à la 
famille de Qrasse-du-Bar. Le sieur Chareiron, agent du 
seigneur, réclame. Les émeutiers le menacent. Les gardes 
nationaux accourent de Grasse pour protéger Chareiron 
et sa famille, et les emmènent avec eux (11 janvier). On 
veut faire entendre raison aux Barrois, et on leur re- 
montre qu'il s'agit d'un arrêt du 21 août 1785. Ils répon- 
dent que les droits féodaux ont été abolis, et que si ledit 
seigneur persiste, ils en viendront à des voies de fait. Ce 
qui arriva en effet. 

Vallauris n'était pas plus tranquille. L'ex-maire Girard, 
à la faveur de certains arrêts qu'il avait obtenus contre 
les moines de Lérins, était en lutte avec une grande 
partie des habitants. Il s'agissait des droits de pâture, des 
cours d'eau, de beaucoup d'autres droits de banalité. Il 
avait un parti, non-seulement à Vallauris, mais encore 
dans les communes environnantes et surtout à Antibes. Il 
avait pris fait et cause pour les Antibois au camp fédé- 
ratif de Chàteauneuf. « Son caractère aussi violent qu'im- 
périeux, disaient ses adversaires, le rendait redoutable à 
toute l'habitation. 11 y avait eu prise de corps contre lui 
à cause de l'affaire du camp fédératif ; mais comme com- 
mandant de la garde nationale, il avait tout bravé jusqu'à 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 69 

ce jour. > Un détachement du régiment des Barrois, sous 
la conduite du sieur Pluvières, arriva le 29 janvier pour 
contenir Témeute. On arrêta Girard, Gimbert et Cevoules. 
L'émeute continua ; les prisonniers s'échappèrent de la 
prison. Girard prit la fuite; Gimbert fut, le 22 février, 
suspendu de ses fonctions d'officier de la garde nationale 
par arrêté du Directoire du Var ; mais étant revenu au 
pays le 19 mars, il se mit à parcourir les rues, le sabre à 
la main, en proférant des menaces et des injures contre 
la municipalité et contre la garde nationale nouvellement 
constituée. Le sieur Bel, maire, parvint à le faire saisir. 
Girard semblait rentrer dans une vie plus calme, mais il 
poussait en dessous ses partisans ; tellement que le 9 avril, 
la sédition reprit. Enfin, le 2 mai, on déclara Girard sus- 
pendu de ses fonctions municipales, privé de tous ses 
droits de citoyen, et séquestré de tous ses biens. 

XI. — AFFAIRES RELIGIEUSES. 

L'évêque de Vence avait signifié qu'il n'abandonnerait 
le palais épiscopal que contraint. Les officiers municipaux 
pressés de mettre les décrets de l'Assemblée nationale à 
exécution, écrivaient au directoire de Toulon qu'ils trou- 
vaient une vive opposition de la part du sieur Pisani et 
de l'ex-chapître ; que le sieur Pisani logeait toujours dans 
l'évêché, et qu'il conservait sa porte de communication 
avec l'église paroissiale. Une partie de la population es- 
saya de réagir contre la faction opposée à l'évêque, en le 
nommant même juge de paix du canton (6 janvier). Les 
patriotes arrivèrent en masse au troisième tour de scrutin, 
et élurent M Bovon aux acclamations de l'assemblée. Le 
28 janvier, une lettre du directoire du Var lui notifia 
l'ordre de sortir dans les vingt-quatre heures : ce que des 
officiers municipaux eurent le courage de lui notifier. Le 
prélat leur répondit qu'il viderait toiU de suite les lieux. 



70 CHAPITRE PREMIER 

Il écrivit dans son écusson de la grande salle épiscopale 
jEqicus Dominiis dédit 1783 ^ Dominus ahstulit 1790. 
Sit nomen domini benedictum. 11 ferma les portes, le 22 
janvier, et en porta les clefs au maire: puis il se retira 
chez M. Boy on. Un ouragan terrible avait éclaté sur la 
ville le 21 janvier. On vendait déjà les biens de TÉglise à 
Saint-Paul et à Grasse. Le 15 janvier, on avait mis aux 
enchères Notre-Dame des Crottons et Saint-Raphaël, puis 
Saint-Jean de la Bastide. 

Une véritable lutte va s'engager entre la municipalité 
etM^^'Pisani qui continue ses fonctions épiscopales, et 
publie son Mandement pour le Carême. < Nous craignons 
d'avoir des troubles pour le Carême. Notre ci-devant 
évêque, qui avait gardé jusqu'à présent certaines me- 
sures, reprend, malgré les curés, le gouvernement de 
l'église. Dimanche dernier, en disant la grand'messe, il a 
annoncé que rien ne l'empêcherait de faire les fonctions 
épiscopales. 11 a donné la bénédiction épiscopale pendant les 
derniers trois jours de carnaval, et hier matin, malgré les 
protestations du curé Vial, il a béni les cendres, assisté 
de quatre chanoines et de quelques ecclésiastiques qui lui 
sont dévoués. Il a déclaré qu'il prêcherait lui-même le 
carême. 11 dit tout haut dans son instruction que lui seul 
sera toujours l'évêque de Vence ; que celui qu'on pourrait 
nommer serait un intrus. Quand un prédicateur monte 
en chaire, il ne manque pas de recevoir la bénédiction du 
sieur Pisani, et de lui donner le nom de Monseigneur, de 
le saluer avant le discours et à la fin. > 

Le 16 mars, les officiers municipaux écrivent à Toulon : 
€ Le curé Archier fuit et se cache. Le curé Vial reste dans 
les bons principes ; l'ex-évêque distribue de l'argent ; son 
valet régale les citoyens dans les cabarets. Le sieur 
Pisani fait distribuer une circulaire imprimée aux élec- 
teurs, afin de les détourner d'aller à l'Assemblée qui doit 
nommer à Toulon l'évêque du département : < Grand 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 71 

Dieu, disait le courageux prélat, quel jugement de ri- 
gueur VOUS exercez sur la France ! Punissez-vous enfin 
de leur indifférence pour votre loi sainte les habitants de 
ce beau royaume qui vous fut si fidèle autrefois!... Ne 
désespérons pas pourtant, mes chers confrères. Dieu vous 
donnera la force, et ramènera la joie après l'épreuve. > 
Et quelques temps après : < Ces épreuves n'auront qu'un 
temps ; du sein de la persécution, l'Église, telle que le lis, 
s'élèvera plus pure, sans tache et toute rayonnante de 
gloire. > 

Et quand il écrivit au directoire du Var sa célèbre pro- 
testation : < L'évèque de Vence s'attend à tout, même à la 
mort, s'il le faut, pour défendre les droits de son siège et 
sa juridiction qu'aucune puissance temporelle n*a le droit 
de lui enlever. On lui a signifié de quitter la maison 
épiscopale pour le 1®' janvier.... Lorsque la Nation s'est 
emparée de toutes nos propriétés ecclésiastiques, fondées 
sur les titres les plus solides, maintenues par une posses- 
sion de plusieurs siècles, placées sous la sauvegarde des 
lois anciennes de l'Église et de l'État, garanties par les 
plus rigoureuses censures, personne de nous ne s'y est 
opposé : si notre conscience ne nous permettait pas de les 
livrer, nous ne les avons pas du moins refusés, et peut- 
être notre silence nous sera reproché devant Dieu.. . Mais 
aujourd'hui vous m'enjoignez de renoncer au gouverne- 
ment spirituel de mon diocèse et de n'exercer aucune ju- 
ridiction spirituelle. Si je tenais cette juridiction des 
hommes, je la céderais en preuve de ma fidélité à la Nation, 
à la LfOi et au Roi ; mais je la tiens tonte de Jésus-Christ et 
de son Vicaire sur la terre. Mes pères dans Tépiscopat 
l'avaient reçue d'eux, avant que l'empire adoptât la reli- 
gion chrétienne. Et je dois l'exercer, cette juridiction, dût 
la religion catholique être proscrite de l'empire. > 11 
ajoute qu'il a une obligation étroite de ne pas abandonner 
son église, et qu'un évèque étranger ne pourrait la gou- 



72 CHAPITRE PREMIER 

verner légitimement. < Jugez vous-mêmes si je dois obéir 
à Dieu plutôt qu'aux hommes. L'autorité temporelle p(îut 
contraindre, mais un évêque doit souffrir. Ma volonté est 
de ne pas abandonner mon troupeau ; mon devoir est de 
ne pas résister à la force. Si elle m'éloigne de mes ouailles, 
mon corps sera absent, mais mon esprit et mon cœur ha- 
biteront toujours au milieu d'elles. > Cette lettre est datée 
de Vence, 28 octobre 1790. 

Il fallait avoir des yeux pour ne pas voir, et un cœur 
pour ne pas sentir , pour ne pas être ému d'un langage si 
plein de logique et de magnanimité. Ah ! combien les per- 
sécuteurs du clergé sont petits devant une si noble atti- 
tude ! Et dire que tous ces hommes des directoires de 
Toulon, de Saint-Paul et de Grasse, que tous ces agents 
municipaux, qui traquaient leurs prêtres et leurs évêques, 
les avaient naguère fréquentés et connus dans l'intimité. 

Grasse ne se conduisit pas mieux que Vence envers son 
évêque. M^*" de Prunières fut forcé de s'expatrier le 21 
juin, et M^*" de Vence, menacé d'être incarcéré, le de- 
vança ; il se fit signer son passeport le 21 mai et se retira 
à Nice, d'où il lança, le 12 juin, son ordonnance avec le 
brefdu Pape qu'on afficha do nuit à la porte de l'église 
cathédrale. C'était le jour même que la commune de 
Vence achetait aux enchères de Grasse le ci-devant évê- 
ché pour 14,000 livres en assignats. 

Le brefdu Pape produisit son effet sur la population, 
puisque le maire de Vence écrira au directoire de Toulon : 
€ On nous regarde comme des pestiférés depuis le bref du 
Pape ; et on fuit la paroisse pour aller à l'église des Pé- 
nitents noirs. L'église est désertée, quand paraît le curé 
constitutionnel, M. Vial. > 

XII. — MORT DE MIRABEAU. 

La mort de Mirabeau comme sa vie, selon l'expression 
de Malouet, fut un malheur public (2 avril). < J'emporte 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 73 

dans mon cœur, avait-il dit en mourant, le deuil de la 
monarchie. > Comme la plupart de ceux qui firent la Ré- 
volution, il n'en voulait pas les excès ; et entrevoyant 
déjà que Ton dépasserait les bornes, il s'était rappro- 
ché sincèrement de Louis XVI pour le sauver. Mira- 
beau était connu intimement de beaucoup de familles 
de Grasse. Sa sœur, madame la marquise de Cabris, 
l'avait eu souvent dans son château. Aussi s'associa-t-on 
d'une manière toute particulière aux regrets que mani- 
festa la majorité de l'Assemblée constituante. « Pénétrés 
de la perte de ce grand homme dont les talents et le patrio- 
tisme étaient si bien connus de toute la France, les mem- 
bres du directoire de Grasse enjoignent à toutes les muni- 
cipalités du district qu'elles aient à célébrer le 3 mai, 
samedi, le service anniversaire de M. Honoré-Gabriel 
Riquetis Mirabeau. Vence, Tourrette et autres pays don- 
naient à une de leurs places le nom de Mirabeau. 

Le cri de Marat < Peuple, réjouis-toi, > contrastait avec 
cette ovation funèbre de Mirabeau. En effet, le seul hom- 
me qui, par son énergie, contenait encore le flot populaire, 
c'était Mirabeau. Louis XVI comprit qu'il n'avait plus 
personne capable de le défendre et c'est alors qu'il médita, 
lui aussi, d'émigrer à l'Étranger. 

La fermentation était générale en France aussi bien 
qu'au dehors. Depuis la journée dite des Chevaliers du 
poignard du 28 février, on s'acharnait contre les nobles 
et contre les prêtres non assermentés sur tous les points de 
la France. A Auribeau, le curé Vidal, quoique assermenté, 
est en butte aux insultes de la population. Un membre du 
directoire de Grasse, Pierre-Henri Mougins, accourt avec 
des gardes nationaux pour mettre la paix (11 juin). Le 
marquis de Montgrand, qui a gardé jusqu'à ce jour le 
gouvernement des îles Sainte-Marguerite, se défend le 16 
juin, auprès de l'Assemblée nationale de l'inculpation 
d'antipatriotisme . 



74 CHAPITRE PREMIER 

XIII. — FUITE DU ROI. — 20 JUIN. 

La nouvelle de la fuite du roi et de la famille royale 
exaspère encore plus les patriotes. Il y avait assurément 
tout un projet d'une levée de boucliers, combiné avec 
Tarrivée du roi au delà des frontières.. Un émigré écrivait 
cette lettre qui fut interceptée à Saint-Laurent-du-Var 
(fin juin) : < Je crois que nous partirons de Turin dans 
les premiers jours de juillet. Nous irons sur Nice avec 
70,000 hommes, y comprit les Espagnols qui nous 
rejoindront en Provence. > Le bruit courut d'abord à Nice 
et sur la rive droite du Var que le roi avait passé la 
frontière. Les administrateurs du district de Saint Paul, 
Mougins, Isnard et Barrière, écrivaient à Grasse et à An- 
tibes : < Nous vous informons que l'on dit à Nice que le roi 
a fui de France, que c'est M. de Bouille qu'il l'a mené à 
l'étranger. > En effet les émigrés qui se trouvaient à Nice, 
avaient à cette nouvelle pris la cocarde blanche, et foulé 
aux pieds la cocarde tricolore. Les bâtiments français 
avaient été obligés d'arborer le drapeau blanc. « Dans 
trois jours, disaient-ils tout haut, tous les Français re- 
prendront la cocarde blanche. > 

Le directoire de Grasse, mieux informé par Toulon, an- 
nonçait, le 28 juin, à son district et à celui de Saint-Paul 
que dans le moment où il leur transmettait la malheu- 
reuse nouvelle de l'enlèvement du roi et de la famille 
royale, il apprenait par des lettres de la Haute-Marne qu'on 
les avaient arrêtés le 22 à Varennes. « Envoyez des 
exprès à toutes les communes pour calmer les inquié- 
tudes > signé Debain, Gazaa, fils... 

Mais le 2 juillet, un exprès de Nice à Saint-Paul racon- 
tait que la famille royale avait été enlevée à Varennes 
par M. de Bouille et un régiment de dragons, qu'elle 
avait passé la frontière, et qu'elle était dans le Luxem- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 75 

bourg. De Saint-Laurent on écrivait aussi le même jour 
au district de Saint-Paul : < Nous ne savons que penser de 
la nouvelle de l'arrestation du roi. Les Français ont été 
insultés aujourd'hui à Nice par les émigrés ; M. de Bouille 
aidé de deux régiments de dragons aurait délivré le roi à 
Varennes. Cette nouvelle est venue de Turin la nuit der- 
nière. > 

Le consul Leseurre écrit au maire d'Antibes, le 3 
juillet : € Un exprès, arrivé de Turin à Nice, annonce que 
le roi a été repris et qu'il se trouve dans le Luxembourg. 
Les émigrés ont fait éclater leurs transports de joie. Je ne 
vous dirai pas les saillies incroyables que cette nouvelle a 
provoquées. Les domestiques des nobles émigrants se sont 
montrés d'une insolence extrême. Le commandant de 
Nice a défendu de porter quelque cocarde que ce soit pour 
éviter les rixes. Écrivez-nous ce que vous savez de votre 
côté. Je crois la nouvelle mal fondée. > 

Et le 4 juillet : < Les émigrés de Nice ne veulent pas 
croire que le roi a été ramené à Paris. Ils continuent de 
dire qu'il est à l'étranger. » Le maire d'Antibes en pré- 
sence de son conseil réuni : « Les émigrés, dit-il, se jac- 
tent de rentrer bientôt en France, les armes à la main, et 
d'y mettre tout à feu et à sang. Prenons, Messieurs, cette 
attitude noble et fière qui convient à des hommes libres. 
Attendons d'un front calme et serein l'orage qui gronde 
sur nos têtes. Nos ennemis pourront se repentir de leur 
témérité. > Le commandant est requis de mettre la place 
en état de siège, de garnir les ramparts de canons, de dou- 
bler les postes et surtout celui du Fort-Carré. On fait 
afficher cette proclamation : < Citoyens, des bruits sourds 
paraissent vouloir compromettre votre tranquillité.Qu'au- 
cune crainte ne soit capable d'interrompre vos travaux. 
Vous nous avez mis à votre tête. Nous vous promettons 
de veiller scrupuleusement pour vous. Nous allons faire 
préparer tous les moyens de défense contre nos ennemis . 



76 CHAPITRE PREMIER 

C'est le seul moyen de déjouer leurs intrigues. Nous joui- 
rons des avantages de la paix, quand ils nous sauront en 
état de les repousser. » 

Le bruit court à Vence que l'ennemi est à Nice et qu'il 
marche sur la frontière. Chaque citoyen se fait inscrire 
pour défendre le pays. Même entrain à Saint-Paul et par- 
tout. La panique cesse ensuite pour un instant. Nous avons 
des troubles à l'intérieur. 

Cependant l'Église schismatique de France fonctionnait. 
Le comité central du Var avait pourvu à toutes les pa- 
roisses. L'évèque constitutionnel avait sa nomination de 
par le peuple. 11 se nommait Rigotiard^ ancien curé de la 
Salède. Le 4 juillet, il arrive à Grasse, et toutes les admi- 
nistrations vont au-devant de lui, jusqu'en dehors delà 
ville, pour l'accompagner à l'église. Le lendemain, elles 
assistaient en corps à la messe pontificale. Le 6 juillet, 
elles sont informées que l'évêque, ayant su que le curé 
était appelé pour porter le Saint- Viatique à un malade, 
voulait s'y rendre en personne ; elles vont encore lui faire 
cortège. Enfin le 7, elles l'escortent sur la route de Ca- 
bris, et le directoire de Grasse écrit à cette municipalité 
de lui rendre les mêmes égards dont il avait été l'objet à 
Grasse. Les prêtres constitutionnels se chargeaient de dé- 
noncer leurs con frères non assermentés. Le curé d'Auribeau 
se plaignait au district de plusieurs ecclésiastiques qui cé- 
lébraient le culte divin à Notre-Dame de Valcluse. Le curé 
Audoly , quoique du comté de Nice et du diocèse de Glan- 
de ves, desservant de Roquesteron, déclarait au directoire 
de Grasse (28 juin) ne plus recevoir aucun ordre de 
M.Henri Hachette Desportes, mais être tout à fait soumis 
au régime constitutionnel. 11 signale deux prêtres réfugiés 
à Roquesteron-Nice, comme révolutionnant les femmes 
depuis le 22 mai : c'est l'abbé Isnard de Tourrette-Vence, 
ex-vicaire de Gagnes ; et l'abbé Garel de Besse, curé de 
Gréolières-Basses. < Ces deux prêtres, dit-il, ont reçu la 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 77 

visite de Tévêque de Vence avant les fêtes de la Pente- 
côte ; ils répandent des écrits contre les nouvelles lois 
françaises, et composent des cantiques anti-constitution- 
nels. L'évêque de Vence, au nom de M. Henri Hachette 
Desportes, leur a conféré tous les pouvoirs. Ces prêtres et 
leurs adeptes disent que les prêtres assermentés ne célè- 
brent plus qu'au nom du diable, que tout ce que je fais est 
de nul effet ; que pactiser avec nous c'est se damner, que 
nous sommes excommuniés. Le sieur Charrier, curé d'An- 
don, réfugié à Sigale, prêche dans les mêmes termes. La 
conduite de ces trois prêtres met le trouble dans les fa- 
milles, séduit les femmes et les âmes faibles. Mes confrè- 
res s'en plaignent aussi bien que moi, par exemple MM. 
Audoly, curé des Ferres, Dedoue des Mujouls, Besler 
d'Aiglun, Barnaud de Conségudes, Niel de Collongues. > 
Le district de Grasse, en avisant de Toulon, demande 
qu'on pré vienne la cour de Turin d'éloigner de la frontière 
ces prêtres émigrés. 

La garde nationale déployait la plus grande activité 
pour arrêter à la frontière les brochures anti-patriotes. 
Le directoire de Toulon complimentait, le 16 mai, la com- 
mune du Broc d'avoir saisi deux brochures incendiaires. 
Le 3 juillet, une femme de Vence, domestique du cha- 
noine Baussy , en allant de Vence à Nice, laisse tomber de 
sa poche, par mégarde, une lettre adressée à l'évêque de 
Vence. On s'en empare ; les officiers municipaux de Saint- 
Laurent la décachètent et déclarent qu'elle est pleine 
d'insultes et de menaces contre les décrets de l'Assem- 
blée nationale. On envoie cette lettre au district de 
Saint-Paul et de là au directoire de Toulon. L'Admi- 
nistration de Saint-Laurent est félicitée. Le 7 juillet, est 
arrêté à Saint-Laurent du Var le sieur de Chavigny 
officier du 28™® régiment pour être conduit à Saint-Paul. 

Les patriotes de Grasse rendaient compte à l'Assemblée 
nationale, au mois de décembre 1790, du mandement de 



78 CHAPITRE PREMIER 

leur évêque. < Dans ce discours de 16 pages, qu'on colporte 
de maison en maison, il établit que le civil n'a aucune 
autorité sur le spirituel, que \es pratiques des évèques 
remontent à la primitive Église et sont fondées sur les 
droits des anciens empires et les décrets des Conciles, Il finit 
par ordonner aux curés de ne reconnaître que lui pour 
évêque. Aussi le clergé se coalise, et cherche à intéresser 
les dévotes (1).... » 

XIV, — TROUBLES D'aNTIBES ET d' AUTRES PAYS. 

Le serment fédératif se prêta cette année avec un redou- 
blement de zèle patriotique. A Antibes le maire M. Reille, 
prononça un chaleureux discours : « Messieurs, dit-il, un 
an s'est écoulé depuis que sur cet autel sacré de la Patrie 
et en présence de l'Être suprême nous avons tous juré de 
maintenir la Constitution. Que de moyens n'a-t-on pas 
employés cependant pour l'étouffer dans son berceau? Des 
ministres d'un Dieu de paix ont répandu partout le souffle 
impur du fanatisme et de la révolte. Des Français indignes 
de la Patrie qui leur a donné le jour et qu'ils ont abandon- 
née, n'ont respiré que le trouble et le désordre. Les 
puissances étrangères semblent nous menacer de tout 
l'appareil de leurs forces. Enfin Louis XVI, ce roi qui 
s'enorgueillissait d'être le premier citoyen de son empire 
et le restaurateur de la Liberté française, Louis XVI 
cédant à des insinuations perfides, allait abandonner le 
royaume ; mais une main puissante a veillé sur nous. 
Toutes les trames ont été découvertes, tous les complots 
ont été déjoués,et Une leur reste que la honte et le remords 
de les avoirs conçus. Ainsi les flots amoncelés de TOcéan 
viennent se briser contre le rivage, et toute leur fureur 
se réduit dans une écume impuissante qui n'atteste que 

(1) MoniUur, 6« toI. page 695, 23 décembre. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 79 

leur faiblesse. Notre liberté repose aujourd'hui sur des 
bases inébranlables. Nos têtes ne seront plus courbées 
sous le joug odieux du despotisme; nos mains cesseront 
d'être enlacées dans les fers honteux dont une autorité 
arbitraire se plaisait à les charger. Les citoyens ne seront 
plus dégradés par des distinctions humiliantes toujours 
injustes, et peu méritées. Enfin nous ne connaîtrons plus 
ces noms barbares inventés par la féodalité pour enlever 
nos propriétés et flétrir même jusqu'à notre existence. 
Soldatscitoyens, citoyens soldats, renouvelons aujourd'hui 
sur cet autel le pacte auguste que nous avons contracté.... 
Aucune puissance n'osera nous attaquer si nous sommes 
unis. Dût cet empire finir, nous mourrons avec lui, mais 
nous mourrons libres. > 

Cette journée du 14 juillet, dans laquelle on prêchait 
l'union, fut pourtant troublée vers le soir. On avait mis 
aux arrêts le capitaine La Prune. Le club des Amis de la 
Constitution se rendit en masse chez le colonel , M. de Lowe, 
qui passait la soirée dans la maison de M°^® Daniel, et lui 
enjoignit de mettre ledit La Prune en liberté , comme 
l)on patriote. Le colonel s'y refusa. Les clubistes firent 
entendre des cris de mort au colonel. Le maire et les of- 
ficiers municipaux accourent en toute hâte et somment les 
membres du club de se retirer. < Si l'on veut que nous nous 
retirions, crie le tailleur Nicolas Grailler, apportez ici le 
drapeau rouge. > Sur une seconde sommation sans eff'et, 
le maire requiert aussitôt M. deSaint-Ferréol, comman- 
dant de la garde nationale. Un détachement de cinquante 
hommes eut raison de ces séditieux, qui en gardèrent 
rancune. Ils essayèrent d'ameuter le peuple, en répan- 
dant le bruit que le maire voulait rétablir le droit de pi- 
quet et les droits féodaux. « Soyez sans crainte, fait dire 
le maire le 26 juillet, de pareils bruits n'ont pour objet que 
de vous égarer. Nous nous occupons d'en connaître les 
auteurs pour les livrer à toute la sévérité de la loi. Nous 



80 CHAPITRE PREMIER 

avons fait détruire la roue qui servait au poids de la 
farine, et nous destinons le local à un corps de garde. > 

Le même jour, à Grasse, après la solenniié du matin, 
tandis que dans la soirée le peuple fêtait, dit le procèâ- 
verbal, l'anniversaire de la prise de la Bastille, et que le 
conseil municipal assemblé s'occupait de faire rentrer au 
domaine communal les biens usurpés, une bande plus 
exaltée qu'à l'ordinaire se dirige vers la maison du sieur 
Théas, maréchal de camp, et profère des cris menaçants ; 
puis elle va vers le jardin du sieur de Ponte vès qu'elle dé- 
vaste. Le maire, M. Girard, cadet, averti et les officiers 
municipaux ceignent leur écharpe, et arrivés au lieu de la 
sédition, ils sont accueillis par des huées. La garde na- 
tionale et la troupe sont requises, le maire fait déployer 
le drapeau rouge, des membres du directoire se joignent 
aux officiers municipaux et les émeutiers finissent par 
rentrer en ville. On pensait avoir obtenu le calme, quand 
vers 9 heures du soir, les plus audacieux, en grand nom- 
bre, retournent vers le même jardin, forcent le corps de 
garde occupé par vingt-cinq hommes, et achèvent d'abattre 
les murs et le pavillon. Les troupes, lancées au pas de char- 
ge, dispersèrent le rassemblement, quand il n'y avait plus 
rien à démolir. M. de la Chapelle, qui commandait le dé- 
tachement du 28'°*' en garnison à Grasse envoya son rap- 
port au ministre de la guerre. Toutes les administrations 
en écrivirent à leurs chefs respectifs. Mais que faire ? 

Le 25 juillet c'est Tourrette, la Gaude et Saint-Jeannet 
qui en veulent aux propriétés de leur ancien seigneur, le 
manjuis de Villeneuve. Les Tourretins, les plus osés, 
courent pille;^ la propriété du Caire, et ils arrivaient en- 
suite sur le château du pays même, où ils commettiûent 
mille excès. Le 30, cinquante hommes des chasseurs des 
Ardennes étaient envoyés d'Antibes pour tenir garnison 
dans ce village. 

Cagnes alla encore plus loin. Un certain François 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 81 

Isnard, ancien valet du marquis de Grimaldi, menait les 
insurgés. Us ne voulaient pas du sieur Gairaud, comme 
juge de paix (25 juillet). Mais le 31, ils pénétrèrent dans 
l'église paroissiale, en vociférant, arrachèrent les bancs 
et les chaises du sieur de Grimaldi, les entassèrent sur la 
place et y mirent le feu, en faisant la farandole. Ils vin- 
rent ensuite, tambour en tête, à la mairie, et forcèrent le 
maire, M. Latty, de les suivre, ainsi que les conseillers 
municipaux. Ils continuèrent la farandole dans tout le 
pays, obligeant en passant citoyens et citoyennes démar- 
cher avec eux. Quand on fut sur la place du château, ils 
dirent qu'il fallait abattre les merlettes et les créneaux 
du château. M. Latty leur représente qu'il vaut mieux 
envoyer un exploit au sieur Grimaldi pour qu'il ait à les 
démolir lui-même. 

La foule semble accueillir cette motion, on se disperse 
mais une heure après, les émeutiers se ravisent, vont de 
nouveau chercher le maire, et l'amenant vers la porte 
basse du château, ils le forcent de donner un coup de pied 
à la porte, puis ils lui disent de s'en aller. Ils se mettent 
alors à l'œuvre à coup de hache, enfoncent la porte, bri- 
sent ce qu'ils rencontrent dans les appartements, tandis 
que d'autres gagnent le toit et abattent créneaux et 
merlettes. 

A quelques jours de là ,ils s'assemblent devant la maison 
commune, en demandant qu'on fasse comparaître devant 
le conseil tous les débiteurs de la commune. Le maire 
promet de s'en occuper activement ; cinquante hommes de 
gardes nationaux se tiennent sous les armes, nuit et jour. 
Le 7 août, les émeutiers, toujours conduits par François 
Isnard, se mettent à hurler : A la lanterne, à la lanterne 
les débiteurs de la commune ! Le maire sort de la mairie, 
et les assure qu'on doit agir incessamment contre eux par 
les voies de la justice. Le 15 août, fête du pays, après la 
procession généi*ale, le sieur Isnard, au milieu de ses 

6 



82 CHAPITRE PREMIER 

affidés, insulte la municipalité publiquement : < Voyez 
donc cette bande de Cartouches, crie-t-il ; ils sont de 
connivence avec les débiteurs de la commune. Faites 
donc justice, M. le maire. Et puis nous voulons le vin 
à six sous le pot, entendez-vous, ou nous verrons. » 
M. Latty s'avance vers le peuple et gardant son sang- 
froid : < Que voulez-vous? — Isnard répondit : Nous 
saurons vous le dire. Maintenant le peuple délibère. > 
Les officiers municipaux rentrèrent dans la salle du conseil 

m 

et au bout d'une heure, une députation se présenta et 
remit au maire une pétition écrite dans laquelle on de- 
mandait une prompte justice des débiteurs et )e vin à six 
sous le pot. 

Un exprès accourut de Gréolières à Saint-Paul, dire que 
la vie du sieur Mallet et des officiers municipaux était en 
danger. Le 31 juillet, Pierre Claude Mallet, procureur de 
la commune de Gréolières s*étant rendu à Téglise parois- 
siale pour obliger le curé de lire au prône les décrets de 
l'Assemblée nationale , celui-ci s'y étant refusé, maître 
Mallet se plaça au banc municipal. Bientôt un certain 
nombre d'individus marchent sur lui, l'arrachent dubanc^ 
et léchassent à coups de pied et de poing de l'église. Ils le 
poursuivent jusque sur le chemin de Saint-Paul par où il 
fuyait, le ramènent en le frappant, en l'outrageant, et 
l'emprisonnent. Le lendemain ils continuent l'émeute. Ils 
maltraitent le fils Ravel partisan de Mallet, et le mena- 
cent de la potence. Le maire n'ose se montrer, la garde 
nationale n'est pas même convoquée. Le district de Saint- 
Paul, après avoir fait dresser un rapport, révoque les offi- 
ciers municipaux de GréoUères. 

Et Vence, le 15 août ! Plusieurs Vençois, comme de 
coutume, étaient allés au romérage de Sainte-Claire à 
Saint-Paul, le 12 août. Étant entrés dans l'auberge du 
sieur Bernard, arrivèrent quelques Saint-Paulois, qui 
s'attablèrent à côté d'eux, quand l'un des Saint-Paulois, 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 83 

poussé par quelque mauvais esprit, lança du côté des Ven- 
çois un gobelet qui heureusement frappa la muraille. Les 
Vençois demandèrent raison d'un pareil procédé ; les 
autres, n'écoutant rien, forcèrent les Vençois de déguerpir 
de la salle, et fortifiés d'un grand rassemblement, et 
même de la parole du sieur Achard, officier municipal, 
poursuivirent les fugitifs à coups de pierre, bien loin sur 
la route de Vence. Ni maire, ni garde nationale ne bou- 
gèrent. Le lendemain, le 13 août, le sieur Hyacinthe 
Mougins, président du directoire de Saint-Paul, étant allé, 
dit-il, pour affaire à Vence chez 1(3 notaire Blacas, devint 
un objet de curiosité pour le pays, où l'on s'entretenait de 
l'affaire de la veille. Chabert l'aîné, dit le Gai, se mit à 
dire à Pierre Broc, à Jean Savournin, fils du maire, et à 
l'autre Savournin, fils cadet du commandant de la garde 
nationale : < Il ne faut pas qu'il sorte vivant d'ici.... Nous 
allons le pendre, nous allons l'assommer. > Le peuple s'était 
attroupé. Quand il sortit, ces individus continuèrent de le 
suivre en le provoquant ; et Mougins se retournant vers 
eux leur dit : < Je m'aperçois que vous êtes à mes trous- 
ses. Avez-vous quelque chose à médire? Expliquez- vous, 
je vous donnerai satisfaction, si c'est possible. > Là-dessus 
Chabert s'approche et lui donne un soufflet, si fort que la 
joue enfle immédiatement. Le sieur Guérin, receveur de 
l'enregistrement, s'interpose alors et recueille chez lui 
Mougins, tandis que les sieurs Isnard et Reynard essayent 
de calmer l'effervescence. Guérin laissa échapper le Saint- 
Paulois par une porte donnant sur la campagne. Le 14, une 
bande de Vençois s'en alla saccager la campagne de Saint- 
Paul. La garde nationale de Saint-Paul prit les armes 
pour les repousser, et cinq parlementaires se rendirent à 
Vence ; c'était Esprit Mougins, Etienne Borrelly, Jean 
Raybaud, Élie Baudoin et Pierre Bompart. La populace 
courut à la mairie et, s'emparant des armes, cerna les cinq 
parlementaires, en blessa un à coups de baïonnettes. 



84 CHAPITRE PREMIER 

frappa les autres à coups de sabre, et proféra des cris de 
mort. Le maire et les officiers municipaux, revêtus de 
leurs écharpes sommèrent le peuple de cesser toute agres- 
sion au nom de la loi, et ordonnèrent à la garde nationale 
de mettre l'ordre. Ils firent demander la force armée à 
Antibes, à Grasse, à Tourrette-Vence où était toujours la 
compagnie des chasseurs des Ardennes.Cependant on avait 
constitué les Saint-Paulois prisonniers à la mairie, sous 
la sauvegarde de la loi. Vingt-cinq hommes du régiment 
des Ardennes ne tardèrent pas à venir. Le lendemain 16, 
M. Rancé, membre du directoire de Grasse, arrivait avec 
soixante hommes du 28® régiment, informait sur cette 
triste affaire, et emmenait à Grasse nos cinq Paulois qui 
furent, comme de juste, élargis. Depuis ce moment, le 
Conseil municipal de Vence ne cesse de demander de la 
garnison ; Saint-Paul veut deux brigades de gendarmerie, 
une à pied et l'autre à cheval. 

Dans la nuit du 13 au 14 août, neuf officiers du régiment 
de Vexin (72®) désertent avec armes et bagages de Monaco 
à Nice. Le lendemain, vingt hommes suivent encore. Les 
membres du district de Saint-Paul avisent en ces termes 
Antibes, Grasse et Vence : * Nous venons d'être informés 
qu'il est arrivé à Nice des soldats du régiment de Vexin en 
garnison à Monaco ; que les détachements de ces divers 
régiments en garnison à Grasse et à Vence, ont formé le 
projet de les rejoindre à Nice, ainsi que les chasseurs des 
Ardennes qui tiennent garnison à Antibes. Veillez. Le 
consul Leseurre engage Antibes à veiller sur sa garnison. 

Le 20 août, on informe le directoire de Saint-Paul que 
les gens de Canaux viennent d'assommer Jean-Baptiste 
Guitîhard, qui était allé à ce pays pour faire sa récolte. 

Le 24 août, à dix heures du soir, Mougins était en pleine 
insurrection à propos des élections. 

On réclamait partout de la troupe : < La licence est 
montée à son comble, écrivait le maire de Vence au 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 85 

directoire de Toulon, à tel point qu'on est à la veille des 
massacres et du brigandage. Des gens qui n'ont rien à 
perdre s'attroupent à la moindre occasion. La garde 
nationale est impuissante : les villages voisins sont en 
effervescence, les perturbateurs s'enhardissent par l'im- 
punité. Entre Vence et Saint-Paul il y a une inimitié im- 
placable. Les malveillants sont en grand nombre. Ajoutez 
à cela le germe de divison qui existe entre les honnêtes 
gens au sujet des opinions religieuses. Les esprits sont 
aigris de part et d'autre, et la prudence exige de ne pas 
se servir même de la garde nationale. Une partie des 
administrateurs veut donner sa démission, si l'on n'en- 
voie pas de la force armée. Nous craignons des troubles 
pour la Saint-Véran (10 septembre). > 

Le directoire de Toulon répondra le 14 septembre, que 
le 2"« bataillon du Var esten marche sur Vence, avec la 
moitié du 6* bataillon de chasseurs. Le 3"°® bataillon sera 
cantonné à Cannes. Le sieur Sanglier renoncera à son 
grade de major du Fort-Carré pour prendre le comman- 
dement du 2® bataillon, ayant le sieur Gazan de Grasse 
pour adjudant-colonel. Ce bataillon arrivait à Vence le 21 
septembre au nombre de 576 hommes et était logé dans 
l'ancien séminaire. 

La garde nationale de Saint-Laurent veillait au pas- 
sage du pont du Var. Le 17 août, elle avait arrêté un 
prêtre portugais qui venait de Nice en France, porteur 
d'un mandement de l'évêque de Toulon pour la publica- 
tion des brefs du Pape , le tout adresé aux fidèles du 
diocèse de Toulon. 

Le 26 août, on saisit une lettre du sieur des Granges, 
officier au 7« régiment, qui écrivait aux troupes de Monaco 
de déserter . 

Le 27 août, Leseurre avertit les directoires de Grasse 
et de Saint-Paul qu'il a paru un nouveau bref du Pape, 
condamnant les décrets de l'Assemblée nationale relatifis 



86 CHAPITRE PREMIER 

au clergé. < Les réfugiés l'ont traduit, et comme l'autorité 
a défendu de l'imprimer à Nice, ils l'ont porté à Monaco, 
où la presse est à leur dévotion. Ils en font déjà circuler 
des milliers d'exemplaires. Veillez à ce qu'il ne s'en in- 
troduise pas en France. > 

L'Assemblée constituante avant de se séparer donne 
la Constitution. Une grande fête se fait à Grasse le 21 
septembre pour la proclamation de la Constitution accep- 
tée par le roi le 12. On sonne toutes les cloches, on tire 
les boîtes ; la municipalité précédée de tous les tambours 
et au son des trompettes lit cette constitution dans toutes 
les places et à tous les carrefours. Le 25 septembre tous 
les corps administratifs se rendent à la messe et au Te 
Detcm d'action de Grâces. Vence célèbre aussi par un 
feu de joie et par un Te Deum^ à l'issue des vêpres, le 23 
septembre, la sanction donnée par le roi à la Constitution. 
La revue se fait sur la place Saint-Michel. 

Quel chemin a déjà parcouru la Révolution ! Quel en- 
fantement laborieux que cette Constitution ! Seulement 
on peut reprocher à l'Assemblée nationale, d'avoir outre- 
passé ses droits en violentant la conscience du clergé par 
un serment anticatholique. Une seconde faute, c'est 
d'avoir trop abaissé l'autorité royale. Quand la royauté 
reparaît au peuple, le 2 octobre^ elle ressemble, ayant 
encore la majesté de moins, à ces derniers rois de la race 
mérovingienne qu'un maire du Palais montrait ou retirait 
à son gré. Enfin une troisième faute. Les membres de la 
première Assemblée nationale décrétèrent qu'aucun 
d'eux ne pouvait être réélu à la seconde. Nous aurons 
donc tous hommes nouveaux, la plupart très-jeunes, et 
ne s'inspirant pas assez de l'esprit de leurs devanciers, 
mais pourtant décidés à ne pas reculer d'un pas. Les théo- 
ries de Condorcet remplacent celles de l'abbé Sieyès de 
Fréjus. Danton siège à la plfice de Mirabeau. Obligés de 
lutter contre la guerre intérieure et extérieure, contre la 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1791) 87 

dévastation des colonies, le système des confiscations, on 
léguera mille embarras à la Convention avec les premiers 
fruits d'un régime de terreur qui couvrira la France d'é- 
chafauds et de proscriptions. 

L'attitude des nations étrangères devient menaçante. 
On savait déjà que l'empereur Léopold, dans sa déclara- 
tion datée de Pavie, s'entendait avec d'autres États pour 
intervenir contre la France (18 mai) ; que dans une lettre 
datée de Padoue, il invitait les puissances à s'unir à lui 
pour déclarer qu'ils considéraient la cause de Louis XVI 
comme la leur, que le 25 juillet les cours de Vienne et de 
Berlin avaient fait une alliance défensive , et ({u'elles 
l'avaient signée à Pilnitz le 27 août. La formation des 
bataillons de volontaires coïncide précisément avec l'épo- 
que de la convention de Pilnitz. Toute notre contrée se 
met en armes, et pour longtemps. 



CHAPITRE IL 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1791-1792.) 



I. — LE REPRESENTANT ISNARD. 



)EUX hommes représentent la fougue juvénile de la 
(5^ majorité de la seconde Assemblée nationale ou législa- 
tive, Danton, le chef des Jacobins, et Isnard Maximin de 
Grasse, appelé le Danton des Girondins. Il était dans toute 
la force de l'âge, 36 ans. Dans un discours qu'il prononça 
à l'Assemblée de Toulon, en janvier 1789, il annonçait 
déjà la Révolution dans toutes ses phases, ce qui avait 
attiré les yeux sur lui. La résistance du clergé, l'émigra- 
tion de la noblesse le mettaient hors de lui. Il plaçait la loi 
d'État au-dessus de tout, de la religion, de l'Église elle- 
même, et quiconque ne lui obéissait pas était selon lui 
traître à la patrie, hors la loi, et par conséquent devait 
être mis à mort ou exilé. Aussi, dit son biographe, la 
Révolution n'a pas eu, à la chambre, d'homme plus violent 
que lui. 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1791-1792) 89 

Le 31 octobre, en répondant à Condorcet, il dira qu'il 
faut appeler au plus tôt sur la tête des coupables le glaive 
des lois. < Je demande à cette Assemblée s'il est quelqu'un 
qui de bonne foi, et en conscience, pense que nous pre- 
nions en compassion un conspirateur contre la patrie, s'il 
est quelqu'un qui veuille soutenir que tout conspirateur 
ne doive pas être accusé, poursuivi et puni. S'il en est, 
qu'il se lève et qu'il réponde. Si l'on ne punit pas les rebel- 
les, c'est parce qu'ils sont princes (on applaudit), et quoi- 
que nous ayons détruit la noblesse et les dignités, ces 
vains fantômes épouvantent encore les âmes pusillani- 
mes.... Il est temps que ce grand niveau que l'on a placé 
sur la France libre prenne enfin son aplomb.... > 

Il dira : La colère du peuple, comme celle de Dieu , n'est 
souvent que le supplément terrible du silence des lois.... 
Il rappelle Rome sauvée par Manlius, < mais plus tard 
Rome précipite Manlius de ce même Capitole, parce qu'il 
est soupçonné de tyrannie. Voilà un peuple digne d'être 
libre. Nous, le sommes-nous ? > Et il ÎGait rendre le décret 
contre les émigrés, princes jou non. 

Le 6 novembre, il parle contre les prêtres refractaires 
et perturbateurs : < Est-il prudent d'avoir de l'indulgence 
pour ceux qui, avec les torches du fanatisme, incendient 
tout le royaume. Il est temps que tiare, diadèmes, encen- 
soirs le cèdent enfin au sceptre des lois. > 

Et le 1 1 novembre : < Lorsque les premiers coupables 
auront porté la tête sur l'échafaud, vous verrez tous les 
autres mordre en frémissant les freins de la loi et s'y 
assujettir. > (On applaudit.) 

Le 14 novembre, il demande l'exil pour tout prêtre 
réfractaire : < Le prêtre, dit Montesquieu, prend l'homme 
au berceau et l'accompagne jusqu'au tombeau, donc il 
n'est pas étonnant qu'il ait tant de puissance. D'après ce 
principe, nous- devons faire une loi contre le prêtre qui 
sous prétexte de religion trouble l'ordre public... Ne 



90 CHAPITRE U 

voyez -VOUS pas qu'il faut le séparer du peuple qu'il égare. 
Il faut renvoyer ces pestiférés aux lazarets de Rome et de 
ritalie.{Oii applaudit.) La tranquillité publique est partout 
troublée par rintluenee des prêtres.... Le prêtre, en géné- 
ral, est aussi lâche que vindicatif. (Applaudissements.) 
Les foudres de Rome s'éteindront sur le bouclier de la 
République, f Applaudissements.) Il faut que vous les vain- 
quiez ou que vous soyez vaincus par eux. ... > 

On vote à Tunanimité Timpression-de son discours.. 

Le 14 novembre : < La Religion est un instrument avec 
lequel on peut faire beaucoup plus de mal qu'avec les 
armes. Aussi doit-on traiter plus sévèrement ceux qui 
s'en servent contre la loi. La loi, voilà mon Dieu, je n'en 
connais point d'autre. > 

Enfin, le 18 novembre, après le discours d'Isnard, le 
prêtrophobe Duhen s'écria à la tribune : < Il est d'un bon 
procédé d'ôter du milieu du peuple ces loups destructeurs. > 

Tel est notre député Isnard à la tribune, en 1791 : < 11 
faut continuer la Révolution, dit-il, point de trêve... > 

Quelques têtes exaltées de notre contrée essayèrent de 
monter à ce diapason. Dans la fête qui se célébrera encore 
le 23 octobre, à Grasse, et le 30 à Vence, par décret de 
l'Assemblée pour le serment à la Constitution, on prononça 
partout, à Grasse, des discours patriotiques. Le 20 novem- 
bre, à Toccasion de l'installation de la nouvelle administra- 
tion de Vence, le chirurgien Gourmette, oflScier municipal 
de Vence, louera les bonnes intentions des administrateurs, 
mais il les trouvera trop modérés. Le citoyen Gliabert, un 
des ardents présidents du club patriotique, dit aux nou- 
veaux officiers municipaux, qu'il est persuadé que la jus- 
tice et l'humanité seront les guides de leurs travaux, la 
justice pour faire rentrer les méchants dans le devoir, et 
l'humanité pour adoucir le sort de la classe indigente. 
€ La crainte de vous faire des ennemis, la mort même ne 
doivent pas vous intimider. Marchez, la loi d'une main, et 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1791-1792) 91 

le glaive de la justice de l'autre. Nous sommes prêts à 
VOUS défendre jusqu'à la mort. Il faut faire respecter la 
loi, même aux tyrans de notre liberté. > 

Il fait une digression sur les infortunés de l'ancien 
régime qui gémissaient sous le joug du despotisme des 
nobles. Le maire sortant déclare que le poste est difficile 
dans les circonstances actuelles : < Prévenons les désor- 
dres que le manque de blé pourrait occasionner, gardons- 
nous d'inquiéter personne pour ses opinions politiques. > 
Le nouveau maire, Jean Savournin, craint les malveil- 
lants : < Des ennemis, qui n'en a pas ? s'écrie-t-il en sou- 
pirant. Au moins ne méjugez pas sans m'avoir entendu. 
Vous me trouverez toujours animé des sentiments les plus 
purs et fidèle à cette Constitution sainte, bonheur de la 
France, fidèle serviteur d'un roi qui mérite par sa rare 
bonté d'être appelé le père des Français. > Il termine en 
se mettant au service du peuple qui a été assez opprimé 
pour ne l'être plus ; il sent tout le prix de la liberté, et il 
souhaite que pour notre bonheur nous sachions en res- 
pecter les bornes. 

Cette petite ville avait maille à partir avec les volon- 
taires du Var, troupe indisciplinée que le colonel Sanglier 
ne pouvait pas contenir. Les assignats qui avaient perdu 
de leur valeur et que les habitants refusaient de recevoir 
en paiement, amenaient des collisions entre les soldats et 
les habitants. Ordre était donné aux Vençois de les ac- 
cepter en paiement sous peine de 30 francs d'amende. 

Une partie du peuple, qui fréquentait le club patrio- 
tique était affolé. Après le feu de joie et la farandole du 
30 octobre, il se mit à proférer des cris de mort contre 
les aristocrates. La vie du notaire Blacas fut même me- 
nacée. Onétabhtun poste à sa maison pour le protéger. 
La division ne cessa pas sous le nouveau maire qui donna 
sa démission le 17 décembre pour être remplacé provi- 
soirement par CoumiettCj nuance Isnard. 



92 CHAPITRE II 

II. — DÉFECTIONS DANS l' ARMÉE. 

La garnison de Monaco écrivait à celle d'Antibes : 
€ Notre attachement pour la ville d'Antibes nous a suivis 
jusqu'ici. Nous apprenons avec plaisir de M. Masséna que 
nous vous devons encore plus pour la manière honnête 
avec laquelle vous avez repoussé les bruits répandus con- 
tre nous. > Pourtant M. Leseurre s'exprimait ainsi dans 
sa correspondance avec le maire d'Antibes : « Il est certain 
que les officiers du royal Vexin et du régiment des Ar- 
dennes, réfugiés à Nice, cherchent à former un régiment. 
La déclaration de Pilnitz accroît leur audace. Ils comp- 
tent sur le 72* d'Antibes. Soyez vigilants. Les gouver- 
neurs sardes sont mécontents à Nice et à Turin de toutes 
ces manœuvres. M. de la Planargia a même signifié aux 
réfugiés de ne pas embaucher de soldats. Les officiers 
émigrés ont l'ordre de quitter Nice sous deux jours ( 7 oc- 
tobre). Une partie s'en est allée déjà à Coni sous la con- 
duite d'un détachement de la garnison de Nice pour les 
mener à la frontière suisse. Le 17 octobre M. de la Planar- 
gia tient bon. Le reste des officiers émigrés a quitté Nice. 
Le gouverneur de Milan n'en veut passur ses terres. Le 10 
novembre : Trois émigrés sont allés à Monaco le 5 pour 
corrompre la garnison afin qu'ils leur livrent la place. Le 
10 décembre, les officiers du 72*°® écrivent au maire 
d'Antibes : « Les émigrés continuent de faire des rassem- 
blements de troupes pour renverser la Constitution. 
Veillez sur votre ville. Une armée se forme à Sospel pour 
envahir le Var, en même temps qu'une autre armée 
opérera sur le Rhin et dans les Pays-Bas. — Signé : 
Pouilly, Dumerlion, Désaugiers. — Leseurre dément ces 
bruiis exagérés le 19 décembre. « Tout se borne à en- 
voyer de Nice une compagnie de soldats sardes à Puget- 
Théniers pour rassurer ce canton, où trois cents de nos 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1791-1792) 93 

gardes nationaux ont jeté l'alarme. Il n'y a ni enrôle- 
ment de soldats à Nice, ni de rassemblement de troupes à 
Sospel. > 

Le gouverneur français n'en prenait pas moins ses 
mesures : cent quarante mille hommes divisés en trois 
corps d'armée sous les ordres de Rochambeau, Lokner et 
La Fayette garnissaient la frontière de Dunkerque à Baie ; 
et un 4""® corps d'armée, commandé par Montesquieu, eut 
les Alpes à observer. Il fallait de l'argent et de l'artillerie. 
Un décret de l'Assemblée ordonna de diriger vers la mon- 
naie l'argenterie des églises supprimées et de ne garder 
que le strict nécessaire pour le culte paroissial. On ne con- 
servera qu'une cloche, et les autres seront envoyées aux 
fonderies. Chaque commun fera exécuter les décrets de 
l'Assemblée législative, sous peine d'être dénoncé comme 
ennemi de la patrie (22 décembre 1791). Chez nous, cali- 
ces, ostensoirs, reliquaires, ciboires, encensoirs, bustes 
des saints, objets d'art, tout s'accumule à Grasse pour un 
premier envoi. 

Le 15 décembre Chàteauneuf avait sa petite sédition. La 
vie de plusieurs personnes était en danger. La troupe y 
accourait de Grasse. Quelques jours après, le procureur de 
la commune de Gattières conjura le directoire de Saint- 
Paul de rendre le calme au pays. < Certains ecclésiasti- 
ques antipatriotiques font de nuit et de jour des rassemble- 
ments pour faire naître des désolations (sic) et révolutions 
les plus aflFreuses. Ils répandent parmi les ignorants et 
parmi les femmes que les lois que nous professons n'ont 
qu'un modèle schismatique {sic) . Us donnent les eaux baptis- 
males dans les maisons, en profanation de notre légitime 
curé. Si le district ne prend pas notre parti, nous nous ver- 
rons [sic) expulsés de notre paroisse, il y aura la guerre de 
riiomme contre sa femme, du père contre ses enfants et 
filles, du frère contre sa sœur; et de cette façon iia de 
celui qui aura le plus de force. > 



94 CHAPITRE II 



1792 

III. — TERRIBLE ANNÉE ! 

Elle s'ouvre chez nous avec la plus grande difficulté 
pour se procurer du blé. L'argent manque ; on a recours 
aux emprunts presque forcés. L'État lui-même, pour 
armer contre l'ennemi, a besoin d'artillerie : envoyez les 
cloches au fondeur. C'est alors que Barras, de Draguignan, 
nommé commandant de placeà Antibes, presse le maire de 
faire exécuter les décrets de l'Assemblée. M. Reille, pour 
se mettre à la hauteur de son mandat, dit au Conseil mu- 
nicipal : « 11 y a quatre cloches, la Nation a des besoins ; 
votre patriotisme viendra à son secours et se débarrassera 
d'une partie de ce faste religieux, fruit de la superstition 
et de la pieuse crédulité de nos pères, et qui sans honorer 
la divinité ne sert presque qu'à assourdir les voisins des 
églises paroissiales. > Le Conseil ne trouva pas ce discours 
de son goût, et prétendit garder les cloches, comme in- 
dispensables au culte divin. Ce refus ne mérita pas une 
bonne note à cette cité qui passait déjà pour trop royaliste 
et catholique. Pourtant le 22 janvier ce qu'elle avait donné 
d'argenterie partait pour les fonderies de Marseille. 

Courmette deVence, dit-on, avec un mépris sacrilège, 
en mettant dans les caisses les vases sacrés et les reli- 
quaires, comme les bustes vénérés de saint Véran et de 
saint Lambert, objets d'art qui n'entraient pas, c'est à coups 

9 

de pied qu'il les entassa. Il p'est que trop juste que l'Eglise 
dans le danger de la patrie, offre ses vases d'or et d'argent. 
Elle l'a fait dans tous les siècles. Mais en ces jours de bou- 
leversement ces offrandes des municipalités prenaient un 
caractère de violence et de sacrilège. On ne consultait 
pas le vrai clergé, puisqu'il était sous le coup de la pro- 
scription ; on le spoliait. Partirent aussi pour la monnaie 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 95 

de Marseille, les beaux bustes de saint Honorât, de saint 
Ayoul, de sainte Ursule et de saint Pierre que possédait 
réglise de Grasse. L'État avait aussi, au milieu de tous 
ces troublés, à lutter contre la misère publique. Les pau- 
vres manquaient de pain et d'ouvrage. On avait ouvert 
des ateliers de charité dans les principaux centres de po- 
pulation, à Saint-Paul, à Grasse et Antibes. 

IV. . — TROUBLES. 

L'agitation ne discontinuait pas : Troichles à Saint- 
Vallier, aux Mujouls, au Gars. Aux Mujouls le sieur 
Jean-Honoré Don, garde-champêtre, avait signalé quel- 
ques délits ; de plus il réclamait du Conseil municipal 
le paiement de sa charge. Las de demander, il fit lancer 
un exploit contre le maire, le 1®"^ février. Le sieur Féraud 
André, maire, après la messe du 2 février, convoque au 
son du tambour la garde nationale sur la place, et lui dit : 
(lu'il s'agit de l'aider à saisir et à enfermer ce mauvais 
sujetde Don. On se rend en marche à sa maison. Don, après 
avoir essayé de fuir par la fenêtre, rentre dans la cham- 
bre et apparaît à la fenêtre son fusil à la main. On enfonce 
la porte, on casse le bras à sa femme qui veut le défendre. 
Un certain François Bonhomme, aidé de cinq autres gar- 
des nationaux, l'étreignent et le conduisent dans l'écurie 
du voisin François Lions, ils rattachent à la crèche. Une 
corde lui serre fortement les pieds, les mains et le milieu 
du corps. Le pauvre homme se plaint. < Allons, tu es fait 
pour souffrir >, lui crie-t-on. Il demande à parler au curé. 
Le curé répond qu'il ne peut rien pour lui, que c'est un 
mauvais drôle qui n'entend ni messe, ni vêpres. Il se 
trouve mal, on lui donne de l'eau-de-vie pour le ranimer, 
puis on le mène à la maison du maire, qui sert d'Hotel- 
de-Vilîe, et là on l'enferme dans une cave. Ses parents 
intercèdent inutilement. Des citoyens plus sages veulent 



96 CHAPITELE U 

qu'on le relâche. Le citoven maire« le jour de la fête de 
sainte Agathe, conduit Don à l'église entre un peloton de 
gardes nationaux, et après la messe, il l'oblige à deman- 
der pardon à Dieu et aux hommes, agenouillé sur le seuil 
de la porte et à payer six livres à Téglise. Le directoire de 
Grasse, informé de cette inqualifiable conduite, ordonna de 
mettre la main sur les principaux coupables, les sieurs 
Féraud, Bonhomme, Lions et Chais, mais tous avaient 
pris la fuite. 

Au Bar, une bande considérable d'émeutiers se jette 
dans la nuit du 25 février, sur le château seigneurial. Us 
pénètrent par la porte du coté de Téglise, pillent les effeis^ 
saccagent les meubles. Ils continuent le 26 et le 27, et le 28 
ils mettent le feu. Ils s'y représentent encore le 4 mai et 
le 9. Le 12 mai, ils se révoltent contre le sieur Gaitte, nou- 
veau juge de paix. Un certain Honoré-Joseph Jourdain 
était le principal meneur. La garde nationale de Grasse 
accourt et s'empare de quelques meneurs. Mais la fuf eur 
du peuple ne connaissant plus de bornes, délivre les 
prisonniers, se déchaîne une fois de plus sur le château. 
Rien ne fut épargné, pas môme la lontaiiie que le dernier 
seigneur avait construite à grands frais et qui donnait de 
Texcellente eau au pays. Tout fut détruit, réservoirs et 
co)iduits. 

Le petit pays du Gars eut aussi ses mouvements séditieux. 
Un sieur Jean Salamitte fils, passait pour Thomme d'af- 
faires des seigneurs émigrés du Gars, Antoine de Flotte 
d'Agout, Jean de Théas, Jean-Paul de Clapiers, marquis 
de Cabris. On Taccusait de receler teaucoup d'effets d'émi- 
grés. De plus, il n'avait pas voulu payer sa cotisation 
pour les gardes nationaux venus de Grasse, à l'époque de 
l'invasion qu'on craignait. Il avait dernièrement,disait-on, 
porté de l'argent aux émigrés de Nice. Le 25 février, on 
s'était déjà rassemblé pour le saisir. Le 2 mars, il y eut 
une nouvelle émeute. Enfin, le 20 avril, le maire Jacques 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE 0792) 97 

Bertrand et le curé OUivier eurent beaucoup de peine à le 
protéger contrôla fureur du peuple . Il s'enfuit avec ses 
partisans. Le 30, le juge de Séranon trouva chez lui des 
effets de messieurs de Briançon et de Cabris, et l'on mit 
en état d'arrestation le père, âgé de 75 ans, et sa femme. 
Le l*' mai, Salamite, arrivé à Grasse, avait fait son rap- 
port au directoire de Grasse. L'affaire suivit son cours. 
On envoya à Gars un détachement de gardes nationaux 
avec le sieur Sassy , membre du directoire de Grasse, pour 
informer. Les agresseurs de la famille Salamite, le maire et 
les officiers municipaux eux-mêmes décampèrent et l'on 
nomma un nouveau Conseil municipal. 

Le 10 avril enregistre une nouvelle sédition de Grasse. 
Les officiers municipaux furent avertis par le club patrio- 
tique qu'une société dite des artistes s'était formée dans la 
ville, et qu'une collision venait d'éclater. La garde natio- 
nale saisit les plus exaltés et les mit en état d'arrestation. 
Le bruit se répandit en même temps parmi les patriotes 
que certains citoyens avaient chez eux des dépôts d'armes 
et des munitions ; que les Visitandines cachaient des prêtres 
non assermentés. Les chefs de la bande étaient quatre 
perruquiers, Pons Bertrand, J. Benoît, Argentery et 
Charier ; les sieurs Chauve, Cresp fils, Cresp ecclésiasti- 
que, dit le Garry, Courrin, Selvi, Mouton, Sauvaire, 
l'avocat Alziary, l'ex-maire Jacques Girard. 11 fallut toute 
l'énergie du 2' bataillon du 28®, et de la garde nationale 
pour protéger les maisons Théas, et des Visitandines, les 
plus soupçonnées. Les officiers municipaux firent des per- 
quisitions et déclarèrent n'avoir rien trouvé. Le perru- 
quier Charier prit au collet la sentinelle de l'hôpital, 
rinsulta, et dégaina le sabre. M. Ricord occupait la mai- 
rie. Le ministre Roland lui écrivit de Paris, le 19 avril : 
€ J'apprends par votre lettre du 10, qu'un mouvement 
qui pouvait troubler la tranquillité de votre ville y a été 
presque aussitôt calmé qu'excité. On le doit au zèle et à 



98 CHAPITRE n 

l'active surveillance que la municipalité a su apporter 
dans l'exercice de ses fonctions. Le roi partage vos sen- 
timents de satisfaction. C'est vous dire que Sa Majesté 
approuve ce que vous avez fait, et qu'elle compte tou- 
jours sur votre exactitude à m'informer de ce qui pourra 
survenir de nouveau, tant à Grasse que dans les autres 
lieux de votre district. > 

Les prêtres, dits réfractaires, étaient de plus en plus 
surveillés ; on avait l'œil sur ce que l'on appelait les 
menées du Vatican. Par exemple, au mois d'avril, le pro- 
cureur de la commune de Vence dénonçait au directoire 
de Grasse, un nouveau mandement de l'évêque de Vence, 
pour la publication des lettres commonitoires du Pape, du 
13 avril 1791 et du 19 mars 1792, et les deux autres lettres 
du 10 juin et du 25 août 1791, par lesquelles il déclarait 
excommuniés les prêtres assermentés, Bellissime, de 
Gagnes, Chabert, de Gattières, Audibert, de Gréolières, 
Baussy, Trastour,de Saint-Paul, Girard, de la Colle, Abou 
et Augier, de Vence, Florès, de Saint-Paul, Lautier, de 
Gourmes, Ollivier et Roustan, de Saint-Jeannet. Il y avait 
encore deux mandements de Monseigneur Pisani, en date 
de Rome, 15 avril 1792. 

On comprendra sans peine que le clergé, dit constitu- 
tionnel, n'avait aucune influence sur les populations, car 
les plus patriotes n'ignoraient pas qu'il avait manqué 
à ses devoirs les plus sacrés. L'évêque Jean -Joseph 
Rigouard avait beau jouer le rôle d'un apôtre et d'un 
ministre dévoué à l'Église. Pour se rendre populaire, U 
défendait le 26 janvier, d'exiger le casuel ; chacun offrait 
librement ce qu'il voulait. 

Le 11 février, il ordonnait des prières par la santé 
de N. S. Père le Pape. U nommait à Vence l'abbé Pons pour 
son grand vicaire, et il voulait lui-même, à la demande 
des Vençois, hénïv le drapeau du 2« bataillon du Var. La 
municipalité de Vence se fait autoriser par le directoire 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 99 

du district à donner un repas à cet évêque vertueux et 
patriote. Elle le reçoit, le 13 mars, en grande solennité ; 
et le 14 avril, on procède à la bénédiction du drapeau. 
€ Braves camarades, officiers, sous-officiers et volontai- 
res, dit le commandant Sanglier, voici votre drapeau 
conforme à la loi, le présent de l'Autorité exécutoire 
suprême ; il vous assimile aux vieilles bandes qui sous des 
chefs intrépides agrandissaient jadis la monarchie. Les 
temps sont bien changés. Ce n'est plus un empire qu'il 
s'agit d'étendre, c'est la France, c'est votre pays qu'il faut 
préserver d'une seconde oppression des tyrans. A peine 
était-elle menacée, que chacun de vous sentit ranimer 
son courage, tous vous jurâtes d'être libres, et ce noble 
enthousiasme a produit le corps que vous formez. Cœurs 
généreux, combien j'aime à présager vos gloires! (Mas- 
séna était là ! ! !) Il vous manquait le signal auquel se 
rallient les guerriers, vous l'obtenez intact, pur, comm^ 
le Pontife sacré qui vient d'en faire la bénédiction 
orthodoxe. Sous cette enseigne agréable à l'Éternel, vous 
serez toujours invincibles. Nul ennemi ne pourra vous la 
ravir. le beau jour que celui-ci, qui voit la piété faire 
cause commune avec les armes pour le soutien du plus bel 
édifice du monde. L'époque en sera marquée dans les 
fastes municipaux de cette cité. » Il fait encore des vœux 
pour que cet étendard flotte au rang qui l'attend dans 
les phalanges. < Mon désir est de l'arborer à votre tête sur 
lerempart delà Constitution, quand les perfides qui la 
minent, abattus et découragés , auront confessé leur 
néant. » La fête se termine par un banquet auquel assiste 
Rigouard. L'évêque baptisa lui-même les enfants nou- 
veaux-nés, et il alla, le 16, recevoir une ovation à Saint- 
Paul. 

Le 12 mars on dénonçait au district de Grasse le régi- 
ment d'Ernest, en garnison à Lorgnes, d'être en corres^ 
pondance avec les émigrés de Nice. 



100 CHAPITRE II 

Le 20 avril, quelques troubles éclatent à Antibes. On 
met en ordre de bataille le 72® régiment. 

A Vence, on se plaignait beaucoup de Tinsubordina- 
tion des volontaires du Var, et Ton demandait à M. Théo- 
dore Guérin, du directoire de Toulon, de vouloir bien en 
débarrasser la ville. On dénonça aussi le commissaire des 
vivres, Eyssautier, comme concussionnaire. Les faran- 
doles du carnaval avaient amené quelques troubles.Main- 
tenant la guerre extérieure fera diversion aux discordes 
civiles. 

V. — PRÉPARATIFS DE LA GUERRE SUR LA RIVE DROFTH 

DU VAR. 

Le 27 avril, le consul Leseurre écrivit au directoire de 
Grasse : « Vous avez probablement appris Tétrange ac- 
cueil fait le 18 avril par le gouverneur d'Alexandrie à 
M. de Senon ville, nommé par le roi aux légations réunies 
de Turin, Gênes et qui se rendait à Turin pour y pré- 
senter ses lettres de créance. Sous prétexte qu'il était sans 
passe-port, il reçut l'ordre de rebrousser chemin. Je n'ai 
pas besoin de m'étendre sur la gravité de cette circon- 
stance. Tout prend ici, depuis, une apparence vraiment 
guerrière. Les rassemblements de troupes sont portés à 
quinze mille hommes. On nous annonce déjà les corps 
supplémentaires, régiment des gardes, deux bataillons du 
régiment provincial de Mondovi. 11 est question de l'arri- 
vée prochaine de trois à quatre cents hommes de cavale- 
rie. On parle pour général en chef de M. le comte Saint- 
André, ci-devant commandant de Nice, et vice-roi de 
Sardaigne, et du marquis de Condon, l'ex-ambassadeur de 
Paris. On va envoyer de Turin à Nice des pièces de cam- 
pagne et renforcer l'artillerie de Coni. On travaille avec 
î^aucoup d'ardeur dans la capitale. » 

11 n'y avait rien d'étonnant que le roi de Sardaigne 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 101 

se mît sur la défensive. Est-ce que la guerre ne venait pas 
d'être déclarée le 20 avril par la France à l'empereur 
d'Autriche ? N'avions-nous pas déjà des troupes sur la 
rive du Var ; le 5 avril, le 72® régiment faisait étape à 
Séranon, et arrivait à Antibes renfoncer la garnison. 
Nous nous gardions depuis longtemps contre l'armée 
des vingt mille émigrés qui depuis le mois de février était 
toute prête à nous envahir du côté de Nice. Le jour même 
où le consul Leseurre écrivait cette lettre, nos troupes 
entraient en campagne. 

Le 27 avril, trois corps d'armée étendaient leurs lignes 
de Dunkerque à Bâle sous les ordres des généraux 
Rochambeau et Lafajette. Un 4® corps, dit armée des 
Alpes et du Midi, était commandé par le général Montes- 
quieu; le général de brigade Charton fut chargé, sous 
ses ordres, du département du Var, et des premières opé- 
rations militaires sur la frontière du Var. < Des armes, 
des armes, écrit la municipalitéde Vence, le29avril. Si 
l'ennemi s'avise de mettre le pied sur la terre sacrée de la 
liberté, nous lui apprendrons ce que peut le patriotisme 
armé des huit cents gardes nationaux de Vence. » 

Masséna était capitaine instructeur dans le 2* bataillon 
du Var, cantonné à Vence. Depuis son mariage à Antibes, 
il vivait chez son beau-père, sans occupation. Il avait ac- 
cepté dans la garde nationale d' Antibes l'emploi de capitaine 
instructeur, et lorsque fut organisé le 2* bataillon du 
Var à Vence, comme les charges étaient à l'élection, on 
jeta les yeux sur lui et on envoya lui demander s'il vou- 
drait bien faire l'honneur aux volontaires du Var d'être 
leur capitaine instructeur. 

On le trouva revenant de cultiver son jardin . Il consentit, 
et monta à Vence. Les anciens nous disent l'avoir vu 
sur la place Saint-Michel exercer ses hommes avec le 
talent qu'on lui connaissait. Il était chéri et craint du 
soldat. Aussi lorsque le lieutenant-colonel Gazan quitta 



102 CHAPITRE II 

le bataillon (1®' février) pour le 27® régiment d'infan- 
terie , Masséna fut promu à sa place ; quelques mois 
après , il succédera au commandant Sanglier , démis- 
sionnaire. 

Le général Charton , maréchal de camp , tient son 
quartier général tantôt à Antibes, tantôt à Grasse. Mal- 
heureusement il n'a ni approvisionnements, ni vivres, ni 
argent, ni artillerie de campagne, et il dispose de bien 
peu d'hommes. Il attend des ordres du ministre de la 
guerre, du général Montesquieu. A Nice, l'agitation est 
au comble. La ville regorge d'émigrés. Celui que la cour 
de Turin eut dû envoyer était désigné par l'opinion gé- 
nérale, le comte de Saint-André. Malheureusement on 
choisit le vieux comte de Pinto, homme peureux et peu 
entreprenant. Le crédit dont il jouissait à la cour le faisait 
regarder comme le palladium du pays. M. de Courten, 
major-général, remplaçait le marquis de la Planargia, 
mais plus jeune que Pinto, il lui devait le respect et 
l'obéissance comme chef d'état-major. Le comte Ober- 
nann était commandant de place et le comte Trinquieri de 
Venanson, intendant. De Pinto poussa avec ardeur lés 
travaux de Montalban, de Villefranche et de Saint-Hos- 
pice ; il garnit de redoutes la rive gauche du Var sur une 
longueur de trois lieues. Les milices du comté s'organi- 
sèrent partout. Celles de Nice furent commandées par 
Grimaldi, de Orestis, Spinelli et Girard. Peu à peu l'eflFectif 
des troupes réglées fut porté à dix mille hommes, mais il 
n'y avait ni agression, ni déclaration de guerre de la part 
du Piémont. C'est nous qui avions à reprocher à la cour 
de Turin de donner asile aux réfugiés français et qui 
voyions dans Turin, dans Chambéry et dans Nice des 
foyers d'antipatriotes et de conspirateurs contre la Révo- 
lution française. On signalait en France le mandement de 
M*' Valperga à ses fidèles de Nice, dans lequel il déplorait 
le schisme et la Révolution en France et ordonnait des 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 103 

prières pour écarter les maux dont le pays était me- 
nacé. D'ailleurs, le roi de Piémont n'était-il pas le beau- 
frère de Louis XVI ? 

VI. — LE GÉNÉRAL D* ANSELME. 

Le 26 mai, d'Anselme était nommé pour commander 
l'armée du Var. Noble Jacques-Melchior d'Anselme avait 
reçu le jour à Apt le 22 juillet. Après de bonnes études 
littéraires, il embrassa la carrière militaire et devint lieu- 
tenant en 1761, major dans le régiment de Périgord en 
1774, lieutenant-colonel en second dans le régiment de Sois- 
sons en 1777, maréchal de camp en 1791 . Sa belle conduite 
à Périgueux venait de fixer sur lui les yeux du ministre 
de la guerre. Cinq compagnies du régiment de Vermandois 
avaient fêté trop copieusement la fête de Pâques, et avinés 
ils avaient parcouru les rues en chantant et en criant : 
Vive la liberté ! Mort aux prêtres ! Mort aux aristocrates ! 
Plus que jamais, avec la guerre déclarée , on ne voyait 
plus dans les prêtres et dans les nobles, surtout émigrés, 
que des ennemis de la Patrie. Les discours d'Isnard et 
autres portaient leurs fruits. Pendant la nuit, ces soldats 
se mirent à briser les images saintes et les croix. Un groupe 
pénétra dans le couvent des religieuses enseignantes, 
lorsque d'Anselme courant au casernement : < Cet acte, 
dit-il, déshonore notre armée et la sainte cause de la 
liberté. Que ceux qui ont de l'honneur me suivent. Allons 
imposer à ces misérables. » 11 entraîna avec lui la troupe 
et tout rentra dans Tordre. — 11 n'arriva à Grasse que le 
27 juin. C'est là qu'il fera enregistrer ses lettres minis- 
térielles. 

Le général Charton commençait à former un camp entre 
Saint-Laurent et Cagnes ; il avait échelonné ses troupes 
sur la ligne du Var, et établi un hôpital militaire à 
Vence. Le 26 mai le 2^^ bataillon de Rhône et Loire, aux 



104 CHAPITRE II 

ordres du commandant Philippe-Christophe de Villemont 
était en garnison à Tourrettes-Vence. Le 2"** bataillon 
du Var n'avait pas quitté Vence ; à Cannes c'était le 3"® 
bataillon. Antibes avait le régiment de la Vieille-marine. 
Des détachements de troupes gardaient La Gaude et 
Saint-Laurent-du-Var. Le 26 mai, des soldats du Rhin et 
Loire ayant commis des désordres à Vence pour la fête 
de saint Lambert furent consignés dans leur cantonne- 
ment. H en fut de même, quelques jours après, du détache- 
ment de la Gaude. Le 3 juin, trois cent sept volontaires 
d'Entrevaux avaient poussé une reconnaissance jusqu'à 
Puget-Théniers et pillé le territoire. M. de Courten s'en 
plaignit au consul français à Nice, avec d'autant plus 
d'amertume que les troupes de Savoie n'avaient nulle- 
ment rintention d'attaquer. Le 12 juin, ce qui indisposa 
encore les troupes françaises, ce fut la procession so- 
lennelle qui se fit à Nice. On y comptait sept évêques 
émigrés : Éléonore de Castellane, évêque de Toulon ; 
Louis- André de Grimaldi, évêque de Noyon; Etienne- 
François de Bausset, évêque de Fréjus ; Laurent-Michel 
deCely, évêque d'Apt; les évêques de Saint-Claude, de 
Senez et de Nevers. Ces sept évêques étaient escortés 
de plus de six cents prêtres émigrés, d'un nombre infini de 
religieux et de religieuses. Le comte de Colbert suivait 
aussi le dais avec la foule des nobles émigrés. 

Le 18 juin, Charton et Masséna partaient de Vence à la 
tête de leur bataillon pour Entrevaux. Us furent remplacés 
par le 11™* régiment aux ordres du lieutenant-colonel 
Péloux. Le même jour, les volontaires de laDrôme quit- 
taient aussi le Cannet. 

Du Nord au Midi la guerre accroissait encore l'exas- 
pération fiévreuse qui dévorait les patriotes, t Mort aux 
prêtres ! aux aristocrates ! criait-on partout. L'Assemblée 
législative avait interdit tout costume religieux. Les clubs 
populaires trouvaient que Ton ne prenait pas des me- 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 105 

sures assez répressives. A Toulon, on trouvait le direc- 
toire trop modéré. Or , le 20 juin, dix membres du conseil 
administratif étant sortis de leur salle des délibérations 
pour apaiser le peuple et fraterniser avec lui, la populace 
se saisit d'eux, et après les avoir abreuvés de coups et 
d'insultes, les pendit aux réverbères. Parmi les victimes 
nous avions MM. Gazan, Roubaud'et Debain, de Grasse ; 
Manuel, de Gagnes, et Guérin, de Vence. 

Jugez de la terreur qui se répandit chez nous : l'en- 
nemi à la frontière et des assassins à l'intérieur ; et la re- 
pression était un vain mot. Que pouvait l'autorité contre 
le flot populaire qui avait franchi ses digues ? 

A Mougins, le 3 juin on avait voulu pendre le sieur 
Court, bourgeois. 

L'arrivée do d'Anselme, le 21 juin, imprima une nou- 
velle activité aux opérations militaires. On fit fête au 
général à Antibes et à Grasse. Nos troupes étaient impa- 
tientes de se mesurer avec Tennemi. Le 4 juillet, les vo- 
lontaires du Var à Saint-Laurent, ayant vu paraître sur 
l'autre rive des dragons piémontais, leur crièrent de toutes 
leurs forces de grossières insultes, appelant le roi du 
Piémont : Roi du Pouaillon! Ils déchargèrent même 
leurs fusils chargés à balle. Lçs dragons durent s'éloigner. 
Le sieur Bellon, maire de Saint-Laurent, dressa un rap- 
port au directoire de Saint-Paul : < Ce n'est pas en ce 
moment, disait-il, qu'il faut attiser le feu. Il pourrait en 
résulter pour Saint- Laurent de véritables malheurs. > 

Les commissaires désignés par l'Assemblée législative 
auprès de l'armée du Var furent MM. Barras et Mougins. 
Le 12 juillet, l'Assemblée déclarait la patrie en danger. 
Montesquieu demande qu'on établisse une correspondance 
suivie et journalière de Saint-Laurent à Grenoble par 
Castellane. Le 14 juillet, les régiments prêtent le serment 
fédératif en grande solennité. Le maire d'Antibes dira: 
€ Messieurs, lorsque les despotes étrangers se coalisent 



106 CHAPITRE n 

ensemble pour nous asservir, lorsque les divisions in- 
testines fermentent dans le sein du royaume pour nous 
entre-détruire, il est nécessaire de resserrer les liens de la 
fraternité. 

« Ne nous laissons plus enchaîner. Plutôt, qu'une mort 
glorieuse termine notre carrière et que nos tyrans ne 
régnent que sur des cadavres et des ruines.» Le procureur 
de la commune parle à son tour, et frappe sur les ennemis 
de la Constitution qu'il appelle traîtres, parjures, lâches, 
indignes de la patrie qui leur a tendu les bras. < Des mil- 
lions de citoyens demandent justice de ces misérables ; 
des millions de piques et de baïonnettes hérissées sur la 
surface de l'empire sont prêtes à les percer. La liberté ou 
la mort yVoWk notre cri de ralliement. C'est en vain qu'ils 
nous menacent avec leurs débris de chaînes. Quand 
autrefois, les Français versaient généreusement leur sang 
pour satisfaire l'ambition d'un despote, la victoire servait 
leurs drapeaux, comment ne vainquerions-nous pas 
aujourd'hui que nous sommes libres?» Là étaient Charton, 
le 28® régiment, le 4® bataillon de la Drôme, un détache- 
ment du 4® d'artillerie, la garde nationale. 

Le lieutenant-colonel d'Argot lut une harangue dans 
le même style, au 11® régiment en garnison à Vence. Le 
curé Vial célébra la messe sur un autel dressé dans le 
grand jardin. A Cannes on planta un arbre de la liberté. 
€ Que tout citoyen se trouve prêt à voler au secours 
de la patrie menacée. Que les hommes de bonne volonté 
se présentent pour porter à huit cents chaque bataillon du 
Var.» Quatre compagnies du 1 1® marchent sur Entrevaux 
et le 1®' bataillon du 91® est dirigé sur Barcelonnette. Il 
est dit, le 20 juillet, que le cri de La Patrie est en dcmger 
ne devait pas être pris pour un cri d'alarme, mais comme 
un stimulant de confiance et de courage, d'abnégation 
absolue sans relâche, de surveillance continuelle, d'éner- 
gie à toute épreuve, d'exécution de la loi, ou la mort. 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 107 

Cependant d'Anselme, changeant les plans de Charton, 
établit son quartier général à Grasse, lieu plus favorable 
aux magasins d'approvisionnements. Il dégarnit les rives 
du Var, ordonna d'évacuer les ambulances de Vence et 
de Tourrette-Vence, et choisit pour son camp la plaine de 
la Brague, afin de s'appuyer sur Antibes. Les officiers 
municipaux de Vence, s'alarmant outre mesure, écrivent 
au général Charton, qu'ils vont se plaindre à Montes- 
quiou, et à l'Assemblée législative contre le système de 
défense du général d'Anselme. « On nous assure que l'in- 
tention du général d'Anselme est de laisser l'ennemi 
s'avancer dans la contrée pour lui couper ensuite le che- 
min lors de la retraite. Le bruit court même qu'il y a 
trahison^ et peut-être ne serait-il pas difficile d'en décou- 
vrir le motif. > — Et au maire d'Antibes : < Nous avons ap- 
pris avec peine que le général d'Anselme n'était pas dans 
rintention de former son camp à l'endroit désigné parle 
général Charton. Son projet qu'on ne saurait attribuer 
qu'à l'ambition démesurée des habitants de Grasse est mis 
à exécution. La commune de Vence va se trouver sans 
défense. Le général d'Anselme prétend qu'il faut protéger 
Grasse, parce que son territoire est plus précieux. Nous 
pensons que Vence et les pays voisins doivent être tout 
aussi bien à l'abri des ravages ennemis ; et la loi doit assu- 
rer les propriétés et tous ceux qui l'ont œnsentie. Le 
système de défense du général Charton nous paraît mieux 
combiné pour la patrie. On nous assure que vous pensez 
comme nous et que vous allez vous plaindre. Si vous le 
faites, nous couvrirons vos représentations de toutes nos 
signatures. > Le directoire du Var tança Vence d'impor- 
tance, lui ordonnant de s'occuper de ses afiaires et de 
ne pas divulguer les secrets de l'armée. Cette ville envoya, 
pour amortir l'efiet de cette démarche inconsidérée, sa plus 
grosse cloche en présent à la Nation. La nouvelle de la dé- 
cbéancedu roi arrivait en même temps dans nos pays. Le 18 



108 CHAPITRE II 

août, le corps municipal d'Antibes le publie dans les rues 
et carrefours. Le maire invite le peuple au respect des 
droits sacrés de l'homme et de la propriété. Et le 25 : < La 
patrie est en danger. Tout bon citoyen doit se tenir prêt à 
voler à son secours. En cas d'alarme, soit de nuit, soit de 
jour, tous les habitants seront tenus d'accourir en armes 
sur la place Sainte-Claire. Tout habitant sera tenu, la 
nuit, de mettre une lumière sur une fenêtre de sa maison ; 
tout cabaretier sera tenu, soit de jour, soit de nuit, au 
premier cri d'alarme de faire sortir le monde de chez lui, 
et de fermer sa porte. » Le 27 août, l'ordre était venu 
de Montesquieu d'aller en avant. Les compagnies de 
la garde nationale d'Antibes convoquées, à 8 heures du 
soir, demandaient à marcher sur la frontière. 

D'Anselme pressait les districts de l'aider dans les tra- 
vaux des chemins. < L'ennemi, disait-il, est à nos portes, 
et nous n'avons pas de routes viables sur les hauteurs pour 
déboucher nos forces sur le Var. > On appelle des hommes 
pour réparer les chemins de Grasse à Vence par le Bar, et 
de Grasse à Nice par Villeneuve-Loubet. 

Le général en chef désire que les forces locales secon- 
dent la troupe de ligne : Il importe que les citoyens qui 
connaissent les embuscades, et les défilés soient utilement 
employés. Le chiffre des gardes nationaux du district de 
Grasse, est de 6,494 hommes. Ceux qui ne peuvent com- 
battre aideront l'armée de leurs biens et de leurs bras. 
Les communes forment des atehers patriotiques,où enfants, 
femmes, vieillards, font de la charpie. < Trente personnes, 
à Grasse, de 16 ans â 60, doivent y aller travailler, à 25 
sous la journée. » Grasse, avec le quartier général, avait 
peut-être plus d'animation qu'Antibes. D'ailleurs, c'était 
un centre plus considérable. Le directoire du district, 
poussé par le club patrioticiuo, ])renait des mesures contre 
les prêtres perturbateurs, et ordonnait à tout citoyen de 
les découvrir, de les dénoncer, et de les arrêter (!•' août.) 



ASSEMBLÉE LEGISLATIVE (1792) 109 

Quiconque ne portera pas la cocarde sera déclaré suspect. 
Le 2 août, on faisait le dénombrement des armes et des 
munitions. 

Le 10, les sieurs Férus de Toulon et Chabert, nommés 
administrateurs des guerres de l'armée d'Italie, font en- 
registrer leurs pouvoirs à Grasse. Le 12 août, la popu- 
lation est en effervescence en apprenant les événements 
du 10 août. 

Une véritable insurrection éclate à Grasse. 

Le 17, on donne cinq jours aux Visitandines pour 
qu'elles aient à céder leur couvent à la troupe. 

Date mémorable, c'est ce même jour que les officiers 
municipaux proclament au son des trompettes et au bruit 
des tambours de toutes les troupes de la ligne et de la 
garde nationale le décret de suspension du roi. On y voit 
réunis à toutes les administrations du district, l'état- 
major : général d'Anselme, Dubois-Cransé, Brunet. .... 
Le décret est lu au centre des troupes et aux deux extré- 
mités. Puis la musique fait entendre ses accords. Le 24 
août, on célébrera une cérémonie funèbre pour tous les 
patriotes morts à Paris dans la journée du 17 août. L'état- 
major assistera encore le 2 septembre au convoi du sieur 
François Reibaud, membre du directoire de Grasse. 

Grasse formait deux sections, ayant chacune son juge 
de paix : section de l'Oratoire, rue des Fédérés dans 
l'église des ci-devant Cordeliers, et section des Jacobins 
dans l'église des Dominicains. Le 26 août, les sections 
étaient réunies dans toutes les communes pour l'élection 
des députés de la Convention nationale, M. Mougins de 
Rociuefort (Jean-Joseph), ancien représentant de la pre- 
mière Assemblée nationale, président du tribunal du dis- 
trict de Grasse, prononça dans cette réunion un dis- 
cours analogue à la circonstance. 11 dit que les ennemis 
de la chose publique tentaient d'étouffer la liberté dans sa 
naissance ; mais qu'elle triompherait de leurs criminels 



110 CHAPITRE n 

efforts, qu'avec le zèle des bons citoyens le despotisme 
serait abattu et la patrie sauvée. A la section des Domini- 
cains, Dominique Luce félicita TAssemblée législative 
d'avoir suspendu le pouvoir exécutif et réprimé les pari;i- 
sans du despotisme. 

\n. — LES MARSEILLAIS A ANTffiES. 

Paris n'eut pas seulement à souffrir de ces terribles 
Marseillais que Barbarous leur amena le 10 août, Antibes 
et Nice recevront aussi la visite de ces hommes de sang. 
Les décrets de l'Assemblée législative avaient ordonné 
d'exiler les prêtres réfractaires ; les phalanges marseillai- 
ses tueront ceux qui leur tomberont sous la main. Les 
massacres du 2 septembre sont leur ouvrage en grande 
partie. 

Le 5 septembre quatre prêtres, partis d'Hyères, sont 
poussés par le mauvais temps sur la plage de Cannes. Les 
soldats cantonnés dans cette ville profèrent contre eux des 
cris de mort ; mais la population et l'administration mu- 
nicipale les protègent. M. Hibert, officier municipal^ les 
fait entrer dans l'Hôtel-de-Ville, range les habitants de- 
vant la porte et crie de là aux soldats : < Voyez tous ceux 
qu'il faudra tuer pour arriver jusqu'aux prêtres. Tous 
nous mourrons pour les défendre. » Les prêtres furent 
sauvés. On les conduisit de nuit, sous bonne escorte, 
jusqu'à Saint-Laurent-du-Var. C'était Joseph Bonnefoy, 
F. Gastaud, H. Donat, F. Ficher. 

Il n'en fut pas de même à Antibes. 

Le 26 août. Lombard, de Marseille, capitaine de la tar- 
tane Saint-Jean-Baptiste faisait voile vers Nice, ayant 
à bord deux prêtres émigrants, Balthazar Cartier, d'Aix, 
et Lazare-François Imbert, de Marseille, tous deux re- 
nommés par leur piété et par leur science ecclésiastique. 
Le mauvais temps força de relâcher à Antibes. Saint- 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 111 

Julien, capitaine de la chaloupe nationale, le Commerce-- 
de-Bordeatix^ fit main basse sur la tartane, et comme il 
y avait deux prêtres, il en avisa les officiers municipaux. 
La populace accourut, et la force publique eut beaucoup 
de peine à défendre les deux prêtres et le capitaine, contre 
ces gens-là. Au lieu d'agir conformément à la loi, on les 
garda en prison, sans même donner avis au directoire de 
Grasse. Les Marseillais arrivaient le 30 à Antibes pour y 
être casernes. Le brave Miollis prit le commandement de 
la place d'Antibes. 

Or, le 6 septembre, les Marseillais apprenant les mas- 
sacres de Paris, s'assemblèrent aussi devant les prisons 
de la ville, attirant avec eux la lie du peuple. Ils deman- 
daient qu'on exécutât les prêtres détenus, ou qu'on les 
leur livrât. Le maire et Miollis convoquant la troupe et 
la garde nationale, imposèrent à l'émeute, si bien que les 
Marseillais déclarèrent qu'ils n'avaient nullement l'in- 
tention de causer du désordre ; et ils fraternisèrent avec 
la garde nationale. Le lendemain Miollis alla inspecter les 
travaux du Var ; les volontaires marseillais, profitant de 
son absence, vinrent de nouveau aux prisons , et profé- 
rèrent des cris de mort. Un détachement du poste voisin 
voulut défendre l'entrée de la prison ; il fut repoussé. Un 
officier municipal, qui était à la commune en surveillance 
permanente, alla requérir des hommes. Les assassins 
avaient enfoncé les portes, pris les clefs à la femme du 
geôlier et saisi leurs victimes. Tous les magasins se fer- 
mèrent aussitôt. Cependant on battait la générale, la garde 
nationale accourait se ranger sur la place, les officiers 
municipaux avaient revêtu leurs écharpes. 11 n'était plus 
temps. Les deux victimes traînées dans la rue par cette 
bande de forcenés, hachées à coups de sabre et tombées 
à terre, étaient menées à la porte de France et leurs corps 
pendus à un arbre du jardin de M. Guide. Plusieurs 
personnes perdirent connaissance en voyant passer ces 



112 CHAPITRE n 

infortunés tirés à terre et criant miséricorde ; une femme 
même mourut de frayeur. Il n'était plus temps, quand les 
neuf cents gardes nationaux marchèrent la baïonnette 
en avant sur ces forcenés et les dispersèrent. Toute la 
la nuit, on monta la garde, on fit des patrouilles. MioUis, 
qu'on avait envoyé chercher à Saint-Laurent, fut pro- 
fondément irrité de cet exécrable forfait . Le lendemain, 
8, croyez -vous que les Marseillais se réunirent encore 
en tumulte devant la prison, exigeant qu'on leur livrât le 
capitaine et les autres détenus. Cette fois Miollis braqua 
les canons sur le Cours, ordonna de mitrailler les sédi- 
tieux s'ils ne se retiraient immédiatement. 

Un dragon était parti pour Grasse le 7 septembre, por- 
teur d'une lettre de la municipalité au directoire, par 
laquelle il lui annonçait que deux prêtres allant à Nice 
avaient été arrêtés le 26 août et détenus depuis à Antibes, 
qu'ils avaient été arrachés de la prison, aujourd'hui 7 
septembre, par un attroupement, frappés de plusieurs 
coups de sabre et pendus. Le directoire, séance tenante, 
déclara que la municipalité était en faute, qu'elle devait 
aviser le directoire, que son silence était coupable, et 
qu'elle eût pu agir, comme on l'avait fait dernièrement 
à Cannes ; que l'ordre de l'Assemblée nationale était, non 
pas qu'on emprisonnât les prêtres suspects, mais qu'onles 
menât au-delà de la frontière. Le commissaire Ferrus, le 
président Moiigins et le lieutenant-colonel d'état-major 
Rivas, descendirent à Antibes et informèrent. Ferrus af- 
ficha la proclamation suivante : < Citoyens, la patrie est 
en danger. Un des décrets de l'Assemblée nationale vous 
Ta déjà annoncé. La suspension du roi et les événements 
du 10 août vous prouvent assez que les ennemis de la 
chose publique cherchent à tromper le peuple. Enfants de 
la patrie, citoyens-soldats, soldats-citoyens, obéissez à 
vos chefs, déposez vos haines, et que notre arrivée soit 
un jour de triomphe pour la ville et pour les citoyens 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) 113 

d*Antibes. > C'est à la clarté des flambeaux qu'on lut cette 
proclamation, la ville illumina. - Après avoir pris con- 
naissance sur la pendaison des deux prêtres j il fut dé- 
cidé que le citoyen Sébastien Lombard serait conduit dans 
les prisons de Grasse pour son procès lui être fait^ et 
qu'en attendant il était sous la sauvegarde des lois. — 
Férus dit encore : < Un citoyen de cette ville m'a rapporté 
que, cette nuit, huit à dix individus, déguisés, ont parcouru 
la ville en jouant du violon. Ils avaient des cordes à la 
main. J'invite le citoyen dénonciateur à déposer au conseil 
ce qu'il a vu. ■ Un sieur Mouriez, prenant la parole, dit : 
« Frères et amis, invitons messieurs les commissaires à ne 
pas persister davantage. Le dénonciateur se répent. » Et 
tous d'une commune voix d'intercéder pour lui. Les com- 
missaires ne demandaient pas mieux que d'en finir là. 

Le maire, après cette triste affaire, donna sa démission le 
13 septembre, et il n'y aura plus personne qui veuille de 
la mai rie jusqu'au 23 décembre, qu'on élèvera à ce poste 
Michel-Joseph-Emond d'Esclévins. 

Enregistrons ici une des victimes de nos Alpes-Mari* 
times en 1792 : Le poète et littérateur Bonnefoy, de 
Bausson , précepteur des enfants du prince de Mont- 
morency, fut exécuté à Paris. 



VIII. — l'armée du var. 



Lorsque d'Anselme arriva à son poste, il n'avait ni 
état-major, ni officier supérieur d'artillerie, ni canons de 
siège. 11 ne trouva qu'un commissaire des guerres, le sieur 
Eyssautier. 11 suppléa à tout avec une activité incroyable. 
Comprenant qu'il n'y avait pas dans les circonstances ac- 
tuelles à fatiguer le ministère de ses plaintes, mais à agir 
promptement, il appela à lui tous les hommes de bonne 
volonté des communes pour commencer les retranche- 
ments du Var; il créa, avec les pièces de fer des batteries 

8 



114 CHAPITRE II 

côtières, une artillerie de siège. Les troupes se massèrent 
bientôt dans le bassin du Var : 1 1^® chasseurs, 7"*, 28»*, 
51"% 61™®, TS""® et 93"™' régiments; 18°^* d'artillerie dont 
le jeune Bonaparte faisait partie ; bataillon des volontaires 
de TAude, de l'Hérault, de la Haute-Garonne, de laDrôme, 
de Rhône et Loire ; régiment suisse d'Ernest, compa- 
gnies franches, 18® régiment de dragons. 

Parmi les officiers supérieurs nous nommons Brunet, 
général de division, chargé de l'aile gauche, et Dumer- 
bion, do l'aile droite. Là étaient Masséna, Serrurrier, chef 
du G™® bataillon des Bouches-du-Rhône , Despinoy et 
Dallemagne, capitaines des grenadiers, Jouberl, encore 
simple grenadier, Dagol)ert, Garnier, Gardane, VignoUe, 
Duranteau, MioUis, Gautier de Kerveguen, Lombard de 
Rofjuefort, général Barquier. 

Dus le 27 août, Brunet avait son quartier-général à 
Vence, et il le transportait au Broc le 3 septembre. 
Dumerbion se tenait du côté d'Entre vaux et de Barcelon- 
nette. Le contre-amiral Truguet appareillait à Toulon 
avec neuf vaisseaux de guerre, et montait le Tonnant. 

On n'attend plus que le mot d'ordre. Tout est prêt à 
franchir le Var. 

Cependant le général d'Anselme se multipliait et Grasse 
surtout le secondait de tout son pouvoir. Elle lui avait 
déjà avancé pour l'armée, le 17 septembre, plus de cent 
cinquante mille livres. Mais certains jaloux, dans le genre 
dos officiers municipaux de Vence, continuaient de calom- 
nier le général. Le consul du district de Grasse s'in- 
digna, dans sa séance du 18 septembre, des calomnies 
atroces que quelques individus insinuaient méchamment 
dans les petites sociétés populaires contre le général. Bien 
plus, on forma même le complot de l'assassiner. 

€ Quand la Patrie est en danger, dit le directoire de 
Grasse, c'est bien mal d'ébranler la confiance que Ton 
doit avoir pour son chef; nous protestons contre les son- 



ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792) U5 

timents malveillants de ceux qui cherchent à discréditer 
le général d'Anselme. Sa conduite a toujours manifesté, 
et manifeste le patriotisme le plus pur, la fermeté la plus 
décidée. Tous les citoyens qui le jugent sans prévention 
ont pleine confiance en lui . » 

Le Conseil municipal d'Antibes délibéra dans le même 
sens et envoya trois de ses membres pour lui exprimer 
leur condoléance et l'horreur qu'ils éprouvaient du noir 
attentat essayé contre sa personne. Ils étaient chargés de 
lui témoigner, de la part de toute la ville d'Antibes, l'ex- 
pression de leur confiance et de leur inaltérable dévoue- 
ment. > Des monstres indignes de la Patrie qui leur a donné 
le jour, et sous un habit déguisé, ont attenté à la vie du 
général d'Anselme, général si digne de l'estime et de l'a- 
mitié de tous, ami de l'égalité et de la liberté. » 

Le 21 septembre, Anselme tenait son quartier-général 
à Antibes. 



CHAPITRE m. 



OOXVEXnON XATIOXALE (1792 — 17^.) 



Pendant que n 3tre armée triomphait à Valmy (20 sep- 
tembre) TAssembl:^ législative expirait et remettait le 
lendemain ses pouvoirs à la Convention nationale, com- 
posée de sept cent quaranie-neuf membres, elle avait con- 
servé Isnard de Grasse pour représenter notœ départe- 
ment du Var. Elle commença par déclarer à l'unanimité 
la royauté abolie, la république constituée et Tannée 
commençant désormais avec Téquinoxe d'automne, pour 
être la 1" de YEre répffbïicaine. 

Montesquiou stimulé par la victoire de Valmy et par les 
ordres exprès de la Convention nationale occupe la Savoie, 
en même temps qu'il commande à d'Anselme de marcher 
sur Nice. 

L — OCCUPATION DC COMTÉ Iffi NICB. 

Un ardent dominicain de Nice avait ouvert, avec 
Tautorisation épiscopale, une neuvaine de prières dans 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 117 

réglise Saint-Dominique, pour éloigner Torage qui gron- 
dait sur Nice et sur TEurope, Il prêchait avec une violence 
extraordinaire contre la Révolution française. Il com- 
mença le dimanche, 17 septembre. Bientôt la foule fut 
telle, qu'il dût parler sur la place publique. Le consul de 
France, Leseurre, s'en plaignit au gouverneur. 

Les sermons du 24 et du 25 septembre furent suivis de 
collision entre royalistes et libéraux. Certains émigrés 
prirent des allures menaçantes et provocatrices. L'admi- 
nistration de Nice pria le dominicain de se modérer ou de 
se taire. Le 25 septembre, mardi, le parti libéral fait une 
ovation à Obernann, aux cris de : A bas les royalistes ! Les 
royalistes à la lanterne ! Le ^^ les royalistes, le drapeau 
à la main, parcourent la ville en criant: Vive le Roi ! Vive 
Savoie ! Une nouvelle émeute se préparait pour le 27, 
quand tout-à-coup des gens affolés, accourant dans la 
ville, vociférèrent : < Les Français ! les Français ! > L'es- 
cadre de Truguet apparaissait en vue de Nice, et l'armée 
de d'Anselme passait le Var. La garde nationale de Nice 
courut aux armes, la troupe arriva, la foule borda le 
rivage, lorsque une forte brise força l'escadre de retour- 
ner vers Antibes. 

Pinto et Courten se rendirent au camp du Var. Trois 
cents hommes, gentilshommes et bourgeois de Nice mon- 
tèrent à la Turbie pour empêcher la garnison de Monaco 
de venir sur Nice. Chacun se tenait à son poste. Cacciardi 
et les Suisses gardaient Mont-Alban et le chevalier de 
Foncenez, Villefranche avec deux cents hommes et cent 
pièces d'artillerie. MM. Ermengault Audiberti, comte de 
Saint-Etienne, Honoré Saissy et Jacques Arsiary occu- 
paient alors les charges consulaires. 

Le 28, le Tonnant se montre de nouveau devant Nice. 
Un canot débarque sur la plage un officier français avec 
son tambour. Celui-ci fit un roulement. Le poste niçois y 
répondit. Comme de Pinto et Courten étaient absents, 



118 CHAPITRE m 

Obernann, chargé de la place, envoya deux officiers pour 
savoir de quoi il s'agissait. On leur remit un pli adressé 
à Courten. Obernann ayant refusé de le décacheter, Tof- 
flcier français demanda l'extradition du consul Leseurre, 
ce qui eut lieu sur le champ. Leseurre fit voile vers 
Cannes, d'où il revint rejoindre d'Anselme à Saint-Lau- 
rent-du-Var, 

Pendant que l'armée du Var, à Vence, à Antibes, à 
Grasse prêtait le serment de haine à la royauté et de 
fidélité à la République et à la Convention (28 septembre 
1793). (le Pinto et Courten, revenus en toute hâte à Nice, 
avaient réuni le conseil de guerre ; le Conseil municipal 
délibérait de son côté ; M. de Benevel courait de maison 
en maison pour exciter les Niçois à se défendre, et il réu- 
nissait déjà plus de trois mille hommes bien armés. De 
Pinto ne savait que résoudre. Courten et le chevalier 
Caissotti de Roubion lui représentaient que l'armée fran- 
çaise n'était pas en nombre, que l'on pouvait facilement 
la repousser, que la population de Nice et les émigrés 
étaient déterminés à seconder la troupe et à ne pas se 
laisser envahir. < Que dites-vous? s'écria Pinto, mais les 
Français nous cachent leur nombre. Us sont plus de qua- 
rante mille. » Il était deux heures qu'on n'avait encore 
rien décidé. Mais bientôt, sans qu'on eût avisé la muni- 
cipalité, ni donné aucun ordre, la population s'aperçut 
que les équipages des généraux et de l'administration dé- 
filaient à petit bruit sur la route de Turin. Aussitôt la 
panique se répandit dans toute la ville. Rien ne peut dé- 
crire l'affreux tumulte de cette soirée et de cette nuit. 
Émigrés, nobles, royalistes niçois, prêtres, religieux, 
hommes, femmes et enfants, mêlés aux troupes et aux 
bagages encombrèrent aussitôt les routes de Gênes et de 
Turin. Il y avait cinq siècles, jour pour jour, que les Gri- 
maldi de Beuil avaient cédé Nice à la maison de Savoie. 
Toute cette longue file s'avançait morne et silencieuse, 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795 119 

quand la queue ayant dépassé le pont de Peille, entendit 
le galop des chevaux, La réverbération des casques, à la 
clarté pâle de la lune, fît croire que c'étaient les dragons 
français qui avançaient. L'alarme gagna de proche en 
proche. Les soldats piémontais de l'arrière-garde se tour- 
nèrent vers la cavalerie et tirèrent presque à bout por- 
tant. On ne s'aperçut de la méprise qu'au col de Braous. 
De Pinto avait oublié, dans la précipitation de sa fuite, 
d'avertir un piquet de dragons piémontais de Saint-Gilles, 
qui avait été mis en observation sur le Var. 

Le 29 septembre, trois cents forçats du bagne, les ma- 
rins des divers pays qui stationnaient au port, et la lie du 
peuple commencèrent à se répandre dans la ville et à 
piller, au cri de : Vive la liberté! Le Conseil municipal 
et les principaux habitants, l'évêque lui-même, se voyant 
abandonnés et sans défense, décidèrent qu'on se rendrait 
auprès du général d'Anselme. 

Déjà une partie des troupes se dirigeait par les collines 
de la plaine du Var du côtés de Cimiez sous les ordres de 
MiolHs. L'avant-garde de d'Anselme marchait sur la 
route du Var. Le sieur Michaud osa encore une démon- 
stration. A la tête de quelque cent hommes déterminés, 
il essaya d'imposer à l'invasion. Il comprit, en arrivant à 
Sainte-Hélène, qu'il n'y avait qu'à battre en retraite. 

Les députés du Conseil municipal, l'évêque et Honoré 
Saissy en tète, se rendirent à la villa Feraudi, quartier 
de Sainte-Hélène, où était le général d'Anselme, et lui 
offrirent les clefs de la ville. Le général d'un ton sec à 
l'évêque : c Monsieur l'abbé, lui dit-il, vous n'êtes pas ici 
à votre place. Je vous déclare qu'il n'y fait pas bon pour 
vous. > Puis il adressa de bonnes paroles aux autres dé- 
putés. L'état-major français et la troupe crièrent : Vive 
la cité de Nice ! 

M*"^ Valperga, rentré à Nice, émigra le soir même. 
Le général d'Anselme, entre sa soeur, dit-on, déguisée en 



»ie— àe-Ttiiz: •?; > âsïzr fHi.Tnc#5«dne^€t escorté d'un ré- 
grâ^îii f-r fr-iTic:?^ r^zirzriâse ^raUtTÎe qui fit trembler 
le P>n-^">fC3:. -?: Se Tr:«s izL> bosaiDes de troapes pé- 
Décra dîTâ Is Tîljr ^ 3> sfçc^d'rce- Une partie de rarmée 
l!ii">:iâ~i sur Li iCi-re Vkwr. ime aatre sur la place 
Sainî-E*: z:izi:;:;e rî sur ie Okits- 

Le dîre*n:à?r i:: fÎ5::r>?; ôe SaiuT-Panl en donnait la 
nouTelie i Grasse e; î A::iTi'!>2s à neaf heures du soir, le 29 
sejitembre : « Les hs^^ian^ 6e Nke. ayant à leur tète le 
Conseil inuii>::îrai. se sr-nî r»K:-dus sor les bords du Var pour 
remenre ks cieè -ie la vilie au geîiêral d'Anselme ; le gé- 
néral a passe le Var ax^c son armée^ il s'esî rendu maître 
de la Tille, du fort M-3ni-AIban« cocurê actuellement par les 
chaleurs corses, et du fort de ViUefinanche. > Le 30, on 
fit des feies à Aniibes. à Cannes, à Grasse* à Vence et 
dans toutes les commun€S« à mesure que la nouvelle y 
parvenait. On envoya ai même lemps complimenter le 
général île cet heureux événement, 

Lejoumal officiel, le Moniteur, en rendit compte en 
ces termes: € Les Français ont fait à Nice, le 29 septembre, 
une entrée triomphale. L'arbre de la liberté y a été planté 
et le curé constitutionnel de Saint-Laurent-du-Var a cé- 
leTïré la messe à laquelle toute la population a assisté. Le 
pavillon national a été aiboré au port sur tous les l>àti- 
ments. Tous les chapeaux sont ornés de la cocarde na- 
tionale ; la joie est peinte sur tous les visages. L'armée 
est campée sous les murs de Nice et sur la place de la 
Liberté. Le général a fait les proclamations les plus fortes 
pour mettre sous la sauvegarde de la nation les personnes 
et les propriétés. La Société patriotique de Grasse a envoyé 
à Nice une députation de vinirt de ses membres avec la 
charge d'y former un club républicam. Le citoyen Vidal 
de Grasse en est le président. Ou s'y presse, on s'y porte 
en foule. On chérit d'Anselme, on admire sa sœur qui, 
non moins courageuse que la Pucelle d'Orléans, sert une 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795 121 

meilleure cause. Cette nouvelle amazone marchait, le jour 
de notre entrée à Nice, à la tête d'une colonne de quinze 
cents guerriers, D'Anselme se montre de plus en plus 
digne des preuves d'attachement qu'on lui prodigue. 
Paris a fait une fête civique pour cette conquête : véritable 
triomphe ; et point de sang répandu. Voici la strophe 
qu'un Savoisien a composée pour cette circonstance, 
ajoutée à l'hymne national : 

De Nice aux remparts de Genève 
Que Tarbre de la liberté 
Planté par vous croisse et s'élève ; 
Qu'il soit a jamais respecté ; 
Que les tjrans courbent la tète 
Devant ce signe protecteur. 
Mais si leur aveugle fureur 
Osait disputer sa conquête, 
Aux armes, citoyens I 

La Convention nomma trois commissaires pour aller 
gouverner le Comté : Goupillon , CoUot d'Herbois et 
Lasource. 

Cacciardi avait rendu le fort Mont-Alban, sans coups 
férir ; Foncenez , à Villefranche , s'était constitué pri- 
sonnier avec ses deux cents hommes. On trouva cent 
pièces d'artillerie, des approvisionnements considérables, 
une frégate et une corvette. Turguet captura le même 
jour un navire anglais chargé de fusils pour les troupes 
de Nice. 

Après la fête de la place Victor et la plantation de 
l'arbre de la Liberté que d'Anselme présida, le dimanche 
30 septembre, il envoya à la Convention nationale son aide 
de camp d'Hautefeuille porter les drapeaux de Nice, de 
Mont-Alban et de Villefranche. Celui-ci était accompagné 
des députés de Nice, Dominique Blanqui et Veillon. Antibes 
et Grasse fêtèrent le sieur d'Hautefeuille. 

Il fallut songer à la nouvelle organisation municipale. 
L'ex-consul Leseurre fut élu maire et le citoyen Pourcel, 



i22 CHAPITRE m 

du directoire de Saint-Paul, procureur de la commune, 
On voyait parmi les conseillers municipaux : Jacques 
Défly, A. Caisson, H. Sayssy, le Ijaron Giacobi, Héraud, 
Veillon , Blanqui, David Moyse , J,-B. Cotto, L. Salvi, 
Chabaud, Gallo, D. Grosso, Martin, A. Spinelli, Levy, 
Feraudy secrétaire et Girand}^ commissaire du Greffe. La 
société patriotique nomma pour son président D. Vidal, 
de Grasse : pour vice-président, le sieur H. Mougins, de 
Saint-Paul, et pour procureur, le sieur Barrière, de Saint- 
Jeannet. 

Mais voici qu'à partir du 1®' octobre les pluies de saint 
Michel tombent par torrents pour ne plus discontinuer 
pendant douze jours. On ne peut plus passer le Var, ce 
qui intercepte les communications entre le camp de la 
Brague et les troupes de Nice. Les approvisionnements de 
Tarmée se font à grande peine d' Antibes à Nice par mer. Les 
troupes ne voulant plus camper dehors sont logées chez les 
particuliers. L'escadre de Toulon a gagné les îles d'Hyères. 

D'Anselme ne peut plus contenir les soldats désœuvrés, 
indisciplinés et avides de butin. Ils vont et viennent, 
chantant le ça ira^ criant mort aux aristocrates, entrant 
dans les magasins, dans les églises ; ils envahissent les mai- 
sons fermées des émigrés, forcent l'Hôtel-de-Ville et la 
maison de l'Intendant, jettent les effets par les fenêtres, les 
pa[)iers, incendient les uns,foulent aux pieds les autres dans 
la boue de la rue. Ils sont aidés dans ce beau travail par 
quelques gens de la lie du peuple. — Le I®"" octobre, on 
chassait les Dominicains et le soir le club patriotique 
s'y installait, a II est temps, disait un orateur, que 
rhomme ce bel ouvrage du Créateur sente sa dignité,qu'il 
ne soit plus défiguré dans sa nature par les grossières 
superstitions ciu'avaient imaginées des prêtres intéressés.» 
Les libéraux de Nice se mettaient aussitôt au diapason des 
plus hardis [)atriotesde la rive droite. Le club patriotique 
de Grasse se chargeait de faire son éducation. 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 123 

II. — ARMÉE PIÉMONTAISE. 

L'armée piémontaise eut son quartier général à Fon- 
tan, et étendit ses lignes de Saint-Dalmas-de-Tende au 
Braous de Lucéram, Au Braous furent postés les dragons 
de Sain t-Giles. Dans le conseil de guerre du 2 octobre, 
Courten et les frères Sainte-Marguerite donnèrent l'avis à 
Pinto qu'on descendît à l'improviste sur Nice. Le cheva- 
lier d'Auvare dit dans ses mémoires que si Ton eût suivi 
ce conseil, dans la journée du 2 au 3, on eût repris la ville 
et tout le Comté, Le vieux Pinto s'entêta ; bien, plus il 
oublia la vallée de Lantosque. D'Anselme et Truguet 
dans leurs rapports déclarent qu'ils n'auraient pas abordé 
sans crainte Mont-Alban et Villefranche. « Les batteries 
que l'on voyait, n'étaient pas les seules à redouter, il y en 
avait de masquées dont plusieurs à boulet rouge. Le 
fort Mont-Alban pouvait nous accabler d'une grêle de 
bombes. Je n'ai pu comprendre les raisons qui ont déter- 
miné les troupes du roi de Sardaigne à abandonner d'aussi 
grands moyens de défense et des postes aussi importants. 
C'est une terreur panique dont je profite. » Pinto, en 
personnifiant la peur , avait été pour la France cette bonne 
fortune. Le 10 octobre, d'Anselme envoyait son rapport 
daté de Nice ville libre ; puis il s'occupait d'organiser 
des casernes et des ambulances dans les couvents et les 
églises supprimés. Il y eut jusqu'à quatorze casernes et 
autant d'hôpitaux ou ambulances. 

Les émigrants de Nice encombraient encore Tende, 
le 3 octobre. Plusieurs familles se trouvaient dans la plus 
profonde misère. Madame la marquise de Villeneuve fai- 
sait, entre autres, compassion à voir. Le chevalier d'Au- 
vare trouva sa femme et ses enfants sans nourriture, sans 
aliments et dans la rue. Il pria son lieutenant-colonel de 
lui donner quelques instants pour lui venir en aide : < Il 



124 CHAPITRE IH 

s'agit bien de cela, répondit-il ; on ne s'arrête pas, on 
marche en avant. > D'Auvare obéit. Un quart d'heure 
après, il revit le lieutenant-colonel qui lui dit : Eh bien ! 
quel arrangement avez-vous pris?— Aucun, mon colonel. 
— Prenez ce cheval, je le veux. — Permettez-moi, mon 
colonel de ne pas vous obéir. Ici je suis libre de ne pas 
accepter. D'Auvare rencontra plus tard sa famille, et 
quel fut son étonnement de les voir montés sur le cheval 
que leur avait fourni le lieutenant-colonel. 

A la nouvelle de l'abandon de Nice, Victor-Amédée en 
conçut un profond chagrin . A mesure que les émigrants 
arrivaient, il reçut les uns dans son palais, donna des se- 
cours pécuniaires aux autres, plaça les enfants dans les 
maisons de l'État. Puis il lança son manifeste. Son exem- 
ple, son appel, furent écoutés. Les riches donnaient leur 
vaisselle d'argent et les bijoux, le clergé, ses vasessacrés ; 
sous les yeux même de l'armée française, Saint-Martin- 
du-Var se cotisa et ne craignit pas d'envoyer ses vases 
sacrés. Tous les hommes valides de dix-huit à soixante 
ans furent appelés sous les drapeaux. 

On craignait bien quelque tentative de l'armée sarde, 
puisque, le 9 octobre, le bruit courut à Grasse et à Antibes 
que l'ennemi marchait en force par la vallée de Barce- 
lonnette sur Castellane et sur Digne. A cette nouvelle 
Grasse envoya aussitôt un exprès à Castellane pour l'as- 
surer que leurs frères et amis de Grasse étaient prêts à 
voler à leur secours, qu'ils leur offraient tout ce dont ils 
pourraient avoir besoin. Le 10, octobre, la crue du Var 
empêchant de communiquer avec Nice, on s'adressa au 
général de Barrai à Antibes pour savoir ce qu'il y avait à 
faire. Le 10, on apprit que toute cette rumeur venait 
d'un détachement de soixante soldats piémontais qu'on 
avait vu du côté de Puget-Théniers. 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 125 

m. — LES PREMIÈRES VICTIMES DE NICE, 

Il fallait que la populace et la troupe fissent aussi à 
Nice des orgies de sang. Le 6 octobre, une bande de ces 
scélérats forcèrent les prisons , et en arrachèrent quatre 
miliciens; le geôlier avait résisté. Pour ne pas avoir ou vert 
les portes, il fut, lui même, saisi et égorgé, avec les quatre 
miliciens. D'Anselme, au lieu de sévir, fit le lendemain 
une nouvelle fête sur la place de la République. On y 
chanta un Te Deum^ on y planta l'arbre de la liberté. Le 
8, on connaissait à Nice le manifeste de Victor-Amédée. 
Malgré la pluie, d'Anselme ordonna la construction de la 
passerelle du Var pour mettre promptement les deux 
rives en communication ; il arma de batteries le Château 
de Nice, et le 12 octobre, il envoya à Dumerbion et à 
Brunet le plan de campagne. Brunet marchait sur Sos- 
pel ; le commandant d'Antibes, Paul de Barrai, maréchal 
de camp, avec quatre bataillons détachés delà division 
Brunet, faisait sa jonction par Levons avec l'armée de 
Brunet pour occuper la vallée de la Vésubie. Dumerbion 
devait étendre ses lignes d'Entrevaux à la Vésubie. 

Brunet à Sospel, i3 octobre. — Le 12 octobre, comme 
le ciel était rasséréné, Brunet, à la tête de 2,000 hommes, 
se mit en marche, occupa l'Escarène, Sospel et Breil. 
Après avoir fait fourrager ses troupes, il envoya de Breil 
une estafette à Saorge avec deux lettres, une pour les 
syndics, et une autre pour le commandant de place, le 
lieutenant-colonel Saint-Amour. Il écrivait à Saint- Amour 
qu'il eût à recevoir le bienfait de la liberté que lui oflFrait 
la République française, et à se réunir à la grande fa- 
mille. < Comme ainsi soit que messieurs les comman- 
dants de Nice, Mont-Alban et Villefranche ayant rendu 
volontairement les armes à la République française, nous 
les avons traités en bons amis et patriotes, je vous con- 



126 CHAPITRE III 

seille, Monsieur, d'en faire autant. Sans quoi si Ton 
venait à verser du sang français, je ne réponds ni de vous, 
ni de vos soldats. > Dans le conseil de guerre, tenu aussi- 
tôt à Saorge, Saint-Amour déclara que si les français se 
présentaient, il fallait s'ensevelirsous les ruines de la cita- 
delle plutôt que de se rendre. Courten applaudit. Le vieux 
Pinto seul opina dans un sens contraire. C'est alors que 
Roccati s'écria : En Prusse, vous passeriez devant le conseil 
de guerre. » La majorité ayant conclu à la résistance, 
Saint-Amour, sans même écrire, dit à l'estafette. < Que 
Brunet vienne lui-même prendre la réponse. » Cette belle 
conduite valut à Saint-Amour le brevet de colonel. Brunet 
n'osa rien tenter, pour le moment. Pinto ayant été rap- 
pelé à Turin, le 18 octobre, Courten eut l'intérim. Mais à 
cause de son âge et de ses infirmités il préféra accepter la 
place de gouverneur de Coni, où avait été transférée Tin- 
tendance du Comté de Nice. L'Autriche envoya à l'armée 
piémontaise un secours de 6,000 hommes, sous les ordres 
du feld-maréchal Castelberg. 

Truguet appareillait de Villefranche le 18 octobre, pour 
bombarder Oneille (23 octobre.) 

Massèna da^is la vallée de Lantosque. — Masséna 
avait remplacé Sanglier qui était retourné à Antibes pour 
être d abord juge de paix, puis de nouveau commandant 
du Fort-Carré. 11 forma d'abord l'avant-garde de la divi- 
sion chargée d'occuper la vallée de Lantosque ; et accom- 
pagné du commissaire des guerres Férus et du sous -com- 
missaire Baudoin de la Roquette du Var, il n'épargna 
à ses concitoyens ni les réquisitions de vivres , ni les 
sommations républicaines. Levens, le berceau de sa fa- 
mille, fut l'un des premiers pays saccagés par les volon- 
taires. 11 fit prêter serment à Lantosque, à la Bollène et 
à Roquebillère le 20 octobre, et envoya Tordre à Belvédère 
d'apporter à Lantosque la contribution de guerre sans 
quoi il irait les visiter. Comme on ne s'exécuta pas assez 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 127 

vite, il monta avec 307 volontaires le lundi, 22 octobre, 
emprisonna le maire Laurenti (Paul) son frère Barthélémy 
et les autres conseillers qui tombèrent sous sa main, et 
pendant qu'on les gardait à vue il livra le village à dis- 
crétion. Vous eussiez vu ces terribles pillards jeter au 
vent les archives de la mairie, entrer dans les maisons 
des principaux habitants et y prendre tout ce qu'ils trou- 
vaient à leur convenance. Le château Raînaldi fut sur- 
tout saccagé. Meubles et effets roulèrent par les fenêtres 
sur la place. Une femme indigne pour se bien faire venir des 
envahisseurs, dénonça une cachette où beaucoup de parti- 
culiers avaient déposé leur argenterie et leurs objets pré- 
cieux. Tout cela devint leur proie. Ils parcourent ensuite 
la campagne, emportant les troupeaux, la principale 
richesse du pays. Masséna allait pousser jusqu'à Saint- 
Martin-Lantosque, quand il apprit que Castelberg et ses 
6,000 Autrichiens descendaient le col des Fenêtres. 11 
battit en retraite, laissant un nom à jamais exécré de 
toute la vallée de Lantosque et surtout de Belvédère. 

Ces premiers excès, en inspirant la crainte aux monta- 
gnards, nous rendirent haïssables, oderunt quem metuunt. 
Ils contribuèrent à cette résistance opiniâtre qui demanda 
plus de detix ans de combats à outrance et qui ne fut pas 
une des moindres causes des horreurs commises contre 
nous par les Barbets ou brigands. Brunet continua de te- 
nir son quartier général à Sospel, avec des garnisons à 
Breil, Castillon, Sainte-Agnès, Menton, l'Escarène, Coa- 
raze, Berre et Lucéram. Dumerbion resta à Saint-Mar- 
tin-du-Var. 

Saint- André et le camp de la Giandola (27 octobre). 
— Saint-André, ayant reçu le commandement en chef de 
l'armée des Alpes-Maritimes, arriva à Fontan, au milieu 
de l'enthousiasme général, le 27 octobre. < Mon général, 
lui dit Vassali de Sainte-Marguerite, tandis que tous vous 
louent, je n'ai qu'un reproche à vous faire, c'est que vous 



128 CHAPITRE IH 

ne soyez pas venu un mois plus tôt. > Il transporta son 
camp à la Giandola, hameau de Breil, entre les cols de 
Ventabrun et du Brouîs et il étendit de là ses lignes jusque 
vers les hauteurs qui dominent Sospel et les vallons qui 
aboutissent à la vallée de Lantosque. Castelberg dut s'é- 
tablir immédiatement dans la vallée de Lantosque. Dès le 
28 octobre, il en prenait possession ; Belvédère, son quar- 
tier général, devint une véritable place forte. La terrasse 
du cliàteau Rainaldi fut garnie de canons. On fit de la 
chapelle Saint-Jean une redoute importante et on se pré- 
para à l'attaque. Rien de plus admirable que cette guerre 
des Alpes-Maritimes, autant d'un côté que de l'autre. Les 
Alpins, comme les anciens Ligures, habitués à une vie so- 
bre, aux courses des montagnes, exercés, à la chasse des 
chamois, visant juste, vont exercer nos soldats et nous 
former de ces généraux si célèbres dans les fastes de Na- 
poléon. Disons aussi que dans le génie militaire et dans 
l'artillerie, le Piémont pouvait rivaliser avec les premières 
nations du monde. Ajoutons les travaux du génie aux re- 
tranchements naturels de cette région accidentée, chaque 
pierre, chaque village, chaque rocher avec ses précipices, 
ses ravins, sera autant de citadelles contre lesquelles il 
faudra se reprendre maintes et maintes fois, jusqu'à ce 
que la victoire en décide. 

D'Anselme, en apprenant que Castelberg avait oblige 
Barrai de battre en retraite de la vallée de Lantosque, en- 
voya aussitôt de Nice le bataillon de l'Aude, qui par Coa- 
raze et Loude devait arriver à Lantosque. Les autrichiens 
de Castell)erg débouchant sur le chemin de Iioude, le for- 
cèrent de rebrousser chemin sur Berre en lui tuant quel- 
ques hommes et en faisant même des prisonniers ; ce dont 
le régiment de l'Aude gardera rancune à d'Anselme. 

Attaque de Sospel par S amt-A7idré {19 novembre). 
— Saint-André, dit le général d'Auvare, n'ignorait pas 
que Turenne dans la Haute -Alsace, en plein hiver, avait 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 129 

enlevé tous ses quartiers au général Caprara. Il résolut 
d'en faire autant et organisa son plan de manière à ce que 
rien ne transpirât au dehors de son conseil de guerre. Il 
savait par ses émissaires que d'Anselme à Nice, tout à sa 
nouvelle organisation et à la répression des bandes indis- 
ciplinées de ses hommes, luttait contre les dénonciations 
de ses envieux ; il savait qu'à Sospel, Brunet, et à Nice, 
toute l'administration devaient fêter la déchéance de la 
royauté, le 19 novembre, et qu'on s'occupait des prépara- 
tifs. Il résolut de profiter de ce jour pour tomber à l'im- 
proviste sur Sospel et la reprendre à Brunet. 

Sospel^ au confluent de la Bevéraet du vallon de TAp- 
panan, confine au nord avec Moulinet et Breil, à Test à la 
Roya, au sud avec Castillon, Peille et Cafetellar, et à 
l'ouest encore avec Moulinet. La ville, au fond d'un val- 
lon, est partagée en deux parties par la Bevéra. Le Mauri- 
gon, l'Alparée la dominent à l'est et au sud ; à l'ouest 
le Braous la sépare de la vallée • de Paillon ; au nord 
après avoir traversé le pont de la Niéja, on double le 
col de l'Agheisen et l'on a le Brouïs avec ses cimes de 
Pérus, de Montegrosso, de Linières, du Mangiabo et du 
Béolet. 

Dans la nuit du 18 au 19 novembre tandis que Brunet 
et ses troupes ne songeaient qu'à la solennité du lende- 
main, Saint-André, comme il avait été convenu dans son 
conseil de guerre, se mit en mouvement. Le comte de Re- 
vel, fils de Saint-André et le colonel d'Osasque, formant 
l'avant-garde, devait débusquer les français de l'Aghei- 
sen ; le général en chef suivait le grand chemin. Le sieur 
Vital, colonel du régiment d'Oneille et le major Brentano 
étaient chargés de couper la retraite du pont de la Niéja, 
au [)oste du Pérus. Castelberg arrivait de Belvédère par 
Pietra-Cava en vue de Moulinet pour barrer le chemin de 
Lucéram. Un détachement de 300 miliciens sous les or- 
dres de la Roque, de Trabaud et de Domergue, mar- 



130 CHAPITRE III 

chaient sur Castillon. La garnison française de Sospel, 
éveillée en sursaut, fut frappée d'une véritable panique. 
En vain Brunet, Tépéeà la main, courut au cimetière 
Saint-François par où fuyaient ses soldats, il ne put en 
rallier qu'un petit nombre, avec lesquels il tint tète à Re- 
vel. Le poste de Pérus, au lieu de tomber dans les mains 
de Brentano, avait été réveillé par le canon piémontais 
qui avait tiré trop tôt et nous prévîmes à temps l'attaque 
de l'Agheisen et de Castillon. Ce que voyant, Saint- André 
plaça un obusier sur la hauteur pour forcer Brunet de ga- 
gner le Braous. Là était le frère de Pinto qui brûlait de 
venger l'honneur de son nom. Le courrier envoyé à Cas- 
telberg arriva trop tard. Sans cela Brunet tombait entre 
les mains des Autrichiens. Le feld-maréchal, en descen- 
dant de Pietra-Cava, n'en attaqua pas moins Lucéram, et 
grâce à sa supériorité numérique, il nous força de battre 
en retraite, nous fit une vingtaine de prisonniers, laissa 
une garnison dans ce village et s'en retourna en toute 
hâte à Belvédère. 

Saint-André, maître de Sospel , y trouva quatre pièces 
de campagne, une batterie et des approvisionnements 
considérables. Un Te Deicm fut célébré dans l'Église, et 
delà répété d'écho en écho jusqu'à Turin. 

Brunet campait à l'Escarène. 

Cependant Saint-André, comprenant que l'on ne pou- 
vait garder une place aussi découverte que Sospel, se 
contenta de se fortifier au Brouïs. Cette chaîne de monta- 
gnes au-dessus de Sospel a deux points principaux : le 
MangiabOj qui est comme la clef des défilés, conduisant 
au Béolet, à Linières et à Moulinet ; et le Coticoide^ roc 
inaccessible qui aboutissant à la Roya défend Breil natu- 
rellement. En face du Brouïs, est la Baisse de la Levenza 
qui aboutit au Béolet ; et au centre du Brouïs, s'élance 
TAlparée. col inexpugnable, le géant de ces cîmes. Tels 
sont les points avantageux qu'avaient rendus à Saint- 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 131 

André l'attaque du 19 novembre. Trabaud resta au Pérus 
avec trois cents miliciens. 

IV. — FÊTE DU 19 NOVEMBJIE A NICE. 

D'Anselme avait fait dresser sur la place Saint-Domi- 
nique un catafalque recouvert d'un crêpe, surmonté 
d'un sceptre et d'un diadème renversés. Là, étaient en 
grand appareil toute la troupe, et son état-major, musi- 
que, tambours, autorités administratives, le nouveau 
maire de Nice, le baron Giacobi, les membres de la Société 
populaire, l'amiral Truguet et son état-major. On remar- 
quait, entre les plus exaltés, la phalange marseillaise, 
affublée du bonnet rouge, tout récemment arrivée, et les 
marins de Truguet, qui s'étaient signalés par leurs hor- 
reurs à Oneille. On prononça des discours patriotiques, on 
brûla le catafalque aux cris du ça ira^ à bas les tyrans, 
mort aux aristocrates ! et sur les cendres on planta un 
arbre de la liberté. 

Lorsqu'on se jette en dehors de Dieu et de la religion, 
on devient des hommes de sang, on n'exhale plus que 
la haine et la mort. Et penser qu'à Nice, à Grasse les hom- 
mes de la terreur trouvèrent des séides ! Les représen- 
tants de la Convention, envoyés dans notre contrée, 
n'avaient-ils pas voté la mort de Louis XVI ? Qu'avait-on 
à attendre d'eux ? 

Un banquet auquel assistèrent d'Anselme et Truguet, 
suivit la cérémonie de l'abolition de la royauté. Cepen- 
dant la phalange marseillaise et les marins, se répandant 
dans la ville et dans la campagne de Nice, entraient dans 
les maisons et pillaient ; ils dévastèrent, ce jour-là, la 
maison de l'intendant, ils pendirent aux arbres du Cours 
trois détenus, paysans suspects, qu'ils avaient arrachés 
de la prison. Un habitant de Tourrettes, arrivant à Nice à 
dos de mulet pour ses affaires, fut rencontré par une 



132 CHAPITRE m 

bande de ces scélérats. On lai ordonna de crier : \lve la 
Ilé[iublique. Comme il ne s'exécutait pas assez vite, on le 
renversa de son mulet, on le frapp-i à coups de sabre, on 
le traîna dans la rue, et quand il eut rendu le der- 
nier soufiir, on lui coupa la tète que Ton plaça au bout 
d^une pique, et on l'offrait à baiser aux passants. O hor- 
reur ! Une dame de Nice, nommée Cognet, à qui on la 
préHrmta s'écria : « Mais j'aimerais mieux vous embras- 
fUiv mille fois (jue de baiser cette tète de mort. > Aussitôt 
ces misf-rables de se faire embrasser par cette dame et de 
crier : « Vive la bonne citovenne ! > 

lyAnselmc, cependant, festoyait. Soudain une estafette, 
puis doux, venant de Sospel, changent la fête en deuil. 
On af)[)rond la retraite de Brunet sur l'Escarène. Le 
f(én(5nil on chef ordonne de suite à Traguet de consi- 
((fier wîH marins à bord, d'embarquer la phalange mar- 
i»<îillaiM(5 et d'appareiller pour la Sardaigne. La générale 
battait dans la ville. Il appela aux armes les hommes de 
bonne volonti pour aller reprendre Sospel. Mille hommes 
H'(itiVi)UiVin\i en moins d'une heure. Il fit dire à Dumerbion 
dV'nvoynr dos troupes vers la vallée de Lantosque, afin 
(Vnm\u\(t\uiv (Jastelberg de joindre Saint-André, et lui- 
rrirtnuî ru ixsrsonne, dans la soirée du 19, se rendait à l'Es- 
carnn(î, suivi do mille à douze cents hommes. Le 22 
novntnbrcî, il s'avançait vers Sospel, et laissait toutefois 
Hrnnct prendre sa revanche. Mais le comte Saint-André, 
H'(înilïUS(jUo (Ml face do la Baisse de la Levenza, s'élance 
Hur Urunet (ît lo force de se replier sur le pont de Niéjà. 
I/air;iir(î fut chaude. C'est dans cette occasion que le mili- 
ci<în Honnecorni visa si bien la canne de Brunet que d'un 
coup d(3 l'iisil il la lui fit sauter des mains. On lui donna 
pour (îott(î acîlion lo surnom de romain. Après sept 
heures d'une lutte acharnée, Brunet poursuivi par Saint- 
Andnî mi retrancha dans Berre, Masséna lui vint en aide. 
11 contint, huit heures durant, Saint-André à la Maggiola, 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 133 

jusqu'à ce que Brunet, ayant rallié ses hommes, fût en 
état de tenir tète au général piémontais. Trabaud avait 
dû abandonner Sospel, mais en sortant il enleva les pou- 
tres qui soutenaient le pont, de sorte que notre premier 
détachement roula avec le pont au fond du ravin. D'An- 
selme furieux laissa massacrer jusqu'aux femmes et aux 
enfants. Il livra le pays à sa troupe qui y commit toutes 
sortes de pillage durant quatre jours. Après quoi, il fit 
prêter le serment de fidélité aux habitants et, comme 
cette ville ne pouvait être défendue, il transporta son 
camp à l'Escarène, et en confia la garde au vaillant géné- 
ral Dagobert, maréchal de camp depuis le 20 septembre. 
Pas une habitation de Sospel ne resta intacte ; les bastides 
avaient été incendiées, les champs dévastés. Sur d'autres 
points on se montra aussi violent. A Bendéjun, le régi- 
ment corse se livra à des atrocités ; il y massacra entre 
autres les trois frères Mari, tout trois prêtres. L'église de 
Nice devait avoir aussi ses martyrs. 

Berre resta au pouvoir des Austro-Sardes jusqu'au 3 
décembre,fut reprise par le général Dagobert, à la tète de 
1,500 hommes ; exploit qui lui mérita les éloges du minis- 
tre de la guerre et de la Convention. Le 24 novembre, 
le général en chef avait envoyé un premier rapport à 
Paris et le 28 il avait chargé son aide de camp de porter 
quatre drapeaux pris à l'ennemi pour les off^rir à la 
Convention. Dans un autre rapport du 4 décembre, il 
donne ses raisons de ce qu'il a choisi l'Escarène de préfé- 
rence à Sospel comme camp d'avant-garde. < Le service 
journalier de Sospel, couvert déneige, le manque d'habil- 
lements et d'équipement des troupes, les dépenses de 
ravitaillement pour un corps de 3,000 hommes m'ont fait 
renoncer à Sospel. Après y être resté huit jours, pour 
apprendre à l'ennemi que nous tenons ce poste à volonté, 
je me suis déterminé à établir l'avant-garde à l'Esca- 
rène. Sospel placée au fond d'un vallon très- profond 



134 CHAPITRE III 

appartiendra toujours à celui qui voudra y marcher de 
force. > 

Cependant il n'était bruit dans tout le comté de Nice 
que des excès commis par nos troupes. On s'était plaint 
surtout de Masséna et de Férus dans la vallée de la Vé- 
subie. Or, les habitants de Levens et de Sâint-Blaise, 
furieux de se voir enlever leurs troupeaux et charger de 
réquisitions, tandis que le détachement français campait 
dans la plaine, se levèrent en masse pendant la nuit, en 
armes et chassèrent la troupe. Plusieurs périrent en 
fuyant du coté du Var. Masséna se chargea au nom de 
Dumerbion d'aller pacifier ses compatriotes. Et il sut si 
bien allier la persuasion à la force qu'il ramena les 
esprits aigris par nos contributions forcées. D'Anselme, 
malgré cette belle conduite, malgré les observations de 
Dumerbion, crut devoir arrêter Masséna, le 4 décembre, 
et le faire amener à Nice, où il fut incarcéré. Le futur 
maréchal de France écrira de sa prison à la Convention : 
4c Le 4 décembre, j'ai été arrêté par la gendarmerie natio- 
nale, jeté dans un cachot, gardé à vue par une sentinelle 
qui se tient continuellement à ma porte sans avoir pu 
savoir ni comment, ni pourquoi j'ai été arrêté et détenu. 
Je gémis dans ma prison depuis vingt-trois jours, et je ne 
connais ni mon dénonciateur, ni mon accusateur. Je suis 
détenu par ordre du général d'Anselme. Citoyen législa- 
teur, ma conscience ne me reproche rien. > Nice, 27 
décembre 1792. — Il écrivait aussi à Dumerbion, le 18 
décembre : « Si j'avais suivi votre conseil je ne serais pas 
ici. Vous m'avez dit que d'Anselme me perdrait. Général, 
j'ai fait mon devoir, je vous ai aimé, estimé, voilà mon 
vrai crime. Les bestiaux de Lantosque sont mon seul crime : 
hélas ! Vous le savez. » Ces quelques mots nous révèlent 
que Dumerbion n'était pas en de bon termes avec d'An- 
selme, et que Masséna était poursuivi par d'Anselme 
pour être dévoué à Dumerbion. 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 135 

Masséna s'évadera de prison le jour sinistre où la 
tête de Louis XVI tombera sur Tëchafaud. 

V. — CABALE CONTRE LE GÉNÉRAL D' ANSELME. 

D'Anselme depuis longtemps avait contre lui, dans sa 
propre armée, ses ennemis les plus acharnés. Les uns le 
dénonçaient comme royaliste et aristocrate ; d'autres , 
comme général inhabile et peut-être pactisant avec les 
Sardes. On faisait flèche de tout pour le perdre. Si les 
Austro-Sardes n'étaient pas encore rejetés au-delà des 
monts, il s'était endormi à Nice; s'il avait reconquis Sospel, 
et envoyé à Paris les drapeaux, on disait que c'étaient 
les bannières des confréries et des Pénitents de Sospel. On 
le rendait responsable de tous les excès commis. Certains 
orateurs se déchaînaient contre lui dans le club de Saint- 
Dominique, et entre tous le sergent Dufour, du 2"® ba- 
taillon de l'Aude. Le 16 novembre, le citoyen Arèna et le 
président rappelèrent à l'ordre le calomniateur. Les trois 
commissaires de la Convention , Collot-d'Herbois, Gou- 
pilleau et Lasource assistaient à cette séance. Le 23 no- 
vembre d'Anselme envoya à Paris son premier mémoire; 
Aréna écrivit en particulier à Salicetti, son compatriote, 
en faveur du général. 

Le 9 décembre, une émeute éclatait à Nice à l'occasion 
des assemblées primaires. Le sieur Giraudi, ayant pro- 
noncé quelques paroles malsonnantes dans la section de 
Sainte-Réparate, fut sur le point d'être saisi par les sol- 
dats; il s'esquiva, fut enfin arrêté et incarcéré. Le 
peuple prit fait et cause pour lui, alla aux prisons dont il 
enfonça les portes à coups de hache pour le délivrer. Il 
fallut des détachements des régiments de la Sarre, de la 
Vieille-Marine, des piquets de dragons et de gendarmes 
pour dissiper la foule. 

Après l'émeute de Nice, un rapport partit contre le 



130 CHAPITRE m 

g/méral i)Our Paris. Les clubs redoublèrent leurs récrimi- 
nations : € C'est parce que d'Anselme ne sait fias main- 
t^îîiir l'ordre, disaient les commerçants, que les étrangers 
fuient Nice, cet hiver, et que la ville est pleine de misère 
et de virlo. > Comme si mille autres causes évidentes ne 
détournaiorit pas la société cosmopolite delà cité. Est-ce 
que nous n'étions pas en guerre avec l'Europe entière. 
Qui donc songeait à venir goûtera Nice les douceurs de 
riiiver? 

Sur les autres points des Alpes-Maritimes, on s'achar- 
nait (îontre Uîs émigrés, contre les prêtres réfractaires, 
cÂmiw. les suspects. Déjà les prisons de Grasse étaient 
conihhîH. On venait entre autres d'arrêter, à Garros, deux 
^Mî(;léHiaHti(iues, Joseph Olivier, de Saint- Vallier, et Jacques 
Mai'H, eliunoino do Vence ; tous deux seront guillotinés 
pluH tnrd. Ils avaient repassé le Var à l'entrée des Fran- 
klin dans Nice. Le chanoine Mars devint l'objet d'un 
rapport H|)(''eial. < Il essayait, dit-on, de rentrer à Vence, 
lorMiu'il lut saisi dans la campagne par deux dragons et 
(îonduit (îIh^/ son neveu qui le réclama sous sa responsa- 
hilit*'* pi^rsonncîllo. La majeure partie des habitants vou- 
laient (pTon le laissât on liberté. Les officiers municii>aîix, 
pour ne pas ho compromettre, écrivirent au district de 
Saint-Paul, 1(k2 novembre : < Citoyens, en suite des or- 
dreH (|ue vous nous avez donnés, nous avons fait partir 
(îe matin a d(Mix heures le prêtre Mars pour Grasse avec 
l'eHeorUî n(i(îess:iiro. Nous devons vous faire observer que 
les prêtres assermentés étaient venus à bout de mettre le 
désordre dans la ville, relativement aux opinions reli- 
gieuses. Nous leur avions délivré des passeports pour 
Nice. L(mr (l<^part nous avait rendu le calme, quand le 
prêtre Mars, après la prise deMce, revint clandestinement 
à (Jarros, ou après avoir prêté le serment, il était rentré 
à Vencuî. Nous fîmes toutes les recherches possibles |X)ur 
le saisir : c'est à tort qu'on nous a inculpés, ainsi que la 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 137 

Société des amis de la liberté. Maintenant le voilà entre 
les mains de la justice. Nous avons écrit au général d'An- 
selme et au commandant Liautaud. > L'abbé Olivier fut 
aussi incarcéré à Grasse. Deux prêtres, Auzias et Abbon, 
infidèles à leurs serments, le croirait-on, occupaient alors 
à Vence les charges municipales et trempaient dans tous 
les crimes de ce temps-là. Partout les citoyens, pour ne 
pas être dénoncés comme suspects, s'empressèrent d'aller 
aux mairies se faire délivrer des certificats de civisme. 
Les registres d'Antibes en sont remplis. A Grasse parmi 
les personnes qui prêtent le serment civiqtie, nous trou- 
vons le sieur de Cugnac et sa famille revenus de Monaco 
à Grasse ; le sieur de Saint-Ferréol et sa sœur Aimare. 

La situation n'était pas brillante dans le district de 
Grasse. Le 12 décembre, le citoyen Paul Girard cadet, 
premier syndic, déclarait devant l'administration qu'au 
milieu des révolutions successives, désolée par les prêtres 
fanatiques j menacée par les méchantes coalitions, trahie 
par le pouvoir exécutif qui devait nous protéger, l'autorité 
de la loi avait été impuissante à tout faire. En attendant 
l'œuvre d'iniquité s'achevait. Les capucins respectés jus- 
qu'à ce jour à Grasse, à cause de leur popularité, se 
voyaient expulsés le 15 décembre, et leurs quelques mau- 
vais meubles séquestrés. Vallauris ne cessait pas d'être 
agité. Le 28 décembre, on se battait pour les opinions po- 
litiques ; il y eut même des blessés. La garde nationale 
accourut de Grasse avec le citoyen Flory du directoire, 
pour mettre le holà.Qu'eut-on respecté, lorsque la Conven- 
tion nationale s'érigeait en accusateur et en juge de son 
propre roi ? La France entière attendait avec une anxiété 
fiévreuse la sentence définitive. Mais l'administration ré- 
volutionnaire n'avait ni trêve ni repos. Les gens suspects 
de rovalisme étaient mis en état d'arrestation. 11 v en eut 
Inentôt tant qu'on ne savait plus qu'en faire. A Grasse, ils 
étaient entassés dans un lieu infect, tellement qu'on dût 



138 CHAPITRE m 

se préoccuper de préparer Tex-grand séminaire pour les 
recevoir. Ceux du fort Sainte-Marguerite furent libérés. 11 
s'y trouvait, des gens de la suite de Mo)isieur^ frère du roi, 
de Madame royale^ un domestique de révêqued'Evreux, 
Tabbé Panescorse, prêtre du diocèse de Fréjus, le lieute- 
nant-général criminel au siège de Marseille , Antoine- 
Benoît Catelin, sa femme, Madeleine-Henriette Rémusat 
et leur fille Henriette; un aspirant de marine, Désiré 
Ravel ; un conseiller d'Aix, Jean-Francois Allard. Le 18 
décembre, on les conduisit sur une barque à la frontière 
de Gênes. 

Pour prendre ses quartiers d'hiver et pour contenir les 
populations, une partie de l'armée du Var stationnait dans 
les pays de la rive droite : à Mougins, le bataillon des 
Martigues ; au Broc et dans les environs, le 6™® bataillon 
du Var qui était remplacé par les compagnies du bataillon 
des Bouches-du-Rhône venues de Vence. Vence avait le 
bataillon de Lubéron. 

Les hôpitaux et les ambulances comptaient des soldats 
malades en grand nombre. Les administrations des dis- 
tricts leur procuraient les matelas et tout le linge des 
émigrés. On réquisitionnait aussi pour l'armée du linge, 
et toute sorte d'effets, bonnets, chemises, bas. 

La cabale montée contre d'Anselme à Nice n'avait pas 
désemparé. Un lait insignifiant en lui-même et dont d'An- 
selme n'était pas l'auteur, servira pourtant à l'accabler 
une fois de plus . 

Les deux frères de Sainte-Marguerite et Barralis, bons 
officiers du régiment de Nice, demandèrent au comte de 
Saint-André la permission de tenter quelque chose sur la 
Haute- Vallée du Var. C'était vers le milieu du mois de 
décembre. Ils partirent du quartier général, et laissant à 
gauche le Raous, alors couvert de neige, ils gravirent par 
leBrouïs, Linière, Moulinet, Pietra-Cava, Lantosque, où 
ils virent Castelberg, traversèrent la Tînée, occupèrent 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795 139 

successivement Massouins, Villars, Touët-du-Var, où ils 
abattirent les arbres de la liberté ; et renforcés des gens du 
pays, ils se dirigèrent , dans le plus grand secret, vers 
Puget-Théniers, gardé par 200 des nôtres. 

La petite armée, formée en trois colonnes, devait débou- 
cher sur Puget-Théniers par trois côtés, l'une par le pont 
du Var, l'autre par le quartier de la Trinité, et la troisième 
par la route directe. Elle se composait d'un millier d'hom- 
mes. On marcha toute la nuit, et vers six heures du matin 
on donna l'assaut. Nos deux cents hommes surpris 
n'eurent que le temps de sauter du lit , et de s'enfuir 
demi-nus. La colonne qui devait arriver par le pont du 
Var ayant mis du retard, laissa à nos soldats la route 
ouverte du côté d'Entraunes. Un petit nombre seulement 
fut fait prisonnier. En apprenant l'attaque du Puget, notre 
garnison de Roquestéron se mit en marche pour porter 
secours ; elle eut le chemin barré au passage de la Clue. 
Sainte-Marguerite l'aîné alla sur Guillaumes, dont les 
habitants se joignirent à nos troupes pour le repousser. 
Le frère de Sainte-Marguerite ne réussit pas mieux à 
Cuébris;mais à Saint-Pierre, il somma les habitants de 
livrer leurs armes et de payer deux cents livres de contri- 
bution. 

Un ordre du quartier général les rappela en toute hâte. 
Mandés à Turin, ils durent rendre compte de cette expé- 
dition au roi, qui, après les avoir entendus, leur dit: 
« Mes amis, vous avez des envieux ; mais soyez tran- 
quilles ; je sais ce dont vous êtes capables. « Et il les ren- 
voya à leur poste. > 

L'affaire de Puget-Théniers s'ajouta aux griefs que l'on 
accumulait sur d'Anselme ; on rejeta sur lui tout l'odieux 
des fautes de ses subalternes. Collot d'Herbois se chargea 
surtout de l'accabler dans ses rapports à la Convention, 
comme on le faisait alors au nom de la fraternité et 
de la liberté. C'est curieux de lire ces rapports publics et 



iiO CHAPITRE III 

secrets de ces soi-disants républicains : la calomnie ne 
leur coûtait rien. Ils dénaturaient les faits, interpré- 
taient tout en mal. Enfin ils n'aimaient pas ! charité 
chrétienne, où étais-tu ? 

€ Si le despote et ses satellites, disait-on, ne sont pas au- 
delà des monts, ils ont des partisans dans Nice. D'Anselme 
s'endort. 

€ La désertion des volontaires affaiblit extraordinaire- 
ment son armée. Des mouvements d'indiscipline s'y ma- 
nifestent tous les jours ; nous avons fait arrêter un 
capitaine taxé d'exaction et deux volontaires convaincus 
de vol. Nous sommes forcés de vous offrir le tableau peu 
satisfaisant de l'état de l'armée, relativement aux four- 
nisseurs. Elle paraît avoir été singulièrement négligée, 
pour ne pas dire abandonnée... Il nous est impossible de 
ne pas dire, qu'à notre armée, les troupes manquent 
généralement de souliers, d'habits et de culottes... » 

L'abbé Grégoire dira plus tard : < L'indiscipline d'une 
grande partie de l'armée sous les ordres du général 
d'Anselme a causé pendant quelque temps des horreurs. 
Ce général a publié deux mémoires apologétiques. Le 
général Briinet dément plusieurs faits consignés dans 
le premier. Le second ne nous paraît pas répondre victo- 
rieusement à toutes les inculpations dirigées contre lui 
par les commissaires qui nous ont précédés. Nous devons 
à la vérité de dire que dans cette malheureuse contrée un 
cri général s'élève contre d'Anselme, qu'on le regarde 
comme le Verres des Aljies-Maritimes ; contre Férus 
dont le nom seul inspire l'horreur. On évalue à plus de 
quinze millions les délapidations de tout genre commises 
dans ce département. > 

Le 22 décembre, d'Anselme est appelé à Paris pour 
rendre com[)te de sa conduite à la barre de la Convention. 
Brunet fit l'intérim. 

Qu'ont donc de si appétissant les hautes dignités pour 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 141 

que certains hommes les ambitionnent si passionnément, 
et qu'ils sacrifient pour les obtenir et les conserver jusqu'à 
leurs convictions? L'histoire devrait bien les rendre un peu 
plus philosophes. Qu'un homme se dévoue pour sa patrie, 
celase conçoit; mais qu'il n'aspire aux charges que pour 
s'élever au-dessus de ses semblables, il- y a là une étrange 
aberration d'esprit. Monter au faîte c'est se mettre plus en 
vue aux critiques des uns, aux jalousies des autres ; c'est 
s'exposer davantage aux coups du vent et de la foudre. Et 
l^ms ornes cuihonos. Celui qui gagne un poste éminent doit 
renoncer à ses propres satisfactions, à son repos et à son 
bien-être personnel ; il ne s'appartient plus à lui-même; ses 
jours et ses nuits seront consacrés au bien de tous, sans que 
pour cela il attende même de la reconnaissance. 11 pourra 
bien au contraire ne recueillir qu'ingratitudes et vexations 
en récompense de son dévouement et de ses bonnes inten- 
tions, car on ne juge d'ordinaire que d'après le succès. Des 
exemples n'en manquent pas dans le passé. Et dans les 
Alpes-Maritimes, à cette époque de la grande Révolution, 
n'avons-nous pas d'Anselme, Biron et Brunet, dont les 
noms s'ajoutent à la liste de tant d'illustres victimes. En 
92, en 93, il fallait vaincre ou mourir. On ne recevait pas 
à la Convention un général défait, de la manière que les 
Romains accueillaient le Téméraire de Cannes. 

La Convention, avec son bonnet phrygien, faisait de 
la République athénienne, disons de la tyrannie. Elle fut 
injuste pour d'Anselme. Ce général pouvait-il vaincre 
quand l'État ne lui envoyait ni argent, ni provisions ; que 
les soldats manquaient de tout ; que l'hiver sévissait ; que 
la guerre civile se joignait à la guerre étrangère ; que les 
nouvelles recrues ne savaient pas le premier mot de la dis- 
cipline militaire, que nos soldats n'exhalaient que la haine 
de Dieu, du prêtre, des nobles, dans une ville de sa nature 
paisible, morale, religieuse ; quand Nice, à cause de nos 
idées révolutionnaires, manquait tout à fait d'étrangers. 



142 CHAPITRE III 

Beaucoup de Niçois avaient fui. La majorité de ce qui res- 
tait, regrettait la Maison de Savoie. Ajoutez à ces obstacles 
que trouvaient d'Anselme, les difficultés d'agir, dans la 
saison où Ton se trouvait, au milieu des torrents et des 
montagnes, et contre une armée aguerrie, qui avait pour 
elle les secours de l'étranger, l'avantage des positions, 
l'enthousiasme, la défense du sol natal. 

D'Anselme, jeté en prison sur la proposition de Collot 
d'IIerbois, rédigea un nouveau mémoire justificatif; et 
quoiqu'il n'eût ni ses registres, ni sa correspondance mise 
sous les scellés à Paris ou à Apt, il fit une œuvre remar- 
quable de style, d'ordre et de clarté. Il y prouva qu'il 
n'était nullement responsable des vexations commises, 
qu'il les avait réprimées autant qu'il avait pu ; qu'il avait 
puni un commandant ; qu'il avait fait rendre ou payer les 
troupeaux enlevés aux habitants. Le procès qu'il avait 
fait instruire devant les tribunaux voisins de Nice contre 
quinze soldats accusés de vol et de pillage offrit une nou- 
velle preuve du peu de fondement des griefs portés contre 
lui. Ce mémoire publié dans un moment où il suflTisait 
d'être suspect pour porter sa tête sur l'échafaud, parut, 
malgré les insinuations perfides de Collot d'Herbois, de 
l'abbé Grégoire, vivement impressionner la Convention. 
On ne voulait pas, d'ailleurs, flétrir par un jugement 
précipité un chef d'armée dont le nom se liait à nos pre- 
miers triomphes. On le laissa en prison. Et pourtant l'abbé 
Grégoire écrira : < Nous demandons que votre comité de 
la guerre accélère son travail et qu'enfin la punition 
frappe les coupables... Tâchons que le jour terrible de la 
vérité pénètre dans la tannière du crime et que la hache 
de la loi atteigne les coupables. > Tous ces gens-là ne pro- 
féraient que des cris de mort. Le citoyen Victor Tiranty, 
déjmté de Levens à la Convention nationale, se chargea, 
lui aussi, d'entraîner la Convention. C'est en vain, d'An- 
selme échappera à la mort. La chute de Robespierre lui 



CONVENTION NATIONALE (1792-1795) 143 

ouvrira tardivement les portes de la prison. Mais enfin 
rendu à sa famille qui n'espérait plus le revoir, il prendra 
le parti de vivre à Apt, éloigné des affaires publiques. Il 
recevra même une pension et consacrera ses loisirs à la 
culture des lettres et des arts. Il mourra en 1812. 

Brunet vient après d'Anselme. Ce général né à Va- 
lensoles , dans les Basses - Alpes , était connu avant 
1789, puisqu'il avait son brevet de maréchal de camp 
depuis le 1®' mai 1781. Les historiographes louent son 
grand fonds de probité et de bravoure, ce qui lui conci- 
liait Tamour et l'estime des soldats. Dès qu'il eut pris le 
commandement de d'Anselme, il exposa au ministre de la 
guerre la situation de son armée. Elle montait à douze 
mille hommes disséminés, quatre mille au camp de l'Es- 
carène, mille cinq cents entre Peille et Menton, huit cents 
à Levens, quatre cent cinquante répartis entre Cuébris, 
Cigale, Roquesteron et Gilette, deux mille à Nice , quel- 
ques détachements du côté de Puget-Théniers. Il dé- 
chargea Nice de la garde de Saint-Laurent-du-Var qui fut 
confiée à la garnison d'Antibes; il établit une batterie à 
Montgros en vue de Saint-Pons, releva les fortifications 
de Saint-Hospice, de Mont-Alban et de Villefranche, et 
mit au château de Nice trois cent cinquante hommes et 
quarante-quatre pièces d'artillerie. 



1798. 



i7P5, année sinistre ! La Patrie se voile d'un deuil 
funèbre, lorsqu'on prononce 93, le 21 janvier, la Terreur, 
les assignats, les journées du 31 mai, du P'et du 2 juin, 
les massacres de Lyon, les noyades de la Loire, enfin les 
troubles de la Montagne. 

Nous avons pour députés à la Convention du district de 
Grasse, Isnard (Maximin) et François Yve Roubaud. Nice 
y nommera plus tard Blanqui et Dabray • 



1A4 CHAPITRE III 

VI. — l'alarme du 4 JAN^^ER. 

Le bruit vient de Castellane à Grasse et à Saint-Paul 
que l'on a vu des bandes de brigands du côté de Brian- 
çonnet. La rumeur, qui grossit tout, les faisait des milliers. 
Aussitôt les autorités de Grasse et de Saint-Paul dépê- 
chèrent un courrier à Castellane pour assurer leurs 
frères et amis de leur bonne volonté de les servir de 
tous les moyens dont ils pouvaient disposer. Le 10 
janvier les nouvelles sont encore plus alarmantes. Les 
communes des rives de l'Esteron, Salagriffon, Le Mas, 
Gars, se lèvent en masse et demandent des armes au 
district de Grasse. Le directoire de Grasse écrit au général 
Brunet. Le 15 on envoie des armes et des munitions. Des 
détachements de gardes nationaux se mettent en route 
pour repousser l'ennemi. Le 18 janvier, on annonçait que 
les brigands étaient en fuite. On peut rapporter à cette 
époque le mouvement de troupes qui se fait sur la rive 
droite du 1®*" janvier au 4. 

Le quartier-général de Dumerbion est toujours à Saint- 
Martin-du-Var. 

La Convention nationale demandait en même temps au 
département des hommes pour la d'^fendre. Le départe- 
ment du Var fournira pour son c<)ntingent un bataillon 
d'élite de 500 hommes qui seront rendus à Paris le 27 (1). 

21 janvier. — On dirait qu'un voile funèbre s'étend sur 
toute la France en ce jour lamentable. Hélas ! Isnard vota 
sans appel au peuple, sans sursis ! L'infortuné. Il rappela 
dans son vote ce qu'il avait déjà dit à l'Assemblée na- 
tionale : c( Si le feu du ciel était entre mes mains, j'en 
frapperais tous ceux qui attentent à la souveraineté du 
peuple ; toujours fidèle à ces principes, je vote la peine 

(I) Archives de la Préfecture de Nice. Directoire de Grasse. 



CONVENTION NATIONALE (1793) 145 

de mort sans appel, sans sarsis,et je demande que les deux 
frères émigrés de Louis Capet soient jugés par un tribunal 
criminel. > 

Nous interrogeons tous les registres des délibérations 
municipales, on n'y découvre aucune allusion à ce drame 
inouï. M^isséna profita sans doute de la stupéfaction géné- 
rale pour s'échapper de prison et retourner auprès de 
Dumerbion. 

Un grand nombre de citoyens passent la frontière. Ceux 
qui restent se font délivrer des certificats de civisme 
dont les registres municipaux sont remplis. L'ancien gou- 
verneur d'Antibes, le marquis de Cugnac, se fait donner 
son passeport à Grasse pour lui et pour sa famille, et 
s'embarque à Cannes pour la rivière de Gênes. A Antibes, 
personne ne veut plus de la mairie ; pour le moment 
Guillaume Lamare se charge de l'intérim. Jean-Jacques 
Gazan et Barthélémy Barquier donnent leur démission 
d'officiers municipaux ; et l'on nomme procureur de la 
commune Jean-Jacques Désiré Sanglier, l'ancien major 
du Fort-Carré (6 février). Suspecté de royalisme, comme 
noble, il se croit sans doute menacé dans sa vie ; il 
se fait délivrer le 18 février un certificat de civisme 
dans les règles. 11 est âgé de cinquante ans. Ci-devant 
major de la place d'Antibes, il est revenu résider dans 
cette ville depuis le 8 août 1792. Il n'a d'autre traite- 
ment que son brevet de pension de 1.940 fr. Enfin, 
on choisira définitivement pour maire Michel Joseph- 
Emond d'Esclévins ; Nicolas Grailler garde la justice 
de paix. 

Grasse a une plaie de plus. Les soldats malades ont la 
gale, l'ambulance est comble. Bon gré, mal gré, il faut 
qu'elle les garde et qu'elle les soigne (2 février). La vente 
des biens des émigrés se poursuit. En février ce sont les 
terres et les meubles du marquis de Cabris, du baron 
d'EscragnolleSy des familles Pontevès, Théas,Luce. — Gas- 

10 



i46 CHAPITRE m 

pari réclame en vain, et dit qu'il n'a jamais émigré. On 
séquestre, on vend aussi ce qu'il possède à Grasse de 
rhéritage paternel. 

Le 13 février, arrive de nuit à Antibes (1 heure 1/2) une 
dépêche. C'est la déclaration de guerre par la France à 
l'Angleterre. Le Conseil municipal, assemblé de grand 
matin, s'associe aux sentiments d'indignation et au juste 
ressentiment de TAssemblée nationale. Elle fait enregis- 
trer le décret du !•' février et afficher dans la ville la 
déclaration de guerre à l'Angleterre. Biron se trouvait 
quelques jours après à Antibes se rendant à son quartier- 
général de Nice (17 février). 

VII. — LE GÉNÉRAL BIRON. 

Armand Louis de Biron, duc de Lauzun, fils de Louis- 
Antoine deGontaud-Biron, maréchal de France, était né 
le 13 avril 1747. Il s'était acquis la célébrité d'un joueur 
dans sa jeunesse sous le nom de Lauzun, et s'était distin- 
gué ensuite en Amérique sous Rochambeau ; revenu en 
Franco, il Ait colonel des hussards de Lauzun, s'attacha 
aux d'Orléans contre Louis XVI, et de commandement en 
commandement depuis 1791, il fut nommé général en 
chef de l'armée des Alpes-Maritimes, le 9 février 1793. 
Il avait une grande réputation de bravoure. 

Nice apprenait à la même époque, que par décret de la 
Convention nationale, du 30 janvier, elle était annexée à 
la France, et en devenait le 86« département, sous le nom 
des Alpes-Maritimes. 

L'administration officielle fête, comme de juste, cette 
annexion. M. Garidelli, vicaire-général, officie à la cathé- 
drale le 10 février. L'avocat Dabray <îhante l'annexion en 
vers et en prose. Ce cerveau exalté dépensait sa verve en 
discours plus excentriques les irns que les autres. Au club 
patriotique, il n'y avait que pour lui à parler ; sans cesse 



CONVENTION NATIONALE (,^93) 147 

il écrivait à la Convention, qui avait bien autre chose à 
faire que de le lire : < Il faut terrasser les tyrans qui font 
le malheur du genre humain, courir sus à cet imbécile de 
despote sarde et à ses satellites, à ces malveillants hypo- 
crites qui méconnaissent le Tout-Puissant et qui ne ces- 
sent de déclamer contre le nouveau régime pour rétablir 
les énormes abus de Tancien ; à ces impuissants sacrilèges 
qui, se couvrant avec impiété du manteau du culte, com- 
mettent sans crainte et sans remords toutes les perfidies ; 
à ces ignorants ou escrocs partisans de la cour de Turin 
où tout est vénal, corruption, astuce, tromperie, injus- 
tice ; où pour avoir un emploi il faut se déshonorer et 
s'en rendre indigne; où la vertu et le mérite sont en 
disgrâce... •> Il voue à toutes les fureurs cet ambitiettx 
Thaon André j cet opprobre de la Sardaigne, ce parfait 
vaurien, ce protecteur de la canaille. < Devenus français, 
pourrions-nous souffrir de retomber dans Tesclavage ? En 
dépit de tous les aristocrates, du fanatisme, du préjugé et 
de leurs fauteurs, nous bravons Tunivers. Toujours nous 
serons invincibles. > Il n'oublie pas le Pape qui trame en 
dessous. 

Le club, dit des Colons Marseillais, déclarait les Niçois 
émigrés traîtres à la Patrie, dignes de mort et leurs biens 
séquestrés (20 janvier 1793). Le Conseil municipal s'en 
émut. Le maire Paulian, qui venait de remplacer le 
baron Giacobi, en donna connaissance au conseil. On y 
voyait encore quelques nobles, le baron Joseph de Gri- 
maldi, le baron André Giacobi, le baron Garin, le comte 
de Orestis, procureur de la commune. Malgré Topposition 
des sieurs Chabaud, Raynaud et Barrière de Saint- 
Jeannet, on rédigea une adresse à la Convention pour 
disculper les émigrés. < L'indiscipline de l'armée, sous les 
ordres de d'Anselme, a excité la terreur. La ville menacée 
de la famine ne savait plus où trouver des vivres. De là 
résulta l'émigration. Ce n'est que depuis l'arrivée des 



48 CHAFITRB m 

dtcveos Collet d*Herbois, Lasoarce et Goupilleau que la 
confiance renaît* et qae raînoar de la patrie se fait sentir.» 

En effet on comptait de Nice seulement, plus de trois 
mille émignês. 

Kron arrivait dans ces circonstances. Il s'arrêta à 
Antibes où les officiers municipaux lui votèrent des 
remercii^nents, de ce qu'ailant à Nice, il lettr avait 
fait r honneur de les visiter j et de se rendre à la com- 
mune pour les assurer de la bienveillante protection 
que cette ville avait, à cause de son patriotisme et 
de sa bravoure, obtenue des généraux. Quelques jours 
après une députation du Conseil ira à Nice auprès de 
Biron, général recommandable autant par son civisme 
et par ses vertus magnanimes, que par sa justice et sa 
bienfaisance. Elle lui présentera les hommages du respect 
et de la reconnaissance de la commune, et l'assurera du 
dévouement de tous les citoyens pour la République fran- 
çaise, de leur zèle et de leur bravoure pour la défendre. 

On lui exposera en même temps que la guerre menaçait 
les cotes, et qu' Antibes étant exposée peut-être à un 
blocus, il seroit bon de venir en aide à la municipalité, et 
de lui permettre de rétablir le moulin à vent qui existait 
en 1746 et d'en établir un second. 

La question des vivres préoccupait toute la contrée. Le 
blé coûtait 55 francs la charge pris à Toulon et 81 francs 
en assignats. On exposait encore que de tous les environs 
on venait s'approvisionner à Antibes, qu'on ne pouvait 
suffire aux subsistances^ avec les passages continuels de 
troupes, trois cents malades dans les hôpitaux, un nombre 
considérable d'employés pour les convois militaires. Les 
commerçants refusaient les assignats en paiement. Biron 
promit de faire tout ce qu'il pourrait, mais il y avait tant 
d'embarras en ce moment, que les municipalités devaient 
s'aider elles-mêmes. Sur les instances de la Société po- 
pulaire, le Conseil municipal établit un comité de douze 



CONVENTION NATIONALE (1793) 149 

de ses membres pour fixer le prix des denrées, pour forcer 
les marchands de recevoir les assignats en paiement, et 
pour approvisionner la ville. On ouvrit une souscription 
afin d'avoir de l'argent et d'acheter du blé. Partout la 
même disette sévit. On craint des révoltes à Vence ; des 
troubles sérieux ont éclaté au Cannet. Antibes est aux 
abois. Ni vivres, ni numéraire. L'argent se cacho à me- 
sure que la confiance se perd. 

VIII. — ATTAQUE DE CASTILLON. — 23 JANVIER. 

Biron reçut à Nice toutes les divisions administratives, 
et s'occupa aussitôt des affaires de la guerre. 11 félicita 
nos braves qui venaient de repousser heureusement les 
attaques de Castillon etdeSospel. Pendant la nuit du 23 
janvier six cents Piémontais se mettaient en campagne. 
Où allaint-ils ? Castillon, village qui fait face à Sospel, sur 
l'autre rive de la Bévéra, est posé sur un rocher à pic, 
comme une citadelle. Les maisons font corps avec les 
murailles, de sorte que les fenêtres servent de meurtriè- 
res. Deux cents des nôtres gardent ce poste. Les Piémon- 
tais. nu-pieds, le fusil sur le dos, grimpent à pas de loup, 
jusqu'au pied des murs. La sentinelle veille, entend, aver- 
tit doucement, et nous nous groupons sans bruit du côté 
où l'on monte. Tout-à-coup nous leur lâchons une 
décharge qui débusque le tout en un moment. Il resta des 
morts et des blessa. Les mémoires sardes prétendent 
qu'une nommée Sophie Cairasque de Sospel, qui avait 
son père officier parmi les nôtres, nous avait avisés : 
moyen facile d'atténuer la défaite d'une part et la victoire 
de l'autre. Quoi qu'on en dise, Brunet voulait se signaler 
avant de remettre son commandement provisoire à Biron. 
Il avait décidé en outre une attaque générale pour le 
14 février. Il savait la confiance qu'avait dans ses forces, 
l'armée piémontaise, depuis la récente nouvelle des désas- 



150 CHAPITRE III 

très de la flotte de Tiirguet en Sardaigne. Saint-André 
avait dressé un autel sur des tambours, fait célébrer 
la messe et chanté le Te Deum. 

Cette solennité, sur la montagne, au roulement des 
tambours, au bruit des fanfares et de Tartillerie, oflfrait 
une scène digne de l'Horeb et du Sinaï, dit le chevalier 
d'Auvare. Quelques jours après, le major Strasoldo, s'é- 
tant mis en campagne, voulut, contre Tavis de Saint- 
André, reprendre position à SospeK Le commandant 
Trabaud qui était de Sospel Vy poussa. On se mit en 
marche. Strasoldo se tint toutefois à Saint-François, 
à mi-côté de TAgheisen , et défendit de traverser le 
torrent. Il avait avec lui le régiment de Caprara et les 
milices de Trabaud. Le colonel Chivalieri occupait le 
Pérus et le vallon de la Niéja. 

XI. — ATTAQUE DE SOSPEL. 

Brunet n'ignorait rien. Il avait appelé dans le plus 
grand secret, le 12 février à TEscarène, les troupes dont 
il pouvait disposer à Nice, à Menton, à Contes, à Peille 
et à la Turbie ; et dès la nuit du 13 au 14, quatre colonnes 
s'élancèrent de TEscarène et arrivèrent à six heures du 
matin sur les hauteurs du Braous, pour mitrailler Sospel. 

Une colonne se dirigea sur TAgheisen, deux autres sur 
Sospel, et la quatrième déboucha de Castillon sur le ci- 
metière Saint-François. Strasoldo, surpris, était descendu 
au premier bruit du canon dans Sospel pour nous y 
recevoir : ce que voyant Vigan, Trabaud et Radicati, tra- 
versant les feux croisés de Saint-François et deTAvène, 
accoururent au secours de Strasoldo: «Général, lui dirent- 
ils, sortons d'ici, pendant qu'il eu est temps encore. Nous 
ne nous y maintiendrons pas. Venez vers TAgheisen* 
Sans cela nous sommes perdus. > < Un général, répondit- 
il , n'abandonne son poste qu'avec la vie. > Trabaud, en 



CONVENTION NATIONALE (1793) 151 

regagnant TAgheisen, reçut le coup qui le conduisit à la 
mort quinze jours après. On se battit dansSospel à Tarme 
blanche. Le comte de Revel put parvenir jusqu'à Strasoldo, 
au péril de sa vie. 11 le conjura au nom de Saint-André, de 
battre en retraite ; celui-ci ne consentit qu'à laisser partir 
Tartillerie. Pour lui, il finit par tomber blessé entre nos 
mains. La nuit seule sépara les combattants. Nous restions 
les maîtres, la joie des nôtres tint presque du délire. Avant 
d'envoyer les prisonniers à Nice, nos soldats s'amusèrent 
d'eux, les coiffèrent du chapeau français, les poudrèrent 
de neige, et les forcèrent de danser. L'escorte qui les con- 
duisit de Sospel à l'Escarène, et de PEscarène à Nice, 
chantait, sautait, gambadait. 

Ce combat de Sospel jeta le découragement dans une 
partie de l'armée Austro-Piémontaise. Nous en avons la 
preuve dans les désertions qui se produisent depuis lors. 
Le 18 et le 20 février, des soldats autrichiens arrivent 
à Grasse et déclarent devant le directoire, qu'ils veulent 
servir dans le pays de la liberté, et qu'ils demandent à être 
acceptés dans les rangs des soldats républicains, pour 
vivre et mourir libres. On leur donne la cocarde trico- 
lore, 50 francs de gratification à chacun et aux dix pre- 
miers déserteurs on ajoute en plus 80 francs. Biron se 
rendit à Sospel, et mettant à profit cette défaite des Pié- 
montais, il proposa à Saint-André une entrevue : ce que 
le roi de Piémont n'accepta pas, de peur de porter om- 
brage aux Autrichiens. Alors Biron, s'inspirant des plans 
de Brunet, décida l'attaque sur toute la ligne, depuis 
Sospel jusqu'à Entrevaux. Le général de brigade Rossy 
reçut l'ordre d'entrer en campagne le 28 février du côté 
de Puget-Théniers, et Dumerbion, d'avancer sur Utelle. 
Biron partagea son corps d'armée en deux ailes, qu'il 
confia à Dagobert et à Brunet. Pour donner le change à 
l'ennemi, il fit mine de diriger l'effort sur le Brouïs : 
€ Nous viendrons à bout d'emporter le Brouïs >, disait-il 



152 CHAPITRE HI 

dans sa proclamation à Tarmée. On partit de CîoUe- 
Basse, le 28 février ; mais au lieu d'envoyer Tartillerie 
sur la route de TEscarène, Biron la dirigea par Levens 
au Gros d'Utelle ; et contenant le gros de Tarmée ennemie 
au Braous, il commanda à Brunet d'opérer sa jonction 
avec Taile gauche de Dumerbion dans la vallée de Lan- 
tosque, ce qui était très-habillement manœuvrer. Du- 
merbion enleva la Madone d'Utelle, d'un coup de main; 
Masséna, Tourrette-Revest et Toudon ; le lieutenant- 
colonel de Layssac, avec le 2* bataillon du Var, Luoé- 
ram; Rossy s'était rendu maître de Puget-Théniers. 
Partout les Piémontais fuyaient. Dagobert trouva l'en- 
nemi au Col Négro, où Brunet le joignit. Chasseurs- 
Corsés, grenadiers du 28*, chasseurs du 91*, poussaient de 
cime en cime les Austro-Piémontais jusqu'à la Vésubie, et 
les deux armées pressées l'une par l'autre franchissaient 
dans cette marche des obstacles réputés insurmontables. 
Après dix heures, nous bivouaquions en vue de la Vésubie. 
L'ennemi terrifié abandonna Lantosque précipitamment. 
Quoique Dagobert eût reçu une blessure très-grave, il ne 
s'y installa pas moins en vainqueur, le 2 mars. La BoUène 
fut occupée le même jour, 

Castelberg couvrait Belvédère de ses cinq mille hommes. 
On voyait dans son état-major le feld-maréchal comte de 
Baleigne, le chevalier de Viterbe, les trois frères Ger- 
mano, vaillants capitaines. Rien ne put arrêter l'élan 
français devant Belvédère ; malgré la mitraille qui pleu- 
vait du château Rainaldi, Brunet emporta ce poste au 
chant de la Marseillaise. L'ennemi se fortifia au Capelet 
et au Raous (12 mars). De Layssac, qui s'était un des plus 
distingués à Belvédère, eut le commandement de cette ville 
et Biron dans son rapport s'exprima en ces termes : < On 
ne peut donner trop d'éloges aux officiers et aux soldats. 
Chacun dans son poste a déployé l'énergie et le courage 
dont sont animés les conquérants de la liberté. U ne nous 



CONVENTION NATIONALE (1793) 153 

reste plus à prendre que Saorge. > Il cite à Tordre du 
jour radjudant-général Micas, Closalde, capitaine de 
génie ; Chartogue, colonel du 68"® ; Vicasse, lieutenant- 
colonel du 91™®; Escalle, lieutenant-colonel du second 
bataillon de THérault ; les capitaines Despinoy et Raim- 
baud ; Serrurier, colonel du 73"*, le capitaine Mauzé, etc. 
La Convention félicita Biron. Le général fit offrir un 
sabre d'honneur à Layssac par la ville de Nice. Il n'eut pas 
fallu s'arrêter. Montesquieu désirait ardemment opérer 
sa jonction avec Biron ; mais cent soixante mille ennemis 
couvraient la frontière Nord-Est, et Montesquieu ne pou- 
vait envoyer du renfort à Biron, D'ailleurs, les montagnes 
étaient hérissées de neige et de glace. On se contenta de 
garder les positions conquises et de se donner la main de 
poste en poste jusqu'au col de l'Argentière. On était en 
face des Austro-Sardes qui allaient du col de Tende au 
col des Fenêtres et de la vallée de la Stura jusqu'au Saint- 
Bernard. Saint-André tenait encore Breil, Saorge , le 
Braous et le Brouis. Vers la fin de mars, Castelberg reprit 
même Belvédère sur de Layssac, et nous força d'aban- 
donner Saint-Jean et la Condamine. A cette nouvelle Biron, 
accourant de Lantosque, fit établir des camps retranchés 
au Flaout, à Saint-JuUien de Roquebillère, au Véséou, à 
Saint-Sauveur de la BoUène et attendit le moment favo- 
rable pour reprendre Belvédère et renouveler une attaque 
générale. 

X. — SITUATION INTÉRIEURE DES ALPES-MARITIMES. 

Biron avait aussi beaucoup d'affaires sur les bras, en 
outre de l'ennemi qu'on le pressait de débusquer. Nice, 
toujours agitée par le club patriotique et par le club mar- 
seillais, entendait les discours les plus extravagants des 
patriotes exaltés qui voulaient imiter et Marat et Dan- 
ton. Mais la commission municipale reçut l'assurance de 



154 CHAPITRE III 

Biron qu'il n'était venu à Nice que pour ramener la con- 
fiance et rassurer les esprits. Or, dans ces circonstances, 
arrivaient trois miliciens de Lantosque faits prisonniers, 
€ Voilà trois barbets, s'écria Dabray ; on les pendra 
demain. » — Taisez-vous, répartit un officier. — Dabray 
le regarda fixement. « Taisez-vous, vous dis-je, continua 
l'officier, mauvais sujet, c'est vous que l'on devrait pen- 
dre, vous qui avez trahi votre ancien prince. > Et les gens 
qui étaient là d'applaudir. Biron manda Dabray et quand 
il l'eut devant lui : < Allez plutôt sur les montagnes, le 
sabre à la main, lui dit le général. Chassez ces ennemis- là. 
Si vous continuez de parler et d'écrire, je vous y enverrai 
forcément. > Et il le congédia. Dabray envoyé quelques 
jours après à la Convention, s'en vengera sur Biron un peu 
plus tard. Tel se montrait Biron à Nice. Il avait accepté 
la révolution, mais sans en vouloir les excès ; il s'était 
mis du parti d'Orléans avec Montesquieu, Dumouriez, 
Danton... Le duc de Chartres servait sous Dumouriez, et 
le duc de Montpensier était aide-de-camp de Biron. 

Depuis la séance orageuse du 10 mars, dans laquelle 
les Jacobins irrités contre la Vendée soulevée, et contre 
Dumouriez vaincu en Belgique, la Convention ne voyait 
plus dans la France que des traîtres, et elle établissait 
partout des comités de salut public, et des tribunaux 
révoluiionnaires : < Plutôt mourir, s'écriait Verguiaud 
contre la loi des suspects, que de consentir à l'établisse- 
ment de cette inquisition vénitienne ! > 

Mais Duliem : « Ce tribunal est encore trop bon pour 
des scélérats et des contre-révolutionnaires. » Et alors 
commença à peser sur la France le triumvirat Danton, 
Robespierre et Saint-Just. La montagne triomphait et 
les Jacobins, sûrs de la victoire, regardaient les Giron- 
dins comme une proie qui ne leur échapperait pas. En 
attendant, la Convention décréta une levée de 300,000 
hommes de dix-huit à quarante ans pour marcher contre 



CONVENTION NATIONALE (1793) 155 

rennemi. Dumouriez est encore battu à Nerwinde, le 
18 mars. Quatorze armées se précipitent contre l'Europe 
coalisée (30 mars). Il faut vaincre ou mourir. 

C'est ce qui nous explique Tactivité que déployait 
Biron dans nos parages. Le 9 mars, il nommait le général 
de brigade Montredon, commandant d'Antibes : « Il pren- 
dra connaissance pleine et entière de la place, la mettra à 
Tabri de toute insulte du côté de la mer, visitera les côtes 
depuis le Var jusqu'à Cannes, s'embarquera à Cannes pour 
inspecter les îles Sainte-Marguerite et les mettre sur une 
défense respectable, ira ensuite de Cannes à Fréjus, puis 
à Toulon où il s'entendra avec Tofficier général de cette 
place pour la défense des côtes de Fréjus à Toulon. La 
partie du Var à Fréjus reste entièrement soumise à ses 
ordres. Il se rendra aussi à Nîmes pour le recrutement de 
l'armée d'Italie. > Le 1®' avril entre à Nice le 1®"^ bataillon 
de la phalange marseillaise, gens déterminés à tout oser. 
L'entraînement des troupes est général On nomme des 
canonniers, des gardes aux vedettes, aux signaux et aux 
batteries. Marc Gastaud à Antibes est maître canonnier 
au fort Graillon ; Pierre Carie, à la batterie Bacon ou 
Granille ; Jacques Goulet, à la batterie de la Gabelle. En 
même temps que se répand le bruit de la séance du 10 
mars, nombre de citoyens se font délivrer des certificats 
de civisme ; de ce nombre est Masséna lui-même, qui se 
trouve à Antibes, Michel Gazan, capitaine des gendarmes 
au 9* bataillon du Var, Charles Foucard, enseigne, 
Honoré Fugairon, enseigne, commandant la felouque, la 
RèptMique Française^ H. J. Bernard de Saint-Paul, 
garde du bureau des classes de la marine, J. H. Torreille 
secrétaire, Romuald et Louis Gazan, fournisseurs des vi- 
vres, Gaspard Gazan, commis au bureau de la marine, H. 
P.Gazan, J.C. Riouffe, les chirurgiens, Louis Plaucheur et 
Dominique Jaubert, Philippe Aubernon, commissaire des 
guerres, J. B. Albin, aumônier de l'hôpital, le comman- 



t56 CHAPITRE UI 

dant Sanglier, chargé du Fort Carré, etc., etc. Il en est de 
même à Grasse, à Vence, à Saint-Paul. Le 26 mars, la 
Patrie est en danger Antibes se plaint qu'elle doit prendre 
des enfants au-dessous de quinze ans pour monter la garde. 
A Grasse la garde nationale refuse le service. On sonne en 
vain le rappel . Elle envoie une députation au directoire 
pour déclarer qu'elle ne se rendra pas à Tordre du com- 
mandant Bousquet parce qu'elle n'est pas équipée; le direc- 
toire de Grasse dépêche vers Biron à dix heures du soir. 
C'est le moment des terribles débats à la Convention 
nationale. Notre député Isnard qui avait la présidence, le 
25 mars, répondait à une députation de la Commune qui 
demandait la liberté de Marat : «Si Paris attente à la Con- 
vention nationale, on cherchera bientôt sur les rives de la 
Seine la place où cette ville avait existé. > Le 27, les mara- 
tistes insultent Isnard ; Bourdon de TOise le menace du 
poignard, et on le force de quitter la présidence. Quelques 
jours après il envoyait sa démission. 

Nous voici au 2 avril ; Biron était avisé par Montes- 
quieu : « Je crois devoir, mon cher Biron, vous prévenir de 
la situation inouïe où nous sommes: Dumouriez en état 
d'arrestation et faisant arrêter les ministres et les com- 
missionnaires; Lille et Valenciennes remplies de députés; 
les ennemis au nombre de 60,000, victorieux à doux 
lieues de nous ; pas de provisions, pas de fourrages, voilà 
où nous a mis la République^ tous les généraux arrêtés, 
excepté moi, parce que je suis blessé. Les traîtres qui ven- 
dent la France ont arrêté les généraux pour la livrer plus 
facilement. > 

L'envoyé qui apportait cette lettre en avait deux 
autres du duc de Chartres pour Montpensier. Grégoire et 
Junot, représentants du peu|)le à Nice, en vertu d'un 
ordre de Paris, arrêtèrent le duc de Montpensier pendant 
qu'il déjeûnait avec Biron, l'envoyèrent à Montalban, 
d'où il fut conduit à Notre-Dame de Marseille, puis au 



CONVENTION NATIONALE (1793) 157 

fort Saint-Jean pour y rejoindre son père, le comte de 
Beaujolais, et autres membres de sa famille emprisonnés. 
A la Convention, on criait : Ne craignez-vous pas que 
Biron ami des d'Orléans n'abuse de sa position pour déli- 
vrer les Bourbons enfermés à Marseille ? 

Biron avait répondu à ses ennemis par la brillante af- 
faire du Pérus et par la reprise de Bel védère.Le 16 avril, il 
s'avançait de TEscarène vers Moulinet. Mais trompant 
l'ennemi, il s'abattait tout-à-coup sur Sospel dont Saint- 
André avait confié la défense au chevalier Radicati. Notre 
corps de bataille formait trois colonnes qui dès la matinée 
du 17 montèrent l'une vers l'Agheisen, la seconde par 
la grande route et la troisième par le vallon de Castillon. 
Il y avait un effectif de trente mille hommes. Des mille 
hommes de l'Agheisen, trois cents se détachèrent et gra- 
virent le Pérus. 

Saint-André avait placé un corps de troupes au pont de 
de laNiéjasous les ordres de laVillamarina et de Cuggio ; 
il s'appuyait sur le deuxième corps d'armée qui avec l'ar- 
tillerie avait passé la Bévéra au-dessus de Saint-Gervais 
et occupé la rive gauche de la Niéja. Le combat dura deux 
heures sur ce point et l'avantage resta aux nôtres. Le 
chevalier d'Auvare qui s'y trouva racx)nte d'une manière 
touchante les soins que donna Cuggia blessé lui-même à 
l'un de ses amis, Ravénada, atteint en pleine poitrine. Le 
19, les Austro-Sardes revenant à la charge se postaient 
encore au Pérus, vers deux heures de l'après-midi. Les 
grenadiers des Bouches-du-Rhône et les chasseurs de 
Marseille firent merveille. Si la nuit n'eut séparé les com- 
battants, le camp était emporté pour la troisième fois. Le 
27 avril de Layssac de son côté, malgré le feu nourri de 
Castelberg, reprenait héroïquement Belvédère. C'est alors 
que s'achevait dans les Alpes-Maritimes la mission mili- 
taire de Biron. Rappelé par la Convention, le 30 avril, on 
l'envoyait à l'armée de l'Ouest. Grégoire et Jagot étaient 



158 CHAPITRE m 

remplacés auprès Tarmée de Tltalie par Barras, Beau- 
vais de Paris, Despinassy et Pierre Bay le. Kellermann suc- 
cédait à Montesquiou, Brunet à Biron. Grégoire et Jagot 
quittèrent Nice le 10 mai, Biron le 16 et Brunet recevra 
son brevet le 18. 

Pauvre Biron ! En vain vaincra-t-il les Vendéens à Sau- 
mur et à Parthenay, l'affreux Carrier Taura pour objec- 
tif de sa haine : < Nous ne pouvons dissimuler, dira 
Jean Bon, qu'il n'y a pas d'accusation positive contre 
Biron ; on lui reproche seulement de ne pas avoir déployé 
toute l'activité possible. » Gasparin constatait que Biron, 
à cause de ses attaques de goutte et de sa santé délabrée, 
était peu propre à ses fonctions et qu'il avait offert sa dé- 
mission. Le général rappelé à Paris fut enfermé à Sainte- 
Pélagie, puis à l'Abbaye, et condamné à mort le 30 octo- 
bre par Fouquier Tinville. Quand on lui signifia sa 
sentence, il sourit de dédain, rentra à sa prison, salua 
les prisonniers avec cette politesse chevaleresque .qui le 
distinguait: < Messieurs, leur dit-il, c'est fini, je pars 
pour le grand voyage. » 11 demanda du Bordeaux, une 
volaille pour souper, puis dormit profondément sur son 
grabat. Le lendemain il se fit apporter une douzaine 
d'huîtres pour son déjeuner, et il était encore à table, 
quand l'exécuteur des hautes-œuvres se présenta : < Mon 
ami, dit Biron, veux- tu bien me permettre que je finisse? » 
Le bourreau resta stupéfait. 11 marcha d'un pas ferme à 
l'échafaud ; on l'entendit prononcer ces paroles avant de 
mourir : < Je meurs puni d'avoir été infidèle à mon Dieu, à 
mon Roi, à mon nom. » 31 décembre. Philippe Égalité le 
suivra le G novembre. 

XI. — LA DÉFECTION DE DUMOURIEZ. 

La défection de Dumouriez avait mis en émoi la Con- 
vention nationale. Grasse, Antibes, Saint-Paul et Vence 



CONVENTION NATIONALE (1793) 159 

^recevaient, le 16 avril, le décret qui déclarait Dumouriez 
traître à la patrie, et Irors la loi ; on assurait une récom- 
pense de trois cent mille livres et une couronne civique à 
quiconque le saisirait et l'amènerait à Paris vif ou mort. 
Ordre était donné d'arrêter tous les suspects. Les direc- 
•teurs dos postes devaient remettre les lettres aux officiers 
municipaux. Ce qui ajoutait de nos côtés à la terreur 
générale, c'est que l'Angleterre, par son traité du 30 avril 
avec Victor-Amédée, s'était engagé à lui fournir deux cent 
mille livres sterlings pour l'entretien d'une armée de 
cinquante mille hommes, et à croiser sur les côtes avec 
son escadre. Le duc de Chablais, frère du Roi du Piémont, 
était venu en personne au camp de la Giandola faire cette 
proclamation au milieu des acclamations de joie des Aus- 
tro-Piémontais. Devant la flotte anglaise d'un côté et 
Tarmée piémontaise de l'autre, Brunet en prenant le com- 
mandement de l'armée des Alpes-Maritimes, n'était pas 
sans quelque crainte. Les représentants de la Convention 
près l'armée d'Italie montraient une rare activité. Les 
communes redoublaient de zèle pour se mettre en état de 
défense. A Antibes, que menaçait l'escadre, la garde natio- 
nale s'organisa en huit compagnies de cinquante-trois 
hommes chacune. Un bureau recevait les engagements 
volontaires. Il s'agissait de repousser l'ennemi du dehors, 
mais on craignait autant les réactionnaires à l'intérieur. 
Kellermann, en habile homme, n'avait pas tardé d'opérer 
sa jonction avec Brunet. Soudain, il enlevait avec un 
entrain héroïque le camp de l'Assiette, prenait dix canons 
deux mille fusils, faisait deux cents prisonniers. Malheu- 
reusement le général Cassabianca qui avait en ce moment 
le commandement de la vallée de Lantosque, en allant 
vers Saint-Étienne de laTinée pour le rejoindre, tomba à 
Valdeblore entre les mains des ennemis. Brunet, pour 
sauver sa tète et son honneur, comprenait qu'il fallait 
agir promptement et réussir. 



140 GHARTBE m 

Larmee A»istn>-S4rde se composait de quatre divisions : 
corps de Sirasoldo depoîs les Alpes jusqu'au val d'Aoste ; 
ci>rp6 de ProTera, de llséran ou mont G^ièvre ; corps de 
CoUi« des Tallees du Pô ei de la Stura jusqu'aux Alpes du 
comté de Nke ; corps du duc de Chablais et de Saint- 
André à la Giandola. D*EUéra commandait au Braus et 
Pemigocti au Brouîs. Saint-André dit dans son rapport 
du 1^ juin : < Les ennemis font des mouvâments. Ce que 
Ton peut juger c*€st que, malgré l'assurance de leurs chefs, 
l'approche de la flotte les inquiète. \\s n'ont pas de maga- 
sins abondants à Nice, la disette est en Provence. Les 
représentants du peuple obligent Brunet d'attaquer avant 
rarrivée de la flotte. > (Mémoires de Saint-André.) 

Nous approchons des combats célèbres du Raûs et de 
l'Authion. Mais auparavant mettons sous les yeux l'état 
de Farmée et de nos pays dans ces conjonctures difficiles. 
Les troubles intérieurs, la guerre extérieure jetaient le 
commerce et les finances dans un état déplorable. De 
Paris on ne pouvait rien envoyer aux soldats. En pro- 
vince, les citoyens étaient fatigués des réquisitions con- 
tinuelles. On était aux expédients pour se procurer du blé. 
On battait monnaie avec les vases sacrés, on fondait les 
cloches, on demandait des dons patriotiques en argent, 
en chemises, en habits, en souliers. La plupart des soldats 
mal équipés, mal nourris allaient souvent sans bas et 
sans souliers ; et pourtant ils gardaient une résignation 
étonnante, et la soumission à leurs chefe. Quand on faisait 
vibrer en eux la fibre patriotique, et celle de l'honneur 
français, ils se sentaient pris d'une ardeur enthousiaste et 
même joyeuse qui ne craignait plus rien. Ils couraient au 
poste le plus périlleux en chantant. Chacun^ depuis les 
dernières nouvelles, demandait à combattre. Brunet sut 
mettre à profit cette disposition d'esprit, d'autant plus 
que Saint-André se livrait à une confiance immodérée. 
Montrédon qui continuait de surveiller et de fortifier le 



COmTENTION NATIONALE (1793) 161 

littoral, commandait à Antibes, et Saint-Hilaire au Fort- 
Carré (2 juin.). Le génie militaire français n'avait pas 
perdu son temps. A Belvédère, par exemple, nous avions 
jFortement retranché les redoutes de la Condamine et de 
Saint-Jean, ouvert un chemin pour traîner Tartillerie à 
Triménil, base du Capelet qu'occupait l'ennemi. Toutes 
les cimes qui dominent et la Vésubie et la Bévéra deve- 
naient comme autant de citadelles. Saint- André en avait 
six qui défendaient Saorge : le Pérus, Linière, le Béolet, 
Moulinet, Millefourches et Raous. Chacun de ces points 
va être le théâtre d'un combat de géants. 

Le 21 mars, le conventionnel Savournin disait à la 
tribune : < J'annonce que Brunet a mérité l'estime et 
la confiance de ses concitoyens. > Vers la fin de mai, 
en effet, Brunet appelait vers lui la division Serrurier 
qui avait sous ses ordres les célèbres MioUis, Joubert, 
Cervoni et Brune. Arrivés à Isola, après une journée 
de marche, il leur fallut traverser à la nage la Tinée 
gonflée par les eaux, et emporter Isola défendue par 
sa position naturelle et par une bonne garnison. Quel- 
ques jours après, 2 juin, Serrurier et Macquart pous- 
sent une reconnaissance vers Millefourches, et enlèvent à 
l'ennemi ses avant-postes. Mais l'aide-de-camp, Corvésy 
y fut blessé, le capitaine Du pain du 1®^ bataillon de l'Hé- 
rault y trouva la mort. L'adjudant général Micas fut porté 
à l'ordre du jour. Le 3 juin, nous campions au Flaût et à 
Saint-Jullien. On voyait encore sous les ordres de Ser- 
rurier, outre les noms cités plus haut, Rochambeau, Despi- 
noy, Gautier de Kervéguène,Morangié. Que de célébrités! 

Le 6 juin, Gaspard- Joseph Brunet, général en chef de 
l'armée d'Italie, à l'Escarène, écrivait au district de 
Grasse de bien recevoir le général de brigade Montredon, 
commandant de toutes les côtes jusqu'au Rhône. 

Et Montredon, montant à Grasse, demandait aussitôt 

1 ,200 gardes nationaux du district pour le service de la 

11 



162 CHAPITRE m 

place d'Antibes et du fort Carré, parce que rennemi était 
à nos portes. A Nice, c*est le général Lapoype ayant le 
commandement de la place, à qui une députation d'An- 
tibes vient demander des vivres (7 juin). Les citoyens 
Coulomb et Pascal sont envoyés de Toulon pour inspecter 
les côtes contre Tescadre Anglaise qui nous menace. 

Xn. — COMBAT DO RAOUS. — 8 JUIN 1793. 

Tous les efforts de notre armée se concentrent sur 
Saoï^e.Le Rdons du côté de Belvédère était le pas difficile 
à franchir qui nous donnait cette place ; mais comme il 
avait été convenu, on attaquerait sur six points différents, 
et le gros de notre armée partirait de Belvédère, sous 
les ordres de Serrurier. Brunet ne pourra y prendre part, 
à cause de ses attaques de goutte. 

Le comte de Saint-André, à la vue de notre armée qui 
augmentait à vue d'oeil, avait appelé du Col des Fenê- 
tres le bon artilleur Zim pour le poster sur les cimes du 
Capelet. CoUi commandait les Autrichiens. Le comte de la 
Roque se tint au Raous. Sur la cime dite tête des Rosiers, 
était le marquis de Moutafia. Les Austro-Sardes, avaient 
&it comme au Col de TAssiette, des approvisionnements 
d'arbres, et les tenant suspendus par des cordages, ainsi 
que des quartiers de rochers^ sur les hauteurs, ils se pré- 
paraient à en écraser les nôtres. 

J'ai parcouru ces sites escarpés, et je voudrais que ceux 
qui me lisent les aient vus, pour se rendre compte de la 
difficulté de l'attaque et du courage de notre valeureuse 
armée des Alpes-Maritimes. 

Un vénérable vieillard de Belvédère, le sieur Lau- 
renti, âgé de 87 ans, racontait en 1865, à la famille de M. 
Gautier, proviseur du Lycée de Nice, et à moi, qu'il se 
rappelait encore parfaitement le combat du Raous. < Les 
Français, dit-il, partis de Roquebillère dans la nuit du 7 



CONVENTION NATIONALE (1793) 163 

au 8 juin, arrivèrent à Belvédère, et remplis d'ardeur, ils 
s'avancèrent en chantant gaîment : Allons, enfants de la 
Patrie. <Puis ce bon vieillard s'animant semettait à chanter 
comme eux, et à crier de toute sa voix : Vive la Républi- 
que ! Vive la Nation ! Mort aux tyrans ! Nous allons le 
pendre, votre roi des marmottes ! . . . > 

Alexandre Dumas déclare qu'au Raous tout ce qu'il 
était possible de faire, les Français le firent. Nos adver- 
saires nous rendent le même témoignage. 

Tous nos soldats gravirent ces pentes escarpées avec 
leur élan ordinaire, sous le feu de l'artillerie sarde, sous 
une grêle de balles et de pierres. Autant il en montait, 
autant il en descendait sur la pente des Rosiers. Ils allaient 
en avant, et se succédaient avec ce courage constant et 
ce généreux oubli du danger qui fait un héros du soldat 
français. 

Le général Serrurier fut battu à Triménil et au Capelet. 
On vînt inutilement à son secours ; il fallut céder devant 
Tartillerie formidable de Zim. Nos soldats débandés, ren- 
versés les uns sur les autres, roulaient dans les abîmes. 
Après six heures de lutte acharnée et une perte de mille 
hommes, on rentra à Belvédère. Beaucoup de blessés jon- 
chaient les sentiers, et mouraient sans pouvoir arriver. Le 
vieillard Laurenti nous disait : < Ce n'étaient plus des 
chants, mais des cris lamentables, des menaces : Ah ! bri-» 
gands de barbets ! Ils nous ont éreintés. Qui aurait cru 
ça 1 Ils nous la paieront. ... > 

Joubert, le futur vainqueur de Novi, lutta au Raous 
avec trente grenadiers contre cinq cents ennemis. Il finit 
par rester seul avec Lebrun de sa compagnie . Quand il 
vit sa redoute pulvérisée par le canon, sa main blessée par 
un éclat de pierre, il se rendit sur parole. Son courage lui 
mérita les éloges de son vainqueur, et la permission de 
rentrer en France, avec promesse de ne plus combattre 
dans la présente campagne. 



164 CHAPITRE III 

Les Austro-Sardes y perdirent un frère Germano. Le 
comte de la Roque tint tête à deux divisions, tandis que 
Ravel rallia les siens qui commençaient à plier sur la 
gauche. Le marquis de Moutafia ne broncha pas aux 
Rosiers ; ses quartiers de rochers et ses arbres y écrasèrent 
les nôtres. On porta à l'ordre du jour Saint-André et son 
fils, le comte de la Roque, Moutafia, Zim, Caretto, les ré- 
giments d'Acqui, de Casai et de Sardaigne. 

Succès du Moulinet. — Notre chef de brigade Orto- 
man nous dédommageait au Moulinet de la défaite du 
Raous. Duranteau y fut blessé à la cuisse. L'ennemi y 
perdit l'émigré le Jarre ; le chevalier Pinto y eut le crâne 
emporté. Les capitaines Canal et Carré y reçurent de 
graves blessures. Chez nous, d'Allemagne fut blessé et 
comme il prit une grande part à cette affaire, il reçut du 
ministre son grade de général de brigade. 

Combats de Linières et du Bèolet. — Tandis que les 
Polonais de Mieskonisky s'avançaient sur le col de 
Linières, deux colonnes aux ordres de Dagobert gravis- 
saient l'Agheisen. 

Le camp de Linières était défendu par d'Ossaque avec 
1 ,500 hommes. L'engagement fut sérieux. Presque tous les 
polonais de Mieskonisky jonchaient la ipontagne de leurs 
corps, quand les nôtres continuant à gravir, finirent, la 
baïonnette en avant, par débander les bataillons de Ver- 
ceil et de Saluce. D'Ossaque vit tomber à ses pieds le 
sieur de Valdenque, heutenant- colonel du régiment de Sa- 
luce. Le bataillon de Nice combattit avec valeur contre 
les nôtres, mais il y perdit le chevalier de Grimaldi, son 
commandant, les chevaliers Raty et Leotardi, les sieurs 
d'Audiffret et de Laval. Cependant d'Ossaque ne put arrê- 
ter la déroute qui entraîna la perte de Linières et du 
Béolet. Tout le camp avec ses approvisionnements tomba 
entre nos mains. Les mémoires du général d'Auvare font 
remarquer qu'en abandonnant le Béolet, le chevalier de 



CONVENTION NATIONALE (1793) 465 

Campon, qu'on appela dérisoirement décampons, chargé 
de le défendre reçut ime blessure au talon. On reproche 
à d'Ossaque de ne s'être pas retiré >5ur le Mangiabo, 
comme le fit le chevaHer d'Auvare, avec sa compagnie. 
Celui-ci en fut complimenté par le comte de Revel et par 
les frères Sainte-Marguerite. Le commandant d'Ossaque, 
dit Saint-André, dans ses mémoires, fut suspendu de ses 
fonctions par le conseil de guerre ; mais le rapport de 
CoUi le sauva. Il quitta néanmoins le service. 

Combat du Pertes (9juinJ. — Le frère du général 
d'Ossaque défendait le Pérus à la tête de 1,300 hom- 
mes. Le comte de Saint-André l'y avait réjoint. Celui- 
ci, d'abord, tout heureux de la victoire remportée au 
Raous, commençait à s'inquiéter des événements de Mou- 
linet, de Linières et du Béolet. Zim était arrivé au Pérus 



en toute hâte. 

Dumerbion donne le signal de la marche en avant. Il 
avait avec lui Masséna. L'action s'engage sur le pont de 
laNiéja. Un bataillon français s'étant avisé de mettre 
le bonnet au bout des baïonnettes, les piémontais s'ima- 
ginant qu'on se rendait, suspendent leur feu. Aus- 
sitôt les nôtres déchargent une grêle de balles, rom- 
pent une ligne, puis une autre ; en vain Zim envoie ses 
boulets, Teller gourmande ses tyroliens, rien ne résiste 
à la furie française et à sa charge à la baïonnette. C'en 
était fait du Pérus. Saint- André délogea la nuit du Brouïs. 

Combat de Mille fourches. — Ortoman, parti de la 
Bollène, s'était avancé le 8 juin sur le camp qui servait 
d'avant-garde aux redoutes de Millefourches, où se trou- 
vaient d'EUera, Biscarret, Forex et Belgiosco. Arrivé à 
la Mantega, il s'embusqua dans les bois, et chassa l'avant- 
garde sarde qui était accourue, tandis qu'une autre 
colonne gagna le Tuech, poste formidable , où elle com- 
mença la nuit même du 8 au 9 juin à construire cette 
redoute magnifique dont nos ennemis ont fait eux-mêmes 



166 CHAPITRE III 

les plus grands éloges. Cet avantage contrebalança encore 
notre défaite du Raous. 

Brunet, désolé, fit tomber la responsabilité de notre 
défaite du Raous sur Serrurier. Mais qu'y pouvait Ser- 
rurier ? Il marchait d'après Tordre du général en chef, 
sur un point impossible à franchir. Dans le rapport du 
11 juin daté du camp deTEscarène, nous lisons : < L'ap- 
proche de la flotte Anglo-Espagnole avait r^épandu l'épou- 
vante sur toutes nos côtes. Les Piémontais cherchaient à 
augmenter cette terreur en annonçant que de leurs mou- 
vements combinés avec la flotte, nous serions bientôt 
chassés du ci-devant comté de Nice. J'ai cru qu'il était 
bon de rendre ce projet presque impossible, en m'empa- 
rant des hauteurs qu'ils occupaient. Si la colonne de gau- 
che aux ordres de Serrurier avait pu s'emparer du &meux 
poste du Raous, les ennemis seraient actuellement en 
Piémont. > 11 parle des succès obtenus par Dumerbion au 
Pérus ; par Mieskonsky, à Linières et au Béolet ; par 
Gardane, au Moulinet, et par Ortoman, à Millefourches. 
€ J'ai fait occuper hier, 10 juin, le camp de Brouïs que les 
ennemis avaient abandonné et où était le quartier général. 
Nous avons perdu de braves officiers et des soldats ; deux 
de mes aides- de-camp ont été blessés. L'ennemi a perdu 
beaucoup de monde. Nous avons pris vingt officiers, 
cinq cents soldats et deux pièces de canon. Avec les effets 
de campement, nos soldats vont faire des pantalons. Nous 
sommes vraiment des sans-culottes de nom et de fait ; 
mais cela ne nuit ni au patriotisme ni au courage de nos 
braves frères d'armes. > 

D'Auvarre observe que si Brunet au lieu d'éparpiller 
ses troupes, avait tout porté sur le Raous, nous prenions 
sans coup férir la Malmort de Saorge. La retraite des 
Austro-Sardes ne pouvant s'opérer que par l'horrible 
routedeCrivel, deBreil et du Giou, pas un n'échappait 
aux Français. 



CONVENTION NATIONALE (1793) 167 

Brunet lança une proclamation pour qu'on reprît tout 
de suite la revanche du Raous. 



Xni. — COMBAT D'aUTHION. — 12 JUIN. 

Les Austro-Sardes avaient recueilli à VAuthion tout 
ce qui avait battu en retraite du Moulinet et du Pérus, et 
ils avaient formé une autre ligne de VAuthion au Capelet 
que les stratégistes figurent par un Z. L'Authion, dont la 
cime s'élève à 2,175 mètres, fait face à Millefourches qui 
est de même hauteur. Le Tuech, que nous occupions, 
forme comme le sommet d'un angle aigu, dont VAuthion 
et Millefourches sont les extrémités des deux lignes. L'in- 
génieur Antoni recommande toujours ces pics dans les 
guerres des Alpes-Maritimes. Nos ancêtres l'ont si bien 
reconnu, ajoute-t-il, qu'on y trouve les restes d'anciens 
châteaux-forts. Par TAuthion et Millefourches, le Raous, 
dont la Baisse conduit directement à Saorge, était ratta- 
ché au Maugebo et au Ventabren, d'où Ton occupe 
Linière, le Béolet, Colle-Longue et le Pérus. On peut 
remarquer ce que les Austro-Sardes avaient perdu malgré 
les avantages obtenus au Raous. 

< Attaquez donc en masse du côté de l'Authion pour 
arriver à Saorge par la Baisse du Raous, avait dit 
Brunet. » 

Colli et d'Elléra commandaient l'armée ennemie. Ils 
observaient nos mouvements stratégiques depuis 
TAgheisen; ils savaient par leurs éclaireurs que le 
Tuech était garai d'artillerie, que des détachements 
descendus du Tuech et du Ventabren, étaient en marche 
vers le Raous. Zim pointa ses canons et nous attendit. 

Lorsque nos 12 à 13 mille hommes se mirent en marche, 
le ciel sembla combattre contre nous. C'était dans la ma- 
tinée du 12 juin (mercredi). Des brouillards épais enve- 
loppaient la montagne, tellement qu'on ne se voyait plus 



168 CHAPITRE III 

à une faible distance. Qui plus est, un vent violent de 
neige et de pluie se mit à nous fouetter en plein visage. Il 
était six heures du matin, par cet horrible temps, quand le 
canon gronda au-dessus de nous. Nos hommes tombaient 
les uns sur les autres, s'embarrassant entre eux dans ces 
ténèbres, et au milieu de cette affreuse tourmente. Les 
lûerres, les balles, les boulets pleuvaient sur nous. Cepen- 
dant les grenadiers parvenus au faîte, voyant qu'il n'y 
avait plus qu'à mourir, se jetaient de désespoir à la gueule 
des canons, et les tenaient embrassés en recevant le coup 
fatal. 

Notre armée fit sa retraite vers le Ventabren en laissant 
3,000 des leurs, morts, blessés ou prisonniers, et 1,500 
fusils. Parmi les vaillants combattants de l'Authion du 
côté des Austro-Sardes, on cite le brave Andrioli, niçois, 
qui servait dans les régimentsSuisses-Grisons. Il y eut une 
suspension d'armes de trois jours pour enterrer les victi- 
mes des deux côtés. Nous gardâmes pourtant nos campe- 
ments de la vallée de Lantosque. On retrancha le Seirol 
pour se mettre en rapport avec la vallée de la Tinée , et 
l'on redoubla d'activité pour se fortifier sur le Tuech, la 
Mantéga et le Brouïs. 

Brunet écrivit le 15 juin au ministre de la guerre, que 
l'affaire du Raous avait manqué, parce qu'une des trois 
colonnes s'étant égarée pendant la nuit, n'était pas arri- 
vée à temps. 

Puis, dissimulant toujours la vérité, pour qu'on ne le 
perdit pas, une défaite en ce temps était un arrêt de mort, 
il dit que n'ayant pu forcer le camp du Raous, nous nous 
étions emparés des autres positions; que la perte des enne- 
mis était de deux cents morts, de six cents prisonniers, de 
deux canons et des effets de quatre camps.... Rien du 
désastre de l'Authion. 

La nouvelle en jeta l'alarme dans Nice, et déjà on par- 
lait d'évacuer les hôpitaux et les magasins au delà du 



CONVENTION NATIONALE (1793) 169 

Var. La ville fut mise en état de siège. Kellermann fut 
envoyé immédiatement à Nice, où il arriva le 20 juin. Il 
se rendit à TEscarène auprès de Brunet. 11 fut convenu 
avec lui qu'on se mettrait sur la défensive, qu'on dimi- 
nuerait le nombre des postes pour fortifier les autres. C'est 
ce qui fit évacuer peu à peu Belvédère pour renforcer le 
Seirol. 

Le comte de la Roque, avec le régiment de Nice, qui 
campait au Capelet, s'en étant aperçu, se dirigea sur la 
cime des Terres-Rouges, et là pointant sa lunette, il 
remarqua que nous avions gardé les redoutes de Saint- 
Jean et de Trois-Croix avec des batteries à feux couverts. 
Il dirigea trente hommes faire une reconnaissance de ce 
côté. Les nôtres leur envoyèrent des boulets et des balles. 
Aussitôt le comte de Canal, sur l'ordre de la Roque, arri- 
va, à travers les châtaigniers qui couvrent les rives de la 
Gordolasque; il amena une soixantaine de bons tirail- 
leurs. Le comte de la Roque l'y suivit de près, et l'affaire 
fut chaude. La nuit seule sépara les combattants. Les 
Sardes en se retirant eurent de blessés la Roque lui-même, 
Masséna et le chevalier de Mollière. C'est cette nuit-là 
que nous évacuâmes Belvédère. La Roque fut néanmoins 
décoré pour ce fait d'armes, quoique l'avantage nous 
restât. 

La Convention avait applaudi, lorsque le constitution- 
nel Savoumin disait en pleine tribune : « J'annonce à la 
Convention que Brunet a mérité l'estime et la confiance de 
ses citoyens ; et encore le 20 juin, lorsque Brunet annon- 
çait les succès obtenus par Serrurier le 3 juin à Millefour- 
ches. Aujourd'hui c'en est tait de Brunet. > 

XIV. — FÉDÉRALISME. 

Nos deux défaites du Raous et de l'Auihio) avaient con- 
sterne et non découragé les populations de la rive droite 



170 CHAPITRE HI 

du Var. Les représentants du peuple près Tannée dltalie 
déploient une ardeur et une énergie admirables, ils 
ordonnent de tenir les forces de la garde nationale prêtes 
à marcher sur l'ennemi au premier ordre. < La ville de 
Nice, disaient-ils, n'ayant pas encore cette assiette staible 
qui en garantit la durée, les gardes nationales des dis- 
tricts de Draguignan, de Grasse et de Saint-Paul iront 
garder cette ville de quinze jours en quinze jours, et 
sans retard (16 juin). > Draguignan fournit trois compa- 
gnies, Grasse deux et Saint-Paul une. La garde nationale 
d'Antibes n'est pas comprise dans ce contingent, parce 
qu'elle doit veiller à ses remparts. Le citoyen Guide en 
a le commandement. Le maire engage les citoyens à 
redoubler de zèle, et à ne pas démentir dans les circons- 
tances présentes ce civisme et cette bravoure qui les ont 
toujours distingués. Le 17 juin, le district de Grasse di- 
rige sur Antibes cinq cent-vingt hommes avec armes et 
bagages : < Qu'on choisisse de préférence les anciens 
canonniers gardes-côtes. > Le citoyen Girard-Cadet, pre- 
mier syndic du district de Grasse, demande, vu le péril 
présent, à ce qu'on éloigne de la ville les prisonniers de 
guerre. En même temps arrive une circulaire du citoyen 
ministre de la guerre, Bouchette. On venait d'arrêter à 
Paris les Girondins (2 juin) et plus de 1,200 prévenus avec 
eux. < Les ennemis de la patrie, dit-il, s'empresseront de 
vous peindre les événements qui ont eu lieu à Paris, ces 
jours derniers, sous des couleurs défavorables, pour vous 
animer contre vos frères parisiens qui ont si bien mérité 
de la France, en soutenant la Révolution. Gardez- vous 
bien de tomber dans ce piège. Ces ennemis veulent la 
guerre civile. Soyez unis de cœur aux Parisiens et réser- 
vez votre haine pour les despotes et leurs satellites qui 
sont en face de vous (Paris, 3 juin). > 

La Montagne reprochait aux Girondins d'avoir ourdi 
une conspiration générale, connue sous le nom de fédéra- 



CONVENTION NATIONALE (1793) 171 

lisme. Chaque département devait s'ériger en autant 
d'États indépendants mais confédérés, à l'image des États- 
Unis. Ils avaient réussi à se faire des partisans dans 
toute la France. Aussi y eut-il des soulèvements dans 
plus de cinquante départements. De plus la Vendée se 
levait en masse au cri de Vive le Roi ! Marat était assas- 
siné le 13 juillet. Dans cette extrémité, la Convention en- 
voie partout des représentants et lance des proclamations. 
Barras et Fréron accouraient en toute hâte dans le Midi 
pour réprimer les mouvements fédéralistes de Marseille, 
d'Aix et de Toulon. Ce ne fut pas pour eux sans danger. 

Nous avons la lettre suivante de Barras et de Fréron 
au général Brunet et aux districts de Grasse et de Saint- 
Paul. Elle est datée de Nice, 18 juillet : 

< Citoyens, nous devons vous prévenir que la repré- 
sentation nationale vient de recevoir un nouvel outrage. 
Nos collègues Beauvais et Baille s'étaient rendus à Toulon 
pour s'occuper des soins à donner à l'armée ; ils ont été 
arrêtés par le comité central des sections de Toulon^ qui 
vient d'être établi à l'instar de celui de Marseille. Quelle 
est donc cette autorité illégale et partielle qui s'élève au- 
dessus de la volonté suprême de vingt-cinq millions d'hom- 
mes. Et c'est le lendemain du jour où vivement pénétrés 
du dévouement de l'armée d'Italie, uniquement guidés 
par des sentiments de justice et d'humanité, et que pré- 
venus du renchérissement des denrées nous avons aug- 
menté de deux sols la solde des soldats ; c'est le lendemain 
de cet arrêté qui en présageait d'autres non moins avan- 
tageux, que des représentants du peuple sont privés de 
la liberté nécessaire à leurs opérations. Si la nôtre ne nous 
a pas été ravie, c'est à notre énergie et à la conduite ferme 
et prudente du général Lapoype que nous le devons.... 
€ Nous étions partis, le dimanche 13, pour aller rejoindre 
à Toulon les représentants du peuple, et sur la nouvelle 
authentique de leur arrestation que nous avions reçue à 



172 CHAPITRE HI 

Pignans, nous rétrogradions escortés de huit dragons, en 
requérant le général Lapoype de protéger notre retraite 
et de nous garantir de toute insulte. Nous montâmes à 
cheval et à peine eûmes-nous fait quelques pas hors de 
Pignans, que le commissaire se mit à notre poursuite, 
accompagné des officiers municipaux, et de la population 
qui poussait des clameurs et des menaces . Quatre dra- 
gons formaient notre arrière-garde. Nos voitures qui 
suivaient furent saisies, afin de nous forcer de revenir sur 
nos pas. Comme on continuait de nous poursuivre, nous 
nous arrêtâmes pourtant , nous leur dîmes qui nous 
étions ; ils firent mine de napas nous croire, ni de con- 
naître le général, quoique, la veille au soir, ils eussent 
fourni Tétape sur notre réquisition. Voyant que le parti 
de nous arrêter était pris, que la foule grossissait à vue 
d'œil, que le tocsin sonnait dans la ville, nous leur signi- 
fiâmes avec résolution de ne pas vouloir obtempérer à 
leurs prétendus ordres, ni de céder à leurs menaces. 
Comme deux d'entre eux se disposaient à saisir la bride 
de nos chevaux, nous mîmes le sabre à la main, et nous 
partîmes au grand galop, sans qu'il soit résulté aucun 
accident de cette démarche commandée par les circon- 
stances. Nous avons été tout d'une traite à Saint-Tropez, 
et mettant à profit cette occasion pour visiter les côtes 
dont le commandement est confié au général Lapoype, 
nous avons pris note des besoins urgents. Nous avons dé- 
barqué aux Iles Sainte-Marguerite, où une pareille solli- 
citude à rempli nos moments. Cette nuit, nous sommes 
arrivés à Nice dans un bateau pêcheur. A peine arrivés, 
nous avons, d'après vos ordres, réuni toutes les coutu- 
rières, tous les tailleurs pour fournir sur le champ des 
vestes et des pantalons pour l'armée. Nous avons donné 
les mêmes ordres à Grasse, à Antibes et à toutes les villes 
voisines. Nous vous ferons connaître que nos papiers et 
nos efiets ont été arrêtés avec nos voitures à Pignans et 



CONVENTION NATIONALE (1793) 173 

au Luc, et qu'on a emprisonné nos secrétaires Victor 
Girard et César Roubaud. Nous vous prions de faire déli- 
vrer des passeports pour la citoyenne Lapoype et sa fllle 
qui avaient quitté Nice en conformité du décret qui 
éloigne les femmes de leurs maris sous les armes. Elles 
peuvent être arrêtées à Pignans avec leur femme de 
chambre. Elles demandent à se rendre à Paris. Nous ne 
tarderons pas à aller rejoindre votre quartier général 
pour prendre toutes les mesures relativement au bien de 
Tarmée, et nous userons de tous les moyens qui sont à 
notre disposition, au milieu des entraves de toute espèce 
qu'on nous oppose, des calomnies les plus atroces dont on 
empoisonne nos actes les plus civiques, de l'espèce de 
révolte et d'anarchie qui se manifeste contre les décrets 
de la Convention, au moment même qu'elle répond à tous 
ses détracteurs par une Constitution populaire à laquelle 
tous les républicains se . rattachent comme à une ancre 
jetée au milieu de la tempête.Quoi qu'il en soit la postérité 
reconnaissante rendra justice à nos travaux ; nous avons 
vécu pour donner une Constitution à la France et fonder 
la République et nous saurons à l'exemple de nos frères 
d'armes mourir s'il le faut, en combattant le fédéralisme 
et l'anarchie pour soutenir contre eux l'unité et l'indivisi- 
bilité de notre gouvernement. > 

La Constitution de 1793, qu'on appelait Tacte addition- 
nel, posait en principe la souveraineté du peuple, l'unité 
et rindivisibilité de la République Française. Barras et 
Fréron, dans leur proclamation du 26 juillet, diront : < La 
Constitution, voilà le rocher contre lequel viendront se 
briser les efforts et la rage impuissante des anarchistes, 
des royalistes et des fédéralistes. Que le peuple s'empresse 
d'adopter ce bienfait, les discordes civiles seront étouffées, 
les complots des traîtres confondus, les despotes recon- 
naîtront la République et nous demanderont la paix à 
genoux ; et avec la paix renaîtront l'abondance, le com- 



174 CHAPITRE m 

merce et les arts, fruits d'un gouvernement libre et popu- 
laire, et notre bonheur sera envié par tous les peuples de 
rUnivers. > 

On envoyait en même temps aux districts les droits de 
l'homme et l'acte additionnel pour être distribués à toutes 
les communes. Le maire d'Antibes en fit la proclamation 
solennelle le 28 juillet dans toute la ville, au bruit des 
tambours et de l'artillerie. Lie général Barquier, qui venait 
d'être nommé commandant temporaire de sa patrie, y 
assistait avec l'état-major. 

Grasse j siège de V administration provisoire du Var 
et insurrection de Toulon. — Le 29 juillet, Grasse, Saint- 
Paul, Antibes et Nice reçurent la nouvelle officielle 
qu'une faction ennemie de l'unité et de l'indivisibilité de 
la République avait usurpé tous les pouvoirs dans la ville 
de Toulon, qu'un prétendu comité central, réprouvé par 
la loi, y entravait toutes les délibérations départementales, 
que les membres de l'administration départementale 
avaient l'ordre d'être rendus à Grasse dans trois jours,que 
ceux qui refuseraient seraient déclarés traîtres à la patrie 
et responsables de tout ce qui pourrait survenir. < Il sera 
procédé à Grasse par les représentants du peuple à la 
formation et à l'installation dans la ville de Grasse d'une 
administration provisoire du département du Var. 

On avait choisi Grasse pour mieux surveiller Nice et 
la mer. Draguignan et Brignoles étaient trop éloignés du 
littoral . Cette surexcitation des partis donna à la fête du 
10 août un élan particulier. 

Antibes avait un état-major important et une véri- 
table petite armée. Le maréchal de camp Barquier, le 
citoyen Laugé, commandant de place, le lieutenant-colo- 
nel Macquart, génie, artillerie, garde nationale, ?• batail- 
lon des Bouches-du-Rhône, 2® compagnie de la garde 
nationale de Grasse, gardes nationaux du district, com- 
pagnies italiennes et tous les corps administratifs. On 



CONVENTION NATIONALE (1793) 175 

célébra la messe sur Tautel de la Patrie, à la Place-Neuve. 
Le procureur de la commune et le maire haranguèrent 
la foule. L'un expliqua les mots : égalité, liberté, fra- 
ternité. Il parla du respect de la propriété et de la sûreté 
des citoyens. Le maire appuya sur l'obéissance aux lois, 
sur le respect des propriétés et des personnes, sur les 
suites du vice, le paiement des impôts, la défense de la 
patrie. On lut les Droits de Vhomme ; et les trentensix 
pièces d'artillerie retentirent pendant qu'on prêtait le 
serment et qu'on défilait la parade. 

XV. — ARRESTATION DE BRUNET. 

Barras et Fréron, les terroristes du Midi, déchaînés 
contre les fédéralistes et contre les royalistes, commen- 
cèrent à opérer des arrestations en masse. Des seules 
communes de Sospel, de Belvédère, de Saint-Martin- 
Lantosque, de Roquebillère et de Lantosque, vingt- 
sept notables avaient été conduits le 24 août au fort 
d'Antibes. Dans ces circonstances le général Brunet, 
général en chef de l'armée d'Italie, reçut l'ordre de 
Barras et de Fréron de donner cinq bataillons qui de- 
vaient renforcer l'armée dirigée contre Aix, Marseille 
et Toulon. Brunet répondit qu'il n'obéissait qu'à la 
Convention, que d'ailleurs il avait besoin de toutes ses 
troupes. Il enjoignit à ses soldats de n'obéir qu'à lui 
seul . Les représentants du peuple chargèrent aussitôt le 
général Lapoype de se rendre à l'Escarène, pour arrêter 
Brunet. C'était la nuit même qui suivit la fête du 10 août. 
Le notaire Amellino de l'Escarène dressa le procès-verbal 
de ses effets et papiers. Brunet, amené à Nice, partit pour 
Paris et fut enfermé à l'Abbaye. Une proclamation de 
Barras lancée dans les départements des Alpes-Maritimes 
et du Var représentait le général comme un traître. < Il 
s'est entendu avec les ennemis de la République et avec 






178 CHAPITRE III 

les Anglais pour la perdre, il a refusé des troup] 
nées à arracher le Midi aux ennemis de la Pafcl 
déprécié les assignats, méprisé les ordres du goi? 
ment, il a sacrifié notre armée au Raous et à l'Ai 
par ses fausses manœuvres, il a trompé la Conventio 
ses rapports mensongers. » Le commissaire d'Espin 
fut arrêté et emprisonné avec lui. 

Le 1 1 septembre, on lira à la Convention l'acte d'act 
sation rédigé par Barras, Fréron, Gasparin et Saliceti 
«Sa tête, criera Alberti, doit tomber sous le glaive de l 
loi. C'est ce général perfide dont la trahison nous a fait 
perdre le département du Mont-Blanc, et ijui a fait égor^ 
ger nos soldats sur des rochers inexpugnables. S'il était J 
possible à un bon patriote d'être avide de sang huinaiu. ce I 
seraitdeceluideBrunet quejevoudrais me rassasier. Je ' 
demande que ce monstre soit sans délai exécuté. » C'est 
ainsi que procédait la Convention en ces terribles jours. 

Le général Ortoman aura le même sort que Brunet. Le 
9 novembre, transféré à la Conciergerie avec Bailly et 
Bouchard. Brunet fut condamné le 16 et exécuté le 17 
sur la place de la République. Ortoman le suivra quelques 
jours après. 

Carteaux, général en chef de l'armée du midi, avait 
soumis Marseille et y était entré sans verser une seule 
goutte lie sang. Le marquis de Tourrette, qui s'était mis 
à la tète des Fédéralistes, craignant la guillotine de la 
Convention, se jeta avec son armée dans Toulon et ouvrit 
le port à la flotte anglaise de l'amiral Hood. L'escadre 
espagnole commandée par Juan de Langara l'y rejoignit. 
Trigulfe amena dix-sept vaisseaux, onze frégates et ud 
détachement de l'armée austro-sarde de 2,500 hommes. 
Il y avait entre autres les chasseurs du comte de Saint- 
Étienne et du comte de Revel, les grenadiers de Forcax. 
L'armée d'occupation de Toulon compta bientùl 31,500 
hommes, dont 22,000 étrangers. La Seyne devint pour le 



CONVENTION NATIONALE (1793) 177 

moment le petit Gibraltar des Anglais. Les commissaires 
de la république firent redoubler de surveillance, à Nice 
surtout qu'on croyait d'intelligence avec l'ennemi. Le 
général Lestenduare, commandant d'Entre vaux, fut en- 
fermé comme suspect ; le procureur Giraudi, saisi traîtreu- 
sement à Menton, fut ramené à Nice et fusillé à l'embou- 
chure du Paillon. Les prisons regorgèrent de suspects. 
Robespierre, qui régnait en souverain, envoya à Nice son 
frère et son ami Ricord pour commissaires du gouverne- 
ment. Dugommier reçut le commandement en chef de 
Tannée des Alpes-Maritimes. 

L'administration départementale fonctionnait à Grasse 
depuis le 17 août que Barras et Fréron l'y avait installée. 
C'étaient les citoyens Màne de Vence, Gaspard Layet de 
Saint-Paul, J.-H. Alziary de Saint-Paul, Maurel de Ga- 
gnes, Blancard de Barjol, Achard de Saint-Paul, J.-F. 
Raybaud de Fréjus, P. Liautard de Saint-Maximin, J.-B. 
Coulom de BrignoUes, Cruvès de Fréjus, Bernard d'An- 
tibes. Leur premier acte fut de former une légion de vrais 
sa^is-culotte . On se préoccupait vivement de la question 
des subsistances. Le ministre de l'intérieur, par une lettre 
d'avis du 29 juillet, avait annoncé à la ville d'Antibes 
3,000 charges de blé, qu'elle pouvait envoyer chercher à 
Toulon. Cependant l'escadre anglo-espagnole menaçait 
les côtes. Le Conseil délibérait et déclarait que, craignant 
le blocus, il avait besoin d'approvisionnements plus con- 
sidérables : on convint donc d'aller prendre 7,000 charges 
de blé à Toulon, et on partit. 

Ce qu'ayant su, l'administration centrale de Grasse s'en 
alarma. Elle crut même qu'Antibes voulait ouvrir ses 
murs aux Anglais, comme Toulon, et elle lui écrivit en 
ces termes, le 30 août : < Citoyens, la place d'Antibes n'est 
pas à vous, mais à la République. Vous ne serez pas moins 
ardents que nous à la conserver et à en défendre l'entrée 
aux ennemis de la liberté. C'est en se croyant maîtres des 

12 



178 CHAPITRE UI 

forts de Toulon que ces misérables viennent d'attirer sur 
eux le glaive d'une nation qui a juré d'exterminer tous 
les traîtres. Et bientôt Toulon ne sera plus. > Le même jour, 
le corsaire de la République , le Furet , remorquait à 
Antibes un bateau Génois qu'avait capturé, en vue d'An- 
tibes, le corsaire la Constitution. Les passagers étaient 
conduits à Grasse. Antibes répondait victorieusement par 
cet acte à ses calomniateurs. Cependant elle souffrait de la 
disette. Le blé attendu du gouvernement n'arrivait pas. 
Les Toulonnais, qui l'avaient gardé, avaient répondu aux 
Antibois que < ceux qui avaient adopté les principes de 
Fréron et de Barras fissent leur déclaration à Grasse au pré- 
tendu département qu'ils y avaient établi. > Ce que voyant, 
les officiers municipaux avertirent le ministre de l'inté- 
rieur et le comité de salut public, en demandant en même 
temps, à cause du danger présent, 100,000 fr. pour l'ap- 
provisionnement de blé à la rivière de Gênes, puisqu'on 
ne pouvait plus en tirer de Toulon. Sur ces entrefaites, le 
maire est informé que des navires de vin, de blé, venant de 
Gênes stationnent au golfe Jouan,en destination pour Tou- 
lon. Aussitôt des embarcations sont dirigées d' Antibes vers 
le golfe Jouan, et on remorque forcément les navires au 
port d'Antibes, où on les décharge. Ce* qui étant connu à 
l'administration centrale de Grasse, l'ordre arriva de sus- 
pendre le déchargement, mais le conseil municipal d'An- 
tibes répondit, qu'en vue du blocus, on avait pris les 
3,000 charges de blé et on les gardait ; que Toulon, par 
ordre du gouvernement, devait leur livrer cette quantité, et 
qu'il avait refusé de la leur donner. On ne pouvait déployer 
une plus grande énergie ; mais par arrêté de Robespierre, 
et de Ricord, les officiers municipaux Lamare, Vidal et 
Baliste n'en furent pas moins incarcérés, et ce fut le 
général Joseph Barquier qui dut exécuter cet ordre. Le 
10 septembre, un nouvel ordre arrive à Antibes de courir 
sus à tous les navires napolitains. On nomme en même 



CONVENTION NATIONALE (1793) 179 

temps le citoyen Cauchois, de Toulon, commissaire des 
guerres près Tarmée d'Italie. Dugommier envoie le sieur 
Sanglier commandant de place à Grasse, le 12 septembre. 
L'adjudant-major du Moulin le remplaça au fort Carré, 
sous les ordres du général Barquier. Tous les yeux étaient 
tournés vers Toulon. 

Carteaux n'avait à sa disposition que 3,314 hommes. 
Son avant-garde , commandée par Roquevaire , sous les 
ordres de Mourret, ne put tenir tête à Tennemi. Le 7 
septembre pourtant, Carteaux le culbuta aux gorges 
d'Ollioules et campa devant Toulon avec Dommartin, 
Victor, Laborde , Junot , Cervoni , Almeyras. On lui 
envoya des renforts, dont 4,000 hommes tirés de Tarmée 
des Alpes-Maritimes. 

XVI. — ARMÉE DES ALPES-MARITIMES. 

Jacques-Coquille Dugommier, riche planteur de la 
Guadeloupe, était venu demander des secours à la France 
en 1792, et n'en recevant que des réponses évasives, il 
offrit son épée à la Convention et reçut son brevet de géné- 
ral pour Tarmée d'Italie, où il remplaça Brunet. Arrivé à 
Nice, il était dans un état si voisin de la misère qu'il y 
vendit son argenterie pour parer aux premiers besoins. 
Son armée, quoiqu'on en eût détaché les 4.000 hommes 
envoyés à Toulon, formait encore un effectif de 12,000 
hommes, échelonnés de pays en pays, de Nice au col de 
l'Argentière. Là il se rattachait aux généraux Kellermann 
et Daumas, chefs de l'armée des Grandes-Alpes. Il établit 
son quartier à Utelle avec l'aile gauche, laissant l'aile 
droite à Dumerbion. Du côté de Sospel, nous avions for- 
tifié les postes du Brouïs, Crivel, Coucoule en vue de 
Breil, le Béolet, l'Agnon, Déa, Maurigon, Ventabren et 
Tuech. 

Le Tuech, qui tenait en respect l'^memi, placé à Mille- 



180 CHAPITRE IH 

fourches et à TAuthion, était garni d'un double retran- 
chement de fossés, hérissé de palissades, flanqué de ter- 
rassements gazonnés et munis de deux bonnes pièces 
d'artillerie de 16 et de 18; il s'appuyait sur notre autre 
redoute de Mantëgas, non moins bien défendue. Dans 
l'espace intermédiaire se trouvait notre camp de l'Argenta. 
A l'est, nous avions aussi construit une redoute à Saint- 
Sauveur. Le Flaout, qui s'élève entre la Gordolasque et le 
Riou de la BoUène, poste aussi retranché, s'appuyait sur 
la redoute de Saint-Sauveur, perchée sur un double rocher 
à pic. Du côté de Lantosque étaient notre poste de la 
Cerisièreet la redoute de la Téte-des-Pins, se comman- 
dant l'un à l'autre. 

Les Austro-Piémontais étendaient leurs lignes en face 
des nôtres, depuis le camp de la Giandola jusqu'à l'Ar- 
gentière, où se tenait Strasoldo. Le vieux roi chevale- 
resque, Victor- Amédée, voulant mettre à profit l'occupa- 
tion de Toulon, résolut de nous chasser du comté de Nice, 
d'envahir la Provence et d'aller débloquer Toulon. Pour 
obtenir ce résultat, il confia son armée au feld-maréchal 
de Wins. De Wins, originaire de la Lorraine, avait vu le 
jour en Croatie. Il s'était distingué sous Laudhen dans la 
guerre de Prusse. Brave général, mais entêté et ne rece- 
vant aucun conseil, il prit le commandement de l'armée, 
80US la condition expresse de ne recevoir aucun contrôle 
et de choisir lui-même ses officiers, ce qui porta ombrage 
à Saint-André, en divisant le commandement. Pour tout 
concilier, le roi se rendit en personne à l'armée, avec son 
fils, le duc d'Aoste. Le 20 août, en quittant Turin : < A 
Nice ou à Superga, dit-il aux gens de sa cour. Nous ferons 
une procession à Nice, le 8 septembre, et nous rapporte- 
rons à Turin les lauriers mêlés aux oliviers qui croissent 
dans ce pays. » Le 21 août, il traversait le col de Tende, 
et le 22, il était reçu au camp de la Giandola, au milieu de 
l'allégresse générale. U logea dans une petite maison. 



CONVENTION NATIONALE (1793) f81 

transformée aujourd'hui en auberge. C'est là qu'il tînt 
son conseil de guerre, où fut résolue une attaque générale 
pour le 7 septembre. < Nous les chasserons du comté de 
Nice, répéta-t-il plusieurs fois, et nous irons à Toulon. » 
Cîolli fut chargé du centre, le duc d'Aoste ira de Saint-Sau- 
veur sur Gilette et sur Utelle, Saint- André sur Belvédère 
et sur la vallée de Lantosque. De Wins, sous les ordres du 
roi, gardait le commandement en chef^ et il se chargeait 
de nous débusquer du Mantégas et du Tuech. Le roi visita 
en passant le camp du Raous. C'était le 6 septembre. Sou- 
dain un orage éclate. On le presse de s'abriter dans une bas- 
tide, il veut rester sous la tente. < Chaque grêlon qui tombe 
sur vous, lui dit le chevalier d'Auvare, me frappe les 
épaules. — Ettoi, qui eslà depuis bien plus de temps, reprit 
le roi, tu as souflFert encore plus que moi? — » On dut re- 
mettre l'attaque au 8 septembre ; le contre-ordre arrivera 
trop tard à Breil, ce qui compromettra toute l'afifaire. 
Victor- Amédée se tint sur les Terres-Rouges (territoire 
de Belvédère) pour assister à l'attaque générale. Il paraît 
que de Wins, de son côté, avait oublié de donner l'ordre 
au duc d'Aoste de se joindre à lui pour attaquer Utelle, 
comme il avait été convenu ultérieurement. 

Les Austro-Sardes lancèrent en pure perte 800 boulets 
sur le Tuech. Ils traînèrent quatre pièces d'artillerie de 
Belvédère au Flaout, tandis que Canal traversa la Gardo- 
lasque pour gravir les sommets de la droite de ce cours 
d'eau. Radicati suivit le chemin de Lantosque. Nous 
dûmes, devant des forces supérieures, battre en retraite 
jusqu'à la Bollène et à Gaudissart, et laisser le drapeau 
d'Aquietdu régiment de Nice flotter sur le Flaout. Nous 
ne pûmes pourtant être débusqués de Saint- Sauveur. 

Nous avions concentré toutes nos forces à Tête-de-Pins 
en abandonnant à la seconde colonne des Austro-Sardes 
le poste de la Cerisière. L'ennemi, repoussé victorieuse- 
ment, y perdit Lostègue, Dagan, Castellemar et un grand 
nombre d'hommes. 



182 CHAPITRE m 

De Wins ayant gravi les Manouines d'Utelleavec la troi- 
sième colonne, nous allâmes, avertis à temps, nous retran- 
cher à la Madone d'Utelle, et aidés du poste de la Trache, 
nous mimes Tennemi en pleine déroute. 

Seulement pendant la nuit nous quittions Tête- de-Pins 
pour renforcer le camp de Pierre-Cave et pour placer un 
avant-garde à Saint-Arnaud-de-Loude. Le bataillon de 
Verceil, les émigrés de Bonneau et un bataillon du régi- 
ment de Nice mirent un entrain merveilleux pour marcher 
sur nos postes des environs de Breil. Malheureusement 
ils partirent trop tôt, se trouvèrent isolés et furent 
complètement battus. Là périrent Dani, Venanson, Flour 
et le capitaine Renardi. Nos postes de Mangiabo et du 
Moulinet tombèrent sur le bataillon de Saluées, conmotandé 
par Viterbe, et sur les grenadiers de Quincenet. Viterbe fut 
blessé. Les sieurs Ribotti, Mille et Saint-Antonln fuient 
tués dans la mêlée. 

Victor-Amédée était désolé. Pourtant de Wins essaya 
de consoler le roi, en lui disant qu'on y avait gagné la 
vallée de la Vésubie ; il semblait rejeter l'échec du Brouïs 
sur Saint-André, ce qui était une calomnie. Victor-Amédée 
s'en retourna à Turin, laissant son fils sous les ordres de 
de Wins ; il permit de renouveler une attaque générale 
et d'aller prendre 8,000 hommes à Strasoldo. 

Le 20 septembre, de Wins revenait du col de TArgen- 
tière. Il visita d'abord la vallée de la Vésubie; le 24, il 
était à Valdeblore ; il fit monter huit pièces de canon à 
dos de mulet à Isola, envoya de Saint-Sauveur un fort 
détachement vers Puget-Théniers. A Clans, il manda du 
camp de Seirol le duc d'Aoste, et lui confia le dessein 
qu'il avait de forcer avec lui la ligne du Var, de menacer 
Nice et Grasse, en suivant les deux rives du fleuve, ce qui 
déciderait les troupes françaises à descendre du Brouïs et 
des autres postes du comté de Nice, pour défendre les 
points menacés. Les deux colonnes des Austro-Sardes qui 



CONVENTION NATIONALE (1793) 183 

devaient côtoyer le Var se réuniraient à Saint-Laurent. 
Saint-André marcherait sur Utelle pour profiter de la 
retraite française. Mais de Wins avait d'abord à nous 
débusquer des postes du Var, où, quoiqu'il tînt tout dans 
le plus grand secret, nous faisions bonne garde. Il com- 
mença de son quartier général de Clans, à assurer son flanc 
gauche par une garnison qu'il plaça à la Tour, et sur sa 
droite il envoya le régiment de Courtin, du côté d'En- 
trevaux. (îolli, qui commandait l'aile droite, dirigea ses 
troupes vers Ascros, tandis que lui-même , à la tête 
du bataillon de Mondovi, se posta à Toudon, qui était 
de ce côté la clef de la vallée du Var. Là il forma un 
cordon de troupes qui occupait Bonson, Revest, Tour- 
rette, et se ralliait à Toudon, et de Toudon allait vers 
Cigale et Cuébris, pour se rattacher à Ascros et à Puget- 
Théniers. 

Les centres principaux de munitions de guerre furent 
Clans et Malaussène. On allait lentement, à 'cause du 
mauvais état des chemins, mais l'objectif de de Wins était 
Gilette. 

XVII. — GILETTE ET LES DIVERSES ATTAQUES OU COMBATS 
da 26 juillet, du 3 octobre et du i9 octobre 1792. 

Si VOUS remontez le Var, vous rencontrez au confluent 
du Var et de l'Estéron un des plus beaux spectacles que 
puisse offrir la nature. Le fleuve, fort des cent cours d'eaux 
dont il s'est accru, et surtout de la Tinée et de la Vésubie, 
s'élargit tout à coup au confluent de l'Estéron, pour des- 
cendre vers la mer. A ce delta, qui forme comme le point 
de jonction des vallées et des chemins du Var des deux 
rives, les villages se multiplient; c'est sur la gauche : Saint- 
Martin, la Roquette; sur la droite : le Broc, les Ferres, 
Dosfraires, Gilette, Bonson. Mais entre tous, Gilette, percé 
sur la rive droite du Var, et au-dessus de l'Estéron, rive 



184 CHAPITRE IH 

gauche, présente Taspect d'une citadelle et commande à 
cette région. Le village est entouré du vallon Longuia, qui 
aboutit à l'Estéron. Au-dessus, vers la droite, sur le pic de 
TAiguille, est un chàteau-fort que construisit au xii« siècle 
Alphonse d'Aragon. 

Gilette avait déjà son histoire militaire avant 1793, De- 
puis le 26 juillet 1793 nous avions pris position. Le major 
Testons, voulant se distinguer par un fait d'armes, nous 
surprit de nuit, vers le milieu de septembre,et nous débus- 
qua. Quelques jours après, 400 soldats du régiment corse 
revinrent à la charge et nous reconquirent Gilette, jurant 
bien qu'ils n'en seraient chassés qu'avec la vie. Ils tinrent 
parole. 

Le sieur Belmond, brave chef des milices du comté de 
Nice, venait de recevoir du roi son brevet de lieutenant- 
colonel. Brûlant de se signaler tout aussitôt, il obtint la 
permission de s'emparer de Gilette, tant il se croyait sûr 
de son coup. Il conduisit de nuit très-secrètement ses mili- 
ciens, une compagnie du régiment de Courtin et un déta- 
chement de Croates. Il alla par Cuébris, et suivant la 
gaucho do l'Estéron, il entra sans coup férir dans le village 
et où il fit quelques-uns des nôtres prisonniers. Un officier 
du régiment de Courtin, nommé Taurin, entré le premier 
dans Gilette, y rencontra l'officier français du poste qui 
portait des cartouches dans un mouchoir. < Vous ou moi, 
s'écria l'offîcier français, nous sommes prisonniers l'un 
de l'autre. > Taurin étant seul demanda merci. Mais quel- 
ques minutes après arrivent les Croates, qui menacent 
déjà de sabrer l'officier français, quand Taurin, les repous- 
sant, acquitte la dette de la reconnaissance. Les Croates 
se mettent à piller; les miliciens accourent du val Longuia 
pour avoir leur part. Belmond leur crie que la place 
n'était pas prise, qu'il restait le château de l'Aiguille. Il 
n'est obéi que d'un petit nombre, et il somme les 400 Corses 
de faire leur soumission. On engage la fusillade. Les gardes 



CONVENTION NATIONALE (1793) 185 

nationaux du Broc et des Ferres l'entendant, accourent, et 
une partie d'entre eux trouvant libre le val Longuia, esca- 
ladent Gilette de ce côté, ce que voyant, les 400 Corses 
font une brusque sortie, culbutent soldats et Croates, bles- 
sent Belmond et le font prisonnier. On le porta au Broc 
et de là à Vence, où il mourut au bout de deux mois. Le 
comte de Cimiés reçut aussi une blessure très grave. 
La Convention nationale porta à Tordre du jour les 
400 Corses de Gilette (3 octobre). De Wins, à cette nou- 
velle, quitta Clans pour établir ses quartiers à Revest- 
Tourrette. 

Les mouvements de l'armée piémon taise ne nous trou- 
vaient pas en arrière, quoique nous fussions en moindre 
nombre. Nous apprenions par nos éclaireurs et même par 
des déserteurs autrichiens le plan de de Wins. Le 22 
septembre, des soldats ennemis arrivés à Grasse quit- 
taient, disaient-ils, le drapeau de l'esclavage pour s'en- 
gager sous celui de la liberté. 

Le 27 septembre, l'administration départementale, 
d'après les ordres de Robespierre jeune, envoya trois 
cents citoyens volontaires du district vers Coursegoules 
pour se porter aux Conségudes et repousser les brigands 
pièmoiUais. Deux compagnies tenaient garnison à Anti- 
bes, le 30. La gendarmerie faisait la chasse aux suspects et 
aux émigrés. Le 7 octobre, le bruit court que l'ennemi est 
au Mas; le 10, que Coursegoules est menacé. Gardanes 
avait le commandement de Draguignan. Serrurier était à 
Entraunes (15 octobre). 

Robespierre écrit aux Antibois : < La Patrie est en 
danger. Tous les jeunes gens se sont portés à la défense 
de la Patrie ; mais il manque d'armes pour exterminer 
les suspects des tyrans et de la liberté; afin de garantir nos 
défenseurs contre les rigueurs de la saison, donnez toute 
espèce d'armes et de vêtements. Mettez en dépôt tout ce 
qu'on a de plomb pour le transporter à l'arsenal de Nice. » 



186 CHAPmtE m 

On ouvre des ateliers pour la confection des habille- 
ments. Ântibes ne peut suffire à tant de demandes. CTest 
pour n'avoir pas montré, dit-on, assez de zèle patriotique 
qu'on a arrêté les officiers municipaux^ Elle offre 6,000 
fr. et demande en même temps la délivrance des prison- 
niers. Ce que Robespierre le jeune accorda. 

Le maire Emond d'Esclevius meurt dans ces circons- 
tances difficiles, 17 octobre, laissant deux fils, Charles- 
Félix et Prosper. Léonore Bemardy refusera les fonctions 
de maire. 

Le feld-maréchal de Wins avait tout préparé pour la 
nuit du 16 octobre. Un émigré de Grasse, Vincent Lambert, 
qui se trouvait à Cigale en ce moment, envoya à de Wîns 
un long mémoire dans lequel il lui conseillait d'arriver à 
Grasse en longeant le Cheiron dans le plus grand secret; 
qu'il trouverait dans cette ville le trésor de Tannée et les 
munitions de guerre ; qu'il prendrait comme otages 
soixante des principaux citoyens et l'administration dépar- 
tementale contre la remise des officiers prisonniers, qu'il 
y délivrerait le comte Lascaris et autres détenus; que cette 
invasion subite jetterait l'effroi dans le comté de Nice, et 
fournirait à Colli le moyen facile de tout reconquérir, 
tandis que l'armée austro-sarde, s'avancant sur Toulon, 
délivrerait, en passant à Draguignan, le baron Carava- 
dossy et le chevalier de Maccarani. Lui-même s'offrait de 
diriger Tavant-garde jusqu'à Grasse par les sentiers 
connus de lui. Ce projet ne faisait que compléter le plan 
du feld-maréchal et l'agrandir. 11 fut accepté. 

De Wins avait écrit à Saint-André de ne pas bouger de 
Belvédère avnnt la nuit du 17 au 18 octobre au lieu du 15, 
et de marcher alors sur Utelle pour couper le chemin du 
Var à la garnison française. Ce contre-ordre ne lui arriva 
que le 18 au soir, quand il avait déjà envoyé au camp de 
Seirol les comtes de La Roque et de Malaussène prendre 
des renforts que lui donnait le duc d'Aoste. Il n'y avait 



CONVENTION NATIONALE (1793) 187 

plus moyen d'exécuter Tordre du feld-maréchal. D'ailleurs 
Saint-André voulait agir sans de Wins et attaquer, en se 
passant de lui, tous les postes occupés par les nôtres dans 
sa circonscription. Il opérait du côté du Ferriou pour 
couper les communications entre nos postes d'Utelle, de 
la Mantéga et de Pierre-Cave : ce qui n'était pas dans le 
plan de Wins. Il n'empêchera pas notre garnison d'Utelle 
de descendre sur le Var. 

Les deux frères Vassali de Sainte-Marguerite se char- 
gèrent d'aller sur Grasse par le Cheiron. Ils partirent 
de Roquestéron, la nuit du lundi 15 octobre, dans le 
plus profond silence. Mais des bergers de Bouyon les 
ayant aperçus accoururent avertir le maire, M. Bérenger. 
Celui-ci envoya un exprès en toute hâte à Vence, son 
chef-lieu de canton. De Vence partit pour Saint-Paul, 
Antibes et Grasse, la nouvelle de cette invasion qui, cette 
fois, était une réalité. Les citoyens Barrière de 3aint- 
Jeannet et Jean- Antoine Alziari, commissaires délégués, 
Chabert de Vence, commandant de la garde nationale 
du canton de Vence, et AIziary de Roquefort, juge de 
Saint-Paul, frère du commissaire et commandant de la 
garde nationale du district de Saint-Paul, reçurent pleins 
pouvoirs pour agir promptement. Partout le tocsin, la 
générale ébranlèrent les populations. Vence, surtout, fut 
d'un élan admirable. < Il ne reste plus au pays, dit le 
citoyen Abbon, officier municipal, que les femmes, les 
vieillards et les enfants qui font cuire le pain et font de la 
charpie. > Le rendez-vous général de toutes les troupes 
était à Bezaudun, et il y avait déjà, le 17 octobre, 4,000 
hommes. < En suite de la circulaire du 19 octobre, les 
gardes nationales de Vence et des environs se sont por- 
tées en armes à Bezaudun pour combattre les satellites 
du despote sarde qui ont pénétré sur les territoires de 
Conségudes et de Bouyon. Elles sont au nombre de 4,000 
hommes. Nous sommes résolus de vivre libres ou de 



188 CHAPITRE m 

mourir. Deux piétons portent les dépêches, Tun au Broc, 
l'autre à Gagnes. Nous apprenons qu'à Saint-Laurent et à 
Garros tous les hommes valides ont fait comme nous. Il 
nous arrive à chaque instant des gardes nationaux que 
nous envoyons au Broc. Le courrier qui passe parCoui'se- 
goules remet les dépêches au citoyen Barrière, commis- 
saire délégué du département. > 

L'administration départementale du Var, siégeant à 
Grasse, écMt à Saint-Paul à Barrière de Saint-Jeannet, 
18 octobre : < Le général citoyen vient de nous apprendre 
que l'ennemi se montre à Garros, au Broc et à Saint- 
Jeannet. Nous nous hâtons de vous en faire part. Nous 
venons de donner des ordres à Vence pour qu'on fasse 
accorder le plus de monde possible pour la défense de 
la République. Les points les plus menacés sont indiqués 
ci-dessous. Giletta est attaqué, et nos postes de Consé- 
gudesont été repoussés; 23,000 cartouches sont déjà psur- 
ties d'Antibes ; j'en envoie 25,000 à Goursegoules, ainsi 
que tous les fusils disponibles. Le général Serrurier garde 
Entrevaux. Concertez- vous avec le citoyen Alziary pour 
que les hommes qui sont sous votre commandement spé- 
cial soient pourvus de tout. Nous comptons sur votre 
vigilance. Ménagez votre santé. > 

Le 16 octobre, de Wins avait dépêché en toute hâte 
aux frères Sainte-Marguerite pour leur dire de rebrousser 
chemin au plus vite par les Gonségudes et par les Ferres. 
Il dirige sur le val Longuia des soldats de Gaprera sous 
les ordres du lieutenant-colonel Hambourg pour protéger 
la retraite ; il met trois cents Groates au passage du Var 
et de l'Estéron, mais voici qu'à Fougassière quinze paysans 
les forcent de mettre bas les armes et de se constituer 
prisonniers. 

M. de Vacca, colonel du régiment de Piémont, occupe 
une butte entre le Var et l'Estéron, et le maréchal en 
personne, de son poste de Revest, s'est avancé sur Oilette, 



CONVENTION NATIONALE (1793) 189 

8ur laquelle, le 18 au matin , quinze pièces d'artillerie 
ouvrent un feu soutenu. Nos quatre cents Corses ne bou- 
gent pas. La canonnade continue jusqu'à onze heures. 

€ On nous annonce, écrivit le citoyen Abbon à Grasse, 
que l'ennemi a disparu du côté de Gilette ; il a fui la terre 
de la liberté ; on va aller le chercher où il est. On ditque le 
Broc est menacé. Chabert est encore au camp deBe- 
zaudun. > 

Lorsqu'on est assuré que les envahisseurs ont rétro- 
gradé, et qu'on entend l'artillerie qui bombarde le châ- 
teau de l'Aiguille, les gardes nationaux vont à marche 
forcée sur le Broc, et s'échelonnant sur les hauteurs qui 
dominent le confluent du Var et de l'Estéron, ils pour- 
chassent les envahisseurs de rocher en rocher. Là, le com- 
mandant Alziary, à la tète de ses quinze cents gardes 
nationaux, remarque qu'il y a parmi eux une sorte d'hé- 
sitation : € Allons, dit-il, que ceux qui ont peur s'en 
retournent chez eux. > Quatre cents déterminés restent 
avec lui, franchissent le gué, et se disposent à gagner les 
rochers qui séparent Gilette du confluent. Il fallait, pour 
y arriver, déloger d'abord un ennemi bien supérieur en 
nombre, retranché sur des crêtes inexpugnables et dans 
des sentiers à peine connus des chevriers. L'audace esca- 
lade le ciel. Alziary crie : En avant, vive la République ! 
Et lui-même donne l'exemple. Vêtu de blanc, il s'aperçoit 
qu'il est le point de mire de l'ennemi, et que les balles 
sifflent à son oreille. Il fait retourner l'habit d'un certain 
nombre des siens pour dépister les Sardes. 

Tous, le fusil en arrêt, couchés derrière les rochers, 
apparaissent soudain sur un pic, sur un autre, et visent 
toujours juste. Puis ils recommencent ce manège de gué- 
rillas, tantôt marchant à plat ventre, tantôt se redressant 
pour en abattre encore. Alziary était un véritable lion, 
ont dit les Saint-Paulois. Mais voici qu'au moment que 
Dugonmiier descendait d'Utelle pour achever la victoire, 



190 CHAPITRE m 

Alziarv tombe frappé an flanc d'une balle <ltii Tétend 
raide-mort. Il n'avait que trente-troiâ ans. Sa nièce, la 
célèbre tragédienne Blanche Sainval (Alziary), chantera 
en beaux vers sa fin héroïque. Faut-il que œ soit la main 
d'un lâche et haineux compatriote qui ait commis cet 
horrible crime ! Et cette rumeur serait l'écho de la vérité. 

De Wms à Gilette, après avoir fait cesser le feu de l'artil- 
lerie, commanda de monter à l'assaut. Les Volusques, les 
grenadiers de Belgioso, les émigrés de Bonneau occupèrent 
Saint-Pancrace ; le duc d'Aoste était avec eux, quand ils en- 
trèrent dans le village, mais sur l'ordre d'escalader le pic de 
l'Aiguille, les grenadiers de Caprera reculèrent devant 
une mort qu'ils regardaient comme certaine. De Wins était 
furieux. Les autres avaient obéi, lorsque nos quatre cents 
Corses, voyant l'ennemi engagé le long de ces rocs à pic, 
coupent les cordages qui soutiennent les cintrages sur 
lesquels pose artificiellement le second retranchement, et 
alors roulent d'énormes pierres qui écrasent et précipitent 
pèle mêle les assaillants. 

Que faisaient Dugommier et Dumerbion ? Dumerbion ne 
pouvait quitter Sospel . Dugommier avait de Robespierre 
le jeune et de Ricord, la permission, s'il ne pouvait se sou- 
tenir à Utelle, de battre en retraite sur Nice. En rétro- 
gradant, il avait donc sa responsabilité à couvert. D'un 
autre côté, s'il n'allait pas au secours de Gilette, notre 
armée était perdue. Il se détermine dans cette extrémité 
à porter le coup le plus hardi et le plus étonnant. Ayant 
appris que Tennemi nous avait débusqué de la Ro- 
quette et de Saint-Martin-du-Var, et qu'il investissait 
Gilette, où il n'y avait qu'une poignée de braves, il envoie 
en avant le citoyen Martin, commandant du 3® bataillon 
de la Haute-Garonne ; du Broc il le lance sur Gilette, 
confie Utelle à Despinoy, prend avec lui trois cents gre- 
nadiers décidés, et descend à son tour sur Gilette dans la 
nuit du 18 au 19. 



CONVENTION NATIONALE (1793) 191 

Le 3« bataillon de la Haute-Garonne avec le comman- 
dant Martin, avait déjà surpris Tenutîmi qui pillait la 
Roquette du Var et délivré une compagnie de son batail- 
lon qui avait soutenu deux assauts dans les ruines du 
vieux château, où elle se maintenait encore. Du gommier 
arrive, et malgré une marche de sept heures de nuit, il se 
montre au-dessus de Gilette au point du jour. Pendant 
que les gardes nationaux de la rive droite du Var, conti- 
nuent de tirer sur Tennemi, la troupe de Dugommier cul- 
bute, renverse tout, si bien que les Austro- Sardes terrifiés 
se débandent. De Wins avait beau crier, l'épée à la main : 
< Mais que faites- vous ? Vous êtes dix contre un. > Ils y 
laissèrent huit cents morts, autant de prisonniers, tentes, 
artillerie, munitions. Succombèrent le prince Pignatelli, 
le major Paouspaou, le capitaine Gilette, les officiers 
Bonna et Bourgarel. Le duc d'Aoste ne dut son salut qu'à 
un certain Joseph Malaucèna, dit bélier du Gros, qui Taida 
à s'évader par une porte dérobée . 

De Grasse à Paris , on exalta, comme de juste, le 
combat de Gilette. Cette nouvelle de la victoire rem- 
portée sur les esclaves piémontais fut mentionnée dans 
les registres des délibérations du conseil administratif du 
Var. 

Le 30 octobre, le comité écrivait en ces termes au 
citoyen Alziary, administrateur et commissaire de la 
République à Bezaudun : « Citoyen, en donnai^ à la 
nature le sentiment de douleur qu'a dû vous causer la 
mort de votre frère, vous ne devez pas oublier que c'est 
pour la patrie que son sang a coulé. Un martyr de la 
liberté vit dans la mémoire de tous les vrais républicains. 
Cette même gloire n'est pas réservée à tout le monde. Les 
seuls enfants de la patrie l'obtiennent tout entière. La 
patrie entière et vos collègues en tiennent compte à la 
famille. Votre frère a eu ce bonheur. Vous devez le lui 
envier.Sahs cependant prétendre que vous devez faire taire 



i9z Ca^FTOM, m 

la Tj:bZiTe, ^ Tiâ ôe î& ^«ezié «ioft reienûr à Totre coeur. 
Voire frère Ta ec^c&îiïe ; L hzi a o^té!, il a £ût son devoir, 
sa mém>ire i>:qs sëra ciiêDe et sa coDduiie aura des imita- 
Ui^irs. > 

Le même 'yyar^ /ariminiscraxîoii de Grasse écrivit aussi 
à la OrAiTesïûoa xîaûoiiale : < Noos nous empressons de 
Toos annoîicër la Tic&>iT^ rempûnêe par les troupes de la 
République sur les saLelliies des tyrans au poste de 
Gileite. sur le Var. Le 18 du courant, un corps de 4,000 
PiémoDtais et Autrichiens enveloppèrent ce poste et le 
canonnèrent t#>ut le jour sans eflet. Les iHraves chasseurs 
corses qui le défendaient, au nombre de 400, se tinrent 
dans leurs retranchements. Le 19. les Piémontais osèrent 
les attaquer, mais ils furent rep^oussés avec Ténergie qui 
caractérise les soldats de la liberté. Bientôt les ennemis 
furent assaillis de toutes p'urts tant par les secours envoyés 
par Tannée dltalie que par les gardes nationales des dis- 
tricts de Saint-Paul et de Grasse. Le peuple, digne du 
bonheur qui l'attend, s'est levé en masse et a fortement 
prouvé par son courage la ferme détermination de vivre 
libre ou de mourir. L'ennemi a été forcé dans tous ses 
retranchements ; beaucoup ont péri dans le combat ou 
dans la poursuite. Onze cents ont été faits prisonniers. 
Cette partie do, nos frontières est vraisemblablement déga- 
gée pour longtemps. Cette victoire nous a très peu coûté. 
Elle nous fait regretter pourtant le citoyen Alziary , juge 
du district de Saint-Paul, frère d'un de nos administra- 
teurSy qui est tombé sur le champ de la gloire, en excitant 
l'ardeur de nos républicains et par ses discours, et par son 
exemple. > 

XVIII. — COMBAT DE LA MADONE D'UTELLE. 

De Wins avait été battu à Utelle. Restait le corps de 
bataille de Saint-André qui tombait sur nous à Utelle. Le 



CONVENTION NATIONALE (1793) 193 

21 octobre, La Roque, Alziary de Malaussène et Radicati 
campaient aux Manouines et de là au Pueil. Le régiment 
de la Su se se tint à Castel-Gineste avec le 8® grenadiers. 
Zimmerman et ses Suisses étaient attendus de Belvédère. 
Ils devaient occuper Figarette pour monter de là à Utelle, 
en évitant notre poste de la Gardiole. Dugommier se tenait 
prêt. 

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, vers deux heures du 
matin, les soldats de laSuse, se traînant à terre, descen- 
dent de Castel-Gineste. Notre poste de la Gardiole veil- 
lait ; il crie : « A la garde ! > Le chef ennemi ranime les 
siens : « Feu , grenadiers ! vive Savoie ! > Devant le 
nombre, nous succombons à la Gardiole. D'Auvare et 
Papon, à la tète des leurs, nous font cinquante prisonniers 
à Parabousquet, et là ils attendent des nouvelles de Radi- 
cati, de La Roque et de Zimmerman, qui devaient les 
rejoindre. Les deux premiers avaient été culbutés au 
Pueil. Zimmerman avait été coupé dans sa marche. Car, 
au premier cri d'alarme, Dugommier, à la Madone, rece- 
vant les fugitifs de la Gardiole et de Parabousquet et 
s'avançant à la tète de 1 ,600 hommes, soutint le choc de 
Tennemi avec un rare courage. Saint-André se croyait 
déjà sûr delà victoire. Tandis que la troupe de la Suse 
s'appuyait sur Castel-Gineste, une autre colonne enve- 
loppe la Madone. C'était toujours pendant la nuit. Sans 
attendre le jour, Dugommier détache six cents hom- 
mes, leur fait ôter leurs souliers, et va s'embusquer der- 
rière un défilé par où passeront infailliblement les Austro- 
Sardes. Quand il a bien reconnu la position, il donne deux 
cents chasseurs aux capitaines Guillot et Partouneaux 
pour charger l'ennemi à la baïonnette, cette arme toute 
française. L'ennemi, qui attendait le petit jour, est surpris 
à son tour et rétrograde. Puis à la pointe du jour, voyant 
le petit nombre qu'ils avaient devant eux, ils s'y repren- 
nent. C'est alors que l'attaque devient générale sur tous les 

13 






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CK; 2V!S^jG. ô^ SX «^=C3 bzcŒtss. 0:nr:fc* ^ n^iment de 
la Soie 121:1 jcan ^i-ci. îl ixi eo^.jre asstLîi ôirs la retraite 
par oëoe 2%rTiis>:L Érj:i!a25e -îf ii T>Ar- Le comie de 
àiiot-Aairé rîç-rr^ ii3â ses ^ircaxre* jie de Wins fai le 
maarais z-éo^ i^ :ec;;^ gîï^jre i-^ AI>3&-\Iaritîmes. De 

L'ectriz^aieçi: ia r^^jztea; ie la Sose eaî I iea aa Scan^ 
do^dier^ le 22 >^:» :<^, -raîr? le R?et* eî le Veniabren. Là 
ÙLreaz Kess^ le chevalier de La R>î'ie, Radicati ; le die- 
valier Aaréli> ec 5*:a fr^ère rarea^ taie pris«:>a!iiers ; Saint- 
.\gaphe y fat raé. Ni*» compta parmi les morts deux 
offir:isrs distiiigiiés : CilTigaïao et Fîghiera. Le combat 
avait dure onze heures. Dagi>aimier se cxiie ata de coû- 
tenrer le pjste de la Mai >ae, J ^q^ \i J xiaa le commande- 
ment k Masséna. géaéral de brig^iiie depuis le 13 août, 
pour s'être le plus signalé dans ces diverses actions. La 
Convention aationale félicita Di^ommier, et l'appela aus- 
sitôt au siège de Totdon p^ar y remplacer Carteaux, 
nommant Dumerbion à Tarmêe des Alpes-Maritimes. 

Nous ne saurions trop remarquer les conséquences si 
glorieuses des combats de Gilette etd'Utelle qui détermî- 
nèretit Tévacuaticm complète des Austro-Sardes de la 



CONVENTION NATIONALE (1793) 195 

vallée du Var. Cette retraite s'eflFectua par Valdeblore. 
Les troupes ennemies de Revest et deToudon, en descen- 
dant par Malaussène et Massoins, eurent une retraite 
des plus périlleuses, surtout au passage du Var, et en 
remontant la Tinée jusqu'à Clans. La garnison de Sigale 
usa toutes ses munitions dans ses forts retranchements 
naturels et finit par se rendre avec son capitaine, le sieur 
de Saint- Antonin. 

Les postes de Daluis et de Cuebris, aux ordres de CoUi, 
démantelèrent leurs châteaux et rejoignirent les détache- 
ments d'Entraunes et de Puget-Théniers pour suivre la 
route de Roure, Beuil, Tliiéry, Isola et Saint-Sauveur. 

Ceux d'Ascros passèrent le Var au Villars, et se rendi- 
rent à Clans. On transporta les magasins d'Entraunes à 
Saint-Étienne de la Tinée, puis à Vinaï ; les magasins de 
Villars, de Malaussène et de Puget-Théniers, à Clans. 

De Wins accompagna la retraite de Clans à Valdeblore, 
vint à Saint-Martin-Lantosque par Venanson , puis à 
Belvédère, d'où, par la route de la Gardalasque, il se rendit 
au col de Tende, donnant toujours des ordres. 

Saint- André et le duc d'Aoste n'avaient perdu aucune 
de leurs positions, quoiqu'ils eussent manqué l'attaque de 
la Madone et essuyé une défaite complète. Ils continuèrent 
d'occuper Utelle, le Figaret, Castel-Gineste et le Brec. 

XIX. — LA TERREUR DANS LES AI^fES-MARITIMES. 

Le comité départemental du Var établi à Grasse sous 
l'inspiration de Barras et de Fréron, et dirigé par Sali- 
cetti, Robespierre Jeune et Ricord procédait à l'arresta- 
tion de tous les suspects, fédéralistes, royalistes, contre- 
révolutionnaires. Le régime de la dictature pesait de tout 
son poids sur la ville de Grasse. La Société populaire 
venait en aide à l'administration centrale pour faire exé- 
cuter les décrets de la Convention ou plutôt de Robes- 



196 CHAPITRE UI 

pierre, et sommait la commune de s'y conformer. Déjà 
on avait dressé au Conseil municipal une liste de cent 
soixante-trois suspects (séance du 28 avril 1793.) Sur les 
réclamations des citoyens, ce nombre avait été réduit à 
vingt-un. En ce temps la France n'oflFrait plus aucune 
sécurité pom' quiconque avait un envieux, un ennemi 
personnel. Vos paroles, vos actes étaient dénaturés. Des 
nobles, des prêtres, des bourgeois qui, comptant encore 
sur la bonne foi et l'honneur de leurs concitoyens, 
n'avaient pas pris le chemin de l'émigration, qui avaient 
accepté la Constitution de 1791, mais qui ne croyaient 
pas devoir suivre en conscience les idées révolutionnaires 
de la Montagne, ou les horreurs excentriques d'Hébert, se 
voyaient maintenant traités d'antipatriotes, d'aristocrates 
par la faction de Robespierre. Leur titre seul d'ex-comte, 
de noble leur portait malheur. On ne voyait plus en eux 
que des traîtres. Pour mieux nous en rendre compte, 
extrayons des registres du Comité de surveillance de 
Grasse, les faits et gestes des citoyens Marc Antoine Tala- 
doyre, Maximin Aubanel, Louis Girard l'aîné, Louis Ory 
l'aîné, Niel aîné, Lambert Jeune chirurgien, Louis Brun 
père. 

Les séances se tiennent dans l'ex-maison curiale du 
sieur Mougins, ex-curé décédé depuis quelques jours. Elles 
commencent le 6 octobre, en présence du commandant de 
gendarmerie et des deux juges de paix. Gourmes et Rey. 
Les sieurs Courmes et Raybaud, membres de la Société 
populaire, viennent complimenter le comité ; la munici- 
palité répond qu'elle se fera un devoir de lui communiquer 
tout ce qui intéressera le bien de la République une et 
indivisible. Le premier citoyen dénoncé est le sieur Man- 
tégas fils, huissier, fugitif de Marseille, depuis rentrée de 
Carteaux, et maintenant réfugié chez son père Paul Man- 
tégas, boulanger. Il a prêché, à Grasse, le fédéralisme et 
rétablissement des sections. Ordre au commandant de 



CONVENTION NATIONALE (1793) 197 

gendarmerie de l'arrêter, et au juge de paix de mettre ses 
papiers et effets sous séquestre. Et il en sera ainsi de tous 
les autres qui suivent. 

Honoré Seytre, homme de loi, aussi fugitif de Marseille, 
un des chefs fédéralistes de Marseille, est caché dans la 
maison de son frère à Valbonne. On va l'arrêter le 7 
octobre. 

Jean Isnard dit la Brayasque, terrassier, a menacé dans 
l'assemblée populaire, de jeter dans les cavaux les patrio- 
tes qui se trouvaient là. Il est soudoyé par les aristocrates. 

Le citoyen Scipion Muraour, ménager, est dans les 
mêmes conditions que Jean Isnard. 

Henri Pagan, menuisier, a dit que la canaille aurait bien- 
tôt le dessous ; et cela, en apprenant la prise de Toulon par 
les Anglais. 

Jean Joseph Michel, parfumeur, em.... tous les patrio- 
tes ; c'est un tas de coquins et d'assassins. L'ennemi va 
bientôt venir à Grasse nous en débarrasser.... Il est le 
suppôt et le commissionnaire des émigrés. Il en est de 
même de Jean Antoine Gilly et d'Alexandre Paul, tra- 
vailleurs. 

Jean Gaitte dit Grillon, ci-devant bourgeois, était l'un 
des chefs de la Société antipatriote des artistes. Il a fait 
des motions incendiaires contre les Jacobins de Grasse. 
Il tourne en ridicule la Constitution et la Convention 
nationale. II est en relation continuelle avec les prêtres 
insermentés et avec les émigrés. Il cache chez lui les 
suspects. 

Mellon Conte, perruquier, frère d'un émigré, est lui- 
même un antirévolutionnaire fanatique. De même Jean 
Taffe, menuisier, agent de Théas dit Sully. 

Joseph Bernard, cadet, ci-devant bourgeois, l'un des 
chefs de la Société des artistes^ a apporté à Grasse le 
mandement du ci- devant évêque de Grasse pour suspen- 
dre les prêtres amis de la révolution. 



198 CHAPITRE m 

Louis Élzéar Lambert, chirugien, a son fils qui a déserte 
le drapeau français pour servir à l'étranger contre la 
Patrie. Il dit que tous les patriotes sont des coquins qu'il 
faut pendre. 

Jean Isnard la Tourmente^ agent des aristocrates , 
reçoit les prêtres insermentés,correspond avec les émigrés, 
détourne les gens de la campagne du culte constitutionnel. 

La femme Mars, épouse de Gaitte dit Grillon, fanatise 
les citoyens et les citoyennes ; moleste les femmes patrio- 
tes. Étant allée à Vence, elle y a mis le trouble, si bien 
qu'on a été obligé de Temprisonner. 

Gresp, cadet, dit la Ribe, antipatriote, a insulté une 
amazone patriote dans une fête de la révolution. 

Artaud Pierre, négociant, l'un des principaux membres 
de la Société des artistes,est un antirévolutionnaire ardent. 

Escoffier, perruquier, a répandu de fausses nouvelles ; 
il a dit que les représentants de la Convention étaient des 
coquins, qu'ils se faisaient payer en argent pour ne nous 
donner que du papier, il a déprécié les assignats ; il a dit 
que Ricord ne retournerait plus à Paris, etc. < Les Anglais 
vont faire une descente à la Napoule. Nous allons être 
anglais. Plût à Dieu qu'ils fussent ici demain > ! . . . 

Le maire de Grasse lui-même est obligé de comparaître. 

Le greffier de la commune, Rey, accuse le citoyen 
Court, maire, de mal parler de la Société populaire j de le 
menacer, que s'il y va, il luiôtera sa place... Le maire 
déclare que le citoyen Rey s'absentait souvent du bureau 
et négligeait les affaires de la commune, en prétextant 
qu'il allait à la Société populaire ; qu'il lui en avait fait 
des reproches, qu'il lui avait dit qu'il fallait préférer 
son devoir et les affaires de la commune aux séances 
de la Société populaire. On renvoie le maire de la plainte, 
et Rey fait même ses excuses. 

Le 27 octobre c'est le citoyen Mougins, l'ancien maire 
et viguier de Nice, l'ex-député de la première Assemblée 



CONVENTION NATIONALE (1793) 199 

Nationale, aujourd'hui juge-président du district de 
Grasse. On l'accuse de fédéralisme et de royalisme. Le 
citoyen Mougins, au club des défenseurs de la Constitu- 
tion, avait fait la motion de changer la dénomination de la 
société en celle de sections réunies : ce qui avait été rejeté 
par la majorité avec indignation. S'il n'y avait eu que lui, 
dit-on, les sections étaient établies à Grasse,comme à Mar- 
seille et à Toulon. Du reste, il avait reçu le mot d'ordre de 
Marseille ; et il n'a pas craint de communiquer au club la 
lettre par laquelle on l'engageait à établir les sections. On 
lui a demandé le nom de son correspondant ; il a répondu 
que la lettre n'était pas signée, qu'il se contentait d'en 
donner connaissance à la société. 

On rappelle qu'au moment du jugement de Louis 
Capet, Mougins, se trouvant à la place du Puits, dit que 
les membres de la Convention n'étant qu'une Assemblée 
législative, ne pouvaient pas se transformer en Assemblée 
judiciaire. Que c'était au peuple de juger. — Oui, lui ré- 
pondit-on, vous voulez la guerre civile. 

On rappelle qu'il a fait l'éloge en pleine tribune de l'of- 
ficier Dupuy dit Sainte-Barbe, pour avoir tiré un coup de 
pistolet sur la place aux Aires. 

Deux ou trois membres du Comité de Surveillance, 
défendent inutilement M. Mougins. L'un d'eux ne craint 
pas de dire qu'il est camarade d'école du citoyen Mougins, 
qu'après une absence de vingt-sept ans,il a renouvelé ami- 
tié avec lui, et qu'il l'a trouvé jouissant de l'estime de ses 
concitoyens, maire et viguier de sa ville natale, que le 
sieur Mougins s'est toujours conduit dans cette place avec 
l'intégrité d'un homme de bien, constamment occupé du 
service du peuple. Il l'a prouvé à l'époque de l'Assemblée 
des sénéchaussées, où il fit valoir les droits de ses conci- 
toyens, si bien qu'on le nomma à l'unanimité député à 
l'Assemblée Constituante. Les suflFrages se réunirent en 
même temps sur son frère. Rendu à son poste, il s'est 



200 CHAPITRE ni 

conduit en véritable ami du bien public ; il a voulu la 
Révolution, il Ta aidée de toutes ses forces pour qu'elle 
réussit ; c'est à ses sollicitations que son frère a quitté le 
parti du clergé pour se ranger dans le Tiers-État. Jamais 
il n'a laissé échapper une occasion de rendre service à ses 
concitoyens. De retour dans sa patrie, il a beaucoup souf- 
fert des malveillants à cause de son civisme. Je l'ai entendu 
parler bien de Capet ; mais il pensait que ce traitre 
tiendrait ses serments. « Hors de là, disait-il, je le regar- 
derais comme un monstre. > A Hyères, à l'époque de l'Ajs- 
semblée électorale, c'est lui qui fut chargé de rédiger 
l'adresse à la Convention pour la féliciter d'avoir aboli la 
royauté, adresse qui.fut vivement applaudie. Quand il fut 
nommé président du tribunal, chacun l'en félicita. Quand 
il a parlé de changer la dénomination de la société en 
celle de société de section, il a dit que ce n'était que pour 
mieux connaître Tesprit général, et que pour se mettre 
en rapport avec toutes les sociétés, en gardant la liberté 
et l'obéissance aux lois. Au reste, il s'est pleinement justi- 
fié de toutes ces accusations dans la société populaire de 
Nice, et à la satisfaction de tout le monde. 

D'autres accusations puériles ou passionnées s'ajoutent 
encore à ce réquisitoire. On lui reproche d'avoir tenu à 
garder son titre nobiliaire de Roquefort, de varier sans 
cesse dans ses principes, d'aimer trop à parler et à faire de 
longs discours.... Ce qui le perd, dit l'un d'eux, c'est de 
n'avoir pas assez modéré son langage. 

Enfin, il est déclaré suspect, et arrêté comme tel. in- 
gratitude des hommes ! 

Joseph Roubert, peintre, espion des aristocrates, distri- 
bue de l'argent aux brigands, captive les femmes par des 
manières insinuantes, leur conseille de ne pas vivre avec 
un mari patriote. < Les députés qui sont allés honnêtes 
gens à l'Assemblée Nationale,dit-il,en sortiront voleurs et 
coquins. » 



œNVENTION NATIONALE (1793) 201 

Magagnosc , Louis ,. menuisier , est soudoyé par les 
aristocrates. 11 dit qu'un bonnet rouge sur* la tête d'un 
citoyen fait de lui un galérien. Il a arraché la cocarde à 
un autre pour la jeter dans une forge. Selon lui la société 
populaire cause tous les désordres. Il était de la faran- 
dole aristocratique qui chantait à Grasse: Ça ira, les 
patriotes à la lanterne /. . . 

Pierre Lions, caissier au Pontet, était trésorier de la 
société aristocratique. Il appelle couillons les officiers 
municipaux. Il a quitté son bataillon,étant de la deuxième 
réquisition et il en a entraîné d'autres à déserter. 

Arnoux, peintre, appelle couillons nos frères d'armes. 
Ils sont bien bètes, de se sacrifier pour la République. > Il 
était l'un des plus ardents, quand les émeutiers ont pris 
les armes contre la troupe qui venait à Grasse. Il a été 
déclaré perturbateur du repos public à son de trompe. 

Camatte de Montauroux, chassé de son pays pour y 
avoir mis le désordre, est venu en faire autant à Grasse. 
Il dit que la Révolution est une couillonnade qui ne tien- 
dra pas. 

Jourcin, domestique de l'ex-évêque, conspire contre la 
Révolution. 

Jean Seytre, frère d'Honoré, homme de loi, l'un des 
membres les plus ardents de la société aristocratique, a 
tenu chez lui jour et nuit des réunions anti-révolution- 
naires, a caché des gens suspects et poursuivis par la loi. 

Lambert la Lope, a arraché les décrets affichés de la 
Convention, les a froissés avec mépris et jetés à terre. 

La fille Lombart, ex-noble, sœur d'un émigré est une 
anti patriote exaltée. 

Payan, tamisier annonçant à Grasse Tescadre an- 
glaise qu'on signalait, avant la trahison de Toulon, a fait 
éclater une joie indécente. Et quand il a su l'entrée des 
Anglais dans Toulon, il en a exprimé sa satisfaction. Il a 
dit que les membres de la Convention étaient un tas de 



202 CHAPITRB in 

• 

capons qu'il faudrait guillotiner. Le pain ayant été aug- 
menté, il criait sur la place : « Eh bien ! pauvres gens, 
voilà le fruit de la sainte Constitution. Quand ouvrirez- 
vous les yeux? « 11 a tourné en ridicule la fête du 10 août 
dernier, et il a dit aux gens des pays voisins et de la 
campagne : « Le temps va vous manquer. Vous ne vien- 
drez pas l'an prochain. Ça ne durera pas. > 

Le capitaine Théas dit Sully invalide, autrefois du 
régiment du Vermandois, ex-noble, est le chef du pacte 
aristocratique de Grasse. Il est l'ennemi de la révolution. 
On le garde à vue dans son domicile, parce qu'il est 
malade ; et on met le séquestre sur les papiers et sur les 
effets de ses maisons de Grasse et de Saint-Vallier. 

Jean Paul Roustan, ex-bourgeois, a fanatisé les ci- 
devant religieuses Visitandines, s'est réjoui des calamités 
publiques, et a été sans cesse en relation avec les émigrés. 
En vain essaiera-t-il de se disculper.* Vous me reprochez, 
dira-t-il, d'avoir fréquenté des ex-religieuses, comme si je 
ne devais plus voir mes sœurs et les filles de mon frère, 
moi qui ai toujours vécu avec mon frère. Vous dites que 
j'ai été lié avec l'émigré Gaitte, quand il était au pays ; je 
déclare que je n'ai eu avec lui que des relations pour les 
affaires de la justice de paix. » Robespierre le jeune ordonna 
de réviser le procès, et le comité persista dans ses conclu- 
sions. Il fut arrêté. 

Le baron Calvy de Vignolet, conseiller à la cour des 
comptes, fut arrêté parce qu'il était père d'un fils émigré, 
noble et ennemi de la révolution. 

Elisabeth Dozol est la tant^ d'un prêtre émigré. Elle a 
fanatisé les religieuses de Grasse. 

La femme Rouquier Imbert est non moins fanatique. 

Maure, notaire, était l'un des plus ardents membres de 
la Société des artistes. 11 a quêté pour les aristocrates 
émigrés. Il dit tout haut dans la ville qu'il faudrait pendre 
cinq ou six patriotes. 



œNVENTION NATIONALE (1793) 203 

• 

J. F. Fortuné More, cadet, est frère d'un prêtre émigré, 
et Tun des membres les plus influents de la Société des 
artistes. « Vous pensez faire la récolte des raisins, disait- 
il. Vous vous trompez. Les troupes sardes viendront ven- 
danger. > 

Ricord, fils, a fait éclater sa joie, quand il a connu la 
révolte de Toulon et l'entrée des Anglais. 

François Isnard, orfèvre, s'est montré l'ami des prêtres 
insermentés et des aristocrates. 

Curault, avoué, a été un partisan fanatique des sec- 
tions. Il en a prêché l'établissement à Grasse, et a fait 
partie de la Société aristocratique. Il a dit dans cette 
société qu'on devait soutenir la royauté ; qu'il n'y avait 
que des gueux et des brigands dans la Société populaire ; 
que pour lui il se faisait gloire d'être considéré comme 
aristocrate. 

Girard, fils, homme de loi, a été l'un des membres prin- 
cipaux de la Société des artistes. 

Albert Durand dit Sartoux est ex-noble, père d'un fils 
émigré, d'une épouse et do parents aussi émigrés. Il a 
donné asile à un évêque antipatriote et a recelé ses efiets. 
Il a tenu chez lui des réunions d'ex-nobles et des prêtres 
insermentés. Il a donné un festin de réjouissance le jour 
où la république courait les plus grands dangers. 

Luce, apothicaire, est un antipatriote renforcé. 

Bemardi, homme de loi, est l'ennemi déclaré de la 
révolution. Sa femme, Moreau, criait à ses voisins le 10 
octobre dernier : Vous n'aurez la paix que lorsque les 
Piémont ais seront chez nous. Bientôt tout cela finira. 
Les patriotes seront pris dans la souricière. J'ai des amis de 
l'autre côté du Var, chez les Piémontais. Je les emploierai, 
quand ils viendront. Et ça ne fera pas longtemps attendre. 
Alors on rétablira tout, comme avant la révolution. 

Benoît, père, dit Caussols, appelle de tous ses vœux la 
guerre civile. 



204 CHAPITRE m 

La femme Crosnier a en horreur les prêtres patriotes. 
Elle n'a pas voulu leur faire baptiser son enfeint. Elle af- 
fecte de porter un éventail sur lequel il y a des emblèmes 
contre révolutionnaires. 

Féraud, l'aîné, ancien officier municipal, a dit que les 
écharpes n'étaient que des chiffons, a cabale dans les as- 
semblées primaires, avili les assignats, s'est fait l'agent 
des émigrés et a montré en toute rencontre sa haine 
contre la révolution. 

Lions, huissier, a fait courir le bruit que le comité et la 
Société populaire étaient coalisés avec les Marseillais pour 
égorger à Grasse trois cents citoyens. 

Fabre, droguiste, a dit qu'il fallait soutenir et rétablir 
l'ancien régime. Il a traité la Société populaire de f. club. 

Bruéry, huissier, a distribué des libelles incendiaires, 
venus de Nice. Il s'est réjoui de l'entrée des Anglais dans 
Toulon, et il a dit publiquement qu'ils allaient bientôt 
venir à Grasse y châtier huit cents coquins. 

La Bayaire, criait : < Il faut aller avec des haches 
abattre les patriotes ! > 

Argentéré a dit : < Moi, je me mets à la tête. Marchons 
contre les patriotes ; et ça ira, les patriotes à la lan- 
terne. > Et il a mis en train la farandole. 

André Martelly, avocat, est l'un des membres les plus 
fanatiques de la société des artistes. 

Safemme,Maure,en veut aux prêtres insermentés. Mon- 
trant,un jour,le prêtre patriote Bay on : <Voilà un scélérat, 
disait-elle, un damné. Il a prêté le serment, fl donc ! Tout 
ce que fait ce prêtre ne vaut rien. > Puis elle s'est mise à 
le menacer. Elle a dit à son oncle, le curé Gasq : < Vous 
avez perdu toute ma confiance. Vous êtes cause du mal- 
heur de beaucoup d'autres prêtres qui ont suivi votre 
exemple. > Elle insulte la Convention : < Ce sont des co- 
quins, ils volent la nation. Ça ne tiendra pas >. 

J.-B. Barbery, ex-commandant de la garde nationale, 



CONVENTION NATIONALE (1793) 205 

est un antipatriote. Il a laissé battre le rappel pour re- 
pousser la troupe qui arrivait à Grasse. 

L'armurier Aulagnier s*est réjoui de l'entrée des An- 
glais à Toulon. < L'Anglais, dit-il, veut aller de Toulon 
faire la farandole à Marseille. C'est dommage qu'ils soient 
encore si loin d'ici ! S'ils viennentj^e leur viendrai en aide; 
moi, je me fais gloire du nom d'aristocrate et je défends à 
ma femme de fréquenter les patriotes. > 

Le citoyen Daumas, homme de loi, dit : < Que les prêtres 
et les nobles font bien de tenir bon. Les décrets de la Con- 
vention sont des lois injustes. Nous vivons sous un ré- 
gime de coquins. > Il a fait éclater sa joie au moment de 
l'entrée des Anglais dans Toulon. 

La citoyenne Joachim a dit que le ci-devant évêque 
allait bientôt revenir ; que les prêtres assermentés étaient 
un tas de brigands et les patriotes de la canaille ; qu'elle 
serait la première à faire feu sur les patriotes. Quand elle 
apprit la nouvelle de l'entrée des Anglais dans Toulon, 
elle disait de sa fenêtre aux voisins : < Venez, je vous in- 
vite à souper. Nous avons les clefs de la France. > 

La femme Aguillon disait chez les religieuses : < J'ai 
des sabres que je fais aiguiser contre les patriotes. > 

Bérage a dit, quand on descendait les cloches : < Us 
mangent tout, même les cloches ; ils ruineront la France. > 
Il est frère d'un émigré et membre des plus ardents de la 
société des artistes. 

La femme Aulagnier (Muraour) s'est mise à battre des 
mains, en apprenant l'entrée des Anglais à Toulon : « Al- 
lons! ces couillons de patriotes auront bientôt sur le c...» 
Lorsque la nouvelle est venue que les Anglais avaient 
envoyé parlementer à Antibes : < Non, dit-elle, il n'est 
pas temps encore qu' Antibes se rende, mais ça ne doit pas 
tarder. > 

Léopold Ainésy a trois frères émigrés. Il a refusé d'a- 
battre les créneaux de son château. 



205 CHAPITRE m 

Conte père, dit Tarascon, s'est réjoui des Anglais à 
Toulon : c Le temps va venir, a-t-il dit, que les pillards 
vont restituer tout ce qu'ils ont volé. » 

Crosnier, directeur de Thôpital militaire, traite les ré- 
publicains de brigands et les prêtres assermentés de co- 
quins. Il a foulé aux pieds la cocarde nationale. 

Nous n'en finirions pas si nous donnions le catalogue de 
tous les Grassols qui furent ainsi jetés en prison par le 
Comité de surveillance. Partout il v eut des arrestations. 
Vence, si petite qu elle fût, eut ses terroristes. Mars, 
Saint-Malo, Vanoly, Tombarel de Saint-Jeannet se firent 
les exécuteurs du Comité de salut public, présidé par Jean 
Savoumin Missoly, assisté des citoyens Courmettes, chi- 
rurgien, Trastour, horloger, Silvy aîné. Roman Talatoyre, 
Alexis Maliver, Geoffroy du Portail et J. D. Chabert, dit 
TAveugle. Parmi les personnes arrêtées et qui furent con- 
duites les unes à Grasse, les autres à Draguignan ou à 
Lorgnes, nous nommerons Antoine Savournin,Scipion Sa- 
voumin, Baussy père, Gandolphe et sa femme, le mé- 
decin Trastour, J. Lambert, François Blacas et sa femme, 
P. Michel, Isaï, maréchal, P. Broc, Al. Suche, Ch. 
Vacquier père et son fils, R. Blacas, notaire, Al. Boyon, 
Ch. A. Guérin. 

Antibes se montra si modérée qu'elle passait pour une 
ville entachée de royalisme et de fédéralisme, et Ton ne 
se trompait pas. Lorsque la Convention demanda s'il y 
avait des suspects et des aristocrates, la municipalité ré- 
pondait le 8 octobre : < Qu'il n'y avait aucune personne 
suspecte dans la ville d'Antibes ; > Saint-Paul se montra 
aussi très-modéré. 

Nice, depuis le décret, qui l'avait incorporée définiti- 
vement à la France, s'organisait. Un rapport remar- 
quable de l'abbé Grégoir à la Convention avait donné tous 
les renseignements qu'on pouvait désirer sur ce nouveau 
département. < Il a été divisé, dit-il, en trois districts : 



CONVENTION NATIONALE (1793) 207 

Nice, Puget-Théniers et Menton, Monaco est chef-lieu de 
canton. On compte 97,000 habitants et 96 communes. 
Nice a 19,000 habitants. » Il dit que le patriotisme a pré- 
sidé à la plupart des élections. 11 insiste sur l'importance 
de la rade de Villefranche. < En imposant le département 
des Alpes-Maritimes, la Convention voudra bien se sou- 
venir de rétat malheureux de ce pays. La beauté du climat 
y attirait annuellement beaucoup de familles étrangères, 
anglaises surtout. Depuis la révolution, aucune n'y est 
venue; la mauvaise récolte d'olives, la gelée de l'hiver 
dernier, la cherté des vivres, la cessation du travail, le 
manque de commerce ont réduit ce département à l'ex- 
trême misère. Ce qui retarde les progrès de l'esprit public 
de ce département ce sont les horreurs commises en octo- 
bre 1792. Les Français commandés par d'Anselme furent 
reçus en frères par les Niçois ; et le pillage commença avec 
notre entrée à Nice et il se continua. On entra dans les mai- 
sons ; tout ce qui s'appelle comestible fut délapidé. On prit 
au montagnard sa vache, on tua ses brebis, sa volaille, on 
brisa ses meubles pour le plaisir de détruire. Présumait- 
on qu'il y eût de l'argent, on lui mettait un mouchoir au 
cou et on menaçait de l'étrangler, jusqu'à ce qu'il eut re- 
mis son argent. La pudeur est violée. Tous les jours nous 
avons le cœur déchiré par le récit des crimes commis et 
par le tableau de la misère qui désole la plupart des com- 
munes. Les pays les plus éprouvés ont été ceux de la val- 
lée de Lantosque, Levons, Lucéram, Sospel. Que sert de 
prêcher la liberté, lorsqu'on la rend odieuse par tout ce 
que la lubricité a de plus effréné et le pillage de plus révol- 
tant ? 11 n'est pas un pays en Italie à qui on n'ait fait croire 
que le vol, le viol, le meurtre étaient des crimes communs 
parmi les Français. 11 n'est pas un seul représentant du peu- 
ple député près des armées qui n'ait gémi des gaspillages 
commis partout. Sur des avances de plusieurs millions la 
moitié a souvent disparu dans des maisons de fripons. Cer- 



xsdns 'X>mmiaimr« xat cegardéi comme de TéritaUes 
Verrez. Us mz enlevée pins de â» mille liTres dans les 
magaain:^ le Vulefiranehe ; an évalue à plus de quinze 
oiillioiLi iisars «ttiapinacioTiab Xoos ne préjageoiis rien. Ce 
qui nous •:!oaaQie e'esc le taWt'an adad de noCre armée. 
Nos :s}Liiaa saoL Trrûmenjc admirables ; toajoars humains, 
josces ec généreux. Ls partag^aïc leor pain aree les habi- 
lanm des moacagoes. La nmnicipaiicé de Saint-Agnès 
nooâ a nranâmi:^ à eec éganl ses âeaômencs de gralitade 
OLTers un bocaillon «ie la Hame-^iaroane. Noos sommes 
allés sooâ li\ lànze viâcer k» «iéfiânsears de la patrie. Nous 
ksaTooâ croaréi TraimeoG grands en ùce des safcdlites 
du désponane. Le irère «in px sarde actael disait : < Si 
les Français saraienc obàreomsne ils sareni se battre^ on 
fi»"jitaTee de pareilles troopes La conquête du monde 
«itier. > 

Nice avait ea ses émeates. La qaesdon des subsistances 
avait soulevé le peuple ea juin ITl^. La sociétë populaire, 
sous préce3[te de prea«ire les inct^^ète du peuple, venait 
inûnier ses volantes au conseil municipal. Cne partie des 
municipaUces de Sospel. de Belvédère* Saint-Martin et 
Roquebillère. comme nous Tavons dit, passait le 4 août à 
Nice^ pour être conduite aux prises d'Antibes. Malgré 
cela, il fallâic se montrer joveux et prendre ses habits de 
fête pour célébrer la Constitution de 1793. Au pied de 
Tarbre de la Liberté, on avait élevé un amphithéâtre sur 
lequel étaient quatre aut^ enguiriandés. L'arbre de la 
liberté était surmonté d* un bonnet rouge et d'une grande 
inscription républicaine. A onze heures toutes les autorités 
se rendirent, musique en tête, à la place \lctor. Le prési- 
dent Bona et le jugeFideu allaient ea tête, puis le maire. 
Quatre messes furent célébrées en même temps. Au mo- 
ment de rélévation. le président Bcxia entonna la Marseil- 
laise. Puis Chabaud, officier municipal, prononça un dis- 
cours patriotique, Bona lut les droits de llumune et la 



CONVENTION NATIONALE (1793) 209 

nouvelle constitution ; il donna l'accolade fraternelle aux 
assistants, et ouvrit en terminant une caisse d'où sortirent 
des centaines d'oiseaux qui avaient attachés aux pattes des 
billets, sur lesquels on lisait : Liberté, Égalité, Constitution. 

L'artillerie envoya dans les airs ses détonations, la 
musique joua, et la foule cria : Vive la République ! Vive 
la Constitution ! Le soir on fit des farandoles en chantant 
la Carmagnole ; des troubadours ambulants, venus d'au 
delà du Var, vêtus de la carmagnole et du bonnet rouge, 
donnèrent la représentation de la guillotine en spectacle 
au peuple, en attendant la réalité. A quelques semaines de 
là cet instrument de mort devait rester en permanence 
sur la place Saint-Dominique. 

C'est dans cette nuit même de la fête du 10 août, que 
furent saisis le baron Caravadossy, le marquis de Macca- 
rani et le comte Lascaris. Vers dix heures du soir, on alla 
enfoncer les portes du monastère des Visitandines. Les 
clubs, qui se tenaient toujours le soir, entretenaient la 
fermentation. Le journaliste Rauze y dénonçait alors 
l'abbé Foncet, à cause de son livre V Image d'un parfait 
Souverain. Le médecin Rusca, futur général, y pérorait. 
Leprocureur,syndic du département des Alpes-Maritimes, 
s'élevait à la hauteur de sa mission révolutionnaire. Voici 
en substance ce qu'il écrivait au ministre de la guerre, le 
9 septembre 1793 : < Le Roi de Turin, ce despote aveugle 
et fourbe, est à Saorge depuis quelques jours. Il y haran- 
gue et fanatise son armée de 15 à 18,000 hommes. Le 
sujet de sa harangue est une vieille fable que les Français 
assiégeant Turin en 1707 furent battus par \dk grande 
puissance de la Madonne du 8 septembre. Ainsi donc, ce 
vieux fourbe, ce vicaire du club des catholiques endiablés, 
vêtu d'une chemise qu'on dit avoir appartenue à saint 
Second, et arborant le Saint-Suaire, qui est venu par les 
chemins aériens, a prêché à son armée une victoire com- 
plète par Tentremise de la Madonne du 8 septembre. Cette 

il 



210 CEIAPITRE III 

farce avait été annoncée à certains aristocrates cachés à 
Nice, et ils s'attendaient hier à Tarrivée du Roi de Turin, 
qui devait venir chanter les vêpres, célébrées par l'évêque 
émigré. J'en avais averti nos représentants, Robespierre 
et Ricord. Partout l'ennemi a été repoussé. Cette victoire a 
comblé de joie tous les bons citoyens, et je vois que le 
peuple de Nice a un motif bien plus puissant de croiife que 
la Madona santissima protège au contraire les républi- 
cains français^ défenseurs de l'humanité. > 

L'impiété, la raillerie sceptique, comme on peut en 
juger, assaisonnaient les discours de tous ces terroristes 
qui avaient rompu avec le Christ et avec l'Église. Si dans 
l'autre camp on souffrait, on mourait, on était même 
vaincu par nos soldats aguerris, on gardait au moins sa foi, 
et ses immortelles espérances. Hélas! chez nous, les terro- 
ristes essayaient d'anéantir le nom même de Dieu, de 
sorte que ni le peuple, ni l'armée osaient à peine, dans 
cette affreuse tourmente, lever les yeux vers le ciel. C'est 
pourquoi la nation, cherchant le feu sacré ailleurs que 
sur les autels du vrai Dieu, semblait prise de vertige et 
d'exaltation fébrile. Tous les discours de ce temps sont 
emphatiques et outrés. 

Le 12 septembre les fédéralistes essayèrent aussi de 
soulever la ville de Nice. Quatre frégates françaises étaient 
signalées dès la pointe du jour. Une d'elles aborde tout 
près du rivage, vers 8 heures, et envoie un canot avec 
deux officiers. On les conduit aux représentants du peuple. 
La foule se rassemble et nos deux officiers engagent les 
Niçois à ne pas dévier de la Constitution pure et simple de 
1791, et de reconnaître Louis XVII pour roi. 

Pendant ce temps-là, les représentants du peuple, Ro- 
bespierre, Ricord, Barras etFréron, alors à Nice, ayant 
réuni toutes les autorités civiles et militaires à la maison- 
commune, leur firent part de la réponse qu'ils avaient 
rédigée : < Périssent à jamais tous les tyrans de la terre ! 



CONVENTION NATIONALE (1793) 211 

Guerre éternelle aux rois et à tous leurs esclaves ! La 
nation française ne peut traiter avec les tyrans ; elle ne 
leur répond qu'avec le canon. > L'Assemblée reçut cette 
communication par des acclamations de joie et des vivats. 
Les pariementaires ayant alors été introduits dans la 
salle, Robespierre brûla devant eux les proclamations 
qu'ils apportaient. On les reconduisit à bord, les yeux 
bandés, au milieu des huées, des sifflets et des menaces. 
Soldats^ clubistes criaient : < A la lanterne ! A bas les 
traîtres ! A bas la royauté ! Vive la liberté ! Vive la Répu- 
blique ! > L'abbé Bonifassy dit pourtant dans ses mémoires, 
que beaucoup de Niçois répondirent aussi à ces cris par 
ceux de : < Vive le roi ! Qu'on nous rende notre roi, notre 
bon roi de Sardaigne ! > Les représentants du peuple en 
parurent fort mécontents ; c'est pourquoi ils redoublè- 
rent leurs rigueurs envers les suspects. L'avocat Giletta 
fut exécuté le 18 octobre; le 18, le sieur Bottieri de 
Drap, frère du digne et savant théologien, suivit, ainsi 
que les miliciens, Gauberti de Peille, Benoît de Bende- 
juen, et autres de Drap et de l'Escarène. Le 19, on exé- 
cuta trois prisonniers autrichiens et trois miliciens, ce qui 
était contre le droit des gens. Et à Paris, nos Alpes-Mari- 
times avaient aussi leurs illustres victimes. Versons des 
larmes sur la vertueuse Thérèse-Françoise de Choiseul- 
Stainville, princesse de Monaco ; sur Louis-Henri de Vil- 
leneuve, marquis de Trans, colonel du régiment royal qui 
avait défendu les Tuileries dans la journée du 10 août ; 
sur Jean-Baptiste de Villeneuve-Mons, fusillé à Quibéron. 
Ah ! quel temps ! Nous sommes en pleine terreur, en plein 
châtiment de Dieu, tant le Seigneur nous abandonne à 
notre sens réprouvé, lorsque, peuple ou individu, nous 
méconnaissons sa loi. 

Détournons nos yeux pour un moment de ces scènes 
lugubres, pour les reporter sur notre brave armée. 
L'amour de la patrie, poussé jusqu'au sacrifice de toutes 



îil CHAFTTBE m 

ses aises et de la Tîe même, Fesprit de discipline et 
d obâssance ajoataient à la Yîctoire de Gilette, celle 
dTtelle* non moins gioriense. 

XX. — VICTOIRK D*CTELLE. — 20 NOVBMBRE. 

Masséna va être le héros decette victoire mémorablcSor 
Tordre de Dogommier« il prendra aux Anstro- Sardes tous 
leurs postes du terriioire dTtelle. — Le duc d*Aoste com- 
mandait à Castel-Gineste. — Cette redoute est dans un site 
presque inaccessible. On nV monte pas, on y grimpe le 
long des rochers, en ris*]uant à chaque pas de rouler dans 
des précipices. Masséna^ accompagné de son brave ami 
Despinoy et de cinq cents hommes déterminés, s^y dirige 
sans bruit, enveloppé dans les ténèbres de la nuit du 19 
au 20 novembre. Ils montent, ils montent encore, et sur- 
prennent l'ennemi qui va lâcher pied, quand, à la faveur 
du jour qui commence à poindre, les Sardes s'aperçoivent 
qu'ils ont devant eux une poignée d'assaillants. Ils s'y 
reprennent aussitôt et envoient sur les nôtres balles, 
pierres, quartiers de rochers. Masséna, entraînant les 
siens, achève l'escalade, déloge l'ennemi qui gagne une 
autre position non moins inexpugnable, appelée le Brec 
d'Utelle. 11 n'abandonne pas la partie. Il entraîne après 
lui officiers et soldats qui, portant à bras une pièce de 
quatre, gravissent le Brec, six heures durant, et se met- 
tent à canonner le camp retranché des Austro-Sardes; 
grenadiers et chasseurs avancent en même temps, la 
baïonnette en avant, et mettent la terreur dans le camp 
de la Suse. Le chevalier de Carrette, l'épée à la main, veut 
arrêter les fuyards. C'est inutile ; Bianza et Capucine 
tombent parmi les morts. Despinoy, de rocher en rocher, 
poursuit la retraite jusqu'à Figaret qu'il emporte aussi ; il 
s'empare de 300 tentes, de 400 mulets chargés de baga- 
ges, de 12 pièces de canon et fait 300 prisonniers. Mas- 



CONVENTION NATIONALE (1793) 213 

séna va sur la redoute de Somme-Lougue, l'une des bran- 
ches du Seirol, et l'occupe, interceptant ainsi toute com- 
munication entre le camp de Seirol et celui de Belvédère. 
U trouve encore l'arrière-garde de de Wins aux ordres de 
Brintano qui défilait par Valdeblore. Mais il dut se retirer 
devant l'artillerie de Tête des Pins, ce qu'il fit en bon 
ordre, bien que harcelé par le comte Alligati, aide-de- 
camp de Saint-André. Cette dernière expédition complé- 
tait les précédents exploits. Masséna obtint alors, ainsi 
que Despinoy , d'aller prendre part au siège de Toulon. 

Pendant que le siège de Toulon se continuait, et que 
Robespierre jeune et Ricord n'avaient plus rien à craindre 
de l'armée austro-sarde, nos représentants du peuple se 
hâtaient d'établir les nouvelles institutions républicaines. 
Le parti de la Montagne dominait depuis que les têtes des 
Girondins étaient tombées sous le fatal couteau. L'instru- 
ment tranchait sans discontinuer sur tous les points de la 
France ; les prisons étaient combles. Pour rompre avec 
les anciens usages, soit politiques, soit religieux, on com- 
mençait à dater l'année de l'équinoxe d'automne, on 
changeait les noms des mois ; la semaine n'était plus de 
sept jours, mais de dix. Chaque dix jours, il fallait chômer 
et se rendre dans le temple décadaire pour offrir ses hom- 
mages à la Raison. Une femme représentant la Raison 
était placée sur les autels. On lisait les Droits deVhommej 
on les commentait et l'on chantait des hymnes patrioti- 
ques. Quiconque n'assistait pas aux assemblées décadaires, 
quiconque fêtait le dimanche était réputé suspect. Le 
catholicisme était proscrit, les églises fermées ; ce qu'il 
restait encore de vases sacrés partait pour la monnaie. 

Tout ce qui portait le nom de quelque saint ou quelque 
titre : villages, rues, personnes, changeait de nom. A 
Antibes, la place Sainte-Claire prit le nom d'Égalité, celle 
du Saint-Esprit, le nom de place de la Liberté. Il y eut 
partout des rues dites des Sans-Culotte, rue de la Car- 



214 CHAPITRE m 

magnole, etc. C'était être suspect que de s'appeler autre- 
ment que citoyen, citoyenne, que de se dire vous. Il 
y avait Tordre d'anéantir châteaux, tours, emblèmes 
monarchiques, religieux, signes nobiliaires ou féodaux. 
On en voulait surtout aux prêtres. Fréron disait aux 
Niçois, 18 novembre 1793 : < Le châtiment des prêtres 
doit suivre de près le châtiment des rois, leur empire 
n'étant fondé que sur le charlatanisme et les préjugés. > 
On frémit en relisant de pareils discours. Et les lâches séi- 
des de ces républicains rouges se pliaient à leurs ordres. 
On s'acharna contre tout signe religieux ou royal. On se 
mit même à recueillir tous les papiers armoiries ou à face 
royale et seigneuriale. On les amoncelait siir les places 
publiques, on les brûlait, en faisant des rondeaux autour 
du feu . —A Vence, on apporta à la mairie les statues du Cal- 
vaire. Un des officiers municipaux étant à la mairie, dit : 
€ Prenons de ce bois du Calvaire, et voyons comment on 
s'y chauffe. > A peine y eut-il mis le feu, qu'il se sentit 
suffoqué, sortit, et, arrivé sur la porte de Thôtel-de -ville, 
il ftit fVappé d'apoplexie foudroyante. Un certain individu 
du comté de Nice, appelé Brûle bon DieUy sera frappé de 
cécité et montré au pays comme un exemple du châti- 
ment céleste. Un autre, qui avait fait sa fortune avec les 
biens de l'Église, sera trouvé mort dans sa cave, la tête 
sur ses richesses entassées. Nous n'en finirions pas de ra- 
conter, si nous les énumérions ici, tous ces châtiments de 
Dieu dans notre seule contrée. 

Avec cette ère qui devait procurer le bonheur à l'uni- 
vers, des plaintes arrivaient de tous côtés à la Conven- 
tion sur la misère des populations, sur la rareté des subs- 
tances et du numéraire ; on décréta qu'on fixerait le 
maœimum de tous les objets de consommation, les salaires 
des ouvriers. Nous avons entre les mains le maximum 
établi pour Grasse, Antibes, Nice et Vence. Mais ces 
mesures réglementsdres ne servaient à rien. Au contraire, 



CONVENTION NATIONALE (1793) «15 

les marchands refusaient de vendre ou fermaient leurs ma- 
gasins ; les acheteurs insistaient, les officiers municipaux 
contraignaient d'observer la loi . De là de continuels con- 
flits et des révoltes partout. 

XXI. — PRISE DE TOULON. 

Lepuis le 29 août, notre armée se consumait en vains 
eflorts devant Toulon. Carteaux avait été rappelé, pour 
être incarcéré jusqu'au 9 thermidor. Dugommier le rem- 
placera, ïl sera servi par le génie de Bonaparte. Le 19 
décembre, nos troupes entraient triomphantes dans la 
ville. Mais une honte éternelle pèsera sur la mémoire de 
Barras, pour avoir souillé la victoire par le massacre <le 
huit cents Toulonnais ! Bien plus, après la tuerie : < Que 
ceux qui vivent encore , s'écria-t-il , se relèvent , la 
République leur pardonne. » Quelques-uns se redressè- 
rent. Barras ordonna le feu pour les abattre jusqu'au 
dernier. Oui, honte éternelle ! — Bonaparte reçut, ce jour 
même, son brevet de général de brigade, commandant 
Tartillerie de l'armée d'Italie ; Masséna fut chargé du gou- 
vernement de Toulon et Dugommier s'en alla à l'armée 
des Pyrénées. Hoche le remplaça aux Alpes-Maritimes. 

La prise de Toulon remplit la France d'un enthousiasme 
universel. Les feuilles publiques, les délibérations des 
divers corps d'administration se mettent à l'unisson de la 
Convention pour flétrir Toulon^ l'infâme Toulon^ cette 
ville exécrable. 

C'est Nice qui parle : < Grâces aux travaux de l'immor- 
telle montagne, grâces aux intrépides défenseurs de la 
liberté, Toulon, l'infâme Toulon n'a pu résister aux pha- 
langes armées pour la défense des droits imprescriptibles 
de tous les hommes. Cette horde d'esclaves, teinte du 
sang des plus zélés patriotes, les lâches satellites des bri- 
gands couronnés ont fui aux approches des braves sans- 



tH CSAPCnEE ni 

eojocce. STIs odt ea «^ïeuiKs bAcneiix sieoès. Ds n^en sont 
rc:d<eT&h<l<es '^ii'à La ^TÛiâon. L*-jr et le fanatisme, voilà 
kars ars&es* La rais:n« r>:« «iroôsw Fainoar de la patrie, 

ToiU 1-=^ nlrvr-es TooI'jo n'esi /los^ Fabondance va 

ren;il:rr. i^ mers »:rL.t Ifores. T>aloîi n'esi plos, TÎve la 
liéprx'Aiine l > Aiijsi «Vïprimaiî la soeîéié populaire de 
Xîce. L';^r€S&^ «ie la macicipalîté reproduit les menus 



Le soir, la Tiile slilomiiia ; le lendemaiii, les aut^tës 
et les sociétés se rendirent sur la place de la Répibliqoe 
((dace Victor), devant lliôtd de la Patrie pour fèier cette 
heureose victoire. Les cris mille fois répétés dâ : Vive la 
Répabliqae ! Vive la Montagne ! accompagiaient cette 
marche civique. Le bruit de Tartillerie et d6 la mousque- 
terie se mêlait aux chants joyeux et à la musique. Pois 
toas, citovens, citoyennes, cheis et soldats, généraux 
eux-mêmes dansèrent la farandole autour de Tarbre de la 
liberté. Une fête solennelle fut décrétée pour le 10 mars. 
A cause du mauvais temps, elle n^eut lieu que le £0. Le 
cortège partit du Temple de la Raison. Deux cents Génois 
venaient fraterniser avec Nice. En tète marchait la moitié 
de la gendarmerie à cheval ; la plus grande partie des 
trou[>es formait la haie. Quati-e sapeurs costumés précé- 
daient^ deux pièces d'artillerie, une partie des tambours, 
une compagnie de grenadiers, Tétat-major, la marine, 
les Génois, le tribunal militaire, une pierre de la Bastille, 
escortée par le Comité de Surveillance, un vieillard âgé de 
cent deux ans, assis sur une charrue traînée par deux che- 
vaux et entourée d*un bataillon d'enfants, la société popu- 
laire, la musique suivie des instituteurs de Técole des 
mœurs, c'est-à-dire les acteurs, sept devises en vers, 
portées par des membres de la Société en l'honneur de 
Brutus, Rousseau, Marat, Lepelletier, Chalier, Bayle, 
Gasparin ; un Hercule, symbole de la force du peuple ; la 
déesse de la Liberté, la républicaine Cary, couronnée de 



CONVENTION NATIONALE (1793) Î17 

lauriers, et portée sur un char par huit guerriers, dont 
quatre vêtus à la romaine, et quatre en sans-culotte ; 
quatre citoyennes vêtues de blanc et ornées d'écharpes, 
accompagnaient la déesse, tenant des guirlandes de fleurs ; 
le département, le district, la municipalité, les tribimaux, 
des tambours, un bataillon de la garnison ; un char por- 
tant quatre républicains, représentant les vainqueurs de 
Toulon et foulant aux pieds les drapeaux des puissances 
coalisées. Sur le devant du char, était placé le génie de la 
Nature, tenant les rênes des quatre chevaux. Grand nom- 
bre de citoyens vêtus de blanc Tentouraient portant des 
branches de laurier et de myrte. Un bataillon de la garni- 
son, et le reste de la gendarmerie à cheval fermaient la 
marche. On traversa la ville en chantant des hymnes 
patriotiques. Sur la place de la République, l'estrade avec 
ses quatre autels avait été magnifiquement décorée. Un 
bûcher se dressait du côté de la porte de la République. 
C'est là que les vainqueurs de Toulon brûlèrent les éten- 
dards maudits. La déesse fut portée sur Tau tel de la Patrie ; 
les autorités placées autour d'elle lui rendirent hommage. 
Le cortège revint par le Port, et de là au Temple de la 
Raison. Il y eut un banquet civique ; chaque citoyen 
avait sa table devant sa maison ; ceux qui avaient suivi le 
cortège trouvaient partout de quoi se rafraîtîhir. La joie, 
la liberté, firent les honneurs du repas ; l'égalité y prési- 
dait. Nos frères, nos sœurs, et les Génois dansèrent toute 
la journée sur les diff^érentes places. Le soir il y eut feu de 
joie, illumination. Ça ira! et Vive la République ! > Sui- 
vent les signatures des commissaires chargés des disposi- 
tions de la fête. Le sieur Berthoud avait composé les de- 
vises, les inscriptions et rédigé le compte-rendu (1). 

Ces banquets civiques se renouvelèrent assez fréquem- 
ment. A chaque décade, on devait dresser la table dans la 
rue, si bien que chacun avait droit de s'y asseoir pour 

(1) Exiioire de Nicê, par M. Toselli. 



218 CHAPITRE m 

manger et boire, pourvu qu'il criât : Vive la Répu- 
blique ! 

A Vence, il y eut aussi de ces banquets républicains : 
< Le 2 décembre, disait Chabert. président de la Société 
populaire, nous avons dîné ensemble trois cents républi- 
cains, près de l'arbre de la Liberté. La journée s'est passée 
en fête, et le soir il y a eu illumination. On a apporté à la 
commune les statues du calvaire et ^us les instruments 
du fanatisme. Nous allons faire partir pour la monnaie ce 
que nous avons encore d'or et d'argenterie des églises. La 
cloche qui nous reste va être envoyée à la fonderie. Qu'on 
ne dise plus que nous sommes des aristocrates. < ÇSa ira, 
ça ira, ça ira et ça tiendra ! Vive la République. 

Le 20 décembre, le comité de Surveillance et la société 
des Sans-Culotte, rédigent l'adresse suivante à la Con- 
vention : € Citoyens représentants, nous avons reçu la 
Constitution avec transport et reconnaissance...; nous 
avons applaudi à toutes les mesures que vous avez prises 
malgré les promesses et les menaces des infâmes Ton- 
lonnais qui voulaient nous entraîner dans leurs coupables 
projets. Nous défendrons au péril de notre vie cette Cons- 
titution sublime dont nous n'eussions jamais joui, si les 
crapeaiùx du marais qui vous ont tant calomniés étaient 
plus longtemps restés dans notre sein.... Restez à votre 
poste jusqu'à ce que la Constitution soit affermie ou par une 
paix solide ou par la destruction entière de nos ennemis. 
Le salut de la patrie le demande et le terme ne peut être 
éloigné. Partout nos armées sont victorieuses ; au dehors 
la lumière perce, les droits de l'homme germent, et les 
peuples l'aperçoivent dans leur aveuglement. Au dedans 
Taristocratie et le fanatisme sont aux abois. Le glaive 
de la loi se promène sur les têtes des coupables, et les mé- 
contents eux-mêmes avouent qu'il n'y a de salut que dans 
la République.... Chez nous l'esprit public est à une telle 
hauteur que les plus grands sacrifices ne coûtent rien. 



CONVENTION NATIONALE (1793) 219 

Les vertus morales qui font le fondement de la République 
ont pris la place de Tégoïsme et vont consolider la Consti- 
tution, et avec elle le bonheur de la France et du genre 
humain. > 

Quand le citoyen Vanoly appporta à Vence la nouvelle 
de la prise de Toulon, ce fut à qui l'embrasserait ; les fem- 
mes dansaient la farandole dans les rues, chacun agitait 
son mouchoir, lançait son chapeau en Tair. On envoya 
féliciter nos représentants à Toulon. Saint-Paul fit de 
même, criant contre les infâmes ToulonnaiSy et Vence, 
contre cette ville infâme. A la fête qui se donna, ce fut 
la femme du boucher Sardy qui joua le rôle de déesse de 
la Raison... 

Vence comptait pourtant parmi ses citoyens fusillés à 
Toulon, les heutenants Blacas, Guigou, et autres. Antibes 
et Grasse avaient aussi leurs victimes. 

Le conseil d'Antibes écrivit en ces termes aux commis- 
saires de la République à Toulon : < Nous venons d'ap- 
prendre rheureuse nouvelle de la prise des forts de Toulon, 
de la fuite des ennemis, et de l'entrée de l'armée de la 
République dans la ville. Cet heureux événement, cher à 
tout bon Français, est un acheminement à la paix. Nous 
le devons autant à la valeur de nos troupes qu'à la con- 
duite sage et glorieuse des citoyens représentants du 
peuple, et des citoyens généraux. > Les citoyens Auguste 
Baliste et Michel Bonneau se rendirent à Toulon pour 
porter cette adresse. 

Pour prouver leur dévouement à la Patrie, les Antibois 
envoient aussi ce qui leur reste d'or et d'argenterie des 
églises ; ils rappellent, que les citoyens de leur commune 
se sont distingués dans tous les temps par leur civisme et 
par la pureté de leurs principes ; qu'en 1790, ils ont déjà 
envoyé à l'Assemblée Constituante soixante-quinze marcs 
d'argenterie ; qu'ils en ont encore envoyé dans le mois de 
janvier dernier, et qu'aujourd'hui ils font un nouveau don 



220 CHAPITRE HI 

patriotique ; qu'ils y ajoutent sept croix de Saint-Louis, 
remises par les citoyens L. A. Lombard, L. J. Boyer, etc. 
Le 2 janvier (20 nivôse j, la fête de la conquête de la 
traître ville de Toulon^ se célèbre avec feu de joie, jeux 
gymnastiques, prix, bal, où tous les braves Sans^ulotte, 
sont invités : rafraîchissements pour tous. 
Lisons-en, du reste, le compte-rendu officiel : 
€ 11 y a OU revue sur les glacis, deux corps de cavalerie 
escortaient l'infanterie ; corps d'artillerie, de génie, toute 
l'administration au grand complet. De là on se rendit sur 
la place, où s'élevait l'autel de la Patrie. A droite, près 
des drapeaux et des guidons, se tenaient trois jeunes 
citoyens, représentant les déesses de la Liberté, de l'Éga- 
lité et de la Justice. A gauche, sur un échafaud, on avait 
placé tous les attributs de la ci-devant Royauté. On les 
brftla aux cris de Vive la République ! Mort aux tyrans ! 
On chanta les hymnes patriotiques accoutumés. Enfin on 
se mit on marche vers le temple de la Raison. Des déta- 
chements du 91®, des bataillons révolutionnaires de Salon, 
doSisteron, de Castellane, de la garde nationale de Grasse 
garniront la nef. Le citoyen Lamare Guillaume monta en 
chaire où il dit entre autres choses : Citoyens républi- 
eains, Toulon n'est plus. > Et imitant le prophète parlant 
de Tyr ou de Babylone: < Cette ville suspecte, jadis si 
reoommandablo par sa force, par la valeur et la fidélité de 
ses citoyens, enorgueillie d'être devenue un dépôt impor- 
tant d(îs forces navales de la République, vient de subir la 
juste ptinition due aux traîtres. Un décret de la Conven- 
tion ordonne la démolition de toutes ses maisons à l'inté- 
rieur, et change son nom en celui de Port de la Montagne. 
Tel est le châtiment bien mérité de cette ville. Les Tou- 
lounais n'ont pas voulu être heureux, puisqu'ils n'ont 
I)as voulu rester fidèles à la loi et à la nation. Ils ont eu la 
lâche perfidie de se livrer aux Anglais, d'appeler dans 
notre sein une nation qui n'a point gardé la foi des traités 



CONVENTION NATIONALE (1793) 221 

et qui ne s'est jamais réjouie que de nos malheurs. Quel 
était votre esprit, Toulonnais, en faisant de votre ville 
un repaire de brigands ? Vous comptiez sans nos valeu- 
reux républicains. vous, mes chers concitoyens, cette 
conquête vous est doublement chèr(3. Des personnes mal 
intentionnées ont été assez lâches que de vous accuser de 
coalition avec l'infâme Toulon. Forts de notre innocence, 
nous n'avons eu qu'à opposer le silence à cette calomnie. 
Un ange tutélaire qui connaît vos cœurs et qui sera tou- 
jours cher à la commune a repoussé avec indignation une 
telle dénonciation.... Modérés dans l'attaque, forts dans 
le danger, c'est la devise des grandes âmes. > 

D'autres discours ont suivi. Le soir, il y a enjeux, bal, 
illumination. On a déféré l'honneur de distribuer les prix 
au citoyen général et au citoyen Michel Bonneau, prési- 
dent du club patriotique. Le bal a duré jusqu'à quatre 
heures du matin. 

Le citoyen Lamare» Guillaume était l'orateur de la Cité. 
Chaque décade, il montait en chaire pour expliquer les 
décrets de la Convention et les droits de l'homme. Un 
chœur chantait des hymnes patriotiques. 

Grasse dira : < Les cloches sont une des armes dont le 
fanatisme s'est servi jusqu'à ce jour contre les patriotes ; 
nous devons, en vrais républicains, les transformer en 
canons pour foudroyer les traîtres et les tyrans. . . Le fana- 
tisme a perdu l'exécrable Vendée. C'est aux Sociétés 
populaires à seconder les efforts des administrations pour 
l'extirper de notre sol. > On écrira à ceux de Cannes :< Con- 
tinuez, citoyens collègues, à porter le flambeau républi- 
cain dans tous les replis où peuvent se cacher encore la 
malveillance et la trahison. Tonnez, frappez, renversez, 
édifiez, nous approuvons tout ce que vous avez fait. 
Détruisez le fanatisme, éclairez le peuple, purgez le pays 
des infâmes aristocrates, protégez les sans-culotte, pro- 
pagez le républicanisme, faites à toute cette masse infecte 



222 CHAPITRE III 

de corruption et de mensonge cette guerre implacable que 
nous leur avons vouée. > 

La nouvelle de la prise de Toulon y excita des trans- 
ports d'allégresse. Dès le 20 décembre on dressait Tautel 
de la Patrie sur le Cours. 

La garde nationale, les autorités, la Société populaire 
s'y rendirent musique et tambours en tête. Des femmes se 
déguisèrent en amazones, allant au milieu du cortège. Le 
soir, il y eut farandoles, et illumination. On envoya une 
députation à Toulon féliciter nos Sauveurs du midi. Le 
sieur Sanglier avait toujours le commandement de la 
place de Grasse. Le 30 décembre, ce fut la fête officielle 
pour la reddition de V infâme Totdon. Cette fois, on 
organisa un grand banquet et le bal dura jusqu'à minuit. 



1794. 



Les ténèbres s'épaississent de plus en plus. La Conven- 
tion, depuis la mort de Louis XVI, semble poursuivie par 
le spectre sanglant de la Monarchie. Se déchirant elle- 
même, elle ne garde plus aucune modération. Qui se sert 
du glaive périra par le glaive. Elle envoie la faction la 
plus modérée à la guillotine, 31 octobre 1793 ; elle défie 
l'étranger qui la menace par l'exécution de l'infortunée 
Marie- Antoinette ; elle abat la tête de la monarchie con- 
stitutionnelle, en guillotinant Philippe Égalité qui avait 
tout sacrifié, même son honneur, à la révolution ; deve- 
nue soupçonneuse, elle tue tout ce qu'elle craint, sans 
épargner même, chose inouïe, les êtres les plus inofFensifs, 
les femmes, les enfants, les jeunes filles. Elle envoie une 
samte à l'échafaud, la princesse Elisabeth. Enfin elle a 
peur d'elle-même. On joue au plus fort. Les Hébertistes 
succomberont, 24 mars 1794 ; les Dantonistes, 5* avril 
1794 ; les Robespierristes, 24 juillet 1794. C'est ainsi que 
le grand prêtre lui-même, s'ajoutera à ces hécatombes de 



CONVENTION NATIONALE (1794) 223 

Saturne immolant ses enfants, jusqu'à ce que le grand 
justicier, rhorrible Fouquier Tin ville, finisse cette san- 
glante procession, 8 mars 1875. Qui ne verra par le juge- 
ment de Dieu dans cette marche de la révolution, fermera 
volontairement les yeux à l'évidence. 

Pour châtier ces hommes de sang. Dieu les a laissés se 
faire justice par eux-mêmes. Il existe pourtant des histo- 
riens qui, de nos jours, réhabilitent tous les grands crimi- 
nels, même Judas-Iscariote. .Ce n'est pas que les hommes 
de 93 manquassent d'énergie et de talent. Mais que 
prouve le génie, si on l'emploie pour une mauvaise 
cause, ou si les moyens sont iniques? J'admire dans la 
Convention, l'énergie qu'elle déploie contre la coali- 
tion de l'Europe et contre ce qu'elle appelle la réaction 
intérieure. Mais le sage flétrira toujours l'impiété des 
dictateurs de la Convention, le comité du Salut public, 
les tribunaux révolutionnaires, en un mot, le régime delà 
Terreur, la guillotine en permanence dans toutes les villes 
de la France, le sang des Français versé par des Français. 

XXII. — LA GUILLOTINE. 

Les églises de Grasse et de Vence devaient avoir leurs 
martyrs. L'abbé Olivier monta sur l'échafaud à Grasse. 
Le chanoine Mars de Vence l'y suivit. Jacques Mars 
gémissait depuis plus d'un an dans les prisons de Grasse. 
Son procès ne fut définitif que le 26 janvier 1794, et le 
lendemain sa tête tombait sous le couteau de la guillotine. 
Le citoyen Lombard de Grasse en avisa en ces termes la 
municipalité de Vence, en envoyant l'arrêt imprimé du 
tribunal révolutionnaire : < Vous trouverez ci-joint un 
exemplaire du jugement rendu par le tribunal qui con- 
damne à la peine de mort Jacques Mars, prêtre, ci-devant 
théologal de Vence, pour cause d'émigration. > 

A Nice, la guillotine restait en permanence sur la place 



224 CHAPITRE III 

de l'Égalité (Saint-Dominique). Tous ces emprisonne- 
ments, toutes ces exécutions se faisaient au nom de la 
Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité. La Convention 
avait aboli la peine de mort, et jamais gouvernement 
n'assassina plus d'honnêtes citoyens. On eut dit l'enfer 
déchaîné sur la terre. On demandait à une femme d'An- 
tibes. G"*, pourquoi elle achetait des nerfs de bœuf : 
€ C'est pour étrangler les aristocrates >, répondit-elle. 
Une femme de Nice, dans un banquet républicain, servant 
une tète de veau et y enfonçant le couteau : < Que je vou- 
drais que ce fût une tête d'aristocrate, ou celle du despote 
sarde, je m'en donnerais à cœur joie. > Comment en eut- 
il été autrement quand la Convention ordonnait dans 
toutes les communes la fête de l'assassinat du 21 janvier? 
La société populaire de Grasse écrivait ces lignes le 11 
février 1794 (23 pluv., an ii) : < La société populaire s'est 
jointe à l'administration centrale pour assister au jtcge- 
ment du dernier tyran de France, dont l'effigie a été 
livrée à l'exécuteur du juge criminel et conduit à la place 
ordinaire des exécutions. Toutes les autorités et tous les 
citoyens ont manifesté leurs sentiments républicains, 
quand on a fait la décolation . Ils ont fait retentir les cris 
de : Vive la République ! Cette cérémonie a été précédée 
d'une distribution de pain. Le soir, il y a eu farandole, 
illuminations, bal jusqu'à minuit. > 

L'arrivée successive à Nice des représentants Salicetti, 
Ricord et Robespierre jeune, avait fait adopter les mesures 
révolutionnaires avec une nouvelle rigueur. Quand Mas- 
séna, revint de Toulon, avec ses 8,000 hommes, l'enthou- 
siasme révolutionnaire s'accrut encore, et les habitants 
ressentirent une recrudescence par l'ardeur des clubs, et 
surtout de celui des sans-culotte à dénoncer, à proscrire, 
à persécuter. Ce n'est pas tout. Aux craintes de l'intérieur 
se joignaient celles de l'ennemi qui régnait en maître 
dans la Méditerranée. On organisa partout des ateliers de 



CONVENTION NATIONALE (1794) 225 

salpêtre, de confection d'habilIements.Les filles des riches, 
sous le nom de muscadines, travaillaient à l'atelier dit 
rÉthieullier, au couvent Sainte-Claire, pour remettre en 
état les tentes, les sacs et effets de campement. La femme 
du représentant Ricord dirigeait un autre atelier pour l6 
linge des soldats. Elle confectionna à elle seule plus 
de mille chemises. Grasse a 104 cordonniers qui doivent 
fournir de 7 à 800 souliers par décade. On paie au prix du 
maximum. Malheur à qui travaille pour soi ; il est consi- 
déré comme antipatriote ! Le 23 avril, le district de Grasse 
enverra encore 48 cloches ou 15,757 kilogr. de métal et 
908 kilogr. de cuivre rouge. 

L'administration centrale et le comité de surveillance 
rendent compte à la Convention de l'état des esprits : 
€ L'esprit public est bon ; mais l'ignorance est le partage 
d'un grand nombre. Nous avons grand besoin d'institu- 
teurs primaires. Nous sommes trop près du Prêtre-Roi 
(le Pape), pour que l'on ne soit pas un peu encroûté, sur- 
tout dans les villages ; les ministres du Christ y perdent, 
il est vrai, chaque jour de leur influence, mais on n'arri- 
vera à éclairer le peuple qu'en établissant dans les villes et 
dans les villages des instituteurs et des institutrices pa- 
triotes. C'est le seul moyen de former une nouvelle géné- 
ration. La plus grande tranquillité règne dans le district, 
mais non pas de cette tranquillité stupide qui est le partage 
des esclaves : c'est celle de vrais républicains due à l'ob- 
servation littérale de la loi, à l'active vigilance des ma- 
gistrats et de tous les fonctionnaires publics. Le pain est 
abondant, grâce aux sages mesures des représentants. 
Les vaisseaux ennemis ont paru encore hier, 6 février, 
sur nos parages. 11 est nécessaire que les vaisseaux échap- 
pés aux flammes des infâmes Toulonnais, montés par des 
vrais sans-culotte, sortent du port de la Montagne pour 
purger nos mers de ces barbares. L'esprit pablic est à la 
hauteur des circonstances. Les ennemis de la chose publi- 

15 



226 CHAPITRE m 

que sont anéantis. Lies prêtres de Jésus perdent de leur 
crédit, tandis que ceux du temple de la Raison progres- 
sent. La génération future n'aura pas d'autre culte. > 

Lies prisons de Grasse n'en avaient pas moins à elles 
seules 500 suspects incarcérés qui s'attendaient de jour en 
jour à être exécutés. Malgré la terreur, les fêtes se succé- 
daient. Le 10 mars.Vence plantait un arbre de la Liberté. 
Le conseil municipal, le club des sans-culotte, le comité 
de surveillance, la justice de paix, la garde nationale et le 
3* bataillon du 23® régiment se rendaient à la place-vieille 
au chant des hymnes patriotiques. Le citoyen Bérenger 
prit la parole : < Citoyens, dit-il , nous avons planté cet 
arbre afin qu'il fleurisse sous l'égide delà Cîonstitution, et 
qu'il soit une image vivante de la Liberté. La loi en confie 
la garde aux bons citoyens. Arbre fortuné et chéri, tu eà 
redevable au peuple dont tu portes le nom d'un choix si 
honorable. Puisses-tu pousser de profondes racines, élever 
ta tète jusqu'aux cieux et nous voir bientôt sous ton om- 
brage chanter les faits inouïs, les miracles de la Révolu- 
tion et recueillir les doux fruits de la République ! Auprès 
de lui, citoyens, nous avons planté quatre jeunes lauriers 
qui ne craignent ni la hache qui peut les multiplier, ni la 
foudre qui peut les atteindre. Us annonceront à la posté* 
rite les victoires de la Liberté contre le despotisme. Sem- 
blable aux armées formidables dont la République est 
environnée, la haie qui entoure ces arbres précieux, les 
garantira aussi de toute atteinte. Citoyens, que cet arbre 
soit pour nous le point de ralliement. Arrosons-le de 
notre sang, s'il le faut, et mourons à ses pieds plutôt que 
de redevenir esclaves. Arbre sacré, tu vois ici de braves 
militaires , des défenseurs intrépides encore chargés des 
lauriers qu'ils ont cueillis à Ville-Affranchie et au Port de 
la Montagne, toujours prêts à vei*ser leur sang pour ta 
défense et ta prospérité! Liberté, Égalité sainte, sublime 
Constitution, vous triompherez de tous vos ennemis, les 



CONVENTION NATIONALE (1794) 227 

despotes disparaîtront de la surface du globe et les droits 
de rhomme assureront partout le bonheur. > On applau- 
dit, on fit festin, et le soir on dansa, onillumina.Mais quelle 
joie pouvait être celle de la plupart des Vençoisqui voyaient 
le glaive suspendu sur un grand nombre d'entre eux em- 
prisonnes à Grasse, à Nice, à Lorgnes, à Draguignan, à 
Fréjus?Ils étaient parvenus à se débarrasser, il est vrai, du 
plus terrible de leurs terroristes, Vanoly, qu'on déportait 
à Cayenne le 8 mars. Gourmettes était mort d'une fièvre 
chaude. Son corps décomposé jetait une telle odeur que 
personne n'osait l'approcher. On eut beaucoup de peine à 
trouver des porteurs, même en les payant, pour le con- 
duire au cimetière ; et bien plus, ce fut par une pluie tor- 
rentielle qu'eut lieu le convoi. Le comité de surveillance, 
la société des sans-culotte et la commune, s'unissant alors 
dans un même sentiment de vrai patriotisme, se hasardè- 
rent à rédiger une adresse à Robespierre, afin d'obtenir 
l'élargissement de leurs compatriotes détenus à Nice. Les 
députés se rendirent dans cette ville ; mais quand le secré- 
taire de Robespierre le jeune connut l'objet de leur mis- 
sion : € Écoutez-moi, leur dit-il, Robespierre en lisant 
votre adresse signée reconnaîtra parmi vous les dénon- 
ciateurs de ceux dont vous venez aujourd'hui demander 
la grâce. Il vous fera coffrer. Groyez-moi, fuyez au plus 
vite. > Ils prirent en effet le large, car le soir même, les 
gendarmes étaient à leurs trousses. Les députés vençois 
échouèrent de même à Draguignan et à Vence. 

Antibes était allée, le 5 février, à Nice rendre ses hontr- 
mages au représentant Ricord et lui demander aide et 
protection. Elle protestait de son dévouement à la chose 
publique, et de sa confiance dans les travaux de la Conven- 
tion. Le citoyen Lamarre (Guillaume) s'était chargé de 
discourir dans le Temple de la Raison, les jours décadaires. 
Le 17 février, Ricord étant venu rendre visite aux Anti- 
bois, on lui fit une très-belle réception. Il promit de les 



t^ GBAPITRE m 

aider de tout son poaToir ; il asasta à la société populaire, 
n y eut revae. dîner et réjouissance publique. Le 18 
fëvrier, il assista à l^inauguration d'une statue de la liberté. 
Les généraux Masséna (André) et Barquier se trouvaient 
à la salle de la société populaire, d'où partit le cort^. 
Toute la troupe et la garde nationale formaient la haie. 
Lamarre prononça un discours remarquable, dans leqnd 
il traita rapidement l'histoire d'Antibes. < Descendants des 
Grecs-Phocéens, les Antibois seront toujours unis pour 
défendre la République et la liberté. Ils ont dans tous les 
temps réprimé Tennemi extérieur. A la Hogue, la Tille 
d'Antibes a eu six cents chefs de famille qui ont combatta 
au plus fort du danger et ont donné leur vie pour la patrie. 
Eq 1592, cette place était tombée au pouvoir du duc de 
Savoie, les habitants surprirent pendant la nuit la gamiaoD 
et l'en chassèrent. En 1707, l'ennemi tenta vainement de 
prendre Antibes. En 1746, elle soutint un blocus de qua- 
rante-six jours. Si nous avons ainsi combattu sous des 
rois et des tyrans, que sera-ce en combattant pour la 
liberté, pour nos femmes, nos enfants et nos biens? 
Citoyen représentant, pénètre-toi bien de ces idées, elles 
nous justifieront pleinement à tes yeux de cette nouveUe 
calomnie que des imbéciles ont glissée dans certaines feuil- 
les : que deux Sans-Culotte avaient empêché de livrer cette 
place aux Anglais. Tu diras à la Convention que nous 
répondons sur nos tètes de la fidélité des citoyens d^Anti» 
bes et qu'ils n'ont pas de plus ardent désir que donner 
jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la liberté et 
régalité, pour le maintien de la République une et indivisi- 
ble. Vive la Montagne, la vertueuse Montagne^ vivent les 
Sans-Culotte ! Vive la République ! > Tous répétèrent ces 
cris. 

€ Et toi, Masséna, cette commune compte sur tes yertot, 
sur ta fidélité autant que sur ton habilité et ton courage. 
Elle espère que tu ne la feras jamais rougir de t'avoir 



CONVENTION NATIONALE (1794) 229 

adopté et elle apprendra par tes succès que tu n'as pas 
trompé la confiance de la République et son attente. 
Toulon et les montagnes t'ont déjà vu à la tète de nos 
colonnes, renverser avec gloire et succès les phalanges 
ennemies. Rien ne coûtera à tes frères d'armes, je le lis 
dans leurs cœurs, d'affronter avec toi les plus grands dan- 
gers ; ils ont tous la plus grande envie de te suivre dans tes 
expéditions et de partager avec toi les périls et la gloire. > 
Des salves d'applaudissements accueillent cet éloge de 
Masséna, tant aimé de ses soldats. 

On achève la cérémonie en brûlant sur un bûcher Teffi- 
gie du tyran, et des tableaux portant les marques de la 
royauté. Un dîner patriotique de cent cinquante couverts 
suivit. Le soir il y eut bal et illumination. Le 9 février, 
nous trouvons enregistrés à Antibes les certificats de ci- 
visme de Masséna André, général de division et de Marie 
Rosalie Lamarre, sa femme. Puis il se rendit à l'armée 
d'Italie. Quelques jours après, le citoyen MioUis, général 
de brigade, était promu au commandement d'Antibes, et 
des îles Pelletier et Marat (Lérins), en remplacement du 
général Barquier. Du Moulin sera toujours au fort Carré. 
Le général d'Hilaire succédera à Miollis, le 8 avril, avec 
Marcel Masséna, oncle du général, qui remplacera Du 
Moulin. Auguste Berlier y commande l'artillerie et Joseph- 
Alexandre-Nicolas Eyssautier reste commissaire ordonna- 
teur en chef des vivres et subsistances de l'armée d'Italie. 

Pour mieux asseoir encore la République, telle que la 
voulait la Montagne, on avait partout épuré ou renouvelé 
les administrations. A Antibes, on avait élu agent natio- 
nal, Léonore Bernardy ; maire, Guillaume Lamarre, 
Louis Dolle, président du comité de Surveillance, Nicolas 
Graillier conservait la justice de paix, Joseph Serrât était 
président du tribunal de commerce. 

A Grasse, on nomma Pierre Girard cadet, agent natio- 
nal du directoire ; François Gasq, président du tribunal 



230 CHAPITRE HI 

civil ; Maxime Isnard, président du tribunal de commerce; 
Maxime Roubaud, agent national de la commune ; Marc 
Cresp, maire ; J.-J. Niel, président du comité de surveil- 
lance ; H. Gourmes et J. Rey, juges de paix. Le maire de 
Grasse, Marc Cresp, succédait au sieur Girard, dit Bar- 
lette, avocat, qui ne manquait pas d'énergie. 

Nice eut pour président du département, Jacques Audi- 
bert, avec les administrateurs J.-B. Grivel, J.-P. Carlou ; 
J. Lebé, Vidal de Grasse, Pagany, fils, A. Bergoin, F. 
Tourre d'Antibes, et J. Esmengaud, secrétaire général. 

Raymond, de Saint-Laurent du Var, fut président du 
district ; Barrière, de Saint-Jeannet, agent national; Louis 
Villier, maire ; et agent national, Bernard, de Saint^Paul 
du Var. 

Comité de surveillance, Fr. Brun ; tribunal du district, 
président, Antoine Audibert; tribunal de commerce. 
Caisson aîné. 

Tribunal révolutionnaire, Trémoy de Fort-Hercule 
(Monaco), président ; Perrache, fils, de Draguignan, accu- 
sateur public ; les juges de ce tribunal étaient Audibert 
Caille de Bargemon ; P.-H. Roassal de Nice, Bérutti de 
For<>-Hercule, V. Tiranty de Levons, A. Ruffi de Nice. Ce 
comité dut montrer du zèle en face de Robespierre et de 
Ricord, et n'épargner personne. Voici par exemple une 
procédure de vingt-un chefs d'accusation, que nous 
extrayons de l'ouvrage de M. Toselli. Elle est dirigée 
contre les membres de l'administration départementaJe. 
On les accuse : 1*^ D'avoir démoralisé le département ; d'y 
avoir entretenu le fanatisme et le barbétisme ; 29 de 
n'avoir pas voulu des décades et d'avoir préféré le diman- 
che ; d'avoir retardé l'ouverture des écoles centrales, d 
d'avoir voulu nommer aux chaires des prêtres ignorants; 
3* de n'avoir pas érigé les écoles primaires ; 4® d'avoir 
laissé vivre en communauté les moines de Cimiés et toléré 
plus de 1 ,200 prêtres qui ianatisent le département ; d'à- 



CONVENTION NATIONALE (1794) Î31 

voir préparé à Tévêque deNice, avant le 18 fructidor, une 
entrée triomphante ; de ne s'être entourés que d'émigrés, 
d'assassins, et d'avoir avili et persécuté les patriotes ; 
d'avoir empêché la vente de biens des émigrés, et rayé de 
la liste 431 émigrés ; d'avoir permis à Pierre, comte de 
Berre, capitaine des milices, de rester à Berre, malgré la 
loi du 18 fructidor ; d'avoir rayé des émigrés, moyennant 
finances, les deux frères Sauvaïgues, moyennant deux 
cents louis ; le juif Trêves, moyennant soixante-quinze ; 
l'avocat Giacobi pour cent cinquante, l'ex-préfet Botteri, 
pour quatre-vingts, etc., etc. 

On dénoncera et on arrêtera Michel Ange Figuiera, pour 
avoir donné dans un contrat le titre de Majesté au tyran 
Sarde; Joseph Goiran qui a été trouvé sans cocarde, Fran- 
çoise Faraut Gavarri, qui portait une cocarde blanche 
derrière la coiffe ; Dominique et Joseph Castellinard père 
et fils, à cause d'une lettre écrite par eux au tyran ultra- 
montain. On nommait entrepôt la prison principale (an- 
cien couvent des Jésuites). 11 y avait peine de mort pour 
donner asile à un suspect, pour correspondre avec un émi- 
gré, pour passer de l'argent ou des eff'ets à un parent, à 
un fils émigré. Ah ! la mort, s'écrie M. Toselli, elle pla- 
nait sur la tête même des juges, et tout à l'heure elle 
étreindra les montagnards. 

Partout les prisonniers entassés dans des chambres trop 
étroites et sales, couchés sur la paille, se plaignaient à 
Nice, comme à Grasse. La ration consistait en une livre 
de pain noir, et une demi-livre de riz. Le pain était quel- 
quefois si mauvais que les prisonniers, quoique afiamés, 
ne pouvaient le manger. Il en résultait des maladies épi- 
démiques qui gagnaient même la ville. 

La vie luxueuse que menaient les administrateurs con- 
trastait avec cette misère que nous venons de décrire. 
Robespierre le jeune, avocat exalté, beau parleur, quoique 
fanatique ardent de la Révolution , comme son frère, n'en 



232 CHAPITRE III 

avait pas le sérieux. Il était homme de société, ami des 
plaisirs, et peu occupé de Tadministration, dans laquelle 
se commettaient mille fraudes, mille dilapidations, mille 
abus, surtout dans ce qui avait rapport aux troupes. 
tempora ! à mores ! c'était l'état d'une société effondrée, 
comme dun volcan en feu. Les chefs qui désirent gouver- 
ner jetés en dehors de Dieu et soulevés contre Dieu, res- 
semblaient en ce moment aux géants mythologiques 
entassant Pélion sur Ossa, jusqu'à ce que divisés ou tués 
les uns par les autres, Dieu, qui a fait les nations guéris- 
sables, tirât la France de l'abîme. 

Les généraux n'étaient guère plus en sûreté dans leur 
commandement que les simples citoyens. 

Dumerbion, homme d'honneur et d'intelligence, né 
en 1734, ofRcier général en 1790, maréchal de camp en 
1791, et général de division depuis 1792, commandait 
provisoirement l'armée d'Italie ; il avait le bonheur de 
piaille aux représentants. Souvent malade et fatigué d'une 
hernie qui Tempèchait de monter à cheval, il dirigeait 
par le capitaine de génie Mérès et l'adjudant-général 
Chabran. Le général Gautier de Kervéguem, chef d'état- 
major, et le généi^ Vital, commandant le génie, le lais- 
saient faire. Le gouvernement songea d'abord à lui subs- 
tituer Carteaux, puis Hoche. 

XXIII. — HOCHE A NICE. 

Hoche fut en etfet nommé. Né à Versailles en 1768, il 
n'avait encore que vingt-six ans, un an de plus que Bo- 
naparte. Mais 

Avx âmes bien nées 

La Talear ne compte pas le nombre des années. 

Envoyé de Tarmée du Rhin-et-Moselle, où il avait la 
commandement en chef, il arriva à Nice le 30 mars 1794, 
et descendit à une modeste auberge. A pdne étaitr-il à 



CONVENTION NATIONALE (1794) 233 

table, qu'un général entra et demanda à lui parler. Hoche 
l'invita à s'asseoir. Celui-ci refusa et lui annonça qu'il 
était chargé de l'arrêter au nom du Comité du Salut 
public. € Pardon, reprit sèchement le sauveur de Lan- 
dau, je ne me serais jamais douté que vous fissiez l'office 
de gendarme. Mais puisqu'il en est ainsi, à votre aise ; 
seulement laissez-moi achever et dormir, car je suis hor- 
riblement fatigué. Demain je vous suivrai où vous avez 
ordre de me conduire. > 

On se décida à donner le commandement à Dumerbion. 
Age, expérience, prudence dans l'action, sagesse dans le 
conseil, tact exquis, il avait les talents du guerrier et de 
l'administrateur. S'il ne pouvait agir par lui-même, il sut 
connaître ses hommes et les laisser agir en son nom. 

Bonaparte. — Deux gloires se rencontraient à Antibes 
à cette époque : Bonaparte et Masséna . Mais le premier, 
prenant son vol sur les aigles, devait aller plus haut que 
celui qu'il surnomma Venfant chéri de la victoire^ et 
qu'il fera duc de Rivoli et prince d'Essling. Quand il va 
commencer la campagne de 1794 contre les Austro- 
Sardes, il installe sa famille, sa mère et ses trois sœurs, 
au Chàteau-Salé. Les anciens d'Antibes se rappellent 
encore que la mère du général descendait laver son linge 
dans le Riou qui coule au pied du château. Ses frères 
Joseph et Lucien étaient employés dans les subsistances 
militaires : Joseph à Marseille, Lucien à Saint-Maximin. 
Il avait avec lui son plus jeune frère Louis, quoique à 
peine âgé de quinze ans, qui servait dans l'artillerie. Nous 
avons une correspondance de Napoléon avec le sieur 
BerUer, commissaire d'artillerie à Antibes. Le 7 avril, il 
lui ordonne de rétablir la batterie de la pointe de Hle 
Sainte-Marguerite. Il n*aime pas qu'on change les anciens 
noms. Ainsi les îles de Lérins ne doivent pas prendre les 
dénominations nouvelles de Pelletier et de Marat, mais 
conserver leurs anciens noms pour la régularité du service. 



234 CHAPITRE HI 

XXIV. — SAORGE, LA CLEF DES ALPES-MARITIMES. 

Cette place était comme la clef du col do Tende. Les 
batailles du Raous et de TAuthion avaient suffisamment 
démontré qu'on ne la prendrait pas par le col de Raous; ni 
par la vallée de Cairos. Il fallait donc tourner la place et 
y arriver du côté de Pertegal, le seul point vulnérable ; 
mais on devait, pour aller de ce côté, violer la neutralité 
de Gènes. Bonaparte, dans le conseil de guerre, proposa 
le plan d'attaque, Masséna l'appuya, ainsi que Brusca de 
Dolcéacqua, chef du bataillon des sapeurs, et chacun l'ap- 
prouva. Quelle belle réunion de généraux sous les ordres 
de Dumerbion : Bonaparte, l'ami des deux représentants 
Robespierre le jeune et Salicetti, avec Ducos, son aide- 
de-camp, Masséna, Bruslé, Macquard, Garnier, Hamel, 
Lefrançois, Sérurier, Laharpe, Mouret, d'Allemagne, 
Cervoni, Barquier, Pijon, Saint-Hilaire , Dommartin, 
Chabran, Casablanca, Vital, Charton, Gautier do Kerve- 
guène. Il fallait obtenir l'assentiment de la Convention : 
ce qui ne se fit pas attendre. On marcha donc en avant. 

L'armée ennemie composée de 58,000 hommes avait 
pour la commander de Wins, d'EUera à l'aile droite, 
Colli à l'aile gauche. C'était Provéra, d'Argenteau, le 
comte de Bellegarde, le général Radicati, le baron de 
Grimaldi. Manfredi, Octave Maccarani, officier de génie, 
gardaient Saorge sous les ordres de Saint-Amour. 

La ligne défensive qui tenait dix myriamètres de cir- 
cuit couvrait le chemin de Sospel à Tende par Breil et 
Saorge. La droite s'appuyait sur le col d'Enfer, passait au 
Raous en avaiit de Saorge, pour se rattacher au mont 
Bertrand par les cols Ardent, Tanarelle et Rossa, garnis 
de formidables redoutes. Elle décrivait un demi-cercle, 
coupant en deux parties égales la vallée de la Roya. A 
l'extrême droite, un amphithéâtre de retranchements 



CONVENTION NATIONALE (1794) 235 

partant de Belvédère au Capelet, s'adossait au col d'Enfer 
et formait comme un obstacle insurmontable entre les 
vallées de la Vésubie et de la Roya. Eu tirant vers le 
centre, on trouvait le camp formidable de la Marta qui 
sépare deux torrents, affluents de la Roya, entre Breil et 
Fontan. Puis entre les camps de la Marta et de Raous, 
sur une croupe avancée, l'Authion dominant majestueu- 
sement, s'appuyait sur Camp-Argent et sur Millefour-, 
ches. Les chemins de Mangiabo et de Béolet étaient défen- 
dus par des avant-postes. 

Pour parvenir au camp de la Marta, il y avait à tra- 
verser le défilé de Tenarde entre deux rochers où deux 
hommes pouvaient passer à peine. 

Du camp de Marta, en suivant le contrefort qui sépare 
la Roya de la Taggia, on touchait à la redoute du Fel, 
près du bois de Salon, et à la redoute de col Ardent entre 
la gorge de Triola, et celle de la Madone de la Fontaine. 

Enfin on arrivait aux retranchements de Saccarello, 
non moins formidables. 

Restait le col de Tanarello, le plus fréquenté pour passer 
de la gorge de la Briga dans celle où le Tanaro et l'Ara- 
siaont leurs sources, et Col le -Rossa, tous deux non moins 
retranchés que les autres. C'est ainsi que l'ennemi avait 
fortifié les abords de Saorge et du col de Tende. 

On trouva un prétexte de rompre avec Gênes dans 
l'enlèvement de notre frégate la Modeste par les Anglais 
au milieu du port de Gênes. 

On décida dans le plus grand secret d'attaquer de ce 
côté. Notre armée de 36,000 hommes fut partagée en 
trois divisions : Gamier, Macquart et Masséna. Garnier 
eut l'aile gauche pour opérer sur la Vésubie, Macquart 
au centre, eut la division dite de Saorge, et Masséna 
l'aile droite, s'appela la division du Tanaro. Rien d'ad- 
mirable comme le départ de notre armée, 30 mars 1794. 
Dumerbion, malade, resta à Nice laissant le commande- 



236 CHAPITRE III 

ment en chef à Masséna que suivirent Salicetti et Robes- 
pierre le jeune. 

Les 12, 000 hommes de Macquart et les 15, 000 hom- 
mes de Masséna se séparèrent à Menton. La division de 
Saorge, après avoir passé la Roya, se partagea en deux 
colonnes. L'une s'avança par Dolcéacqua pour gagner la 
rive de la Roya ; l'autre par TAlpi pour attaquer le For- 
coin et s'emparer de la Tour d'Abeille. Dallemagne com- 
mandait cette dernière colonne. 

La division Masséna forma deux brigades ; la première 
conduite par Hamel se porta par Menton sur le Tanarde ; 
et la seconde aux ordres de Lebrun, sur le mont Gordales, 
afin d'appuyer la première. Le général Mouret avec 6, 000 
hommes divisés en deux brigades avec Bruslé et Cervoni, 
après avoir occupé Ventimille, prit la Bordighière et 
San-Remo. La réserve composée de 5, 000 hommes aux 
ordres du général Lefrançois s'avança dans la vallée de 
la Nervia. 

Le feld-maréchal de Wins, dit M. d'Auvare dans ses 
mémoires, averti que les Français ne respectaient plus le 
territoire de Gênes, refusa de se rendre aux observations 
qu'on lui fit d'occuper immédiatement les hauteurs de 
Vintimille. Son entêtement le perdit. Il opinait même 
pour qu'on évacuât Saorge et la ligne de l'Authion et 
qu'on se repliât sur le col de Tende. (Mémoires de Saint- 
André.) Quand il comprit que nous arrivions de tous les 
côtés à la fois, il ne sut plus où donner de la tète. Ses géné- 
raux firent bien tout ce qu'ils purent. Le général d'Ellera, 
à l'aile droite, comprit le premier notre plan ; il demanda 
aussitôt des renforts à de Wins ; il confia sa gauche au 
lieutenant-colonel Colli avec les deux généraux de bri- 
gade Provera et Argenteau. Provera couvrait le cours de 
la Tinée, Belvédère, Roquebillère et Saint-Martin-Lan- 
tosque ; Argenteau, les sources du Tanaro et le chemin 
d'Ormée à Saorge par Briga. 



CONVENTION NATIONALE (1794) 237 

La mésintelligence de Wins avec les Piémontais nous 
servit presque autant que le génie de nos généraux. 

Le 16 avril Ponté de Nova^ la clef de la vallée du 
Tanaro, tomba au pouvoir de Mouret ; Ormée fut occupé 
par Masséna secondé par Laharpe et Bruslé ; puis ce fut 
Garessio, posté sur un gros affluent du Tanaro. Aussitôt 
Masséna dépêcha à Dumerbion pour qu'il ordonnât à Gar- 
nier et à Sérurier d'attaquer Belvédère et Saint-Martin- 
Lantosque ; et à Macquard de se porter sur le camp de la 
Marta en toute hâte, afin d'attirer les Austro-Sardes sur 
ces différents points, tandis que lui en profiterait pour 
tomber à l'improviste sur Saorge. 

Garnier reçut l'ordre en effet d'aborder vivement les 
positions de la gauche. 

Masséna partagea son corps d'armée en cinq colonnes. 
La 1'® avec Lebrun gravit le mont Jove, qui domine 
Saorge ; à la 2™«, Masséna avec Hamel, Bruslé, les adju- 
dants généraux Fabre et Langlois, et Bonaparte, for- 
çant le col Tanarello, descendit sur le bois de Samson, 
enleva cette redoute et poursuivit l'ennemi à gauche de 
Briga ; la 3™« colonne de Lefrançois s'empara du mont 
Pellegrino pour aider la 4® colonne à Fiorella, et la 5* au 
col Ardent. 

Le général Dallemagne avançait sur l'Authion par 
Moulinet, et envoyait des troupes du camp de Brouis à la 
Giandola dans les gorges de la Roya pour soutenir l'atta* 
que de Lebrun, de l'autre côté du torrent. 

Les Austro-Sardes, au moment où l'orage s'accumulait 
sur Saorge, commirent faute sur faute. Colli pour se ren- 
forcer dégarnit les camps de la Marta et de Millefourches, 
n'entretint aucune communication avec Argenteau, et ne 
suivit point le mouvement de Masséna; de Wins se 
contenta de couvrir Saint-Dalmas-de-Pédoue où étaient 
les magasins, et laissa ses généraux à leurs propres forces. 

Tout arriva, comme nous l'avions prévu. 



Î38 CHAPITRE HI 

Le 27 avril, il est vrai que nous perdîmes Tadjudant- 
major Langlois à l'attaque de Marta, et le général Bruslé 
à celle du col Ardent, que défendait le comte de Bellegarde. 
Masséna ne se découragea pas. Tout allait bien pour nous 
du côté de TAuthion. Dumerbion avait fait attaquer Mille- 
fourches et TAuthion par Dallemagne, tandis que Bar- 
quier s'avançait sur la Marta. Or il arriva au grand 
étonnement de tous que cette attaque secondaire remplit 
Tobjet qu'on attendait de la première. Les éclaireurs de 
la colonne Barquier ayant délogé les barbets du Colom- 
bier les poursuivirent si chaudement qu'ils entrèrent 
pèle-mèle dans la grande redoute élevée entre les deux 
torrents. La garnison étourdie se rendit à cette poignée 
de braves, à laquelle Dallemagne ne pouvait encore prêter 
son appui. 

Masséna mit à profit cet avantage pour pousser les 
Sardes dans la vallée et les ramener sous le canon de 
Saorge. Le camp de la Marta était en notre pouvoir. La 
nuit vint. 

Colli en profita pour replier ses troupes dans une posi- 
tion intermédiaire; la droite se tint avec d'EUéra, entre le 
Capelet et Saorge ; le front fut couvert par le ravin de 
Cairos qui descend du Raous à Saorge ; le centre sous Vi- 
tale, se plaça entre Tende et Fontan. Bellegard et Radi- 
cati, ayant gravi les hauteurs de Briga, nous laissèrent le 
Raous, Millefourches et TAuthion. La France était ven- 
gée des désastres du 8 et 12 juin 1793. Masséna se tenait 
à Linières. La mort de Radicati le rendit maître des hau- 
teurs de la Brigue, en face de Saint-Dalmas de Tende. 
Saorge était bloqué. 

Si du moins Colli et d'EUéra avaient pris leurs précau- 
tions, ils auraient pu secourir à temps Saorge. 11 n'y eut 
que le baron de Galéra, venu de Tende, et le comte de 
l'Escarène, du Braous, chacun avec des détachements du 
régiment de Nice, qui purent entrer dans la place. Dumer- 



CONVENTION NATIONALE (1794) 239 

bion envoya Tordre de sommer le gouverneur de rendre 
Saorge. 

Dans le conseil de guerre que tint Saint-Amour, les 
sieurs de Galéra, Manfrédiet Octave Maccarani, opinèrent 
pour qu'on résistât jusqu'à la fin, selon les ordres supé- 
rieurs. € La place, dit Maccarani, a des vivres, des muni- 
tions et une bonne artillerie. » Et Manfrédi, capitaine 
d'artillerie : < Ce poste a été confié à notre courage et à 
notre honneur, ne l'abandonnons pas. > Saint- Amour 
répondit : <Et moi j'ai l'ordre de rendre la place. > < Mon- 
trez-le nous, répliqua Maccarani : Montrez-le nous, ajouta 
Manfrédi. > et Saint-Amour : < Elléra m'a fait dire qu'à 
l'arrivée des Français nous nous retirions au quartier- 
général. >—< Comment, dit Maccarani, est-il possible de 
nous retirer vers d'EUéra, qui a presque toutes ses trou- 
pes sur la rive gauche de la Roy a ? > On ne décida rien, et 
chacun retourna à son poste. 

Les assiégés, raconte le chroniqueur Truchi, distinguè- 
rent bientôt vers la Ca d'Oggia, un groupe d'oflSciers 
français avec leur artillerie. L'un d'eux était petit de 
taille, et commandait les autres. C'était Napoléon Bona- 
parte. Son jeune frère Louis faisait près de lui ses pre- 
mières armes. 

Les artilleurs Sardes pointèrent de ce côté et y lancèrent 
leurs boulets. Nous ne leur répondîmes point. Cependant 
l'avant-garde de Masséna, sous les ordres de Lebrun, 
couvrait lemont Jove. Saint-Amour, sans plus prendre 
conseil que du danger, avait averti les nôtres pendant la 
nuit, qu'il acceptait la capitulation, à condition qu'on 
épargnât les habitants, qu'on laissât la vie sauve à la 
garnison et qu'elle sortît avec armes et bagages. Ce 
fut accordé. Une clause avait été ajoutée par Masséna, 
que Saint-Amour mouillât la poudre et enclouât les 
canons, puisque son état-major persistait à défendre la 
place. Ce qui eut lieu ; et le soir venu, le gouverneur de 



240 CHAPITRE m 

Saorge mouilla la poudre, enclouales canons et partit 
avec son aide de camp dans la nuit du 28 au 29 avril. 

Le lendemain, au lever du soleil, les officiers s'étant 
aperçus de l'évasion de Saint-Amour, coururent à leur 
artillerie : < Trahis, $'écrient-ils, nous sommes trahis. » 
Ce fut un sauve qui peut général. Saint-André dit à tort 
dans ses mémoires : < Saint-Amour eut la lâcheté d'aban- 
donner le fort, avant qu'il fût nuit. » Sur ces entrefaites, 
Lebrun descendant du Mont-Jove, entra le premier dans 
Saorge abandonné. Quatre ou cinq heures après, arriva 
Masséna accompagné des représentants de la nation. 

On apprit le même jour de Garnier que les généraux 
Moulin et Durand, remontant la Vésubie, par Figaret, 
Lantosque, Roquebillère et Belvédère avaient mis en fuite 
Provéra ; que CoUi ralliait avec peine ses hommes au Col 
des Fenêtres ; que Sérurier, accourant dTEntrevaux dans la 
vallée de la Tinée, avait chassé Tennemi au delà d'Isola : 
ce qui mettait toute l'armée française en conmiunication 
depuis Entrevaux par Isola jusqu'à Saorge. 

Saint- Amour fut arrêté à Savillan, conduit à Turin, 
et traduit devant le conseil de guerre. 

Ses trois accusateurs firent Galéra, Manfrédi et Macca- 
rani. Arrivés au camp de CoUi, ils se justifièrent en char- 
geant Saint-Amour, et furent envoyés à Turin devant le 
marquis de Caravanzana, ministre de la Guerre. < Le Roi 
veut vous voir, leur dit-il. — Mais comment oserons-nous 
paraître devant Sa Majesté dans l'état où nous sommes ? 
Bandiera vecchia onor del capitano ! reprit le minis- 
tre. > Victor Amédée leur demanda comment ils avaient 
abandonné Saorge, sans tirer un seul coup de canon. 
Maccarani prit la parole et il fit si bien que Victor-Amé- 
dée s'écria : < Bravo, vous avez fait votre devoir... > et 
allant à son secrétaire, il en tira deux rouleaux de cent 
écus qu'il leur remit : < Sire, nous ne voulons que votre 
estime, dit Maccai*ani en s'excusant de recevoir ce pré- 



CONVENTION NATIONALE (1794) 241 

sent, < Ti Vas^ me car^ ajouta le roi en piérnontais, et 
en lui prenant la main. Les jeunes officiers ont plus de 
courage que les vieux généraux. » 

Saint-Amour refusa d'être confronté avec ses calomnia- 
teurs. 11 n'avait pas trahi. On l'accusa d'aimer le vin et le 
jeu ; de passer tout son temps dans Saorge à jouer et à 
manger ; on dit que criblé de dettes, il avait vendu Saorge 
à la France pour un million. Mensonge ! Où aurions-nous 
puisé ce million ? Toutes ces inventions n'ont eu en vue que 
d'atténuer un fait si glorieux [)Our notre armée. La prise 
de Saorge n'est le résultat ni d'une surprise ni d'une 
trahison, mais d'un plan formé par Masséna, Bonaparte et 
Rusca. Non, Saint- Amour n'a pas trahi. Mourir en défen- 
dant cette place n'eut servi à rien. Ceux qui l'ont con- 
damné ont commis une faute, quand bien même ils eussent 
voulu, par cette exécution, terrifier leur armée. Il fut 
passé par les armes, à la porte de Suse, le 3 juin. Mais des 
fêtes se célébrèrent dans les départements des Alpes-Ma- 
ritimes et du Var pour la prise de Saorge. Le l®' mai, 
jeudi, on alla au Temple de la Raison, on passa la revue. 
Le général i)rononça un discours à la louange du géné- 
ral Masséna, à l'occasion du glorieux fait d'armes de 
Saorge. 

XXV. — ATTAQUES DES COLS DES FENÊTRES 
ET DE TENDE. — 7 ET 8 MAI. 

Le 8 mai (19 floréal), Sérurier acheva de repousser 
Colli par-delà le Col des Fenêtres, en escaladant ces rudes 
sentiers, tandis que Macquart emportait le Col de Tende. 
Macquart ne voulait pas se passer de l'aide de Masséna. 
Dallemague conduisait son avant-garde. Arrivé au débou- 
ché de Saint-Dalmas de Tende, après avoir été salué de 
quelques coups de canon, il tourna la position de Colli, 
fit prisonniers une compagnie de pionniers occupés à dé- 

16 



242 CHAPITRE III 

truire le pont de la Roya, et ouvrit le passage du fleuve à 
notre colonne du centre. Il continua sa marche en avant, et 
si bien,que les Austro-Sardes coururent se réfugier à Tende, 
d'où , se postant sur la rive droite de la Roya, ils nous mi- 
traillèrent ; mais Dallemague ne s'arrêta pas, jusqu'à ce que 
Macquart arriva et hâta la déroute de Tennemi. Tout 
se précipita par une issue voisine du hameau de la Ca. Les 
nôtres poursuivirent jusqu'à la Madone de Vénaba et bi- 
vouaquèrent au fort du Col de Cornio. 

Colli rallia ses troupes entre la Framosa et la Ca. Main- 
tenant Macquart et Masséna se concertent. Enlever le Col 
de Tende de force c'était s'exposer à un échec ; car Colli 
avait braqué six pièces en batterie derrière le premier 
coude de la route, et nous ne pouvions lui opposer d'artil- 
lerie . Aussi devaient-ils, en manœuvrant, forcer Tennemi 
à évacuer cette position. Dans ce dessein, ils s'enfoncèrent 
dans la gorge de la Pia, en recommandant à Lebrun et à 
Dallemague de ne faire que de simples démonstrations 
jusqu'au moment où ils aborderaient le flanc gauche de 
l'ennemi à Framosa. 

Le 8 mai, en effet, Macquart et Masséna gagnèrent par 
les hauteurs de la rive droite de la Pia le mont Pipa, le bec 
des Roses encore couvert de neige, et le Col de Framosa 
occupé par un bataillon du régiment d'Asti. Le choc fut 
rude. Les Austro-Sardes se conduisirent en braves. Macca- 
rani et le major d'Auvarre s'y signalèrent ; mais les nôtres, 
chargeant à la baïonnette, culbutèrent l'ennemi ; chacun 
jeta ses armes, et ne fit sur les glaces du revers de la 
montagne qu'une glissade jusque dans la gorge de Limon. 
C'est là que le lieutenant-colonel de Grimaldi fut fait pri- 
sonnier. Sur ces entrefaites Dallemague et Lebrun s'élan- 
cèrent sur le centre et sur la gauche qui, à leur tour, se 
replièrent en désordre sar le Col de Tende. Macquart se 
posta sur la crête de Framosa, en face des plaines du 
Piémont et à deux portées du canon des Austro-Sardes, qui 



CONVENTION NATIONALE (1794) 243 

du Cornio semblaient regarder tristement le comté de 
Nice, perdu pour eux. 

Colli profita d'un brouillard, dans la nuit du 8 au 9, pour 
battre en retraite sur Limon. Macquart y envoya son 
avant-garde. Colli dut encore abandonner Limon, le 10 
mai, en deux colonnes pour descendre au bourg de Saint- 
Dalmas de Pédone par les vallées de la Vermagna et du 
Gesso. On en resta là pour le moment. 

Sérurier, au Col des Fenêtres, avait occupé, le 8 mai, 
la gorge de Saint-Jacques et repoussé l'ennemi jusqu'à 
Entragues dans la haute vallée du Gesso. 

Telle fut cette expédition de trente-huit jours qui com- 
plétait la prise de Saorge et qui nous donnait le Comté de 
Nice. 

Robespierre le jeune et Ricord écriront de Saorge ( le 
10 floréal ), à leurs collègues du Comité du Salut Pu- 
blic : € Nous avons annoncé, il y a quelques jours, que 
l'étendard tricolore flottait pour la première fois sur les 
murs d'une ville du Piémont; apprenez aujourd'hui que 
par suite de l'expédition que vous nous avez ordonnée, les 
couleurs républicaines brillent sur les remparts de Saorge. 
Les monts audacieux que la nature a élevés autour de 
cette forteresse n'étaient formidables que pour relever la 
gloire des Français plus audacieuse encore... Tous les 
camps piémontais et autrichiens sont en notre pouvoir, 
plus de soixante pièces de canon, des mortiers, des obu- 
siers. La déroute est complète. La perte de l'ennemi est 
énorme. De notre c5té nous avons à regretter soixante 
républicains morts en héros, au nombre desquels sont le 
général Bruslé qui avait combattu à Toulon, et l'adju- 
dant- général Langlois, tué d'un coup de baïonnette. Les 
ennemis viennent d'être chassés de Belvédère, de laBol- 
lène, de Roquebillère, de Lantosque et de Saint-Martin- 
Lantosque. La victoire est à nous, sachons en profiter. » 

Le 19 floréal : < L'enneiiii fort de 7 à 8,000 hommes a 



544 CHAPITRE III 

été battu à plate-couture et chassé au-delà du village de 
Tende que nos troupes occupent actuellement. > 

Le 22 floréal : < Nos troupes occupent le col de Tende, 
On apprend aujourd'hui de la division de la gauche, qu'elle 
est en possession du col des Fenêtres. Il est arrivé à Nice, 
parmi les prisonniers, pris au col de Tende, le chevalier de 
Grimaldi. > 

Barrer e à la Convention demanda des félicitations pour 
Tarmée d'Italie, pour les représentants du peuple, Robes- 
pierre le jeune et Ricord, dont les noms semblent attachés 
à nos victoires depuis la prise glorieuse de Toulon. Il 
demanda enfin les honneurs du Panthéon pour Bruslé et 
Langlois. < Mourir comme Bruslé et Langlois, c'est vivre 
dans le souvenir de tous les Français. > 

Les Austro-Sardes essayèrent le 18 mai de reprendre 
leurs positions perdues. Masséna en eut bien vite raison. 

Une sorte de croisade s'organisa même en Piémont con- 
tre nous. Voici le manifeste du chevalier Gatti Mentone : 
€ La population entière des provinces de Sa Majesté, unie 
en masse avec l'approbation du Roi et sous la bannière 
de la Très-Sainte Vierge, au nombre de 40,000 hommes 
armés, lasse de souffrir les insultes et les menaces des 
Français déclare au nom de la puissante Mère de Dieu que 
chacun est résolu de mourir, ou de chasser une fois pour 
toutes des Etats du Roi cette bande d'hommes ennemis de 
la religion et de Tordre social. Vive Marie ! Pour Marie 
immaculée jusqu'à la dernière goutte de notre sang. > Une 
attaque eut lieu à Garessiole 5 juillet. La compagnie de 
nos éclaireurs de la 46® demi-brigade marcha, le fusil en 
bandoulière et en dansant la carmagnole contre, iO^OOO 
esclaves pièmontais^ ditDumerbion dans son rapport. Ces 
gens-là furent si effrayés de cette nouvelle manière de 
marcher contre eux qu'ils tournèrent le dos sans oser 
tirer un coup de fusil. Ils laissèrent entre les mains des 
nôtres la bannière à l'efïïgie de la Vierge qui leur servait 



CONVENTION NATIONALE (1794) 245 

d'étendard. La bande principale conduite parRobusti par- 
tit de Céva et s'avança sur les hauteurs de la Piétra, où 
Lafon, chef de brigade, commandant de Loano, n'eut qu'à 
se montrer pour la disperser. Robusti s'y reprit le len- 
demain, il dut fuir encore, la baïonnette dans les reins. 
Le découragement devint presque général en Piémont. » De 
plus, la division entre Sardes et Autrichiens n'avait pas 
cessé. Tous les Sardes accusaient de Wins. 

Si les événements de Paris n'avaient pas suspendu l'ar- 
deur de notre armée, on eut continué la victoire. Le 
découragement gagna bientôt nos soldats dans ces monta- 
gnes escarpées et arides. Dumerbion permit à Macquart de 
se replier sur Tende, ce qui ressembla à une retraite ; il 
demanda lui-même à grands cris son successeur. Il était 
monté à Tende pour inspecter les postes, quand on lui 
ap}>orta sa mise en disponibilité et la nomination de 
Schérer. 

XXVI. — ROBESPIERRE. 

Le règne du dictateur avait atteint son apogée, lors- 
qu'après avoir décrété la fête de l'Être Suprême, il s'en 
montrait comme le Souverain Pontife, dans la solennité 
du 8 juin (dimanche, fête de la Pentecôte). La loi de Dieu 
nous dit : Un seul Dieu tu adoreras. Les décrets de la 
Convention n'étaient ni éternels, ni immuables. La Rai^ 
son d'Hébert et de Chaumettes avait cédé bien vite la place 
à V Ancien des jours, au bon Dieu des bonnes gens. Le 20 
prairial (décade) dans toute la France, sur son ordre, se 
célébra la même fête, pour rappeler aux citoyens VÊtre 
Suprême et V immortalité de Vâme. Nous nous transpor- 
terons d'abord à Antibes. 

Au point du jour tous les tambours divisés en quatre 
escouades battirent la diane pour annoncer la fête. Il y 
eut en même temps salve d'artillerie. Les rues et les places 
étaient jonchées de fleurs et de feuilles. A 9 heures toutes 



246 CHAPITRE lU 

les autorités et les troupes se mettaient en mouvement ; la 
troupe forma la haie depuis le temple de la Liberté jus- 
qu'à celui de l'Être Suprême. Le cortège ne suivait d'au- 
tre règle que la fusion totale des citoyens qui le compo- 
saient Parti du temple de la Liberté, il arriva au temple 
de l'Éternel, dont le frontispice et l'intérieur avaient été 
ornés de verdure et de fleurs. On y rendit Vhomma^ele 
plus pur à V auteur de la nature. Divers orateurs pro- 
noncèrent des discours dans lesquels, après avoir retracé 
toute l'immoralité du système de l'athéisme et du néant, 
ils ont démontré que l'idée de l'Être Suprême et de l'im- 
mortalité de l'àme était aussi consolante pour Thomme 
vertueux qu'effrayante pour le pervers, et que sous ce 
double rapport elle était utile et nécessaire à la société. 
Après quoi, le cortège est allé sur la place de la Républi- 
que. La troupe a formé le bataillon carré autour de l'arbre 
de la Liberté. Un chœur de voix mâles et sonores y a 
chanté des chansons patriotiques et l'hymne guerrier: 
Allons enfants de la Patrie. Le citoyen Lamarre, premier 
officier municipal, a rappelé que cette cité ayant été fon- 
dée par les fiers républicains de la Grèce, nous donnerions 
à l'exemple de nos fondateurs, vers les quatre heures, le 
spectacle de jeux publics sur la terre et sur l'onde, que 
des prix seraient distribués aux athlètes vainqueurs. > La 
fête continua le soir. Chose extraordinaire ! Tandis que le 
catholicisme était partout proscrit, Antibes même dans les 
plus mauvais jours gardera chez lui l'abbé Ardisson, 
comme premier vicaire delà paroisse. Le sieur J. L. Ros- 
tan obtiendra du conseil l'autorisation d'exercer le culte 
catholique à Antibes. Il n'en sera pas tout à fait de même 
àVence. Mais un saint abbé Blacas,jeune prêtre, s'y dé- 
vouera pour les fidèles. De nuit, il ira baptiser, adminis- 
trer. On le poursuivra dans un escalier, il se dérobera par 
un autre. Vingt fois il sera miraculeusement préservé. 
Tantôt sous le costume d'un charretier, tantôt sous celui 



CONVENTION NATIONALE (1794) 247 

d*uû mouliniste, il s'introduira dans les habitations qui 
réclameront son secours. 

La fête de l'Être Suprême ne manqua pas d'un certain 
éclat dans la cité nérusienne. Le juge de paix y donna des 
éloges à la garde nationale. Il ajouta qu'après avoir parlé 
des avantages de la République et des vertus nécessaires 
pour la soutenir, il fallait remonter à Celui qui est la 
source des biens et des maux qui réjouissent ou affligent 
la terre, et il fît une prière à l'Éternel : < Protège la Répu- 
blique que ta toute-puissance a fondée ; jette la rage et le 
désespoir dans le cœur des tyrans et des ennemis qui veu- 
lent nous ravir la liberté. » 

L'administration du district de Grasse montrait du 
zèle. Elle regrettait de ne pouvoir récompenser digne- 
ment l'action héroïque d'une citoyenne antiboise. Elle se 
contentait d'inscrire son nom dans les Annales des faits 
historiques (29 mars 1794). Le 31 mars, elle envoyait une 
adresse à la Convention pour la féliciter d'avoir échappé 
au grave danger qui l'avait menacée. < Nous attendons 
impatiemment de voir tomber toutes les têtes des conspi- 
rateurs qui ont tramé cette horrible conjuration. » 

Elle écrit à un maire du district, le 12 avril : < Quel 
mauvais génie répand son souffle malfaisant sur la muni- 
cipalité et sur toi ! Qu'as-tu fait pour donner du pain aux 
vieillards, aux veuves et aux orphelins qui on manquent? 
Rien. Hàte-toi de remplir ton devoir. Sans cela je requer- 
rai contre toi les peines portées par la loi. > Et à d'autres : 
€ La patrie vous observe. Si vous remplissez vos devoirs, 
elle vous ceindra d'une couronne civique. Si vous les 
violez, si vous laissez le crime impuni, la roche tar- 
péienne vous attend. C'est à vous de choisir. > -— Et au 
Bar : € Jo suis surpris de voir que vos magistrats qui ne 
doivent connaître que le culte de l'Être Suprême, se 
mêlent du culte apostolique, catholique, romain. » 

La ville de Grasse solennisa aussi en grande pompe 



i^ CHAPmtE m 

IlriASLZ^iriS-i-îi il «^^ir^e î«ida à TEore Saprème. Nice 
chanta, î:i >:ii i^s ïr^:^!^^^!:!^. les strophes de Chenier 

C«^ Ht ri: uîiaifs •» mifarts : 
Lies r<Tû$ 3«i' rx Sdttber r^rncil : 



Les af^préus -ie la Tîlle le \î*^? se m^i^elèrent sur ceux 
de la »?apît-i!e. L? îeœp^ (m magnifique, la foule im- 
mense. Le prêâ-Jenr Je la c>mm!sji«>n munioipale tenait à 
la main. <»mme R '»Ne!5pierre, un bouquet de fleurs, de 
firoits et d*êf»i> de Me. l'a amphithéâtre décoré par les 
commissaires Jêlêgriês, Falqui et Grinda, s'élevait en face 
de Tautel de îa Patrie devint !a pîace de la République. 
A droite et à irm ?he étaient des groupes choisis d'en- 
tàzïis. d'îiommes, de femmes et de vieilîarvls ; les enfants 
avaien: des o-^iir^nnes «l^ vi^îettes, les adolescents de 
mvrte, les hommes de chêne, les vieillards de pampre 
d'olivier. Les femmes tenaie:n par la m:iin leurs filles 
couronnées d :^ roses et portaient des corbeilles de fleurs. 
Vis-i-vis de Tamphithéàtre se dressaient les simulacres 
de l'athéisme, de la d ironie et de l'égoïsme. Après le 
discours du président, celui-ci descendit, ime torche à la 
main, et v mit le feu : et des cendres sortit la statue 
de la Sagesse. Du milie-i de l'ancien autel de la Pa- 
trie, s^'élevait une forme de montagne surmontée d'un 
arbre, sous lequel s'assirent les membres de la commis- 
sion municipale. On chanta d s hymnes patriotiques. 
Enfin, à un signal donné, les hommes armés tirent ré|^ • 
les mères élèvent leurs enfants dans les bras, les assis- 
tants tiennent la main levée vers le ciel, et tous jurent de 



CONVENTION NATIONALE (1794) 249 

défendre la patrie. Le soir fut consacré à des réjouissances 
publiques. Sainte Réparate fut choisie pour le temple de 
VÊtre Suprême. 

11 ne faut pas croire que le culte de l'Etre Suprême 
abrogeât les décrets portés contre les prêtres du culte 
catholique. Le lendemain même de la fête de l'Être 
Suprême, trois prêtres de Nice furent encore emprisonnés 
au Jésus : D. D. Passeroni, Massa et Rosset. Le P. Massa 
fut envoyé dans les prisons d'Avignon. 

Le général Vachot, dans une séance du Club républi- 
cain, se mit un soir à fulminer contre les prêtres, et 
entraîna avec lui un certain nombre d'individus qui par- 
coururent la ville et firent des perquisitions ; ils arrêtè- 
rent le P. J.-B. Verdi et Fianson. Le plus maltraité fut 
le P. Derossi, ex-jésuite. Vachot se fit le président d'un 
tribunal improvisé pour condamner ces ecclésiastiques : 
€ Je t'attends au grand jour, lui dit l'un d'eux, tu com- 
paraîtras devant un juge incorruptible. » 

Cependant les subsistances et surtout l'approvisionne- 
ment de blé causaient le plus d'embarras aux villes du 
Midi. Nous admirons, parmi les municipalités, l'activité 
merveilleuse que montre surtout Antibes. Si petite qu'elle 
soit, elle se multiplie. 

Les fêtes républicaines pourtant succèdent aux fêtes, 
malgré la misère publique. Le 14 juillet, fête de la Bas- 
tille (26 messidor). Le maire d'Antibes fulmine contre 
ceux qui répandent des soupçons sur le patriotisme 
de ses concitoyens, et contre ceux qui les ont accusés 
de pactiser avec les infâmes Anglais. 11 prend l'Etre Su- 
prême à témoin. On vit dans cette journée le président 
de la Société populaire s'avancer dans le cortège, une 
pique à la main et le bonnet rouge sur la tête. Le com- 
mandant de pince d'Antibes était le générnl Dommartin , 
qui avait snccédéà Saint-Hilaire depuis le 2 juillet (14 
messidor). Antibes âera déclaré en état de siège. 



250 CHAPITRE m 

XXVII. — BONAPARTE A ANTIBES. 

Le général continuait de surveiller Tarmement des 
cités. Le 8 mai, il avait donné un blâme à Saint-Hilaire. 
€ Il devrait, écrivait-il à Berlier, avoir pris connaissance 
de l'organisation, depuis longtemps qu'il est général, et s'y 
conformer. > Le 2 juillet : < Il y a dans la République 
deux espèces d'alarmistes : ceux qui crient famine de 
grain et qui ont toujours peur de rester sans poudre. Je 
souhaite que ce ne soit ni toi, ni ton garde, ça finirait mal 
pour ceux qui jettent l'alarme dans le peuple... » Il allait 
souvent voir sa mère au château Salé, et les trois frères 
s'y donnaient rendez- vous. Dans une de ces visites, Bona- 
parte, causant des événements du temps, eut, rapporte un 
de ses historiens, cette conversation avec Joseph-Lucien : 
€ Il ne tiendrait qu'à moi, dit-il, d'aller vivre à Paris d'une 
manière avantageuse. Robespierre me demande. — Pour- 
quoi n'acceptes-tu pas? lui dit Lucien. — Accepte, reprit Jo- 
seph. — On m'offre la place d'Henriot. Je dois donner une 
réponse ce soir. Que faire? > Les deux frères ne parlaient 
plus. € — Je sais que cela vaut la peine d'y pens3r. Il ne 
s'agit pas de faire l'enthousiaste. Par le temps qui court, on 
ne sauve pas sa tète si facilement qu'à Saint-Maximin et à 
Nice. Robespierre jeune est honnête ; mais son frère ne 
badine pas. Il faudrait le servir. Moi, soutenir cet homme, 
non jamais ! Je sais combien je pourrais lui être utile en 
remplaçant cet imbécile commandant de Paris. C'est ce 
que je ne veux pas faira. Il n'est pas temps aujourd'hui. 
Il n'y a de place honorable pour moi qu'à l'armée. Prenez 
patience. Je commanderai Paris plus tard. > Il annonça 
ensuite à ses frères la chute prochaine de Robespierre. Et, 
moitié sombre, moitié souriant, il répéta : < Qu'irais-je 
faire dans cette galère ? > ( 1 ) 

(1) Emile Bègue. — Histoire de Napoléon /•% pag. 371. 



CONVENTION NATIONALE (1794) 251 

XXVIII. — CHUTE DE ROBESPIERRE OU 9 THERMIDOR, 

27 JUILLET 

ET BONAPARTE EN ARRESTATION AU FORT CARRÉ A ANTIBES. 

Le Triumvir avait rappelé son frère de Nice à Paris 
pour se concerter avec lui sur les opérations de Tarmée 
d'Italie. On se plaignait de son inactivité. L'armée se 
trouvait dans le plus complet dénuement. La caisse était 
vide ; les effets manquaient. Sur un effectif de 40,000 
hommes, 16,000 encombraient les hôpitaux. Et pourtant 
quels généraux ? Masséna à Taile droite avec la Harpe, 
Cervoni, Nicolas ; Sérurier à l'aile gauche cantonné à 
Beuil ;Macquard au centre, àBreil. L'écroulement delà 
dictature de Robespierre mit tout en suspens. Robespierre 
jeune accompagna son frère sur Péchafaud. Là étaient 
Saint-Just, Couthon et quatorze membres de la Commune. 
Et pourtant l'exécution de Robespierre fit respirer la 
France. Une multitude innombrable de prisonniers échap- 
pèrent à la mort. Isnard qui s'était dérobé à toutes les 
poursuites reparut à la Convention. Il en fut de même des 
représentants de Nice, Dabray qui gémissait dans sa pri- 
son depuis dix-sept mois et Blanqui, depuis dix mois. 
D'Anselme, Kellerman furent rendus à la liberté. Chez 
nous le président Mougins, Maubert étaient en route pour 
Paris O'^l on devait faire leur procès et sans doute les 
envoyer à la guillotine; ils furent relâchés à l'instant 
même. On s'attaqua aux amis de Robespierre, et chose 
étonnante, Bonaparte eut des envieux qui le dénoncèrent 
comme suspect. Alberti l'avait accusé auprès de la Con- 
vention. Salicetti l'avait mal défendu. On prétendit 
qu'il travaillait de concert avec Robespierre le jeune 
et Ricord à désorganiser l'armée ; qu'il avait tenu à 
ce sujet des conférences dans son habitation , rue 
Villefranche. Il logeait chez M. Laurenti. La sœur de 



252 CHAPITRE III 

Robespierre, Charlotte, qui était restée assez longtemps 
avec son frère à Nice, racontait que Bonaparte, en appre- 
nant la jour née du 9 thermidor, avait proposé aux représen- 
tants du peuple de marcher sur Paris avec l'armée d'Italie 
pour châtier les meurtriers de ses frères ; que cette pro- 
position hardie avait épouvanté les représentants. Granet, 
député de Marseille, avait lu à la Convention, le 22 ven- 
tôse, une lettre par laquelle Maignet dénonçait Bonaparte 
comme relevant, au nom du ci-devant noble général La 
Poype, les batteries marseillaises construites par le tyran 
Louis XIV, pour tyranniser le midi. On aurait voulu déjà 
le traduire à la barre de la Convention. Mais on avait ré- 
pondu, en le justifiant, que sa présence était indispensable 
à l'armée d'Italie. Cette charge n'en était pas moins restée 
l'épée de Damoclès suspendue sur sa tète. Le 22 thermidor 
(9 août) ordre fut donné, cette fois, par Alberti et Sali- 
cetti de l'arrêter. On le garda onze jours- aux arrêts 
chez le comte Laurenti, d'où il fut conduit au Fort- 
Carré. C'est de là qu'il écrivit à la Convention : <Vous 
m'avez suspendu de mes fonctions, arrêté et déclaré sus- 
pect. Me voilà fiétri sans avoir été- jugé, ou bien jugé 
sans avoir été entendu. Depuis l'origine de la Révolution 
n'ai -je pas toujours été attaché aux principes? J'ai aban- 
donné mes ])iens, j'ai tout perdu pour la République. A la 
découverte de la cons[)iration de Robespierre, ma con- 
duite a été celle d'un homme accoutumé à ne voir que les 
principes. On ne peut donc pas me contester le titre de 
patriote. Pourquoi donc me déclarer suspect, sans m'en- 
tendre, ^.'t m'arréte-t-on, huit jours après la mort du ty- 
ran ? > 22 fructidor (20 août). 

Si Bonaf)arte eût été conduit à Paris dans ces circon- 
stances, il y était exécuté. Le capitaine Sébastian! et 
Junot, aid'^ de camp du général, formèrent le projet, que 
si Ton reiou vêlait Tordre du départ de Bonaparte pour 
Paris, ils risqueraient le tout pour le tout. Us dégage- 



CONVENTION NATIONALE (1794) 253 

raient leur général des mainsdes gendarmes, l'enlèveraient 
de vive force et le mèneraient à Gènes.Quand ils eurent mis 
Bonaparte au courant de leur projet : < Je reconnais bien 
là ton amitié, écrivit le prisonnier du Fort-Carré, mon 
cher Junot, dans la proposition que tu me fais. Depuis 
longtemps tu connais aussi l'amitié que je t'ai vouée, et 
j'espère que tu y comptes. Les hommes peuvent être 
injustes envers moi, mais il me suffit d'être innocent. Ma 
conscience est le tribunal où j'évoque ma conduite. Cette 
conscience est calme quand je l'interroge. Ne fais donc 
rien, tu me compromettrais. Adieu , mon cher Junot, 
salut et amitié. > 

Les menaces du dehors vinrent en aide au prisonnier. 
La confiance de Dumerbion, l'influence qu'il avait acquise 
dans l'armée d'Italie, l'amitié des soldats arrachèrent 
Bonaparte des mains do ses jaloux. Alberti et Salicetti, 
effrayés de la responsabilité que les nouveaux dangers 
assumaient sur eux, écrivirent au Comité du salut public 
qu'on ne pouvait se passer de Bonaparte ; et le décret de 
citation à la barre de la Convention fut encore rapporté. 
On put d'abord visiter le général et enfin on lui rendit la 
liberté. Nous avons une lettre de lui, datée de Nice, le 2 
décembre, pour affaires de service au citoyen Monceaux. 
Ritter et Turreau avaient remplacé Alberti et Salicetti. 
Salicetti , selon l'expression de Bonaparte , deviendra 
comme son mauvais génie. Il Tempêchera, comme suspect, 
de toucher ses appointements de général. On le rayera 
des cadres de l'armée ; et ce sera avec beaucoup de peine 
qu'allant à Paris pour régulariser sa position, il obtiendra 
la demi-solde qu'il partagera avec Junot. 

Sa fiimille avait quitté le Chàteau-Salé depuis la fin de 
juillet pour aller habiter Marseille, où le l" août, Joseph 
épousait la fille du riche négociant Clari. 

Le 23 thermidor une fête dite de la dèlivra^ice se célè- 
bre à Antibes dans la salle de la Société populaire ^ le gé- 



il: ' inreir.^^iï: Leingn^TT^s :r»â€SuI>» scélérats abu- 



Ld liiii^^fui Linliuo. •?: iî^ ^Hnaties :-€&« s«fct la peine de 
j3jr TTiiiSiji ^ JL j j. :3L 1. iio; iisâ». Le 9 thermidor a 
fiUL~^i ^ H^tLiiiiijiii. ^^lÂTiB jrkse ^ rÉJoreiJQprèine.ViTe 
jt I iCiFimiin. -rrri ^liIî«5rK.T:T* a RepcKÎqoe! Péris- 
«sir x5 :2Tjïi-^ iî j» rrraift Z » G^sise et Nice gardent 
jf slreiii^r. -fi* TÎiii? ?i5iL:îft3xi; -EiMsrréissw Quoîqae par le 
r :nifraiiLL:i: 11 Z-f^iiiinoL <«• nf^jfiiiie^ la CoaTention nen 
itia-ZLirf ::u? ihMis^ ùf Mfaciîr* ^ Réfwbîîqoe ccmtre 
z'nr^ zd^LZirj-t iLica^iiijiTi*. Eli* ôicae les ordres les 
iix> fc^-rc^ z*jc iLr» ar*jri£r jfs i:« c:<Qtre les réac- 
'aiJTrriir^^f^^ < 1^ iLiiKis^iftî^ x^ 3=çccs kogtfemps semblait 
îtrcn»* ;:t:tir :;f,^;K>, ±n j* Ojcâê de sarvdSIanœ de 
•>ruaae ^^zz t^^-^-^ jt v^. Liegx pcêcres ont obtena la 
gi2r:i:ssi:c iif rrcrrr IrE^zrs -i^îîse^. La S>cîêtê populaire a 
srz ïfz-^.Li IrEs iri:r.5er- X:q$ •:^l>3noiis d exécater la 

" 'il — ->cr^k-:* r rAz^ifres fûsû^ du zèle répablicain. 
Elf mijririw: > î** /:c: ires Svias-Oiîoîtides, par une 
rf-riT tt. ^zrr TcroiCAif •iTÎzcîpcâle, les bustes de Brutus, 
ir 31iri.: f- îrr IffçeL'fOrr ::i'>a plaçait dans la salle de 
ii S.oir.f :.::cLi:rf- Le oi-cksttaûdjjit d*anillerie Beriier 
pir:-:-cii in i:>:v ir? iii'nrlr^Tîpe- L? 5 octobre. Grasse et 
A:i**::«es errivfi.: leur^ frvî:îiaîi3L> au général Chabran 
p:*ur les se v^ ie -•:$ âniies d^i^s les Alpes-Maritimes: 
< N :• :> a-^ : L5 re;:i • cii-ii . cber sans-culotte , ta lettre 
da;ee «iu l^ v^oi^zii^re, par laquelle tu nous annonces 
une îi:uve'..r vi.:.:;re resijon^ par l'armée républicaine 
sur îe> enclaves auscri-^anies. Que Tannée reçoive nos 
compIime:;îs ». L'e:îl ocîobre, .\ntibes fêtait encore les 
victoires de lîi République. 

Le mois de novembre sera un mois béni du ciel. Enfin les 
prisons s ouvrent. La plupart des détenus à Grasse^ à Nice, 



CX)NVENTION NATIONALE (1794) 266 

• 

à Saorge, à Draguignan, rentrent dans leurs foyers. Il 
n'est pas une commune qui n'en eût quelques-uns. Vence 
est dans l'allégresse !.... Elle écrit à la Convention : < Vic- 
times de la haino , de la calomnie et de l'arbitraire, on 
était incarcéré sans savoir pourquoi. Malheureux celui 
qui pouvait parvenir à se faire entendre, plus malheureux 
celui qui était jugé. Il ne suffisait pas d'être bon citoyen : 
la vie dépendait d'un mot mal exprimé ou mal entendu. 
On était redevenu esclave sur la terre de la liberté, et 
personne n'osait ouvrir la bouche.... Mais tout est changé 
depuis que vous avez frappé le monstre.... Dignes repré- 
sentants, restez à votre poste pour consolider la Constitu- 
tion. Toutes les nations vous contemplent... > On élit en 
même temps les nouveaux administrateurs : district, co- 
mité révolutionnaire, conseil municipal. 

Le 20 décembre, fête du malheur décrétée par la loi du 
22 prairial. On y secourt surtout les malheureux, et on 
donne le pas aux agriculteurs : l'agriculture encouragée 
pouvait seule donner du pain à ceux qui en manquaient. 
En effet la disette ne cessait pas. Les chevaux même mou- 
raient sur pieds. Les Antibois se rendirent à Nice auprès des 
représentants Ritter et Turrau pour obtenir des subsis- 
tances. La livre de pain valait 6 sous 8 d. C'est dans ces 
conditions déplorables que s'ouvre l'année 1795. 



1795 



Antibes, malgré la misère générale, n'en vote pas 
moins 3,000 francs pour être employés au vaisseau la 
Bépublique que Ton construit à Brest. Elle donne de plus 
600 francs à l'équipage qui le premier capjturera un vais- 
seau anglais. 

On était, comme de juste, exaspéré contre les Anglais. 
€ Une nation orgueilleuse, disait le général Garnier aux 
Belvédéiins, aux gens de la vallée de Lantosque, et aux 



t^- CHAPITRE m 

tn>ap'rs j^ii V é:Lii*r:i; «iiiiîoaniées |24 jaillet 1794), une 
nar.i:.ii or^rLll-ros? . ces marchands arides, des pirates 
vienn^rnt âi'iiei-rQ5«rQieGt se mooirer sur nos parages. Il 
est terûp<5 «iVipprettir^ à ces fiers insulaires trop accoutu- 
més à nxiitriser la îorî me sur cec élément, que leur règne 
est pass^. qu'ils ont à foire aajoanlTiui à un peuple libre 
qui saura rérrimer leur audace et leurs prétentions. Déjà 
un ojmbai irlorieiix à notre marine, en nous assurant 
rab>ndaa'-e des grains, a couvert FOcéande leurs cada- 
vres et des débris de leurs vaisseaux. La foudre républi- 
caine en a précipité plusieurs dans les abîmes et les An- 
glais ont appris qu'ils ne combattaient plus avec des 
esclaves. C'est donc avec empressement et avec joie que 
les propriétaires doivent livrer tout ce qui peut contribuer 
au salut delà Patrie, de cette Patrie qui n'existait pas sous 
les tyrans. Que celui dont le cœur est muet au doux nom 
de la Patrie s'en aille de la terre de la Liberté, qu'il porte 
ailleurs son àme souillée par la servitude, il n'est pas digne 
d'être répul>licain, et la Patrie le rejette. > 

Et Grasse : < Placés sur les cotes de la Méditerranée, 
nous aimons à porter nos regards sur une mer où le 
pavillon tricolore doit briller de tout son éclat. Il nous 
tarde, citoven, de voir Tardente bravoure de nos marins 
porter les derniers coups aux tyrans des mers. Jaloux de 
contribuer au projet de la marine républicaine j nous 
votons par acclamation un vaisseau à haut-bord >. 

Et le 17 septembre : < Les lâches anglais, fiers d'une 
suprématie momentanée qu'ils ont obtenue dans nos mers 
par la plus noire trahison, veulent insulter insolemment 
nos côtes. \^ne nouvelle escadre se construit qui dispersera 
bientôt les perfides habitants d'Albion. > 

Il n'y eut pas jusqu'au plus petit pays des Alpes- Mari- 
times qui n'envoyât sa cotisation pour cette nouvelle 
escadre. Des dons de vases sacrés des églises et de cloches 
étaient encore expédiés à la Convention nationale. 



CONVENTION NATIONALE (1795) 257 

Cependant le blé manquait. Les Antibois se cotisent 
une fois de plus (22 mars), Guillaume Lamare verse 3,000 
francs, J. J. Serrât 6,000, J. F. H. Guide 2,200, le général 
Masséna 2,000, Esprit Reibaud 3,000. Le blé vaut 255 fr . 
à 300 fr. le quintal, en assignats ; la farine 660 fr. la 
charge ; le pain 6 fr. la livre et quelque temps après 
10 francs. 

On fut obligé de faire mie nouvelle souscription de 
50,000 fr. à 5 pour Vo le 26 août. 

Les hôpitaux de Vence, de Grasse et d' Antilles avaient 
un tel encombrement de malades et manquaient si sou- 
vent du nécessaire, que le typhus s'y déclarait. 

<Une maladie épidémique règne dans le pays, écrivent 
les administrateurs de Grasse à la Convention nationale. 
Nous sommes obligés de loger les soldats malades chez les 
particuliers, tant il y en a. Les ambulances n'y suflisent 
plus (21 février). Nous sommes à la veille d'éprouver les 
horreurs de la famine. Jusqu'ici nous nous approvision- 
nions à Nice ; et Nice n'a plus de blé. Nous n'avons aucun 
moyen de remédier à cette calamité. Au nom des 40,000 
habitants de ce district, venez-nous en aide. La tranquillité 
pourrait être troubléo Et comprenons-nous que toutes les 
communes fêtassent, malgré la famine, la juste punitiori 
du dernier roi des Français (8 février), qu'on brûlât les 
insignes de la royauté en vouant à l'exécration de l'huma- 
nité la monarchie ? Antibes se rendait sur la place de la 
Liberté et Grasse, sur le Cours. Nice réduite aux mêmes 
extrémités eut la permission d'ouvrir un emprunt forcé 
jusqu'à la somme de 60,000 fr. On divisa la population en 
cinq classes. La 1'* classe fut imposée de vingt gros écus 
neufs d'argent, de six livres chacun, la 2® de douze écus, 
la 3* de six, la 4® de quatre, et la 5® de deux. 

C'est de Gènes et de Marseille qu'arrivèrent enfin les blés. 
Ce qui compensait un peu tant de souffrances, ce fut aussi 
le décret de la Convention du 27 pluviôse (15 février), qui 

17 



258 CHAPITRE m 

rétablissait la liberté des cultes. La municipalité de Nice 
en félicita son représentant Blanqui à Paris. < Il aurait 
été à souhaiter que les cruelles atteintes portées à la liberté 
du peuple par une faction scélérate n'eussent jamais mis 
la Convention dans la nécessité de rendre un pareil dé- 
cret. > L'abbé Garidelli commença l'exercice public de 
la religion à Sainte-Réparate, en présence d'un grand 
concours de peuple (1®' avril 1795); et la solennité de 
Pâques du 5 avril fut splendide. Le représentant Beffroy 
publia aussi un décretdela Convention qui défendait, sous 
quelque prétexte que ce fût, des rassemblements séditieux : 
ce qui fermait les clubs. A cette nouvelle, les Niçois s'em- 
brassaient dans les rues, ils se félicitaient d'avoir échappé 
aux bourreaux. On mit en état d'arrestation les terroris- 
tes de Nice, parmi lesquels nous lisons Trémois, président 
du Tribunal criminel, le juge Berrutti, Sereno, J. B. 
Maurin Guide, A. Gastaud, Brun, Sasserno, Tiranti, Ray- 
naud, le prêtre Guigo, Esmengaud. 

XXIX. — AFFAIRES MILITAIRES. 

Dumerbion accablé d'infirmités demandait à la Conven- 
tion sa mise à la retraite. Il se trouvait à Tende, pour 
inspecter les postes, quand il reçut une honorable retraite, 
et son remplacement par Schérer. 

Barthélémy Louis Joseph Schérer né près de Belfort en 
1735, fils d'un boucher, s'éleva lui-même des rangs du 
simple soldat au grade dégénérai. Général de division à 
l'armée de Sambre-Meuse, il y mérita le commandement 
de général en chef de l'armée d'Italie. Nous avons vu le 
dénuement déplorable de nos troupes valeureuses. Aussi 
n'avait-on j)U que garder ses positions, et par quelle tem- 
pérature, sur ces rochers couverts de neige, battus par 
Taquilon, pendant l'hiver, au milieu des plus cruelles 
privations. 



CONVENTION NATIONALE (1795) 259 

Il n'y eut que deux petites affaires, celles de l'Infernet 
et de Sainte-Anne. Quatre cents Piémontais avaient oc- 
cupé pendant la nuit le col de l'Infernet. Les nôtres s'y 
élancèrent, le sabre à la main, (3t mirent tout en fuite. Cin- 
quante Français eurent raison de la même manière des 
Sardes de Sainte-Anne au-dessus d'Isola. < Je ne peux 
assez me louer, dit le rapport de Schérer, du courage 
et du zèle de la troupe. Au reste nos soldats disent 
tous qu'ils s'amusent à peloter en attendant partie >. 
Les voyez-vous ces intrépides, s'amuser avec la neige, 
malgré leurs souffrances de tout genre. Voilà bien le 
soldat français. 

Malgré la désorganisation de Tarmée des Alpes-Mariti- 
mes, la Convention et le Comité du Salut public donnèrent 
l'ordre aux représentants Beffroy et Turreau de faire pas- 
ser à Toulon une quinzaine de mille hommes. Schérer 
supposant que cette expédition avait pour objet la Corse, 
s'étonnait qu'il fallût tant de moiide pour en chasser 
6,000 Anglais. L'escadre, sous le commandement du 
contre-amiral Martin, prit 3,000 hommes et mit à la voile 
dans les premiers jours de mars. Elle passa en vue de Nice, 
rencontra l'escadre anglaise près d'Alasséo, 13 mars, 
et engagea l'action qui fut sérieuse. Si nous eûmes deux 
vaisseaux capturés, /e Censeur etle Caire^nons en déma- 
tîimes quatre aux Anglais et nous prîmes le Berwick de 
74 canons. 

C'est l'exacte vérité sur ce combat d'Alasséo, quoique 
le vice-amiral Hotham ait voulu s'attribuer la victoire. 
Notre escadre se réfugia partie dans le Golfe- Juan, partie 
dans la rade d'Hyères. Le Saiis-Culotte que l'on disait 
perdu avait gagné le port de Gênes. Le général la Harpe, 
qui commandait nos troupes, écrivit à Joseph d'Allemagne, 
capitaine de la frégate la Miney^e^ qui s'attribuait la vic- 
toire, une lettre un peu raide, ayant pour titre : Périssent 
les tyrans et leurs esclaves ! 



260 CHAPITRE III 



XXX. — KELLERMANN. 

Kellermann remplace Schérer , envoyé à Tarmée des 
Pyrénées-Orientales. Ce vaillant général, dont le Prési- 
dent de la Convention avait dit : L'histoire unira sur sa 
tête les lauriers qu'il a cueillis sur le Mont-Blanc à ceux 
qu'il a moissonnés à Valmy , arriva à Nice le 5 mai 1795. 
Il se mit aussitôt à inspecter son armée, accompagné de son 
chef d'état-raajor Berthier, et des représentants Real, 
Dumas etBeffroy. Le centre fixa d'abord son attention, 
c'est-à-dire le col de Tende, regardant ce point comme un 
pivot autour duquel il fit converger tout son plan. Le 
massif de l'infernet couvert de neige pendant neuf mois 
s'interposait entre les cols de Sabione et de Fenêtres, il 
dut s'en tenir à la communication entre Saorge et le 
Raous. Mais rappelé à Nice tout-à-coup par une nouvelle 
insurrection de Toul«, où il envoya 4,000 hommes, il 
se contenta, durant la première quinzaine de juin, du 
statu qiio. 

Alors le maréchal de Wins, honteux de son inaction, 
sentit qu'il pouvait nous attaquer. Nous avions replié notre 
ligne derrière Borghetto. De Wins sentant qu'il n'y avait 
rien à tenter contre nous au col de Tende, essaya une 
trouée par Viozenna. 

CoUi était d'avis qu'on attaquât par la vallée de la Sture, 
et qu'on occupât le col de la Tinée par les cols Saint-Anne, 
Longa et la Lombarde. 

De Wins tint pour Viozenna, chose peu facile. Il fallait 
prendre à revers les cols d'Ormeo, de Termini et d'Infemo, 
ou attaquer de front le col de Tende par les cols de Sabione 
et de Pal et par les rochers de Vacarail. Colli avait besoin 
d'hommes. 11 en demanda à de Wins qui les lui refusa. 
Comme il ne s'attendait pas à ce mauvais vouloir, il avait 
déjà mis son plan à exécution. Pour tromper Ids nôtres, 



CONVENTION NATIONALE (1795) 261 

il avait envoyé un petit corps de troupes dans la direc- 
tion de la vallée de Lantosque. Quinze cents hommes s'é- 
taient avancés d'Entragues, le !•' août, à quatre heures 
du matin, pour nous surprendre d'abord à Freimamorte et 
au col des Fenêtres. Nous n'avions là que deux batail- 
lons, un bataillon du Puy-de-Dôme à Freimamorte et un 
bataillon de la 84® demi -brigade au col des Fenêtres 
avec le chef de brigade de TEspinasse ; 500 hommes 
seulement gardaient Saint-Martin-Lantosque, aux ordres 
du général Sérurier. Rien ne transpira de la marche de 
Tennemi. 

L'émigré Bonneau était chargé par Colli de mener son 
détachement par le col intermédiaire entre Freimamorte 
et le col des Fenêtres. S'il réussissait, il devait recevoir son 
brevet de major. Mais quelque effort qu'il fit, une affreuse 
tourmente lui causa un retard de huit heures. Il y perdit 
même 54 hommes et il n'arriva au col de la Cerise qu'à huit 
heures du soir. Comme le mauvais temps continuait, et 
qu'il s'opposait à ce qu'on escaladât le col des Fenêtres 
par le revers, Bonneau résolut de se jeter dans la vallée de 
Lantosque, d'y lever des contributions et de gagner la 
crête de la ligne gauche de la Gordolasque. Aussitôt notre 
poste de la Cerise est envahi ; les nôtres succombent, 
ou fuient vers Saint-Martin-Lantosque. Sérurier ordonne 
de battre la générale, envoie une cinquantaine d'hommes 
du côté de la Cerise, quand Bonneau est déjà dans Saint- 
Martin. Nos hommes surpris se retirent, les artilleurs 
enclouent la seule pièce qu'ils puissent opposer à l'ennemi, 
mais Sérurier rallie les plus braves, risque le tout pour 
le tout, tombe sur Bonneau et le blesse à mort. Celui-ci 
hors d'état de se défendre, se fait sauter la cervelle ; son 
lieutenant tombe à son côté. Cet avantage nous rendit la 
valeur. Il était six heures du matin, quand les Austro- 
Sardes parurent à leur tour. L'adjudant général Rambaud 
les força de rétrograder vers le col de Pierre-Étroite, tan- 



262 CHAPITRE IH 

dis que le chef de brigade TEspinasse descendant du col 
des Fenêtres, tombait sur eux vers la hauteur de la Cerise, 
et vengeait notre poste massacré, la veille. 

Les fuyards ne se rallièrent qu'en deçà du col de Pierre- 
Étroite, qu'ils repassèrent le 3 au matin. Ils laissaient plus 
de 600 hommes dont 15 officiers. 

Le succès couronna aussi notre valeur au val Longa, 
à Saint-Amour et à la Lombarde. Le 2 août, au point du 
jour les Suisses de Zimmermann ouvrirent le feu sur notre 
bataillon de Maine-et-Loire qui fut obligé de se replier 
vers Sabernoi. Mais LaSalcette le ramenant de nouveau, 
ils firent une charge à la baïonnette, tuèrent à l'ennemi 
un colonel, trois, officiers, beaucoup de soldats et emme- 
nèrent 123 prisonniers. 

Nous n'avions perdu dans ces combats qu'un aide-de- 
camp, treize soldats morts et dix prisonniers, dont deux 
officiers. 

Le 21 août, Colli s'y reprit sur quatre colonnes. Gamier 
arrêta la première colonne venue d'Entragues par Pierre- 
Étroite, en vue de Saint-Martin-Lantosque. L'Espinasse 
avec la 84® en fit autant au col des Fenêtres. D'Allemagne 
au col de Cornio. La neige et le mauvais temps empêchè- 
rent la 4« colonne de gagner les cols de Carlino et de la Piga. 

Dans son rapport, Sérurier s'exprime ainsi : « Pour- 
quoi le jour n'a-t-il pas éclairé les belles actions qui se 
sont faites pendant le combat si extraordinaire de Saint- 
Martin-Lantosque et sur les autres points. Chacun a fiait 
son devoir; sans quoi, nous succombions sous le nombre. 
L'adjudant-général Rambaud s'est trouvé partout et a 
tout dirigé, et je dois dire qu'il a beaucoup contribué à 
l'avantage de cette journée. < Il cite à l'ordre du jour Les- 
pinasse. Le général de brigade Charton me rend compte 
que, dans l'après-midi, le col des Fenêtres a été attaqué 
par un corps de 600 hommes. Quelques coups de canon 
ont sufli pour les mettre en fuite. > 



CONVENTION NATIONALE (1795) 263 

Les combats se succédèrent sur ces crêtes arides et 
froides. Là c'est Jansonnet qui de Borghetto imposera 
à tout le corps d'armée de Pittoni ; ici La Harpe, à Toi- 
rano, tient en échec Cantu ; ailleurs trois bataillons re- 
prennent les postes de Sainte-Anne et de la Lombarde, 
surpris par un ennemi trois fois plus nombreux. Vau- 
bois pourchasse les Austro-Sardes dans le Val de Sture ; 
et Kellermann, ayant l'œil sur tout, vole d'un camp à 
l'autre. 

XXXI. — LES BARBETS. 

C'est dans une de ces excursions que le héros de Lan- 
dau et de Valmy faillit être tué par un barbet. 

De 1793 à 1813, nos soldats français eurent peut-être 
moins à lutter contre l'ennemi, que contre ces brigands 
dont nous venons de dire le nom. 

Les barbets, ou Vaudois réfugiés dans les Alpes-Mari- 
times, étaient devenus synonymes de brigands. De là, nous 
appelâmes barbets, des bandes organisées de gens sans 
gîte, déserteurs des deux camps, qui se vouèrent au lâche 
métier d'assassiner, pendant la grande révolution, tout 
soldat français qu'ils rencontraient. Ils nous guettaient 
derrière un taillis, ou un rocher, et nous abattaient. Cha- 
que gendarme, chaque courrier, chaque sentinelle avan- 
cée courait un péril presque certain pour ses jours, 
puisque tout détour , tout rocher , tout arbre pouvait 
receler un barbet. A Roquesparvière de Duranus, par 
exemple, ils s'emparaient de leur victime, étouffaient ses 
cris avec un mouchoir, la détroussaient et la lançaient 
dans le gouffre de la Vésubie, en lui criant : < Va, saute 
pour la République ». Cet endroit, qui fait frémir, a gardé 
le nom deSatU de la République. Hàtons-nous de dis- 
culper les gens de Duranus. On a prétendu qu'ils étaient 
tous barbets, quand sur les listes on n'en trouve pas un 



264 CHAPITRE III 

seul de ce village. Il y en avait un peu de partout. Il ne 
faut pas non plus confondre les barbets avec les éclai- 
reurs. Les ordres des administrations du département et 
de la Convention sont réitérés et très-sévères pour que 
personne n'ait à donner asile, ni vivres à ces bandits ; 
il faut les dénoncer, les traquer, et la République ré- 
compensera quiconque en aura livré quelqu'un, vif ou 
mort. 

€ Peine de mort, dit le général Garnier , pour quicon- 
que donnera vivres ou gîte aux barbets. Que la garde 
nationale et les troupes fouillent les bastides et les mai- 
sons, et batte la campagne. > Réprimez les barl)ets, écri- 
vait de Nice, le comité de surveillance, 23 août 1793 ; la 
République vous en récompensera. > Mêmes ordres arrivent 
d'Utelle à Lantosque et à Belvédère le 15 et le 29 juillet. 
Sallicetti, en se rendant à l'Escarène, avait été effleuré au 
front par un coup de fusil d'un barbet. On redouble de vigi- 
lance. On en saisit de temps en temps. Garnier rend compte 
au comité de Nice de l'exécution de Joseph Thaon, dit 
Robion de Lantosque, 28 mai 1794. Ce barbet, assassin de 
profession, âgé de 35 ans a déclaré, avant de mourir, que 
le maire de Moulinet lui avait donné asile. « Ce pays, 
ajoute le rapport, est le rendez-vous de tous ces coquins. 
Leur chef Ludovic Charengo s'y promnène librement. Le 
11 juin, Mouquot, de Moulinet pris en compagnie de 
Thaon, dans la foret de Mairis, et Louis Grinda,de Coaraze, 
sont exécutés. 

Le comité de surveillance de Nice écrivait de Valde- 
blore le 1 1 juin : < Plusieurs des vôtres ont abandonné la 
commune et dévastent le pays. Tremblez si vous vous fai- 
tes les complices de ces brigands. > Il écrit à Puget-Thé- 
niejs : < Les brigands se répandent dans votre district. 
Aidez le général à les dissiper. > Utelle et La Tour rece- 
vaient l'ordre suivant :< Faites-vous un devoir sacré (le 
réprimer les hordes de scélérats et de brigands qui pillent 



CONVENTION NATIONALE Cl 795) 265 

et dévastent vos quartiers. Nous sommes surpris que vous 
ne nous en ayez pas avertis. Est-ce que vous leur donne- 
riez asile et que vous pactiseriez avec eux ? S'il en était 
ainsi, tremblez. Quoi qu'il en soit, nous vous engageons à 
purger le pays de ces scélérats. Envoyez-nous les noms 
des miliciens et des barbets que vous connaissez. > Le 14 
juillet. Contes doit envoyer sa garde nationale jusqu'à 
l'Emberguet d'Utelle et jusqu'à Duranus, qu'on appelle le 
refuge des brigands. < Nous savons que Charles Çristini, 
Pierre Maurel, Henri Pille du Figaret et Nicole de Lan- 
tosque, barbets, se tiennent cachés dans les Manouines 
d'où ils dévastent le pays. Que le commandant de Lan- 
tosque s'entende avec le comité d'Utelle pour les poursui- 
vre. > Le 12 août, ils assassinaient un gendarme sur la 
route de Levens, et cela en plein jour à quatre heures du 
soir. Ces meurtres irritaient le gouvernement, surtout 
contre la vallée de Lantosque dont on malmenait les ha- 
bitants. Le comité de Nice écrira à la Bollène : « Vous 
avez mal compris notre circulaire ; nous ne vous deman- 
dons pas votre concours pour la République ; nous n'a- 
vons pas besoin d'un si misérable service. Vingt-sept 
millions de Français suffiront sans vous, pour exterminer 
le Roi des Marmottes et tous les autres tvrans. Nous 
demandons six hommes dans tout le district pour aller 
à Paris apprendre l'art militaire. C'est vous faire tort que 
de vous en parler. Comme nous voyons par le estille de 
votre lettre que vous avez encore l'esprit avili par les 
principes de l'esclavage, il vaut mieux que vous ne nous 
envoyiez point des gens de votre commune. Nous vou- 
lons des hommes et non de timides esclaves qui se tien- 
nent toujours cachés pour commettre de lâches assassi- 
nats. > Et ici le comité fait allusion aux barbets. Quelle 
lettre d'insultes ! 

Roquehillière dans ces circonstances adressa le rapport 
suivant au général Gamier, comme preuve de son patrie- 



Si GKJkraSE m 

jr : < L'urririssrKiàcit msnkipaîe de œ canton a sjpçm 



îTr«r -iz ieisit-r : iiiâr Vé^i d? votre santé et de votre 
ie^iz^in : c h~ Jcn i* T^tti? r/vm^fR/ digne à vos mérites 
•=^ i - lêfr fïï 'tî-ivi.-rrr ■î*:el vrai répablîcain et digne géné- 
ril- >":*i5 l"rr frlirriri-cs t.:-at nnément en se désirant 
:it^1:-^ n'tiasàHi i^înr v:<i5 téfli^:4gner notre vif attache- 
ra, fc* rc ^rcTTÈSir^ -in !ï»>a monvement qne nous avez 
z-ci^yriz^ -rc /:o.!-ôc&>rt -î? vocre Si^joar ea ces cootrées. 
I>rZ<ii5 ^ 'zvirs, li 2?krie nati<>nale de ce canton, nuit et 
;»v:r. -esc ea n-i-avecaeQt : et t>us les habitants se stmt por- 
t.és av-ft? zèl-? e: aEiti-niê excramilinaire, à la vue du bon 
exemple ::i cbef de bn^ail!-». Crespd aîné et antres offi- 
ciers, ie $i>r5ie -jaliier a réussi à cette garde de taer en 
cevie r-Ia?e paK: 51e le capitaine en chef des barbets,nom- 
mê Jc-ser-h Fenis&x cet homme tant renommé, lequel est 
resté sar le o»>ap à oMé de cène place avec grande joie 
ei onienî^menî des habitants. Vive la République. En 
suite avoss onJoané à tous les pays de notre ressort avec 
cant >ns -je Vâl i-:-M'>re ei d'Utelle de faire prendre tous les 
armes aux habitants et envoyer vingt-neuf soldats avec 
hisils et munirions Je guerre pour poursuivre les barbets et 
en pr^>?u^e^ rexrirf^ation. De plus aujourd'hui nous avons 
envovê une patrouille au Flaout, où v étaient les bar- 
bets. les ayant chasses et piDursuivis jusqu^au territoire 
delà Boliène avec Tassistance de la garde, nationale de 
Belvédère. Une autre patrouille s'est portée à Saint-Mar- 
tin-I^ntos*iue. et les habitants, à son arrivée, se sont 
portés en masse pour les extirper, en attendant quelque 
nouvelle de son voyage. Enfin nous avons juré ou d'être 
vainqueurs ou d'abandonner notre patrie, en attendant 
que de votre part rien n'oublierez pour concourir à la 
tranquillité publique. Salut et fi*aternité, > 

Mais jugez par le crime suivant de Thorreur qu'inspi- 
raient les barbets. Dans une pauvre maison située entre 
Loude et Lantosque étaient restées une femme et ses deox 



CONVENTION NATIONALE (1795) 267 

fllles. Le père de famille et son fils, déserteurs, et des Sardes 
et des Français, couraient la montagne avec les barbets. Ils 
ne revenaient au logis que la nuit, et avant le point du 
jour, ils s'en allaient armés. Ces gens-là avaient eu une 
certaine aisance et tenu auberge avant 1793. Ils étaient 
doués, raconte Alexandre Dumas, d'une force herculé- 
enne. Or, par une soirée brumeuse de novembre 1794, 
vers quatre heures du soir, dix éclaireurs français surpris 
par la neige et par la pluie frappèrent à la porte de la 
maison. On ne répondit rien d'abord. Ils frappèrent encore 
rudement, et la pauvre femme ayant caché ses deux filles 
dans une espèce de réduit que fermait une porte vermou- 
lue se hasarda d'ouvrir : < Dieu vous en a pris, la femme, 
dit le sergent-major ; sans cela vous passiez un mauvais 
quart d'heure. Avez-vous quelque chose à nous donner à 
manger? allons vite, dépêchons, entendez-vous, la mère ? 
Messieurs, répondit-elle alors, vous ne savez que nous n'a- 
vons plus rien dans ce pays-ci. Je vais vous offrir du peu 
qui nous reste. >Et elle tirade l'armoire du pain dur comme 
la pierre puis une sorte de chose qui ressemblait à du fro- 
mage. Elle mit quelques fascines dans l'àtre, et chacun se 
blottit là comme il put. Le sergent-major paraissait jouir 
d'un grand ascendant sur ses hommes. Ainsi quand ils 
demandèrent du vin : < Est-ce qu'il y a du vin dans ce 
pays-ci ? dit le sergent à ses soldats. Quand on n'a pas de 
vin, on boit de l'eau. Faites comme moi. — Quel pain de 
chien! dit l'un d'eux! —Encore trop heureux d'en trouver. 
Si tu le trouves trop dur, fais comme moi, trempe-le dans 
l'eau. > La pauvre femme revenait un peu à elle et la con- 
versation s'engageait même entre elle et le sergent, si 
bien qu'elle alla tirer du fond d'un placard une bonne bou- 
teille d'eau-de- vie. Ce qui mit chacun en liesse. La bonne 
femme avait parlé de ses filles. Les soldats demandèrent 
aussitôt où elles étaient, et voilà qu'ils font le tapage. Les 
filles s'élançaient par la fenêtre en fuyant. Cependant en- 



etô CHAPITRE m 

trem le père et son fils. Les soldats restent interdits à la vue 
de ces rudes montagnards qui portaient leurs fusils en ban- 
doulière , ei avaient sous leur large chapeau une figure 
qui imp:«sait. Femme.dit îe père,en regardant les éclaireurs 
français, as-tu donné à ces braves ce qu'ils te demandent? 
—Oui, tout ce que j'avais, mais...— Allons, ne vois-tu qu'il 
fait froid, que chacun de nous est fatigué. Va nous cher- 
cher ce que tu as de mieux dans la cachette. — J'y vais, 
répondit la femme — 11 ne sera pas dit que des soldats fran- 
çais soient venus chez nous sans être satisfaits. > Lesergent 
ne soufliait mot, les autres soldats se félicitaient d'avoir si 
bien rencontré. L'eau-de-vie arrive. Le Lantosquin verse 
rasade sur rasade et trinque avec eux, jusqu'à ce que nos 
soldats déraisonnent, et tombent d'ivresse. Oh ! mainte- 
nant, écoutez. Quelle horreur ! Le père et le fils s'armant 
chacun d\me hache abattent l'un après l'autre la tète de 
ces infortunés, et les jettent dans le gouffre à côté. La nuit 
cacha cet horrible forfait. En une heure, tout fut expédié. 
Le lendemain éclaira ces deux crimes. Lorsqu'on eut 
trouvé ces cor|)s mutilés, on avisa le général Garnier ; on 
fouilla dans tous les environs. A Nice, le comité et les 
administrations poussèrent les hauts cris, on redoubla de 
sévérité à regard des Vésubiens, surtout à l'approche des 
fèt-;»s de Noël. Mais plus Ton sévissait, plus les barbets 
frappaient dans Tombre. Ajoutons à ces temps si troublés, 
l'ouragan qui bouleversa la vallée, précisément en la nuit 
de Noël de <*ette année 1794. On eut dit que le monde 
allait thiir. Notre re<loute du Tuech, contre laquelle tous 
les efforts de Tennemi avaient échoué , même dans les 
comhUs du Raous et de l'Authion, fut complètement rui- 
née par ce vent terrible mêlé de grêle, de foudres, de 
pluie et (le neigo. Nos soldats épouvantés et renversés 
poussaient dos cris affreux. Plusieurs périrent écrasés, 
le reste descendit mutilé, en disant : Nous croyions que 
c'était la tin du monde. Le ciel combattait contre nous.> 



CONVENTION NATIONALE (1795) 269 

Cette nuit de Noël de 1794, dans ces montagnes, rap- 
pelait l'épouvantable légende de la reine Jeanne dans 
son château de Roquesparvière, aussi dans la nuit de 
Noël... Ah ! Ces deux époques de terreur se ressem- 
blaient-elles bien en forfaits inouis contre Dieu et contre 
les hommes ? 

Les barbets continuèrent leurs scélératesses en 1795. 
Ils conspirèrent même contre les jours de Kellermann. Le 
vainqueur de Valmy, montant en voiture la pente escar- 
pée qui conduit sur les hauteurs de l'Escarène, au même 
endroit où Salicetti avait failli périr, entend le sifflement 
d'une balle qui traverse la portière et effleure son front. 
L'aide-de-camp s'élance aussitôt, et le pistolet à la main 
court aux brigands, et aidé de ses hommes, il parvient à 
en arrêter trois, qu'on expédia bien vite. 

Pour en finir, on forma des meilleurs tireurs et des gens 
les plus décidés une troupe de chasseurs qui eurent pour 
cheflecorse Albertini,etdontle quartier-général futàLan- 
tosque. On mit de nouveau à prix la tête des barbets. 
C'est ainsi que nous lisons sur les registres de Belvédère 
50 fr. de gratification à Joseph Castelli de Belvédère 
pour avoir tué de sa main le barbet, Otto de Lantosque. 
Le maire de Belvédère écrit au juge de Coni que le 
barbet Salari, dit Renard j poursuivi par ses gardes natio- 
naux, s'est réfugié dans sa province. Grasse, Saint-Paul, 
Puget-Théniers, tous les districts en 1795 font la chasse 
aux barbets. 

Kellermann était disposé à donner une nouvelle impul- 
sion à la guerre des Alpes-Maritimes ; la Constituante lui 
envoyait même du renfort et il venait avec Masséna et 
Berthier de vaincre de Winsà Champ-de-Prêtre, 19 sep- 
tembre; il portait à l'ordre du jour Saint-Hilaire et 
Marnet, quand il reçut la nouvelle de sa destitution. 
Kellermann ne put contenir sa douleur indignée, en re- 
mettant son commandement à Schérer. 



iTO CHAPITRE HI 

TTUTT, — LA SITUATION GÉNÉRALE A LA FIN 

DE LA CONVENTION. 

La majorité de la CoQTentioD, en se prononçant contre 
Robespierre, se proposait de rétablir l'ordre l^al. On con- 
serva le tribunal révolationnaire , mais dans un sens 
plus modéré , on amoindrit Timportance du Comité du 
Salut publie, on supprima la Commune de Paris, on abo- 
lit le maximum, les réi^uisitions. et on ouvrit les prisons. 
Une faction, sous le nom de jeunesse dorée, vêtue en 
signe de ralliement du costume à la victime, armée de 
bâtons plombés, assaillit partout les Jacobins ou Robes- 
pierristes dans les rues, au théâtre, aux clubs. C% que 
voyant les débris de la Commune et de la montagne se 
coalisèrent, en soulevant le peuple affamé. L'émeute du 
I*' avril 1T95 fut réprimée facilement ; celle du 20 mai 
(1** prairial; envahit la Convention, qui ne dut son salut 
qu'à la garde -nationale. • 

Parut ensuite la Constitution, dite de Tan III qui établis- 
sait le Directoire, et confiait le pouvoir législatif à deux 
assemblées, les Cin«|-Cents et les Anciens. Il fallait procé- 
der à de nouvelles élections. Le parti royaliste espérait 
obtenir une majorité qui préparerait la restauration mo- 
narchique. La Convention décréta alors que la prochaine 
législature se composerait pour les deux tiers de conven- 
tionnels : c'est ce qu'on appela Tarticle additionnel. Paris 
rejeta le décret, les royalistes voulurent que la décision 
de Paris fût celle de la France entière et 40,000 insurgés, 
dans la journée du 13 vendémiaire, menacèrent la Conven- 
tion (5 octobre.) Barras choisit Bonaparte pour lieute- 
nant. La prédiction du Chàteau-Salé recevait son accom- 
plissement. Bonaparte,du parvis de Saint-Roch,mitraillait 
rémeute et recevait le commandement en chef de Paris. 

A Nice, à Antibes, à Grasse, à Vence, même tous ces 



CONVENTION NATIONALE (1795) Î71 

mouvements de Paris se font sentir. Ainsi le chef du 
C!omité de Surveillance de Grasse écrira, le 20 avril 1795, 
à la Convention : < J'ai jugé à propos de mettre Grasse en 
état de siège, afin que le gouvernement militaire donne 
plus de force à la loi. On a mis en arrestation les individus 
dénoncés comme terroristes et Robespierristes : ce qui 
s'est fait sans troubles. > Le bon ordre règne à présent. Sui- 
vent les noms des suspects : P. Gérard, cadet, M. Malvilan, 
M. Roubaud, B. Jaume, Niel fils, J. Girard, cadet, Isnard, 
S. Cavalier. Nous avons vu qu'il en avait été de même à 
Nice. 

Nice, dans la fête du 10 thermidor (28 juillet 1796) eut 
sa réaction et sa petite émeute royaliste. Le général Casa- 
blanca commandait et il y avait une grande mésintelli- 
gence entre la garde-nationale et la troupe. Le parti 
royaliste prit fait et cause pour la garde-nationale. Les 
malveillants, dès la veille, parcoururent la ville en chan- 
tant le réveil du peuple. Le Conseil municipal s'assembla 
à dix heures du soir pour aviser aux moyens d'empêcher 
le trouble. Ni la gendarmerie, ni la troupe ne purent rien. 
Le lendemain la garde nationale cria : A bas le Conseil 
municipal ! A bas tous les partisans de la Nation ! On fit 
quelques arrestations. Lorsqu'arriva la fête du 10 août, on 
ne convoqua que l'état-major de la garde-nationale. Les 
instituteurs et les élèves participèrent surtout à cette 
solennité. Les maîtres prêtèrent le serment d'inspirer à 
leurs élèves des sentiments républicains. Des chants civi- 
ques, accompagnés d'une musique guerrière, suivirent cet 
engagement solennel. Le soir, on donna des jeux publics. 
Les juges des prix choisis parmi les instituteurs siégeaient 
sur l'estrade, tenant à la main les palmes et les couronnes 
de laurier. Les élèves chantèrent un hymne à la Liberté, 
des danses terminèrent la journée. Le 10 fructidor (27 
août) autre fête, dite de la Vieillesse. On lisait sur une 
banderoUe flottant à l'arbre de la Liberté : Gloire à nos 



272 CHAPITRE III 

défenseurs, respect à nos vieillards ! Les vieillards des 
deux sexes furent conduits en procession à Tautel de la 
Patrie et couronnés de chêne par les magistrats. On leur 
servit un banquet civique et Ton chanta des couplets dont 
le refrain était : Honneur, honneur à nos vieillards ! Au 
dessert, des troupes d'enfants accoururent vers les tables 
pour couronner encore les vieillards et les embrasser. La 
musique joua le rigodon, et tous nos vieillards se mirent 
à danser. 



CHAPITRE IV. 



LE DIRECTOIRE (1795-1799.) 



E Directoire entre en séance le 27 octobre 1795. Barras, 
(^i\s. Réveillère-Lepaux, Rewbel, Letourneur et Camot 
sont les cinq directeurs. Nous avons pour représen- 
tants à l'Assemblée des Cinq-Cents : Barrière de Saint- 
Jcannet, Maxime Isnard de Grasse ; à Nice, c'est Blanqui 
et Dabrav. 

Au dehors l'Angleterre , l'Autriche, l'Espagne et une 
partie de l'Italie restaient armées contre nous. A l'inté- 
rieur, le malaise et la désorganisation étaient partout : 
dépréciation des assignats, rareté du numéraire, diffi- 
culté de faire rentrer les impôts, armée mal vêtue, mal 
nourrie, faute d'argent, telles étaient les difficultés contre 
lesquelles le Directoire ne sut pas lutter, pendant les qua- 
tre années de sa durée. Aussi tombera-t-il , autant sous le 
discrédit public, que sous l'épée de Bonaparte. 

Ce qui continuera pourtant de faire le plus d'honneur à 
la France, ce sera notre armée, grâce à son courage in- 
trépide, soutenu par l'obéissance envers ses chefs et par 
l'amour patriotique. 

18 



274 CHAPITRE IV 

I. — VICTOIRE DE MASSÉNA A LOANO. 

Schérer savait qu'après la disgrâce dont Kellermann 
était l'objet pour la troisième fois, il devait, en lui succé- 
dant, se signaler par quelque action d'éclat. Il équipa, 
comme il put, à force de réquisitions, de dons patriotiques, 
les 40,000 hommes de Tarmée d'Italie ; garda tout le plan 
de campagne du brave Kellermann, et résolut dans le con- 
seil de guerre une attaque générale pour le 15 novembre. 
Mais il tomba tant de neige sur la montagne dans la nuit 
du 14 au 15 novembre, que les généraux La Harpe et 
Sérurier dépêchèrent à Sospel, où se trouvait Schérer, 
pour l'avertir qu'on ne pouvait rien entreprendre pour le 
moment, Schérer prit aussitôt l'avis de Masséna, qui lui 
soumit un autre plan de campagne. L'ennemi occupait les 
bergesescarpées du Tanaro.Oîi marchait sur le centre; on 
mençait la retraite de la gauche par une masse imposante 
sur les derrières de rennemi , et on le refoulait dans les 
plaines de Loano. 11 fut décidé qu'on formerait trois atta- 
ques, une fausse et deux véritables. Les troupes comman- 
dées par Sérurier, ayant sous ses ordres Miollis, Pelletier, 
Vicose furent, destinées à attaquer le camp de Saint-Ber- 
nard et de la Pianetta, et à tenir en échec tout ce qui se 
trouverait dans la gorge de Garessio, si elles ne pouvaient 
s'en rendre maître. 

Le centre avec Masséna ayant sous ses ordres La Harpe, 
Charlet, Saint-Hilaire. Pijon, Mesnard, Bizanet, Cervoni, 
attaquerait l'ennemi par son centre et couperait dans les 
lignes de Loano le corps d'Argenteau de celui de de Wins. 
Le 3®corps, avec Augereau, Banel, Victor et Dommartin, 
emporterait la droite des troupes de de Wins, appuyées 
à Monte-Calvo , et couperait la communication avec 
d'Argenteau. 

Le 22 novembre, à la pointe du jour, neuf chaloupes 



LE DIRECTOIRE (1795-1799) 275 

canonnières et un brick vinrent prendre position sur la 
plage entre Borghetto et la Piétra pour inquiéter le flanc 
gauche de l'ennemi. 

Masséna avait rappelé de TAlpi une partie des bataillons 
qui y stationnaient. Les Autrichiens qui ne demandaient 
pas mieux que de prendre leurs quartiers d'hiver, ne son- 
geaient à rien autre chose. De Wins, malade à la Piétra, 
d'un rhumatisme et d'un abcès à la bouche, croyait la 
campagne terminée et disait à Wallis de s'occuper des 
affaires de service. Masséna, sans que de Wins s'en dou- 
tât le moins du monde, le 21 novembre, harangua son 
armée qui lui répondit par des cris d'allégresse et de pa- 
triotisme. Le 22 novembre, samedi (2 frimaire), le signal 
fut donné à six heures du matin par deux fusées parties 
du mont Santo-Spirito, auxquelles répondit une bordée de 
chaloupes canonnières. A l'instant Augereau fit avancer 
1700 hommes de troupes légères sous les ordres de l'adju- 
dant-général Rusca pour occuper les trois mamelons qui 
formaient les avant-postes des Austro-Sardes. Les deux 
premiers furent emportés sans tirer un coup de fusil, le 
troisième opposa une longue résistance et l'ennemi finit 
par en sortir pour être reçu par les troupes du général 
Victor qui en fit un véritable massacre. Cependant le 
général Banel, avec 2,500 hommes, prenait le village de 
Toirano ; mais en gagnant les hauteurs auxquelles était 
flanquée la droite de l'ennemi, il fut blessé au cou et 
remplacé par Lannes aidé de Rusca. On emporta quatre 
positions fortement retranchées. Une partie des fugitifs de 
Toirano s'étaient réfugiés à la Chartreuse de Bardinetto ; 
Augereau y envoya Dommartin qui força l'ennemi à 
capituler. Un général , un colonel , des officiers et 600 
hommes se rendirent à discrétion. 

Masséna opéra avec un admirable sang-froid dans les 
conditions les plus difficiles. La Harpe et Charlet prirent le 
poste important de Roccaberno, puis ceux de Malsabecco 



éc îd Eîaae:* -21 7 ihî.stns tul zruid carnage. Le gros de 
r-HTnrqnt, iiibc& i 5arrnrtsj, Iâeb& pied ; Cervoni lui alla 
3arr^r .« rnenin^ irn ^imîïîisaïiait aux hauteurs de Set- 
^eoaii ^ itt Vr4t:gnf:> p^uisizic que llassêoa montait s'en 
angarsr. -s Les*^^tLin: ie !à â Soii-Paniâleone et à Gorra 
siKir jr?!i<îr*f l'-^rrt^nt i 'ic^. à «jQ ne le forçait pas dans 
jas.îgne^ieLcaji:, 

Senrisr inizèdiii j2* P^emoacab de secourir Argentean. 
A 'nriis ieur^ in îccr. le «utre de Tennemi était coupé. 
Arsen^irai se rrçîfar: .a nsn sar bs hauteurs de Gorra et 
de FTT.sIe pccur -TUTTir L'èTat^oation de ses magasins de 
Fîule- Cfrv :ci iT^a: r^M r*xdre «le cerner d*Ar^nteau, 
ceiïi>^ ±z r^rihe precipcumnieM sur Vado , abandon- 
mviz :.:cr: vre ::i: 1 1: r«scaîî *ranillerie et plus de cent cais- 
secs : AjXv i-=s !iOcr» poarsuiTîrent la retraite. Le fort 
de Vii.:* ec Ir^ Liii^eurs de SaTone restèrent en notre pou- 
Totr. Telle es: cec:e Tîecoire de Loano« qui coûta aux 
Ausrr:-<?arôrs ' i.u5 de 3*»1m> morts . 6.000 prisonniers , 
+S pi«ècfs le o-.iH-C, 5 drapeaux ec plus de 100 caissons. 
Les repre5ec:Az:5 iu peupie. Peyre et Ritter. rendent jus- 
tice a*jx A'^str.^-^ird-es, < Ils ont combattu comme des 
lions, mais ils ont eu ;\fl&dre avec des Français. Des re- 
doutes à rriple eca^e oat été enlevées au pas de course. > 

M:\sseaa dans >?n rapport à Schêrer dira : 11 n'est point 
dVxpression assez forte pour exprimer le courage du sol- 
dat. Les fatigues ^\ril a essuyées, Tintrépidité qu'il a mon- 
trée, son adresse, son anîeur et son dévouement pour la 
cause de la lilvTté doivent faire trembler les tyrans coali- 
sés. » 11 jKirle de la Harpe qui s'est signalé à Monte-Lingo et 
à Roccaberna : de Cervoni à Bianco et à Bardinetto ; il 
loue Pipon et radjudant Joubert. 

De Wins qui ivpétait : Je ne quitterai mes bottes qu'à 
Nice, ne se débottera pas de longtemps, disait-on dans les 
deux camps. — On placarda dans les rues de Gènes une 
caricature qui le représentait à cheval sur imé écrevisse ; 



LE DIRECTOIRE (1795-1799) 277 

au-dessous on lisait :< Il caporale de Wins che vadiretlo 
a Parigi. > Il dut s'en aller en Piémont dans une chaise 
à porteur pour ne pas tomber entre nos mains. Cette éva- 
cuation s'effectua au milieu de murmures et de manifesta- 
tions peu flatteuses pour le feld-maréchal. 

Schérer publia de Vado, le 20 décembre, la proclamation 
suivante à l'armée : 

€ Soldats d'Italie, vous avez vaincu nos ennemis : vous 
avez montré une valeur héroïque et vous avez bien mé- 
rité de la Patrie Mais après avoir triomphé par la 

liberté, plusieurs d'entre vous se sont déshonorés par des 

vols, des incendies et d'autres forfaits Soldats, votre 

père vous avertit pour la dernière fois de mettre fin à 
des procédés qui flétriraient la réputation de l'armée d'I- 
talie. 11 punira, selon la rigueur des lois, toute espèce de 
délits et rend responsables les chefs de tout grade de ce qui 
pourra se passer dans leur commandement respectif...., > 

La rigueur de la saison amena une suspension d'armes 
forcée, sans qu'il y eût pourtant aucune convention. 

Jugez des transports de joie qui éclatèrent du nord au 
midi, quand on apprit la nouvelle de la victoire de Loano. 
An tibes célébra encore le nom de Masséna. Marcel Masséna 
y commandait en second sous les ordres du général Parra 
qui depuis le 24 octobre avait remplacé le général Barthé- 
lémy, Marcel avait succédé le 7 novembre au chef de bri- 
gade d'Héram. 

Années 1706.1797-1708. 

Heureusement pour Nice , entrèrent dans le port 
quatorze bâtiments génois qui apportaient 130,000 liv. de 
blé, 16,000 liv. de fèves, 6,800 liv. de fruits. 1,650 liv. de 
poisson salé, 2,900 liv. de fromage, 6,700 liv. de riz, 2,600 
liv. de vermicelles, 1 ,000 liv. de jambon et lard salés, etc... 
Le pain fut fixé à 4 fr. la livre, valeur numérique (18 jan- 
vier). La charge de blé coûtait 1,400 fr. en assignats. 






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a& zrzrm^r^' iiiz> 'jt zui- 1 a3(;*^^ i::;r4$ «ie lui Benhier 
piiir lie:' Tr'iii-ziii «c -?: ^liJf^r^i îOG e:cipa2i-:-ie. dont 
îl X Tf^^rTi-L' fc .:l r-ffiî iaz.1 Si :-:citnf>f . < LeGouver- 
zjrciec; i'r:ec': if z.-:»^ if^ri^î-fs ^Àzt?.*?, ecrivaii-il à 
Cfa.i:iTai. ; z"! iTi^-T -rïiTrT:^ i »>êo?s : il ùai les réaliser et 
tîrrr 1 • Piine îe li :rL5*f •': fL-r s* :r?ctTe, Hàtez-vous de 
T-=nir. ;'ài Ses: ci :»r i->::^-» Ez œ rakae )oar, 27 mars, il 
lancii: ^ye-n^ io:oLiZ2:i::i*xi Cr.r .r?, qu*oa lisait au front 

< Soldais. Toas ècces aa> . mal xkmutîs ; le Goaveniement 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 279 

VOUS doit beaucoup, il ne peut rien vous donnef ; votre 
patience, le courage que vous montrez au milieu de ces 
rochers sont admirables ; mais ils ne vous procurent au- 
cune gloire; aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux 
vous conduire dans les plaines les plus fertiles du monde. 
De riches provinces, de grandes villes seront en votre pou- 
voir; vous y trouverez honneur, gloire et richesse. Soldats 
d'Italie, manquerez-vous de courage et de constance ? » 

Ces quelques mots, dit Toselli, électrisèrent Tarmée. En 
effet, Bonaparte, cet homme de génie, est resté maître en 
harangues militaires. Le même jour, il dîne chez Schérer 
dont il n'a qu'à se louer. Le lendemain, il apprend que 
le 3® de la 209® demi-brigade, campée sur la place de la 
République, se mutine. Il descend de son appartement, il 
y court et apprend qu'ils refusent de marcher, parce qu'ils 
n'ont ni souliers, ni argent. Sa présence seule impose aux 
factieux, tout rentre dans l'ordre. Notre armée formait 
neuf divisions, dont deux d'avant-garde aux ordres de 
Masséna ; la 3®, à Breil, sous Macquard; la 4% à Roquebil- 
lière, sous Garnier. Les quatre autres faisaient le corps de 
bataille ; et la 9® restait pour le service du littoral. Gau- 
tier de Kervéguen commande à Nice ; Parra à Antibes. ' 
Le 29 il ordonne à Parra de requérir l'administration 
d'Antibes afin qu'elle emploie la garde nationale au ser- 
vice de la place. Le 30 il s'excuse, à cause des affaires 
pressantes, de ne pouvoir assister à la fête de la Jeunesse. 
Le 1*' avril, il chargeait Casablanca du littoral depuis la 
rivière d'Argens jusqu'à Marseille ; et le 2 avril, après 
avoir pensé à tout, il prit le chemin de Villefranche, en 
s'arrètant à son passage chez le comte Laurenti pour Tem- 
brasser. Le 3 avril, il avait son quartier général à Menton 
et le 5, à Albenga. Le 12 avril, il débutait par la bataille 
de Montenotte, où Masséna, dit le rapport, parut en don- 
nant la mort et l'épouvante sur le flanc et le derrrière de 
l'ennemi où commandait d'Argenteau. Le canon s'éloigne 



tȈ CHAPITBB IV 

de nos AIpes-Maritimes. La victoire de Mondovi, 28 avril, 
amène rarniistice de Chirasco qui sera suivi de la paix de 
Paris^ par laquelle le roi de Piémont abandonnera à la 
France Mce, la Savoie, Coni, Tortone et Alexandrie. La 
victoii'e de Lodi, 10 mai, nous ouvrira les portes de Milan, 
où Bonaparte entrera, le 14. 

La paix de Paris, publiée à Nice le 9 juillet par le gé- 
nénil Gasabianca^ y fut célébrée par un banquet , par des 
danses sur la terrasse, et par une illumination générale. 
Cette campagne d'Italie, véritable marche triomphale, 
amena le Pape à signer le traité de Tolentino, 15 février 
175)7, par lequel il renonçait à une partie de ses États et 
auComtat d'Avignon ; et enfin, comme on en était con- 
venu, toutes les armées menaçant Vienne, Bonaparte dé- 
terminait Tempereur d'Autriche à signer le traité de 
Campo-Formio, 17 octobre, ce qui mettait fin à la pre- 
mière a^alition. Tant de gloire pour un général de vingt- 
huit ans effraya le Directoire qui envoya Bonaparte à 
Texpéiiition d'Egypte et replaça Schérer, une troisième 
fois, à la tète de larmée d'ItaUe. 

Miisst^na, mesurant son vol à celui de Bonaparte, avait 
fait des pnxiiges de valeur à Montenotte, décidé la victoire 
à Millesiuio et sVtait signalé à Diego et à Lodi. Bonaparte 
lavait dêooiv à Vérone le â5 mai du titre cT Enfant chéri 
delà cictoire. Le 14 août, il méritait ce nouvel éloge: 
€ Masst^ia, actif, infatigable, audacieux, d'un coup d'oeil 
sur, d*une rè^olution prompte, compte pour six mille 
hommes de plus, dans son conmiandement. » Lorsque 
Bouai>arte IVnvoya à Paris pour les préliminaires de 
LèolH'u, la capitale le reçut avec des transports d'admi- 
ration. Le 9 mai 1797 le Directoire lui donna une audience 
publique et solennelle, et il fut salué d'un tonnerre d'ap- 
plaudissements. On lui décerna des armes d'honneur. 
Combien Antibes et Nice devaient ètrefières de Masséna ! 

Pendant celle période glorieuse des guerres de Bona- 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 281 

parte, si Tarmée avait quitté nos Alpes-Maritimes, le pays 
n'en avait pas moins à lutter ici, contre les barbets ; là, 
contre l'indiscipline des troupes, partout contre la misère 
publique. Entendez les habitants de la vallée de Lantos- 
que: « Nous manquons de bras pour les travaux de la 
campagne ; les assignats valent six deniers de moins la 
livre ; les biens ont été dévastés par les troupes can- 
tonnées chez nous , sans compter les coups, les menaces, 
les injures qu'ils nous ont prodigués, ce qui remplit nos 
esprits de frayeur et de mélancolie, et cause l'épidémie 
qui sévit chez nous depuis trois ans... Nous sommes ré- 
duits à la dernière extrémité, à lapluscruelle misère, ayez 
la charité de nous obtenir au moins le remboursement des 
frais que nous avons faits et des dommages que nous a cau- 
sés l'armée. Depuis 1793 nous n'avons reçu que 2,000 fr. 
en paiement des 267,825 fr. qui nous sont dûs.> — Saint- 
Martin réclame 132,731 fr.; La Bollèno 36,490 fr. ; 
Roquebillière 22,500 fr. Malgré cet état misérable, les 
réquisitions ne cessent pas. On leur demande ce qu'ils ont 
encore d'argenterie et de bijoux provenant des églises. 
La garde nationale devait, en outre, parcourir les bois 
et les montagnes pour saisir les barbets. — < Nous remer- 
cions les communes de la vallée de Lantosque, dira Louis 
Otto commandant à Lantosque, de leur concours géné- 
raux. Mais ayant appris par le citoyen Balari, venant de 
Levons et de Loude, que les barbets se montrent en grand 
nombre, envoyez-nous encore vos hommes pour la dé- 
fense du pays. > — A TEscarène une sorte de tribunal mili- 
taire fonctionnait continuellement pour juger et exécuter 
ceux qu'on saisissait. Un certain Fulconis mis à mort à 
TEiCarène fut placé devant la maison de sa propre mère, 
puis promené dans le pays, et enfin son corps jiorté à Nice, 
à dos de mulet, fut traîné ainsi, ô horreur ! dans toute la 
ville. Cette scène se renouvela encore le 13 mai 1795 
pour un autre barbet. Le corps était lié sur un mulet, et 



282 CHAPITRE IV 

avait le poignard attaché à la main et le fusil sur le 
dos. 

Plus hardi que jamais, en 1798, ces bandits dévalisèrent 
le courrier de Nice à Turin et tuèrent les deux gendarmes 
qui l'escortaient. Ils tirèrent à TEscarène sur le poste mili- 
taire. Un de leurs chefs les plus fameux se nommait Contin, 
originaire de Drap. Il avait organisé sa bande, comme 
celle de Mandrin . Garnier traita avec lui, parvint à s'en ren- 
dre maître et l'envoya au bagne de Toulon, où ilmourut. 

Nice, de 1794 à 1798, éclate souvent en plaintes amères 
contre l'indiscipline de la troupe. Autant le soldat fran- 
çais en campagne obéissait et volait à la gloire, autantil 
ne connaissait pi us de maître dans sescantonnements.Mais 
c'est surtout en 1797, que l'administration municipale se 
plaignait. 

III. — LE 18 FRUCTIDOR. — 4 SEPTEMBRE 1797. 

Les Jacobins ou terroristes avaient relevé leur drapeau 
sanglant. Le parti royaliste de son côté annonçait haute- 
ment le retour prochain de Louis XVIIl. GracchusBabœuf, 
s'inspirant de son histoire romaine, demandait le partage 
des biens. Le Directoire, qui avait pour lui l'armée, fît cer- 
ner par Augereau les salles des deux assemblées, condamna 
à la déportation les deux directeurs Carnot et Barthélémy, 
soupçonnés de royalisme, et avec eux vingt membres 
des Anciens et quarante-deux des Cinq-Cents. Telle fut 
cette journée mémorable du i8 fructidor an V. ou du 
4 septembre 1797. Cette réaction se fit sentir par toute la 
France. On rétablit la plupart des lois révolutionnaires, 
on arrêta les suspects, on fit la chasse aux émigrés et aux 
prêtres : on obligea tout les citoyens de se montrer fran- 
chement républicains, d'assister aux fêtes de la patrie et 
aux solennités décadaires. 

Un certain nombre de citoyens de Nice avaient pris une 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 283 

manière de se coiffer et de s'habiller tout-à-fait originale. 
Les soldats les insultaient, comme portant des signes de 
ralliement. On en vint des injures aux coups, et chaque 
jour ces provocations amenaient des rassemblements et des 
troubles.Un certain Lupi, soldat corse, excitait surtout les 
autres soldats contre les civils. La garde-nationale l'ayant 
arrêté sur la place de l'Egalité et conduit en prison, le gé- 
néral Garnier riposta en incarcérant le sergent du poste de 
la maison commune. Le tumulte augmenta, 7 août 1797. 
On informa, et l'on prétendit que les deux Villaret,et Arlet, 
capitaine de génie, dit le Père éternel, étaient les fauteurs 
cachés des troubles qui affligeaient la commune ; qu'ils 
voulaient former de Nice une nouvelle Vendée ; qu'ils 
avaient avec eux tous les émigrés rentrés dans le pays, 
et les prêtres. 

La municipalité avertit Garnier que le 13 août la 
troupe devait s'ameuter contre la population : < Ce ne se- 
ront plus les cade7iettes et les oreilles de chie7i qui leur 
serviront de prétexte, mais le besoin de nous mettre en 
hostilité avec Tannée. > La jeunesse dorée portait les che- 
veux tressés en cadenettes, tandis que les Jacohiis avaient 
les cheveux plats et non poudrés. Lannes reçut l'ordre de 
se rendre à Nice à la tète de sa division de dix mille hom- 
mes. On savait Sa proclamation à Aix : < Aristocrates, 
j'arrive demain, vous n'êtes plus. > 11 entra en effet à Nice, 
le 5 octobre, déclara la ville en état de siège et menaça de 
la livrer à discrétion : < Si vous avez dix mille hommes à 
vos ordres, lui dit le maire, baron Alexandre Pauliani, 
j'ai pour moi toute la population. Au premier coup de 
tambour, je ferai sonner le tocsin. > 

Le maire écrivit au ministère de la police générale, puis 
au général Bonaparte. Il paraît que la conduite des aides- 
de-camp du général Lannes, le 25 octobre, dépassa toutes 
les bornes: « Est-ce ici, la municipalité ? demanda l'un 
d'eux. Quel logement nous avez-vous donné? Com- 



284 CHAPITRE IV 

ment f... coquins, Jean-f...? vous nous le payerez, scélé- 
rats, nous vous ferons guillotiner. La neuvième colonne va 
venir, elle vous fera marcher la baïonnette en avant. . . Vous 
serez fusillés, canailles que vous ètes>. — Nous voyant 
traités de la sorte, dit le rapport, nous avons cru prudent 
de ne rien répondre... — Le maire donna sa démission et 
avec lui six autres officiers municipaux. 

Le Directoire l'accepbi et nomma Guide (J.-B.), Cha- 
baud, Chartroux, Cougnet, Jaume, Séguin et Rousset. 

Une société anti-royaliste, sous le titre de Comité cons- 
titutionnel, se forma en même temps. On exigea partout le 
serment de haine à la royauté^ et cette nouvelle adminis- 
tration rendit hommage au Directoire pour avoir sauvé la 
Constitution de l'an 111, en déjouant la plits horrible des 
conspirations qui aurait été Varrêt de mort des patrio- 
tes de tout le globe. < On voulait faire périr, disaient-ils, 
par le fer et l'infamie tous les défenseurs de la liberté et 
nous donner des fers que des milliers d'années n'auraient 
plus brisés. Rendons grâce au 18 fructidor, au gouverne- 
ment et aux défenseurs de la Patrie. Nous n'acceptons 
nos places que dans Tintention de défendre le gouverne- 
ment. Etrangers à toute haine de parti, nous nous occu- 
perons sans relâche du bon ordre de la commune ; nous 
n'agirons et ne vivrons que pour les lois, les ordres du 

gouvernement et le bien public Que des moments de 

souffrances, inséparables d'une grande révolution ne nous 
dégoûtent pas. . . Le vaisseau de la grande nation touche 
au port ; Soyons tous unis, tous républicains; il y entrera, 
un moment plus tôt, et un moment plus tôt, nous joui- 
rons des douceurs qui en dérivent. > 

Notre Isnanl de Grasse qui avait été envoyé dans le 
départemT^nt des iJouches-du-Rhône pour y arrêter les 
terroristes s'ex|)rimnit en ces ternies : « Si vous rencon- 
trez des terroristes, frappez-les; si vous n'avez pas d ar- 
mes, prenez des bâtons ; si vous n'avez pas de bâtons. 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 285 

déterrez vos parents, et, de leurs ossements, assommez les 
terroristes ! » 

Vence et Grasse avaient aussi leurs troubles en 1797. 

A Vence, l'administration cantonale eut avis que les 
royalistes devaient se rendre armés à l'assemblée primaire 
le 21 mars, pour les élections. Le président cantonal, M. 
Charles Guérin, afficha la proclamation suivante : 

€ Quel esprit de vertige s'empanî devons ? Factieux,quel 
est votre espoir en cherchant à troubler la tranquillité pu- 
blique qui règne dans le canton depuis le 9 thermidor. Ou- 
vrez les yeux, insensés, vous courez à votre perte,en enve- 
nimant les plaies qui saignent encore et en vous montrant 
si peu dignes d'un pardon accordé aux crimes des uns et 
aux erreurs des autres. L'impulsion étrangère qui vous 
donne ces perfides conseils, les fourbes qui vous mettent 
en jeu, ne vous donneront aucun secours ; ils tenteront en 
vain de vous soustraire au glaive vengeur des lois. Le 
peuple n'est plus la dupe de ces perfides insinuations. > 

Le complot fut déjoué. Les royalistes répondirent à la 
proclamation de M. Guérin en parcourant la ville au cri 
de: Vive le Roi ! Mort aux républicains ! A bas les buveurs 
de sang ! Le président Guérin imposa à l'émeute, qui 
pensa bien s'y repi'endre plus tard, comme nous le ver- 
rons. 

Grasse ne jouissait pas d'une plus grande tranquillité. 
Une bande d'individus s'étaient constitués en colonnes mo- 
biles, sous prétexte de défendre la République, semant la 
terreur soit à la ville, soit à la campagne. Us cherchaient, 
disaient-ils, les émigrés, les gens suspects, et en profi- 
taient pour pilier les biens nationaux, et les biens des par- 
ticuliers. On avait dénoncé à Paris la municipalité de 
Grasse comme pactisant avec eux, en les laissant agir. 
Le parti royaliste de Grasse allait aussi par la ville, le 
17 mars, en proféra^it les mômes cris qu'à Vence. 

Mais voici que le 24 septembre la municipalité apprend 



286 CHAPITRE IV 

qu'un rassemblement s'est formé chez le traiteur Ray- 
baud, et qu'on y tient les propos les plus antipatriotiques. 
Deux membres de la commune s'y rendent au nom de la 
loi. On leur met le pistolet sous la gorge, et on les pour- 
suit ainsi jusqu'à THôtel-de- Ville, en criant : Mort aux 
officiers municipaux ! Ils rencontrent dans la rue le ci- 
toyen Appian, bon patriote, et tombant sur lui, ils le 
frappent à coups de sabre, et l'assassinent impitoyable- 
ment, au cri de : A bas la commune. Un jury chargé de 
cette sinistre affaire déclara qu'il n'y avait pas lieu de 
poursuivre. L'impunité enhardit ces forcenés, qui s'at- 
troupaient chaque fois qu'ils apprenaient qu'on voulait 
arrêter un des leurs. 

Le Directoire informé remplaça l'ancien conseil par une 
commission de 18 membres. Les mêmes perturbateurs, 
toujours en colonnes mobiles, dirigés par un certain Bel- 
lissime de Callian, bravèrent impunément la nouvelle ad- 
ministration ; ils assassinèrent le juge Gaitte dans son 
domicile, mirent à mort une pauvre veuve ; une femme, 
en défendant ses enfants, eut le bras cassé; ils se portè- 
rent à la maison de l'aubergiste Roustan pour tout dé- 
vaster. Celui-ci ne dut la vie qu'à deux soldats logés chez 
lui. Ces troubles se continuèrent bien longtemps, puisque 
l'année suivante on célébra, par un banquet et par des 
farandoles, l'assassinat d'Appian (3 vendémiaire 1798). 

Observons toutefois que ces colonnes mobiles se com- 
posaient plutôt de terroristes et de robespierristes que 
de royalistes, ce (jui constituait deux factions opposées au 
Directoire. En assassinant Appian et en dévastant l'au- 
berge Roustan, les mobiles se donnaient pour mission de 
rechercher les chouans et les royalistes. 

Le 18 fructidor avait donc ramené la terreur. En octobre 
des troubles avaient éclaté à Tourrette, mais si violents, 
que le général Lefebvre y accourut avec des troupes. 

A Vence , le consul cantonal était dénoncé , depuis 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 287 

quelque temps, comme trop modéré. Charles Guérin en 
était le président, avec Charles Vacquier pour adjoint. Les 
ardents, et surtout le parti qui avait renouvelé la terreur, 
faisaient courir le bruit que leur destitution était décidée, 
que Saint-Paul en avait déjà l'arrêté de Paris entre les 
mains. Le 10 novembre, l'administration, pour témoigner 
de son zôle patriotique, avait célébré une cérémonie fu- 
nèbre en mémoire du général Hoche ; on avait dressé un 
catafalque sur la place Vieille autour de l'arbre de la li- 
berté, qu'on avait couvert de branches de laurier et de 
cyprès De la cime pendait une couronne de chêne et de 
laurier ; aux quatre faces, on lisait sur des médaillons en- 
guirlandés : < A la mémoire de L. -Lazare Hoche, général 
en chef des armées de la Moselle, de l'Ouest, de Sambre- 
Meuse et du Rhin, mort à Wistalar, le 3, complémentaire 
de l'an V de la République française, à l'âge de trente ans. 
Au pacificateur de la Vendée ; — au libérateur de Laudau 
et du Bas-Rhin ; — au vainqueur de Weissembourg, Qui- 
beron et Nerwinde. > Le cortège était parti de l'Hôtel- 
de-Ville ; on avait lu des discours et chanté des hymnes 
patriotiques. Le même jour on défendait d'aller en armes 
dans la ville et d'y proférer des cris. L'ordre était donné 
de fermer les cabarets. Les turbulents bravèrent cette 
proclamation. Dans la nuit du 14 au 15, ils se mirent à 
tirer des coups de fusil aux fenêtres des royalistes et à 
frapper aux portes à coups de pierres en proférant des 
cris de mort. 

Le citoyen Antoine Pons, ex-lieutenant du 9° bataillon 
du Var, menait la bande. On signalait J. -F. Féraud, L. 
Isnard, A. Suche. Ceux-ci étant entrés dans le cabaret 
de J -B. Isnard, y cherchèrent querelle à ceux qu'ils y 
trouvèrent, et, entre autres, à Chabert dit l'Aveugle, an- 
cien chef du Comité de surveillance. Les sieurs Aubert et 
Broc, essayèrent de prêcher la paix et la conciliation, et 
ensuite quittèrent la salle emmenant avec eux Chabert 



288 CHAPITRE IV 

pour le reconduire à sa maison. Quand ils furent à la 
porte Vieille, les agresseurs, qui les avaient suivis, les 
assaillirent d'injures. A quoi Aubin répondit : < Je suis 
aussi bon patriote que vous, et moi je le suis pour le bien. » 
Pons d'un coup de pistolet atteignit Broc ; celui-ci, quoi- 
que blessé , put se relever et fuir chez lui. Pons tira 
alors un coup de carabine sur Aubin qui tomba raide 
mort. Le sieur H. Giraud essaya de s'interposer entre 
l'assassin et la victime ; Féraud le coucha en joue. 11 était 
onze heures du soir. Aux cris de la femme Broc et du 
monde qui accourait, le maire parut enfin, ordonna de 
battre la générale; les gardes nationaux prirent les ar- 
mes, et toute la population fut bientôt sur pied. Les chefs 
de l'émeute avaient gagné la rue de CabrajTa. Un déta- 
chement des gardes nationaux s'y rendit, mais trois 
d'entre eux furent encore blessés. On avait envoyé à An- 
tibes, d'où Marcel Masséna dépécha aussitôt de la troupe 
sous les ordres du commandant Borel. La population de- 
mandait la tête de ces misérables assassins ; il fallut que 
le maire et le juge de paix conjurassent presque à ge- 
noux de laisser la justice suivre son cours. Aubin avait 
l'estime générale. On dressa, sur cette triste affaire un 
long rapport, dans lequel on interrogea même des enfants. 
Les autorités donnèrent leur démission, sans attendre 
qu'on la leur notifiât. M. Guérin, menacé dans la procé- 
dure, se réfugia à Antibes , où était aloi^ le général 
Masséna. Celui-ci le prit sous sa protection, lui donna un 
certificat de bon patriote et en fit son secrétaire particu- 
lier. L'administration centrale du Var afficha cette pro- 
clamation : 

a Considérantque le royalisme et le fanatisme ont exercé 
leurs fureurs daiis la ville de Vence, que les patriotes ont 
été livrés au poignard des égorgeurs/a>ia<ico-royae/a?, que 
leurs propriétés ont été dévastées sans que l'administra- 
tion municipale ait pris des mesures efficaces, ladite ad- 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 289 

ministration est suspendue, et nous nommons A. Bé- 
renger, administrateur du canton. Le Directoire exécutif 
de Saint-Paul est chargé du présent arrêté (21 novem- 
bre). > 

L'ancienne administration envoya à Paris un mémoire 
justificatif, et la nouvelle engagea les citoyens à la con- 
corde. € Le Gouvernement, dit-elle, ne veut pas de réac- 
tion. Le 18 fructidor nous a sauvés d'une seconde terreur. 
Aimons le Gouvernement tant calomnié et reconnu par 
toutes les puissances. > 

IV. — MASSÉNA A ANTIBES. — 19 MARS 1798. 

Masséna, comme nous l'avons vu plus haut, avait pris 
sous sa protection Charles Guérin de Vence, qu'il connais- 
sait depuis assez longtemps et avec qui il était déjà 
en rapport d'amitié. C'est lui qu'il chargea, étant à Paris, 
par une lettre datée du 25 décembre 1797, de lui acheter 
au prix de 24,000 fr. la propriété du Caire à Tourrette- 
Vence. < Quant à la terre de Gourmette, je m'en accommo- 
derai, si M® de Constantin voulait la vendre. > 11 acquit en 
effet le Caire. 11 écrivait encore dans le même temps : 
€ Mon sort n'est pas encore connu. Tous les directeurs 
m'ont fort assuré que Je serai placé d'une manière avan- 
tageuse, si l'armée de Portugal n'a pas lieu. Je retourne- 
rais volontiers en Italie pour y commander en chef. Bona- 
parte voudrait bien m'emmener avec lui en Angleterre 
pour me faire commander un tiers de son armée. Ce ne 
sera qu'à la dernière extrémité que je le suivrai. Veuillez 
bien me dire, mon cher Guérin, si votre intention est de 
me suivre en Angleterre, dans le cas où je serais forcé d'y 
aller, pour que je puisse écrire en conséquence. Adieu, je 
vous embrasse. > 

Cette lettre nous démontre suffisamment dans quels 
termes vivait M. Guérin avec Masséna. 

19 



Î90 CHAPITRE IV 

Masséna eat en effet le commandement en chef de 
Tarmëe de Tltalie (février 1798) et en mars il arrivait 
dans nos parages. Cannes le fêta, Ântibes le reçut avecles 
témoignages de la plus vive allégresse ; on le porta en 
triomphe jusqu'à sa maison. Le 19 mars, nous lisons 
encore dans une lettre à M. Guérin, qu'il lui recommande 
son aide-de-camp Ducos, un peu malade. Quelques jours 
apnès il prenait la route de Rome. 

On sait les motifs qui déterminèrent Masséna à quitter 
le commandement de Rome pour venir se reposer à 
Amibes. 

11 écrit le 5 juin à M. Guérin : Quartier général d'Anti- 
bes,armée d*Italie,8* division: «Donnez-moi des nouvelles 
de la santé de votre épouse, mon cher Guérin, et de la 
vôtre. Vous nous oubliez, vous ne nous donnez plult signe 
de vie. D\n\ vient cela ? Est-ce que vous ne nous aimez 
plus ? tiivz-nous de ce cruel état en venant nous voir 
avec votre éjx>use, ou bien écrivez-nous souvent. Adieu, 
je vous embrasse. *Te vous envoie un petit poisson. > Et 
quelques jours apivs il ordonne au citoyen Ch. Guérin, 
son secrétaire, de se rendre à Nice, d'où il viendra à Anti- 
K»s, api>>s qu'il aura terminé les affaires dont il est chargé, 
lia juin.) 

Troubles de Grasse. — Les troubles se continuent à 
Grasse on 17i>8. Le 31 juillet, la colonne mobile étendant 
ses plM^|uisitions jusqu'à Saint-Cézaire, y blesse à mort 
Fran^^ois Civsp Gindal, maltraite son père, son frère, sac- 
cage sa maison et ne se retire que devant la population 
qui accourt. On informe. Les mobiles bravent la justice, 
si bien qu'ils célèbrent par des farandoles et par un ban- 
quet l'anniversaire de l'assassinat d'Appian. 

Sur le rapport adressé au ministre de la police, celui-ci 
répond de Paris le 2b décembre, que la municipalité de 
Grasse doit employer tous les moyens de remédier à d'aussi 
regrettables excès. Mais que feàrel Les trois partis quidi- 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 291 

visaient la ville avaient la même forée, les mêmes haines de 
famille. Les uns et les autres connaissaient leurs dénoncia- 
teurs réciproques sous les différents régimes de la révolu- 
tion. Ceux-ci avaient en exécration les officiers municipaux 
qui les avaient fait incarcérer ; ceux-là ne pouvaient voir, 
sans colère, les fauteurs de l'émigration de leurs parents 
ou de leurs amis. Tel avait en horreur les acquéreurs des 
biens des émigrés, ou de l'église ; tel autre ne pouvait, à 
cause de ses excès, aimer la révolution et restait attaché 
de cœur et de conviction à sa religion et à la monarchie. 
Les fêtes républicaines, les décades, les hymnes patrioti- 
ques assombrissaient son àrae et il regrettait les cérémo- 
nies du cuite, ses autels, ses cloches, ses processions. Il se 
rappelait Noël, la Semaine sainte, Pâques. < Comment, 
se disait-il,ces mêmes hommes que nous avons vus si assi- 
dus aux offices sont-ils devenus les ennemis de l'Église, 
ont-ils profané nos temples, chassé nos prêtres et nos re- 
ligieux, vendu nos vases sacrés et nos saintes images ? > 

De 1797à 1799, le Directoire, depuis le 18fructidor,avait 
remis en vigueur toutes les lois de la Convention. On tra- 
quait les émigrés, les royalistes, les prêtres insermentés. 
Une des victimes de cette nouvelle terreur fut un chanoine 
de Saint-Paul, Pierre Sicard de Vallauris, ffis de Jacques 
Sicard, maître potier, et d'Anne Guirard. 

Après avoir refusé le serment à la constitution civile du 
clergé, il avait émigré à Nice, d'où l'arrivée de d'Anselme 
Tavait forcé de partir. Il était à Bologne, quand la chute de 
Robespierre le détermina à revenir en France (fin août 
1795). Il desservit la petite paroisse de Domne-Sène près 
de Marseille. Étant revenu à Grasse pour y exercer le 
saint ministère , il fut dénoncé par les terroristes de 
Vallauris et de Grasse, arrêté près de Grasse vers la fin de 
novembre 1798, transférée Toulon, et exécuté le 14 fé- 
vrier 1799. C'était un saint martyr de plus. < Je pardonne 
de bon cœur,dit-il, à tous mes ennemis qui ont contribué à 



292 CHAPITRE IV 

ma mort, principalement à ceux de Vallauris et de Grasse. 
Je donne volontiers ma vie pour l*expiation de mes pé- 
chés, pour la gloire de Dieu et pour la paix de l'Église. 
Je désire que mon sang apaise la colère du Tout-Puissant 
et procure à la France cette paix si désirée et toute sorte 
de prospérités. ... Que cette chair se réduise en poussière, 
elle le mérite, pour donner à mon âme l'heureux avène- 
ment des saints.... Du fond de mon cachot, les fers anx 
pieds, mais libre en Jésus-Christ, je déclare mourir dans 
la religion catholique, apostolique et romaine. Je vais 
bientôt sceller de mon sang les vérités qu'elle enseigne. 
Amen. » 

On a les larmes aux yeux en présence de ces lignes. 
Et penser qu'au xviii» siècle il y a eu des juges et des 
bourreaux dans notre belle France civilisée pour assas- 
siner leurs frères !.. . Hélas! de nos jours, notre patrie 
n'a-t-elle pas engendré d'affreux Rigault ! N'a-t-elle pas 
eu ses martyrs ? Mais passons. 

V. — BONAPARTE ET L ASCARIS. 

L'Angleterre restait la seule des puissances de la pre- 
mière coalition armées contre la France. Le Directoire, 
après avoir préparé un débarquement dans la Grande- 
Bretagne, se décida pour l'Egypte, et le 19 mai Bonaparte 
cingla de Toulon vers l'Ile de Malte dont il s'empara. 11 
envoya, sur l'ordre du Directoire, les chevaliers de Malte 
à Antibes, où ils furent internés. Parmi eux, il en dis- 
tingua un qui s'attacha aussitôt à sa fortune. Le gé- 
néral en chef, autant à cause de l'illustration de son 
nom, que de son àme ardente, en fit bientôt un ins- 
trument aussi intelligent que dévoué (1). lise nommait 
Jules- François-Guillaume-Joseph- Marie Lascaris, fils 
d'illustrissime seigneur Charles-Louis de Lascaris-Vin- 

(1; Toselli— i^ûl. de Mce. — Tome H. 2« partie, page 216. 



LE DIRECTOIRH: (1796-1797-1798) 293 

timille, comte de Castellar, et de Thérèse Caissotti de 
Roubion. Il était né à Nice le 19 décembre 1767 dans 
le palais de la rue Droite et avait été baptisé à la cathé- 
drale Sainte-Réparate. Le parrain avait été le comte 
Ch.-Fr.de Cays, comte de Gilette, et la marraine Margue- 
rite de Borriglione-d'Aspremont, veuve Barralis. Henri 
Martin et Lamartine ont fait son éloge. 

Le jeune chevalier de Malte, partit du Caire avec les ins- 
tructions secrètes de Bonaparte, et sous des déguisements 
successiSs parcourut toutes les tribus de l'Arabie et de la 
Perse, se lia avec les chefs et parvint à fédérer tous les 
Bédouins de ces diverses contrées. Au premier signal de 
Bonaparte, ils étaient prêts à se liguer contre l'Angleterre. 
Tout était prêt en 1813, quand Lascaris apprit la chute de 
l'empire. 11 en mourut de chagrin en Egypte. C'était le 
dernier des Lascaris de Vintimille. Le comte Jean-Paul- 
Lascaris, était mort, victime de la Révolution, à quel- 
ques lieues de Menton, sur le territoire de Gênes. Après 
avoir été incarcéré à Grasse, à Montpellier, il avait été 
ramené à Nice, quoique malade, quand parut la loi du 19 
fructidor contre les émigrés, et embarqué aussitôt pour 
expirer bientôt dans une campagne du territoire de Gênes. 
Ainsi fut traité, dit Dabray, le comte Lascaris, vieillard 
respectable, paisible, affable, charitable, chéri du peuple. 
Ses biens furent séquestrés, vendus, quoiqu'il n'eut jamais 
réellement émigré (1). 

VI. — GLORIEUX FAIT MARITIBIE DES ANTIBOIS. 

30 JUILLET 1798. 

L'Angleterre tenait la mer sous les ordres de Nelson. 
Brueys commandait notre escadre. Le 3 juin, nousavcms 
un ordre du général Le Pelletier, commandant à Antibes : 
€ L'escadre anglaise menace les côtes. Mort aux ennemis, 

(t) Toaelli — Bût, de Niè9. — ^^toI. 2« partie, page 145, 



294 CHAPITRE IV 

s'ils abordent. Tenez-vous prêts. » Or, deux jours avant 
notre défaite d'Aboukir, le lundi matin, 30 juillet, la vigie 
de Notre-Dame de la Garde à Antibes signala un cutter 
anglais. On sut bientôt qu'il avait été armé à Gibraltar, 
qu'il était sous le commandement d'un capitaine irlandais. 
Il avait capturé la Maria en vue de la Corse, et l'avait 
remorquée à Tîle d'Elbe d'où il était reparti depuis huit 
jours. L'équipage, en présence du cutter, avait gagné la 
Corse. Le 27, le même navire anglais avait encore pris 
une tartane catalane qu'il remorquait. Il en avait en vue 
aujourd'hui trois autres, aussi catalanes , et un gros 
navire génois. Vers midi, une embarcation servant de 
mouche au cutter serrait de près le bâtiment génois qui 
s'efforçait de gagner le port d'Antibes. La population 
entière bordait la mer :« Souffrirons-nous,disaient les plus 
indignés, que ces tyrans des mers aient l'audace de faire 
des prises à notre barbe. » Guide, maire d'Antibes, Curault 
capitaine du port, l'administrateur Gairaud étaient d'avis 
qu'on courût sus au cutter. Cependant les batteries de la 
côte forcèrent la mouche d'abandonner sa prise, et vers 
une heure le bâtiment génois entra en sûreté dans le port 
d'Antibes aux acclamations de tous. D'un autre côté le 
tocsin sonnait. Vingt soldats de la 80* demi-brigade et 
autantd' Antibois, ayant Gairaud avec eux, s'embarquèrent 
aussitôt sur la felouque nationale du capitaine Perrière. 
C'est tout ce qu'elle pouvait contenir, et on pourchassa la 
mouche. Le général Masséna, alors à Antibes, était à la 
campagne. Aussitôt qu'il apprit ce qui se passait, il accou- 
rut en toute hâte, se rendit au port, demanda si l'on n'irait 
pas en plus grand nombre contre ces insolents. Il y avait 
là un brigantin génois. Curault en prend le commande- 
ment ; les chevaliers de Malte veulent être de la partie, 
afin de rendre utile leur rentrée en France. Le général Le 
Pelletier distribue des armes et des munitions ; on embar- 
que à la hâte une pièce de quatre avec son affût de rem- 



LE DIRECTOIRE (1796-1797-1798) 295 

part. Chacun monte en chantant la Marseillaise, et aux 
cris répétés de : Vive la République, Vive Masséna ! A bas 
les Anglais ! Mort aux tyrans des mers, aux tyrans du 
genre humain ! Guide, le commandant de la garde-natio- 
nale, le secrétaire de Masséna, Guérin, son aide-de-camp 
Ducos s*y trouvent aussi. Le capitaine Ferrière, animé par 
le renfort, redouble d'activité et les deux navires avancent 
en pleine mer. Vers cinq heures ils s'aperçurent que le 
cutter avait envoyé ses chaloupes à bord du bâtiment 
qu'il remorquait pour en retirer l'équipage. Puis ils l'aban- 
donnèrent. 

Les Antibois dirigèrent vers ce bâtiment deux cha- 
loupes armées qui l'occupèrent. On en avait haché et 
coupé toutes les manœuvres. Le cutter, ayant une mar- 
che supérieure, et deux lieues d'avance sur le brigantin et 
la felouque, s'enfuit et disparut dans l'obscurité de la nuit; 
mais les trois vaisseaux catalans, le navire génois étaient 
délivrés, et le bâtiment espagnol nous restait. On rentra 
au port vers 9 heures au milieu d'un enthousiasme indes- 
criptible. Les félicitations vinrent de tous les points de la 
France à la municipalité d'Antibes. < Le trait de bravoure 
et de patriotisme, dit le procès-verbal du Comité départe- 
mental, nous fait prendre l'engagement solennel d'imiter 
les Antibois, si ces perfides et féroces Anglais s'avisaient 
de se montrer sur nos côtes » (1). Le Directoire propose ce 
trait de patriotisme à l'admiration de la France entière : 

€ Citoyens, dans une République fondée par les vertus, 
les actes de courage, de désintéressement et d'honnêteté 
qu'elle inspire, doivent être proclamés par le Gouverne- 
ment, afin que les noms de ceux qui ont le bonheur de 
pouvoir servir à sauver leurs concitoyens, soient connus 
de la société tout entière. Cette récompense aussi douce 
qu'honorable nous l'avons obtenue, citoyens, solennelle- 
ment le jour de l'anniversaire de la fondation de la Répu- 

(1) Imprimé i Nice chei Congaet, rue de la lumidrtf (me de li Préfecture). 



290 CHAPITRE ÏV 

\ 

blique . Les habitants d'Antibes^ont bien mérité de la pa- 
trie, et c'est avec une véritable satisfaction que je voas 
adresse les annales glorieuses, dans lesquelles cette mé- 
morable action a été justement enregistrée. Salut et fra- 
ternité. > 

Paris, 30 Tend, an 7 (20 oct.) F. db Neufchatbac. 

VII. — LE DIRECTOIRE ESSAIE DE RÉCHAUFFER L'aRDEUR 

PATRIOTIQUE. 

Le Directoire recommande expressément dans ses décrets 
de Tan VI, de célébrer les fêtes décadaires, de faire oublier 
tout ce qui a rapport à l'ancien culte, de cesser tout tra- 
vail les jours des fêtes décadaires. Antibes pour se confor- 
mer à ces décrets changera jusqu'au nom de ses quatre 
foires : celle de Saint-Sébastien (20 janvier) prendra le 
nom de foire de la Bravoure, en souvenir des quarante- 
sept jours de blocus de 1747 ; celle de Saint-Jean (24 juin), 
foiredes Moissons; de Sainte-Claire etNotre-Dame du 12au 
15 août), foire des Fruits et celle de Saint-Gabriel (13octo- 
bre), foire des Semences. Nous lisons sur tous les registres 
des délibérations communales la description détaillée des 
fêtes de la Vieillesse (10 fructidor); de la Jeunesse (lOger- 
minal); de l'Agriculture (10 messidor); de la Liberté (10 
thermidor); de l'abolition de la Royauté (11 février); de 
la Souveraineté du Peuple (30 ventôse). Mais relatons one 
de ces descriptions, extraite des registres de Belvédère, 
(10 fructidor 1798). Sur la place, se dresse Tarbre de la 
Liberté, garni de guirlandes, surmonté du bonnet phry- 
gien et du drapeau tricolore. Au pied est l'autel de la Pa- 
trie sur lequel on a placé la Constitution et les droits de 
l'homme. A dix heures, au son du rappel, tous les habi- 
tants, sous peine de châtiment, doivent être rassemblés 
devant la maison commune. On obéit. Les gardes natio- 
naux forment la haie. Au milieu s'avancent vingt citoyens 



LE DIRECTOIRE (1796-4797-1798) 297 

choisis de différents âges qui représentent le peuple sou- 
verain. Quatre des plus âgés ouvraient la marche ; sui- 
vent quatre jeunes gens qui portent les inscriptions pa- 
triotiques, enfin viennent les officiers municipaux. Arrivés 
devant l'autel on lit les droits de l'homme et la constitu- 
tion, on chante des hymnes patriotiques ; un des vieillards 
lit un discours pour la circonstance, et l'on retourne à la 
maison commune dans le même ordre. Le soir il y a des 
danses, des farandoles et une illumination officielle. « Tous 
les habitants, ajoute le procès -verbal, aises de plaisir 
montrent par leur attitude leur joie et leur attachement à 
la République. > 

A la fête de l'Agriculture, on forme des groupes qui 
représentent l'agriculture, l'industrie, le commerce et les 
arts ; on porte la statue de la Souveraineté du peuple, de- 
vant laquelle les appariteurs abaissent leurs baguettes. 

Pour la fête de la Jeunesse on est tenu d'y venir jusqu'à 
seize ans accomplis, on donne des prix aux plus méritants. 

Nous avons vu par la cérémonie du général Hoche com- 
ment on rendait aux morts les honneurs funèbres. Il y 
aura de ces solennités pour nos nwiistres assassinés à 
Rastadt, pour le brave Joiiberl^ mort à Novi. Mais hélas! 
la religion n'y présidait plus depuis longtemps. 

Grasse a encore ses troubles. Un jour de fête décadaire, 
19 mai 1799, Maximin Isnard, autre que le conventionnel, 
avait quitté Grasse depuis 1795, comme robespierriste 
et ancien président du Tribunal de commerce, en 1794. 

Il y revint en 1799 avec une commission spéciale du 
commandant de place de Nice. Les gendarmes avaient 
Tordre d'arrêter tous ceux qui ayant été bannis de la 
ville, y rentraient. Pourtant à cause du parti qu'Isnard 
avait dans le pays, ils n'eussent pas osé mettre la main 
sur lui, d'autant plus qu'il avait sa commission, s'il ne les 
eût nargués pendant la cérémonie, au temple décadaire. 
L'officier municipal, Suche, qui y assistait déclara que cet 



S« OUPXRB IT 



asfle ^uh i=.TΣharti^. I> brigiAer de gendarmerie attendit 
k 11 TC?^ p*:-^^ s'^s emparer. q[iiaiid le firère de Maximin 

sa co>Iiec ec fane lai fat de laisser aller le 
gracr^ apftoadîssemeiits des mobiles. 

zâ OËfte Tille en ocmtinaelle fermen- 






:c. ^•^^^TTi^^grra;î%n centrale da Var avait le dessein 
c^icTiffr ^ Grssse I^es cfaeraliers de Malte : < Noos avons 
wxi* i :!riÏ2-rre de k^er de pareils hommes^ répondaient 
Les GrÀSSijis. No^:s avc-os réiabii la tranquillité avec beau- 
cc-^ip if peLie. La présence de ces gens-là la compromet- 
tra:: ce niGTeaa. > Et on ne les t envoya pas. 

< Arrêiéi et r^eehercfaez les émigrés qui rentrent en 
{ot>^ ecnT^ît le :riî?it5tre général de la police ; ce sont les 
eoneoiis -ie la Rér*abiiqae« les égorgears de nos frères.» 
Sarveîllez toos ceox qai v<Mit et viennent. Retenez à la 
pcHste toat imprimé destiné pour TAngleterre. Que rien 
ne sc'rte da conâr.eQt.> Lvon est signalé comme un foyer 
de rr-yalistâs et d'émigrés. L^admioistration de Cannes est 
sasçendae «mme réactionnaire (3 mars 1 799). On raocuse 
de nr-^.i^r Tcbservaiioa des Êtes républicaines, de favo- 
riser révaâon des suspecis^de donner asile aux égorgeurs 
royjk^ix ^t anx dései-t^urs. -'Ministre de Tintérieur, F. de 
Neufohàieaa. 



CHAPITRE V 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 



I. — DÉBARQUEMENT DE BONAPARTE A F RE JUS, 




pendant Texpédition d'Egypte, la France avait eu con- 
tre elle une seconde coalition des puissances. L'empe- 
reur de Russie se posait en protecteur des chevaliers de 
Malte, l'Autriche voulait reconquérir le Milanais; la reine 
de Naples songeait à venger sa sœur, Marie- Antoinette et 
à éloigner les Français de Rome. Notre défaite d'Aboukir 
semble leur promettre le succès. Au moment où Tannée 
russe s'ébranlait, nos plénipotentiaires français qui y trai- 
taient certaines questions laissées indécises à Campo- 
Formio, furent traîtreusement assassinés par les hussards 
autrichiens. 

La guerre éclata aussitôt : la loi de conscription mili- 
taire qu'on vota, mit 200,000 jeunes gens à la dispo- 
sition de la République. Le roi de Naples fut vaincu 
à Civita-Castellano (novembre 1798) et son royaume con- 



300 CHAPITRE V 

quis par Championnet. Le Roi de Piémont fut obligé 
d'abdiquer et de s'en aller en Sardaigne. Mais voici les 
revers, Joiirdan en Allemagne est vaincu à Stockach. 
L'Autriche et la Russie réunies battent successivement 
Scliérer à Vérone, à Magnano ; et Moreau à Cassano, à la 
Trébie, î\ Novi, où Joubert est tué, à Génola. L'Italie était 
perdue. De 150,000 hommes de Tarmée d'Italie, il nous en 
restait 85,000. Championnet, désolé, avait retiré ses lignes 
au col de Tende et établi tout malade, son quartier-géné- 
ral à Sospel. Il est heureux que Masséna, rappelé au com- 
mandement en chef de l'armée d'Helvétie, et que Brunet, 
chargé de Tarmée des Pays-Bas, nous sauvassent le pre- 
mier à Zurich (25 septembre) et le second à Bergen et à 
Casiriciim, comme autrefois Villars à Denain. C'est à la 
batj^illo do Zurich que Masséna chargea son secrétaire 
(luérin d'en porter rapidement la nouvelle à Paris. Le 
ministre Talleyrand j^renant Guérin à part lui dit: «Avez- 
vous (le Targont ? — Non. — Je vous retiens mon prison- 
nier junir dix-huit heures. » Il acheta à la bourse qui 
é<;iiteii baisse, et le lendemain à midi, le canon annonça 
la victoire de Zurich. La bourse monta. Talleyrand y 
gagna des millions. 

Bonaparte ayant eu nouvelle des affaires de France, 
s'embarqua aussitôt et, glissant entre les croisières de l'es- 
cadre anglaise, aborda heureusement à Saint-Raphaél 
de Fréjns (14 octobre 1799). Il entra dans Paris au grand 
étonnement du Directoire.L'administrationd'Antibes écrit 
à ce sujet au district de Grasse : € Nous avons eu connais- 
sance du débarquement de Bonaparte. Nous en avons 
publié la nouvelle à la suite des avantages remportés par 
Masséna H rarmée d'Helvétie. Une illumination générale 
a eu lieu parmi les cris de joie de toute la population. Ce 
matin, nous avons mis en place le convoi de Gènes chargé 
des jjiècos (rartilhMie de l'armée d'Italie, qui a passé mal- 
gré la surveillance des croisières anglaises. > 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 301 

Le 18 brumaire faisait succéder le Consulat au Direc- 
toire. L'arrondissement de Grasse envova à TAssemblée 
législative Barrière de Saint-Jeannet et Christophe Rei- 
baud d'Antibes. Nice conserva les mêmes représentants. 

Bonaparte, à partir de ce jour, devient le maître des 
destinées de la France, comme premier consul. Il nomme, 
le 23 novembre, Masséna général en chef de l'armée 
d'Italie. 

II. — MORT DE CHAMPIONNET A NICE. 

Championnet avait,comme nous l'avons dit, le comman- 
dement des Alpes- Maritimes et il tenait toujours son quar- 
tier général àSospel. Nos troupes y occupaient une ligne de 
1431ieues.Pour savoir ce qu'elles y souffraient, il suffirait 
de comparer les ressources dans de tels climats, et dans une 
pareille saison avec les besoins d'une armée. Dans un pays 
qui se suffit à peine à lui-même, il fallait provisions de 
bouche, habillements, munitions de guerre, chevaux, mu- 
lets, pour les équipages et pour l'artillerie. Personne ne 
peut s'imaginer lessouffrances de nos soldats qui gardaient 
ces postes couverts de glace et de neige, bivouaquaient 
sans feu, sans toit, à peine vêtus et manquant souvent de 
nourriture. Beaucoup mouraient de froid ou de faim. Ceux 
qui vivaient dans les villages disputaient aux habitants 
leurs aliments. Les chevaux périssaient,faute de fourrage. 

Nulle subsistance sur les chemins, pour les soldats en 
voyage ; nul soulagement dans les ambulances, et encore 
fallait-il se garder des barbets qui avaient en horreur le 
soldat français. Masséna savait tout cela. Le typhus de 
plus s'était déclaré dans l'armée. 

Championnet abreuvé de dégoûts et malade à Sospel 
y attendait avec impatience un successeur. Atteint du 
typhus, il se fit conduire à Nice. Les huit premiers jours, 
on espérait encore le sauver ; le neuvième jour vint le 



302 CHAPITRE V 

délire. Il demandait sans cesse où étaient les vsdssean 
chargés de blé, s'il en arrivait de Marseille^ si l'on appor- 
tait de l'argent , des habillements, si les soldats étaient 
payés, si Ton avait mis les Autrichiens en déroute. < Par- 
tons, disait-ilydès le début de la maladie, partons de Nice. 
Cette ville me sera fatale. Si du moins je mourais, comme 
Joubert, sur un champ de bataille. Ma mère ne survivra 
pas à sa douleur. Consolez-la ; ménagez-lui cette nou- 
velle. » 

11 mourut le jeudi, 9 janvier 1800. Son corps devait 
être porté au Panthéon ; mais il subit une telle décompo- 
sition, qu'arrivé à Antibes, il dut y rester.On l'inhuma au 
Fort-Carré où il repose encore avec son épitaphe. Valence 
sa patrie lui a élevé un monument. 

III. — MASSÉNA A l'armée D'ITALIE. 

Laissons parler ici M.Toselli : < Plus Masséna approchait 
du quartier général, plus il était frappé de l'état déplorable 
dans lequel la misère avait plongé l'armée. En entrant 
à Fréjus, il rencontra un bataillon du 14* de ligne qui 
avait abandonné son poste ; ses armes étaient en faisceaux 
et les hommes demandaient du pain de porte en porte. 11 
fit battre la générale. Quand le bataillon fut rassemblé, il 
en parcourut le front, d'un air sévère : — Pourquoi, dit-il, 
avez-vous quitté votre poste ? — Général nous mourions 
de faim. — Eh bien ! il fallait mourir. Les soldats qui aban- 
donnent leur poste sont des lâches. — Nous ne sommes 
pas des lâches ; qu'on nous donne du pain et on verra. — » 

Ce n'était pas le moment d'user de rigueur, et à voir 
ces figures livides et creusées par la misère, il ne pouvait 
douter de leurs souff*rances. Il fit recueillir tout ce qu'il 
pût de pain, et le bataillon défila devant lui aux cris de : 
Vive la République ! Vive Masséna ! En même temps ar- 
rivait la nouvelle que le 18® léger et le 24* de ligne déser- 



LE CX)NSULAT ET l'EBIPIRE (179W8i4) 303 

taient en masse. Masséoa envoya l'ordre à Brunet de les 
retenir sur le Var. Ce qui eut lieu. Ces insurgés sans mé- 
fiance se laissèrent surprendre par les colonnes mobiles 
qui leur enlevèrent armes, drapeaux et une pièce de canon 
et les conduisirent à Saint-Laurent-du- Var. A Grasse, le 
21* de ligne en pleine révolte fut désarmé. Six compagnies 
du 28* subirent le même sort. Quelques jours après la 
deuxième demi-brigade venue de l'Helvétie se laissa en 
traîner pour manque de vivres. 

€ Soldats de la deuxième demi-brigade, leur dit Mas- 
séna, je vous ai choisis entre toutes les demi-brigades de 
Tarmée d'Italie pour passer avec moi dans l'armée d'Ita- 
lie. Vous n'avez pas justifié la distinction que j'avais faite 
de vous, parmi tant de corps dont les titres étaient égaux 
aux vôtres. Vous avez méconnu les lois de la discipline.... 
Je vous rappelle au nom de l'honneur à vos devoirs 
sacrés.... Vous ne méconnaîtrez pas la voix de votre gé- 
néral qui vous parle au nom de rhonneur,de la gloire et 
de la patrie. » (Quartier général d'Antibes, 15 janvier 
1800.) 

U engagea à Antibes le général Marbot à répondre du 
service, et reçut de lui tous les papiers de l'état-major. 11 
envoya l'adjudant Reille reconnaître tous les postes de 
la rivière de Gènes et laissa son oncle Marcel au gouver- 
nement d'Antibes, avec l'adjudant Vienne. 

D'une armée de cinquante mille hommes, depuis le mont 
Cénis jusqu'à Gênes, Masséna en comptait au plus la moi- 
tié, sur laquelle il pût compter... Le bataillon de la Lozère 
arriva à Nice, n'ayant plus qu'un homme.... Et les ma- 
lades ! ! ! 

Les malades au nombre de 13,000 manquaient généra- 
lement de tout. € L'hôpital de Cannes, par exemple, disait 
dans son rapport l'inspecteur-général Cochelet, est une 
cloaque, où Ton enterre vivants les malades qu'on y dé- 
pose. Us sont la plupart couchés sur de la paille infecte et 



:ozr."r f:LZ:f Tvsaiir, ssos xDêiïcaineiits. sans linge.... 

Z' ^s, i-zzjirLiiz^'z i."t iktII rien. > 

MiSî.ri.i. iyrrîf âxc.îr r-iabrasiê sa femme et ses enfants* 
-TiTT-î Ai-iiVtï s:T*r^ i:'j âToir sêjoamé qae vingt-quatre 
ii-E^-r-^, e"* >f rri: r: k Nice. Là il mit onire à tout avec une 
:r:ii:^-T^:i>r iTiTr.ir. ?:»iiàâ l-fs premiers grades de son ar- 
n-T-^ :-. >:•".*:• -^ S:: i-Le: e: i Turrea -.i, eî marchant en avant 
il : K-ZiiTjr}. L?^y *>riîr:s Lr 1 février . après avoir surmonté les 
7 . -5 iTT-M. is : ":ff*«i -les. Sm; ami Bavasiro loi fut d'un grand 
>e:-:cr5, :.3l::: :«:iir Irî? vivres que pour la correspondance. 

itr.:^, ^rL-eril -a ?':ieide rarmée Ci>aliséey avait bien 
izss: ifs riiinri- î rrlever. mais il Tenait tout sous sa main, 
e: >:c .-.nir-ei.";: i;i:»bAz:e ne s:»ageaiî plus qu'à nouspour- 
siivTr ; i>^i'ei: Pr: T^arrf eî à s'emparer de Toulon. 

:v. — ÎnV» — MASSèXA ET SCCHET. 



Il .«rTS ZZ ^-ENES, C-: MBATS DU VaR. 

Fr^iii.; :"flf :V.3-ii:5LreoiiaIOn leaaiî Massêna bloqué 
il-:.s •,7:Cfîî', MtIàs ::i:\r.::*isur le Var,et sépara la division 
Si: "i-r: .e >::: ireiirrAl ri. ohei. C"es; au j^eril de leur\ie 
jU: -":i:Tr . lies Frjir-Viis sur le navire de Bavastro, 
p:::^:.:.: ;.r ij.fr. i \J.\ss^-La •i:ins Gènes, les dépêches, 
e". ei :\\: :•:::.-.:£-: l^s iiverses instructions. Force fut 
.»:::> :r •:. >> ^r ...: u^-r les e:'Si:ês «ie Viniimiile. de Tende 

m 

t:-: .:-N::-e : . .;:■ se rr'.îrer ;iu-îel.\ du Var. La Provence 
:.e s'a::?:: : .:: : .us iU'A uue ijrmiîable invasiun ; mais 
cV.A :.;:: i^t::. :: -:u v-:::r.\je à I.\ iiAUieur du danircr. 

Le '.':.::*:. le ^j:;v:vi1 C" lUsel quitta la Boi\lighiere et 
jascsa : :\ivr;j.e:.: ..i Kova e:i lucc du g.uêral autrichien 
L:\::e:"^a:.:î. ;o ir ^\\vvir les i;iùats qui dominent Vinti- 
mille. L\ ;;:::>' au-rlai-k- secondai: les mouvements strate- 
giques de renuemi. Sachet, après avoir laissé une petite 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 305 

garnison dans Vintimille, coupa le pont de la Roya, se 
dirigea sur Menton, et arriva à Nice. 

Le général Lesuire abandonna le col de Tende devant le 
corps d'armée de Gorrup; et toujours pressé par lui,descen- 
dit le Brouis. puis le Braous, arriva à Drap et à Saint-Pons. 

La tâche de Suchet devenait délicate. Il ne s'agissait 
plus seulement d'échapper au nombre, mais d'arrêter 
rinvasion au Var. 11 commença par opérer avec une rapi- 
dité incroyable l'évacuation de tout le matériel de Nice. 
Antibes et Cannes fournirent tous leurs bateaux. Soixante- 
quinze bâtiments le transportèrent à Antibes ; et le 10, à 
minuit, Suchet était en état d'abandonner Nice pour met- 
tre le Var entre les Autrichiens et lui. 

Grâce à la brigade Zablonowski la marche de l'ennemi 
fut ralentie, un jour de plus qui donnait le temps aux nôtres 
de commencer sur la rive gauche du Var ces formidables 
retranchements, l'une des gloires de Suchet et des généraux 
du génie, Camprédon et d'Amberrère. Suchet avait dans 
son état-major Mesnard, Raoul, Brunet, Garnier, Lesuire 
Clausel, Maucune, Zablonowski, Pascalis, Pelletier,Drouot, 
Péreimond, Mengaud, Solignac et le vaillant Rochambeau, 
tous généraux éprouvés. 

De l'autre côté on voyait, avec Mêlas, Gorrup, Elsnitz, 
Lattermana, Wolkmann, Kuessewich. Le comte de Pier- 
las, qui commandait le régiment de Coni et les émigrés du 
comté de Nice, arriva du côté de Tende avec Gorrup, et 
fit son entrée à Nice le 1 1 mai. Quoique du Mont-Alban 
notre canon tonnât sur la ville, la population accourut 
au-devant de Pierlas en criant : Vive Savoie. Le conseil 
municipal le complimenta et lui offrit les clefs de la ville. 
Chacun prit la cocarde bleue. On pouvait craindre une 
réaction contre le parti républicain. Pierlas eut la pru- 
dence d'organiser à l'instant même une garde bourgeoise 
qui, par des patrouilles fréquentes, empêcha les violences 
contre les particuliers et contre les propriétés. 

20 



306 CHAPITRE V 

Mêlas tenait, le II mai son quartier-général à la Bordi- 
ghière. Il avait envoyé avant lui Gorrup et Kuessewich. 
Lattermann à Tavant-garde, il somma nos cent hommes du 
fort de Vintimille de se rendre, puis avança sur Menton et 
sur Monaco ; et de là, le major Wolkmann fut chargé de se 
porter sur Nice avec deux mille hommes. Ce qu'il fit en 
trois colonnes, suivant, Tune la route du littoral, l'autre la 
route de Villefranche, et la troisième celle de la Roquette- 
du-Var. L'avant-garde de Wolkmann fit son entrée à 
Nice le 1 1 mai, sans coup férir. Mêlas arriva le 13 à 
Nice, et y nomma, le 14, chefs de la municipalité: 
le baron Joseph de Grimaldi, l'avocat Paulian et André 
Girard . 

Le corps d'armée de Gorrup étend sa ligne depuis la 
Roquetto-du-Var jusqu'à Aspremont , en observant le 
pont de Bonson. Elsnitz tient tous les coteaux et la plaine 
du Var, en vue de Saint-Laurent. Mais ils n'osaient rien 
tenter contre les nôtres qui occupaient encore Villefranche 
et Montalban. D'ailleurs ils ne devaient avoir leur artillerie 
que le 18 mai, ce qui donna du temps àSuchet pour conti- 
nuer ses retranchements en tète du pont du Var. 

Le 11 mai, Tavant-garde deSuchet, aux ordres du gé- 
néral Raoul, occupe Gagnes ; Pascalis a le gouverne- 
ment d'Antibes. Le 12, Suchet porte son quartier général 
à Antibes, où il recevait tout son matériel de Nice. Ilécri- 
vait de là : < J'ai pu, en dirigeant une partie de mes 
troupes à Drap avant l'évacuation, suspendre la marche 
de l'ennemi, que j'ai même été reconnaître en compagnie 
du général Mesnard, et j'ai vu l'impossibilité où se trou- 
vaient Raoul et Brunet, d'arrêter les envahisseurs. » 

Le 13 mai, Lattermann nous attaqua en tète du pont 
du Var. Le général de cavalerie Quesnel fut chargé de le 
recevoir. Le brave Rcville, chef de bataillon, y perdit la vie 
à la tùtc des chasseurs de la 2® ; le 13® chasseurs y fit mer- 
veille, si bien qu'après deux heures de combat, Lattermann 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 307 

laissa entre nos mains, vingt-cinq grenadiers et vingt- 
cinq hussards de Toscane. 

Suchet avait toujours son quartier général à Gagnes. Le 
13 mai, le préfet du Var vint mettre à sa disposition tous 
les habitants de son département. Suchet écrivait le même 
jour : € Trois régiments ennemis qui descendaient à Nice, 
par Montgros, avec les hussards de Toscane ont reçu l'or- 
dre de retourner ; j'en suis informé par le télégraphe de 
Montai ban. » Et le 14 mai : « Mêlas s'endort à Nice. Lat- 
termann etElsnitz se mettent en bataille sur le Var... Les 
Anglais sont mouillés à l'embouchure du Var. > 

COMBAT DE SAINTE-HÉLÈNE, 17 MAI. 

Le 17 mai, Suchet écrivait de son quartier général 
de Gagnes : < Mêlas est toujours à Nice. Il continue 
de menacer la tète du pont du Var. Ce matin j'ai fait 
pousser une reconnaissance. » 

En effet, Solignac s'avança jusqu'à Saint-Isidore et fit 
des prisonniers. Brunet, en se portant jusqu'au Magnan, 
débusqua tous les postes ennemis. 11 fut obligé de s'ar- 
rêter devant deux bataillons de grenadiers hongrois, 
retranchés derrière des abatis. Rochambeau et Quesnel, 
suivant la grande route chassèrent deux bataillons de gre- 
nadiers et les dragons de Kaim établis à Sainte-Hélène. 
Leur fusillade dura deux heures. Tout était fini à dix heu- 
res du matin. < La perte de l'ennemi est de deux généraux, 
dont Brintano, de deux colonels, quarante-trois officiers, 
six cents grenadiers, environ mille quatre cents hommes 
hors de combat. » 

COMBAT DE SAINT-LAURENT-DU-VAR, 18 MAI. 

Suchet écrit de Gagnes, à Masséna : « Mêlas semble 
persister dans l'opinion qu'il a émise depuis plusieurs jours 
de croire l'armée de rt serve une armée imaginaire ; il 
continue de rester à Nice. » 



308 CHAPITRE V 

Renseignemertt précieux pour Masséna. En ce moment- 
là, Bonaparte, avec son armée de réserve, rassemblée 
dansle plus grand silence à Dijon, se mettait en marche 
par le Saint-Bernard. Le 17 mai, le général Lannes par- 
tait avec Tavant-garde ; et le 24 mai, il s'emparait de la 
citadelle d'Ivrée. 

Le 28 mai, Suchet écrivait encore à Masséna : < Toute 
la brigade Lattermann avec quatre régiments d'infante- 
rie et trois batteries d'artillerie occupe les hauteurs du 
Var. De Bellegainie garde le Var ; le sieur d'Aspremont 
reste à Levens avec3,500 hommes. Elsnitz,m'assure-t-on, 
s\v trouve aussi. De mon coté, arrive Saint-Uilaire, avec 
trois colonnes mobiles de Provence et de la cavalerie. Il a 
donné l'impulsion aux Provençaux qui sont bien disposés 
à repousser l'enneiui. > 

L'Aut richien commençait à recevoir son artillerie,trente- 
cinq pièces de calibre. Aussitôt Suchet ordonne d'attaquer 
en avant de la tète du pont. L'affaire fut chaude et impré- 
vue. Brunet y fit soixante-treize prisonniers dont deux 
ollioiers, quoique nous avions devant nous onze batail- 
lons de grenadier et huit régiments d'infanterie. 

Le soir même une estafette du général Kaim annonçait 
à M(Has que rarmée de réserve n'était plus une fiction et 
que Bonaparte s'avançait par les Alpes pour descendre 
dans les plaines du Piémont. Aussitôt Mêlas donne ses or- 
dres àElsnitz ; < Si vous êtes forcé, dit-il, d'abandonner la 
ligne du Var, gardez celle de la Roya pour empêcher la 
division Suchet de revemr sur Gènes. Si vous abandonnez 
la Roya, pcrtez-vousau col de Tende et à Monte-Ajuto de 
Savone pour vous a|)puyer sur Oit. > Il laissa au Var 
18.000 hoaim.^s et s'élança par le col de Tende, rapide 
comme 1 éclair. 

Il fallait agir. Suchet apprend que les Autrichiens ont 
résolu un assaut général sur nos ouvrages du pont du Var 
pour le 22 mai. Il met la division Clausel, cachée derrière 



LE CONSULAT ET l'eMPIRE (1799-2814) 309 

la tête du pont ; place la brigade Zablonouwski derrière 
le Var, et prolonge sa droite jusqu'à la batterie du Signal, 
à laquelle il ajoute une pièce de seize ; il envoie Tordre à 
Garnier de passer le Var au pont de Malaussène, afin d'at- 
tirer Gorrup sur ce point, et de s'avancer jusqu'à La Tour 
pour gagner Utelle, après avoir débusqué l'ennemi de la 
Tinée. Pour lui, le 22 mai, jeudi, fête de l'Ascension, afin 
de mieux tromper Gorrup,. il monte à l'improviste à 
Vence, emmenant avec lui un escadron de hussards et 
quelques pièces d'artillerie. Il faisait croire à l'ennemi 
qu'il allait soutenir Garnier du côté de Saint- Martin-du- 
Var. Les anciens de Vence rapportent que lorsqu'ils 
aperçurent de la troupe qui montait chez eux, tout effrayés, 
ils s'imaginèrent que c'était l'Autrichien. On cria :« L'en- 
nemi, l'ennemi, sauve qui peut ! > Bientôt on se rassura. 
Suchet data quelques ordres de son quartier général à 
Vence, et envoya son escadron et son artillerie défiler en 
longue file, sur les hauteurs qui dominent la rive droite 
du V^ar en vue de Gorrup. Il apprit bientôt que Garnier 
avait, malgré la crue des eaux, franchi sans obstacle le 
pont de Malaussène et qu'il s'était porté à La Tour. Il 
revint rapidement vers une heure sur Saint-Laurent- 
du-Var. 

Cependant le même jour, dès quatre heures du matin, 
les Autrichiens, au nombre de onze bataillons de grena- 
diers et de dix d'infanterie, s'élancèrent avec ardeur sur 
notre tète de pont. Brunet les reçut avec le 20®, le 39® et 
le 99* de ligne. Il v fut blessé d'un éclat d'obus. Rocham- 
beau, admirable de talent et de sang froid, et d'Ambar- 
rère soutinrent le feu des batteries, six heures durant. A 
dix heures, le feu cessa, mais la fiot tille anglo-napolitaine 
continua de tonner jusqu'au soir à l'embouchure du Var. 
Notre plus grande perte fut l'explosion de deux de nos 
magasins à poudre. 

Le lendemain 23, les eimemis s'y reprirent de nouveau , 



iès rm.'^*t în ^nxr. 3^:05 n j rsçcradiiiies qne iMMidialam- 
3U2ir. 7» iir iLi^Bgr incr» xœ- n>jces époi^nîoiis nos mani- 
:i:cs i. iiiiisir îe ji iisr^ ie K-csire éf»roavée la veille, ou 

loif ii:s iz-ji^e* i"^ iftrîiî ^râ cae ^sitre direedc»!. En eflFet 
OîLTTiier ÎTL !t:i>i- iTT^idije jfs rairaétoiî beaoeoap. Elsnitz 
iT^in f^iT^i^i^ 5e*I»f!riràf i DuTiinas ; G«3rrnp se tenait à 
AiTTr^nimi. ^ W-â>=ririii avi^ç recada renfort, se mit 
ai ih^^ :»f z«:cr* vcd ra Pxl;. ^aaib qae Lattermannse 



:j^in.\T is £A.9T-tiAiaxr7. ^ o ^ 



Prî^ecx j* à? TT.t: p«r iè brave Fruiceschi, aîde-de- 
cl: iif S:cj:. ri^* Bjcarune fraocfaissaii le Saint-Ber- 
aari. Sw±!fî; r^fôicLrûi rirdeor pxir se maintenir dans 
ses T»:Ktj:c:5. rC :;ir ;i:i!c size V^teor* laissa les Autri- 
i±i.fc;s ;25*=r Irrcrs zlzzî'^jGs « s^entrecenir dans l'idée de 
îsMT sc:T«rri:rr:c-. La *:âr,:'nz3Êie An 26 mai endommagea 
Ejècirr DIS iTiT^A;;! : f^ ocGise sc-os continoions de faire 
pcr^ -rr silrro:^, ELscî'-T cQ c»>aciat que nous n*ëtions pas 
ec. e:L.\: i«r «•rcs îeîrcivîre. P:a:iant Oudinot avait fait une 
tr^<u jr scme, :'-i n:c> avions perdu soixante hommes, 
in3cs e-^^^ :::».uj^ cî-rces -ie eaaon. et fait deux cents pri- 
soîiniers. Eis:i:z vovilut pT>aîiin^ausâtùt sa revanche, et la 
nui: Ei-ènie, :re:îr>r le (en à notre pont, en nous coupant 
tout moyeE. de rrtriiie. Or vers 10 heures du soir, par une 
nuit n:ir^ rî : rÀ^r>.;5e, il envova* dans le plus îrrand secret 
et sans brui:, «irts pionrkiers avec tortues et ^seines gou- 
dronnées, s:*uîeiias par les bataillons de Paar et de Ninus. 
Nous savions touî. Niaus se f<rêsente le premier, et nous 
lui lançons s^>udaia une êp: u vantaWe déchaîne de toute 
notre mitraille à la fois. Paar en reçoit autant. Ninus 
revient à la ehawre : il y perd beaucoup de monde et tout 
se relire en des:*rdre. Eisnitzjoué se brûla au pont qu'il 
voulait brûler. Garnier, comme nous lavons vu, après 



LE CONSULAT KT l'EMPIRE (1799-1814) 311 

avoir forcé Bellegarde d'évacuer Saint-Martin -du- Var et 
la Roquette, et soutenu, le 24, un enj^agement sérieux à la 
Tour, renouvela ce même jour 26 mai les glorieux corn- 
bits de 1793 en enlevant à la baïonnette les postes de 
Vilette, de la Madone et du Brec d'Utelle. Micholouski, 
capitaine des hussards, poursuivit l'ennemi vaincu jusqu'à 
Lantosque et Roquebillière et en ramena une trentaine de 
prisonniers. 

Le 27 mai. Sachet prend à son tour l'ofFensive. Il or- 
donne à Rochamljeau, à 5 heures du soir, de marcher en 
avant sur Nice. Celui-ci partage la 34* brigade aux ordres 
de Mazas en trois colonnes, précédées chacune de vingt 
sapeurs, qui s'avancent sur la gauche du pont, vers les 
collines occupées par les Autrichiens, tandis que la 1 1® bri- 
gade va sur Nice, partie par la vieille, partie par la 
nouvelle route. Un bataillon de la 20® formait la réserve 
en avant de notre tète du pont. Les deux brigades de gre- 
nadiers autrichiens restées dans les lignes et attaquées 
les premières se battirent bien, et finirent par plier. 
Mazas, cependant, en s'avançant vers le vallon de Saint- 
Isidore, allait être enveloppé par l'ennemi, s'il n'eût su se 
dégager à temps et battre en retraite vers la tète du pont. 
Un de ses bataillons qui gardait les hauteurs, le proté- 
gea contre les dragons de Kaim. On signala, dans ces 
combats du 28 le brave capitaine Gobert de la 11% qui à 
la tète de quinze hommes s'élança dans une redoute autri- 
chienne défendue par quatre pièces d'artillerie et par qua- 
rante grenadiers et s'en rendit maître. Le même 1 1* soutint 
aussi plusieurs belles charges à la baïonnette. Ce que 
voyant, l'ennemi retira son artillerie et délogea. La nuit 
venue, cette mêlée au milieu des oliviers dut cesser, et 
nous sonnâmes le ralliement. Nous avions perdu dans 
cettp. journée cent quarante-cinq hommes ; mais pris 
encore quatre pièces d'artillerie et fait trois cents pri- 
sonniers. 



312 CHAPITRE V 

COMBATS DE DURANU8, DB DRAP ET DE l'bSCARÈNE, 27 MAI. 

Elsnitz à deux heures du matin abandonna Nice. Ulm 
et Saint- Vallier gagnèrent le Braiis, Weldenfeld se diri- 
gea vers le Col de Tende; Lattermann à Tarrièi-e-garde 
s'en alla par la Turbie, laissant un détachement à Mont- 
gros. Gorrup opéra sa retraite sur le Raoûs, et envoya 
Bellegrade rejoindre ceux du Braiis. 

Suchet ira les y chercher. Il apprit que Garnîer s^était 
rendu maître d'Utelle le 27 par un combat acharné, qu'il 
avait soutenu un feu de six heures sur le pont de Duranus, 
que Tennemi, outre la perte de beaucoup d'hommes, avait 
laissé quatre-vingts prisonniers. Il fit avertir ce brave 
général que les Autrichiens avaient dirigé surLevens trois 
bataillons de grenadiers et trois régiments d'infanterie. A 
cette nouvelle, Garnier dirigea un détachement de ce côté 
et une légère fusillade dans la nuit du 27 au 28 éloignant 
le danger, il put gagner Lantosque et établir, le 28, ses 
quartiers à Belvédère. 

Le29mai,du côté de Nice,Rochambeau quittant le pont 
du Var à la pointe du jour s'avança à Cimiés par les vallées 
de Saint-Isidore et du Magnan. Il apprit, chemin faisant, 
de deux officiers blessés de la II*, qu'Elsnitz avait aban- 
donné Nice. 

Le même jour, Mengaud, qui devait aller seconder les 
opérations de Garnier, n'avait pu passer le Var à cause de 
la crue des eaux ; il prit son chemin par Aspremont. 

La 9® division de Clausel et de Quesnel, protégée par 
Jablonowski avec la II®, et par Brunet qui fouillait les 
bois d'oliviers, s'était avancée sur Nice par la vieille et par 
la nouvelle route. Brunet suivit la rive droite du Paillon 
pour s'établir à Saint-Pons, Solignac se posta sur le Pail- 
lon. Les Autrichiens de Montalban réunis à ceux de Ville- 
franche poussaient des reconnaissances. Notre 20® de ligne 
et le 55** s'élançant à Montgros y firent cent-cinquante 



LE CONSULAT ET L'EMPmE (1799-1814) 313 

prisonniers et chassèrent les grenadiers de Lattermann 
vers Eze et laTurbie. 

Suchet, après avoir laissé cinq cents hommes à la tête 
du pont de Saint-Laurent et de l'autre côté du Var à Pu- 
get-Treize-Dames, entra à Nice à sept heures du soir, 
c'était toujours le 29 mai. Les autorités se présentèrent à 
lui d'un air très-embarrassé, pour lui offrir les clefs de la 
ville. Le général fit mine de ne pas s'en apercevoir et 
comprit qu'il fallait user de bienveillance. lien écrivit à 
Masséna : « Je crois, lui dit-il, seconder vos ordres, en 
ne prenant pas des mesures de rigueur. La victoire est 
compagnedel'indulgence.J'ai rétabli la batterie de Sainte- 
Hélène. Dirigée contre nous, elle le sera aujourd'hui con- 
tre l'Angleterre. » 

Il poussa ensuite une reconnaissance vers l'ennemi, en 
compagnie de Saint-Hilaire, il fit à Drap prisonniers deux 
cents grenadiers de Lattermann et s'empara de vingt 
chariots. C'est à Drap que Rochambeau rejoignit Clausel 
et toute sa cavalerie. Siras gravit aussitôt la Turbie et 
poursuivitLattermann jusqu'àMenton.En ce même temps, 
Quesnel occupait l'Escarène, où Brunetle rejoignit. Ils en- 
gagèrent contre l'ennemi un combat assez vif qui lui coûta 
trois cents prisonniers. Belgrade et Uhn, toujours pour- 
suivis, avaient besoin du secours de Lattermann pour ga- 
gner le Braoiis et le Brouis. 

Le 30 mai, Rochambeau se tenait sur les hauteurs de 
l'Escarène. Il envoya Brunet au Braoiis et Mengaud au 
col de Négro ; et le lendemain 31, Bellegarde et Ulm se 
retranchaient derrière la Royasous les ordres du général 
en chef Elsnitz. Gorrup restera séparé de l'armée et 
retranché sur l'Authion. 

COMBATS DU l*' JUIN AU 6. 

Le 1*' juin était la fête de la Pentecôte. 

Le brave général Brunet, qui n'était pas de la fa- 



îît CHAPITRE V 

zzllr il j*rr:nier. réparait les défaites du Raoûsetde 

. --\ j. -> '-.r 1 • -/-:>. 

Le 31 zl. -',':. il êiaiî p<irri da BraoQs« renforcé de la 99®, 
e: :.:::; :": ri* une kiQg^ie distance à parcourir, il marcha 
i-yi':<r \\ ni::. ^T.wiî sins bruit à la faveur de l'obscurité 
îe o-.>l il Br>u:>. L'ennemi reposait en sécurité derrière 
se> re:r\Zr:-henîrn:s. Beauo^up tombèrent entre ses mains; 
le r-<:e e^X-ma Mîlleîo irches. où un bataillon les poursui- 
vi:. Men^/.ui ie ia division Mesnard. avisé de la prise du 
Br:u:s, ^>:'ura: :\ Miiielourehes et àTAuthiou. Gorrup y 
avÀÎ: sr^rle :>-is ses hommes du Raous et relevé les 
rec:u:es ie ITiQ. Au premier coup de canon de Mengaud, 
G.ir.ier r*:>:e à Belvédère devait se fiorter au secours. A 
o he :rvs : j nivia. l*' 'uin, l'escalade commença. Gloire à 
Lesoure ^i'îî avr*? ".a 7* îëirère du 109* de ligne, et de la 
brl^A-îv Maunay pj.ir réserve, emporta ces positions, et 
n: >:x ce ::s :»ris:'ar-iers. Sans désemparer, la 6® division 
de Mr>c;oî '>:»iiriK à Fonian et à Saor^e couper à Gorrup 
le : A5s.-.^ - : .; ^>1 de Teale, ei la 7* s'élança au Raoùs. 
ElI>::::j-lVl.o^\r.:e et Uîm accourus au secours de Gorrup 
iiure::: s-e ;e:er en :oute hâte, partie sur Airole, partie sur 
F'X:r..\i:;. a van : manant leurs bairaires. 

Le ? ^.;::u à a ioi:.îe«.îu jour, nouveau combat. 

Rv.'.e:. S:I:-:nao. Manoune unissant leurs forces au 
lv> le:. •,:;->: K-henî en^x^re i^ir le Brouîs et enlèvent à 
rau::ioîùe:i l>>inîa louie s*3n arrière-grarde. Français ei 
Aurriohîev.s ei.tivut ivie-mèle dans BreiK où nous pre- 
nons sc^jK oaiioîis, trois obusiers, huit cents prisonniers. 

Apiv< ;> hoiiivs de repos, nous courons à Fourciun 
iKmVuîu p:\r :?.»> hommes. Brunet prend par la gauche 
la i»o<iti n : Zablonowski par le front. Tout cède et cinq 
oonis prisonnières nous restent. 

I.oo jiii'K Hrune: j»vi$xa jusiu'à Penna, Dolcéaqua et 
Ti olivette i^ ui il rauu^na ijuatre cents prisonniers en fuite 
vei^s \intimille. Quatre régiments autrichiens, ne pou- 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 315 

vant rejoindre Elsnitz, gagnèrent le col de Tende, en 
jetant armes et bagages. Lescure alla à leur poursuite par 
les cols des Sablone et de Bourra. Il eut parmi ses prison- 
niers le baron de Moltck, commandant des sapeurs-pion- 
niers. Suchet avait Tœil à tout. 11 tenait le 3 juin son 
quartier-général à Tende, et écrivait de là qu'il avait en 
son pouvoir 5,000 prisonniers, et que le Comté de Nice 
était en entier recouvré. 

Le 4 juin Oudinot,chefd'état-major,apprenait à Suchet, 
de son quartier-général de Breil, que le vœu de l'armée 
était d'aller à Gènes pour délivrer Masséna, et de marcher 
sous les ordres de son chef intrépide à la rencontre du 
premier consul. 

Suchet écrira de Port-Maurice, 6 juin, au ministre de la 
guerre : « La rapidité, avec laquelle nous poursuivons 
l'ennemi, ne me permet pas de vous en écrire plus long ; 
déjà mon avant-garde est, la gauche à Orméa et la droite 
à Borghetto, où je me rends. Nous comptons les instants 
qui doivent nous rapprocher de Gènes et du général en 
chef. Encore deux marches forcées et il me sera permis de 
vous annoncer le premier une jonction si vivement dé- 
sirée. » 

Le général Devaux aux ordres de Garnier à Nice, féli- 
citait le maire de Vence du zèle qu'avait déployé l'admi- 
nistration pour l'organisation de la garde mobile; il or- 
donnait de la laisser encore à Gattières, et mettait la 
commune à la disposition du général Pereimond qui suc- 
cédait à Pascalis dans le commandement d'Antibes. Su- 
chet apprit le 7 juin à Alassio que Masséna avait capitulé 
le 4 et que le 5, à la pointe du jour, il quittait Gènes avec 
1,500 hommes, son état-major et tous les honneurs de la 
guerre. 11 faisait voile vers Antibes sur le navire de son 
ami Bavastro, y séjournait peu de temps et se rendait 
aussitôt à Paris. Suchet recevait la division du général 
Gazan venant de Gènes. Le général Gazan avait eu aussi 



316 CHAPITRE V 

sa belle part de gloire dans ces circonstances. Ni Masséna, 
ni Suchet ne purent prendre part à la victoire de Ma- 
rengo (14 juin), mais on peut dire que Tun et Tautre l'a- 
vaient préparée. L'intrépidité de Masséna donna à Bona- 
parte le temps d'arriver. < Vous valez à vous seul plus de 
25,000 hommes, lui avait dit l'amiral Keith. > Suchet re- 
tint assez longtemps 17,000 hommes dans les Alpes-Mari- 
times, reconquit Nice, et si Masséna eût pu tenir encore 
trois jours, il était rejoint par Suchet. 

Nous n'avons plus dans nos parages de bruits de guerre. 
Pourtantnotre arrière-garde conserve encore ses positions 
dans les Alpes-Maritimes ; Alberti commande la place de 
Lantosque ; Cinetti garde Belvédère, et un poste de canon- 
niers occupe la redoute de Saint-Jean. La garnison de Bel- 
védère, peu disciplinée, se permit d'insulter les habitants, 
de piller les bergeries et de menacer même de mort ceux qui 
résistaientà leur pillage.L'administration s'en étant plainte 
au général commandant à Nice, voici qu'au mois d'août 
trois généraux inspecteurs montent à Belvédère, se ren- 
dant à Saorge ; ils mandent le sergent du poste de Saint- 
Jean ; et le général en chef, le frappant de sa cravache en 
plein visage, le traite de canaille et ordonne de le mener à 
Saorge pour passer en conseil de guerre. Puis i! dit à Ci- 
netti de prendre garde à lui: « Si j'entends la moindre 
plainte, je vous dégrade immédiatement. > 

Jetons ici une expression de regret sur Marcel Masséna 
qui meurt, dans son commandement d'Antibes, le 18 dé- 
cembre 1800; il n'avait que 60 ans. Dans ces cent com- 
bats de nos Alpes-Maritimes de 1792 à 1800, il est une 
pensée qui atfecte douloureusement notre àme, touten 
admirant Ihéroïsme de nos soldats ; il y manque le souffle 
religieux. Le ministre de Dieu n'est pas là pour soutenir, 
pour consoler, pour aider enfin à mourir. Et cependant 
qu'est le sacrifice, le dévoument militaire, sans l'espoir de 
l'immortalité bienheureuse ! 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 317 



V. — LES BARBETS. 

Ces terribles brigaads qui infestaient toutes les routes 
des Alpes-Maritimes, ne cessaient pas d'y jeter la terreur. 
On dressa une liste des principaux chefs, qu'on envoya à 
toutes les communes. On citait de Nice les nommés Luin 
et Aiida ; une dizaine de Villefranche, autant de l'Esca- 
rène, cinq d'Utelle, dont Cresci jugé à mort ; dix de Sainte- 
Agnès, douze d'Eze, cinq de Cuébris, douze de Breil, six 
deSaorge, trois de Belvédère, trois de Tourrette-Le- 
vens; tous condamnés à mort par contumace, et leur 
tète mise à prix. Le 12 décembre, les colonnes mobiles 
chargées de les atteindre en prennent onze. Ce qui faisait 
trente-uu depuis le 19 octobre. En 1801, le général Gar- 
nier arrête Sébastien Gibelle et Jacques Martin, des plus 
dangereux (13 mars.) Le 28 septembre, à Loude deux des 
chefs, Antoine Bensa et Antoine Imbert. Le 8 novembre, 
Penchienatti de Contes et C. Cagnoli d'Utelle. En 1803, 
trois sont pris à Puget-Théniers, J. Pastor, A. Ferrier et 
N. Rivasca (8 octobre.) Le 13, ils assassinent un gendarme 
au col de Tende. On signale Airole près de Vintimille, 
comme un de leurs repaires. En 1804, 26 février, on en 
prend trois à Castillon, dont deux de Berre et un de Ben- 
dejun. En 1805,6 avril, c'est M.-A. Gallo, Frabon, et 
Galvagno dit le dragon d'Ormée. Le 7 février, un des 
barbets, Girard dit Boulon^ s'est retiré à Valbonne ; il 
blesse deux gendarmes et s'évade. En 1810, une bande 
de barbets court la vallée de Lantosque. Les gardes natio- 
naux, les gendarmes réunis font une battue du 11 août au 
17. Ils finissent par arrêter à la Bollène leur chef, André 
Thaon. Le 24 août, les Barbets assassinent au Brec du 
Braûs un certain Bellissime dit Campagnole, qui con- 
duisait des bœufs à Nice. En 1818, on prendra enfin un 
certain Laugier dit le Loup, né à Grasse. Les anciens ra- 



318 CHAPITRE V 

content encore les forfaits d'un fameux barbet qui avait 
choisi pour asile le quartier si accidenté du Ray, aux en- 
virons de Nice. 

VI. — LE CONCORDAT DE 1801. 

L'avènement de Bonaparte au Consulat rendait la paix 
à l'Église. Il signa avec Pie Vil le concordat de 1801 (15 
juillet.) Jusqu'alors les prêtres non assermentés tombaient 
sous le coup de la loi ; le culte catholique n'était que toléré. 
Maintenant l'Église de France reprend son existence offi- 
cielle et régulière. L'empressement que met le peuple à 
revenir aux habitudes religieuses prouve que la liberté de 
conscience n'existait plus en France depuis la constitution 
civile du clergé, et que la révolution qui se disait libérale, 
n'avait fait qu'imiter les gouvernements les plus cruels et 
les plus despotiques. Les évèques de Grasse, de Vence, de 
Nice, de Toulon, remettent entre les mains du Souverain 
Pontife la démission de leur siège. Bonaparte désigne alors 
au siège de Nice, un de ses petits parents, originaire de 
Bechisano (Corse), J. B. Colonna d'Istria, né en 1758, 
renommé par sa piété et par sa charité. Sacré à Paris le 11 
juillet 1802, il prit possession de son siège, le 4 septembre, 
au milieu du plus grand appareil. Toutes les administra- 
tions, la magistrature, le clergé l'accompagnèrent solen- 
nellement à la cathédrale. Le vicaire général, Jérôme 
Rossi, lui adressa un discours latin ; l'évèque y repondit 
en français : « Me voici enfin, dit-il, au milieu de vous tel 
qu'un ange de paix, vous apportant les célestes conso- 
lations. 

Il jette un coup d'œil rapide sur les événements passés, 
puis s'arrètant tout à coup : < Ne rouvrons pas des plaies 
(jui saignent encore et qu'un sage gouvernement tâche de 
cicatriser... Grâce à la divine Providence ce temps n'est 
plus où les prêtres remplissaient les cachots ? » U fait ob- 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 319 

server qu'il n'en a pas été de Nice comme des autres 
pays. La Révolution n'y a pas produit les mêmes effets 
qu'ailleurs. La religion s'y est conservée au milieu des 
agitations les plus violentes »... Il adresse des prières fer- 
ventes pour le gouvernement, pour le Souverain Pontife. 
Puis il se met à l'œuvre, s'entend avec le Préfet pour la 
réorganisation des paroisses, reconstitue le chapitre, le 
séminaire, les confréries des Pénitents, prend successive- 
ment pour grands vicaires MM.de Villarey, Trinchiery, 
Garin et de Grimaldi ; rétablit les couvents de Saint -Bar- 
thélemv, deCimiéset des Vésitandines. Il n'a rien à lui. 
Tout ce qu'on lui donne va aux pauvres. 

Sur l'autre rive du Var, l'archevêque d'Aix M^"^ de Cissé 
nomme curé-archiprètre de Grasse M. Archier ; d'Anti- 
bes, curé de V"^ classe, M. Geoffroy du Rouret ; et de 
Vence, M.Savournin qu'il fait grand vicaire, etarchiprê- 
tre en considération de ses mérites personnels et de l'anti- 
que siège épiscopal de Vence. M^' Pisani passera en 1804, 
à l'évêché de Namur, qu'il illustrera par ses talents et par 
ses vertus. Il n'oubliera jamais son ancien peuple de Vence, 
il lui enverra son mandement d'installation ; et quand il 
mourra, il fera des legs à l'église de Vence, et à celle de la 
Gaude pour le repos de son àme et de celles de son père et de 
sa mère. Lisons un extrait de sa hîttre à ses diocésains de 
Venco quand il se démit de son siège (10 octobre 1801) : 
€ Telle est et telle sera juscju'à la fin des siècles la destinée 
de l'Eglise qu'elle doit continuer sa course, comme elle l'a 
commencée entre les persécutions du monde et les conso- 
lations de Dieu... 11 est reconnu que les évoques de France 
conduits en exil ont soutenu avec justice la vraie croyance 
de l'Église... La paix va nous être rendue, mais les dou- 
ceurs ne seront que pour vous. Les amertumes continuent 
pour vos pasteurs fidèles ; ils doivent boire le calice jus- 
qu'à la lie. Ce n'est qu'à ce prix qu'ils peuvent vous assu- 
rer, dans les circonstances présentes, les jouissances de la 



320 CHAPITRE V 

paix. Oui, on vient de leur demander à tous un sacrifice 
qui a pu être proposé dans l'Église, mais qu'on n'a jamais 
vu s'accomplir. Il est résolu à le faire. Soumis au décret 
du Saint-Siège, il renoncera à un siège où il voulait mou- 
rir. Mais il aimera toujours sa chère église de Vence. > 
(Donné le 10 octobre du lieu de son exil.) 

La réorganisation des paroisses ne se fit pas sans certai- 
nes difficultés. Combien de prêtres compromis pendant la 
révolution avaient à se réhabiliter dans l'opinion publique! 
Le Préfet du Var, empiétant sur ses droits, cherchait à 
s'immiscer dans les affaires du clergé et quelques prêtres 
adhéraient à ses ordonnances: < C'est cette lâcheté inex- 
cusable, disait l'archevêque d'Aix, qui a fait prêter tant 
de serments inconsidérés. Comment veulent-ils que je les 
protège efficacement, s'ils ne me suivent pas, lorscjue je 
me mets en avant d'eux. Pour moi je n'avilirai jamais les 
droits du sacerdoce, et je ne trahirai pas mon ministère. 
Je défendrai, s'il le faut, de si grands intérêts, et je ne me 
découragerai pas de l'abandon de plusieurs de mescoopé- 
rateurs... 11 faut que les bons prêtres désarment les mé- 
chants par leur patience et leur charité. > 

La Colle et Saint-Jeannet ne voulaient pas des curés 
qu'on leur donnait. Plusieurs pays n'en avaient pas. t A 
Bezaudun, dit-on en 1803, on meurt sans sacrement faute 
de prêtre. > 

Des curés pleins de zèle ranimaient l'esprit religieux par 
des missions. Le 3 février 1805, dans la mission de Vence 
dix prêtres suffirent à peine aux confessions ; et l'autorité 
municipale en tête, suivit tous les exercices, et communia 
de la manière la plus édifiante. Il en fut de même à Saint- 
Paul et îi la Colle. 

Le P. Paré, capucin , prêchait la mission à Grasse en 1808. 
Seulement s'étant permis dos attaques contre le gouver- 
nement, un ordre de l'administration supérieure arriva 
de ne plus monter en chaire et de quitter la ville de Grasse. 



LE CONSULAT ET l'eMPIRE (1799-1814) 321 

Le prêtre, fidèle dépositaire de la vérité, ne doit jamais la 
sacrifier ; mais cette défense de la vérité n'exclut pas la 
prudence, la douceur et la charité. Qu'il se garde de mêler 
la politique avec la religion : il se doit tout à tous pour 
gagner tout à Jésus-Christ. 

VII.— ADMINISTRATIONS DÉPARTEMENTALE ET MUNICIPALE. 

Partout les divers services reprennent leur cours régu- 
lier. Il s'agit d'équilibrer le budget. On a beaucoup de 
ruines à relever, de dettes à payer. Les communes les plus 
importantes se font autoriser à établir des octrois, Nice, 
Grasse et Antibes sont de ce nombre. Le gouvernement 
tenait à ramener le bonheur dans le pays si longtemps 
éprouvé. Aussi il demande à l'avocat Dabray de Nice, 
quelle était la disposition des esprits dans le département 
des Alpes-Maritimes (octobre 1800). 

€ Le commerce est nul, les campagnes ont été rava- 
gées, les troupes ont apporté avec elles tous les fléaux, 
même la peste ; les contributions écrasent tout le monde ; 
et le général Garnier qui commande le département, est 
détesté à cause de sa brutalité et de son despotisme. » 

Le nouveau préfet, M. Flourens, républicain modéré et 
bon administrateur, employa bien toutes les ressources 
dont il pouvait disposer ; mais le régime militaire passait 
encore avant tout. 11 fut remplacé par M. de Chàteauneuf- 
Randon, ancien conventionnel de la Montagne. Il ne resta 
que quinze mois, et eut pour successeur M . le vicomte 
Joseph Dubouchage (mai 1803), qui mérita bien du pays 
par la sagesse de son gouvernement. Son premier soin, 
en arrivant à Nice, fut de visiter la rive droite du Paillon, 
dont le débordement du 21 novembre 1802 avait dévasté 
les plus belles propriétés, et de venir en aide aux rive- 
rains par un secours efficace. Les maires se succèdent, 
nommés par le premier consul, ce sont : MM. Pauliaui, 

21 



322 CHAPITRE V 

puis François Defly et Romey. C'est sous Tadministra- 
tion de M. Défly que Ton plaça dans la salle du conseil les 
bustes du général Masséna et de Napoléon Bonaparte, 
nommé consul à vie : de Masséna, notre concitoyen, ce 
héros que Thistoire entière respecte et que la FYanoe 
admire ; de Napoléon Bonaparte, premier consul à Tie, 
objet de V admiration de l'univers et deVamour des 
Français, dit le (îonseil délibérant. 

Masséna lui-même, passant Thiver à Nice, sa patrie, en 
1803, fut nommé président du collège électoral du dépar- 
tement. Lorsqu'on plaça son buste dans la grande salle 
de la Mairie, M. Piccon, président du tribunal^ lui lut une 
ode en beaux vers ; la République Ligurienne lui envoya 
une riche armure. Ce furent ovations sur ovations. L'em- 
pereur, en 1804, le nommera duc de Rivoli, maréchal de 
France ; il lui donnera le cordon de la légion-d'honnear 
et quelque temps après, le fera prince d'Essling. 

Pour nous, qui jugeons à distance et qui reprochons à 
Bonaparte d'avoir confisqué toutes nos libertés, renié son 
passé républicain, en devenant empereur, nous devrions 
consulter ropinion publique qui lui décerna ce titre, et qui 
lui confia Tépée de la France, dont les terroristes avaient 
abusé. Comme il y avait eu de vraiment grand en France, 
sous la Convention et sous le Directoire, l'armée souffrant, 
se battant et mourant aux frontières, le plus grand de ses 
soldats deviendra le chef et le restaurateur de la Patrie. 
Que son ambition ait fini par le perdre, qu'il ait commis 
de grandes fautes, il n'en reste pas moins, malgré ses ta- 
ches, un astre du premier ordre, comme guerrier, po- 
Utique et chef d'État. 

Lisons l'adresse de Nice à Bonaparte pour qu'il ceignît 
la couronne impériale. En voici quelques phrases : < Héros 
incomparable, vous tenez dans vos mains,fortes de sagesse 
et de courage, le sort d'un grand nombre d'États. Plus 
grand, plus illustre, plus savant que Charlemagne^vousne 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 323 

pouvez en refuser le diadème. Qu'il soit posé sur votre tête 
sacrée et qu'il se perpétue dans votre famille, formée comme 
vous à l'exercice des grandes vertus... Tel est.le vœu gé- 
néral... tel est le vœu particulier de la ville de Nice....» 

«Il est temps, dira le maire d'Antibes, M. Vantrin,de 
manifester un vœu trop longtemps renfermé dans nos 
cœurs. L'attachement que tous les habitants de cette 
commune ont pour le héros qui nous gouverne ne me 
laisse aucun doute sur votre adhésion à la proposition que 
vient vous faire la ville d'Antibes. 

€ Un moment pouvait détruire le fruit de quatre années 
de miracles, et le bonheur de l'avenir. La tranquillité 
dont nous jouissions couvrait de fleurs et cachait l'abîme 
que nous creusait la perfidie, et qu'elle peut creuser 
encore. Le complot affreux qui vient d'être déjoué, en 
nous rassurant pour le présent, nous laisse la crainte et 
l'inquiétude de tous les instants. Le meilleur frein du cri- 
me est de lui ôter la possibilité du succès. Une grande 
puissance, un titre redoutable pour nos ennemis autant 
que rassurant pour les Français, la dignité impériale enfin 
conférée au grand homme qui nous gouverne et Théré- 
dité, dans sa famille, hérédité qui brisera toutes les ambi- 
tions, sont les moyens d'éterniser la prospérité des Fran- 
çais et d'acquitter la dette contractée envers le héros qui 
nous gouverne. > — Et tous votent par acclamation et à 
l'unanimité. — Grasse, Vence, Cannes, pas une commune 
qui n'appelle l'Empire de ses vœux. La petite commune de 
Marie y par exemple, dira qu'elle ne peut exprimer ce 
qu'elle ressent pour le sauveur et le libérateur de la 
France. « Sire, nous vous supplions d'assurer notre repos 
et notre bonheur, en assurant le titre d'Empereur, héré- 
ditaire dans votre famille. » Les légitimistes eux-mêmes 
l'acceptent, comme un temps d'arrêt, et une nécessité du 
moment: ce qui n'empêchera pas les arrière-pensées 
et la réaction. En attendant, le tribunal, le corps législatif 



324 CHAPITRE V 

et le sénat votèrent l'Empire et le 18 mai 1804, Napoléon- 
Bonaparte était proclamé empereur des Français sous le 
nom de Napoléon P% et le Pape, sur son invitation, arri- 
vait de Rome à Paris pour le sacrer à Notre-Dame, le 
2 décembre 1804. 

Du Nord au Midi, on chanta le Te Deiini. Nous pû- 
mes voir planer, au-dessus du Chéron, un des ballons 
partis de Paris dans la direction de l'Italie pour y annoncer 
la nouvelle du Sacre. Nice fêta la proclamation de rEm- 
pire ; le soir on illumina, et au théâtre on joua une pièce 
de circonstance qui avait pour titre: Vhommage à 
Bonaparte ou la fête villageoise. W Colonna or- 
donna, par un mandement, de chanter, le 17 juin, le Te 
Deum et le Veni Creator dans toutes les églises de son 
diocèse. Nice envoya quatre de ses principaux citoyens à 
Paris, pour complimenter TEmpereur ; et quelque temps 
après, une autre députation de gardes nationaux, pour as- 
sister au Sacre. On célébra, le jour du Sacre, une fête civile 
et religieuse. Désormais toutes nos grandes victoires se- 
ront accompagnées des mêmes solennités, dont la religion 
ne sera plus séparée. Le 5 janvier 1806, par exemple, 
l'évêquede Nice, W^ Colonna d'Istria, officiera à la cathé- 
drale pour la victoire d'Austerlitz,ety prononcera devant 
les autorités réunies un fort beau discours. 

Beaucoup de personnes de l'ancien régime, et même de 
la Révolution s'étaient dévouées au gouvernement Impé- 
rial, et parmi elles, nous nommerons le conventionnel 
Isnard. 11 était devenu juge au parquet de Paris, lorsque 
le Pape y vint pour sacrer Napoléon . Il lui offrit dans cette 
circonstance son traité de V Immortalité de rame. 

Ceux qui furent opposés à l'empereur ne furent pas 
épargnés. Barrière de Saint-Jeannet, membre de TAssem- 
blée législative, pour avoir osé dire à la tribune : J'aime le 
consul, mais je n'aime pas le consulat, sera exilé à 
Naples. Au fort Sainte-Marguerite arriveront quelques- 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 325 

uns de ces disgraciés du nouveau régime. En 1803, c'était 
M. Omer de Toulon. Le 6 février 1806, on y amenait la 
duchesse d'Escars.a Sa haine prononcée contre sa Majesté 
et contre ses institutions, le mauvais esprit qu'elle ne ces- 
sait de manifester dans ses sociétés, ont nécessité cette 
mesure. > En 1812, 16 mars, l'évêqiie de Gand, M^' de 
Broglio, sera enfermé au fort Sainte-Marguerite. 

vin. — LES GUERRES DE L'EMPIRE. 

Quoique le théâtre de la guerre se soit éloigné de nos 
passages, nous n'en ressentirons pas moins les contre- 
coups, puisqu'il nous faudra contribuer d'hommes et d'ar- 
gent pour les armées de terre et de mer. Les villes mari- 
times auront de plus à se garder, nuit et jour, contre la 
flotte ennemie. Antibes fournissait plus de six cents hom- 
mes à l'inscription maritime, et beaucoup d'officiers dis- 
tingués pour l'armée continentale. 

Les corsaires anglais inquiétaient continuellement nos 
côtes. Le 18 juin, 1803, une goélette anglaise avait cap- 
turé en vue de Villefranche une tartane française chargée 
de sel, pour Menton. La Fauvette^ capitaine Voisin, alla 
le lendemain matin à la poursuite du vaisseau ennemi, 
l'atteignit enfin, engagea le combat, la força d'amener son 
pavillon, et de se rendre. La goélette, armée à Malte,portait 
douze canons et deux obusiers, et quarante-cinq hommes 
d'équipage. La Fauvette rentra en rade avec sa prise. 

Le 20 août, de la même année, le bruit courut que l'es- 
cadre anglaise avait envoyé des chaloupes armées pour 
détruire nos batteries côtières. Au bruit de la générale, la 
troupe de Nice, la garde nationale, les habitants des envi- 
rons couvrirent bientôt le rivage. 

II en fut de même du Var à Cannes. Ce n'était qu'une 
fausse alerte. Mais huit jours après, cinq navires anglais 
fiirent signalés en vue de Saint-Raphaël. Une douzaine 



326 CHAPITRE V 

d'habiles marins, partis du golfe de la Napoule, se portèrent 
du côté du port d'Agay, pour gagner la redoute d'Al- 
mont, que les anglais menaçaient. Un engagement eut 
lieu. 11 y eut un anglais de tué, et deux faits prisonniers; 
les autres regagnèrent leurs navires. Us reparurent le 10 
mai, en vue de Nice. Enfin, comme malgré le traité 
d'Amiens, ils continuaient de rester armés et refusaient 
d'évacuer Malte et le cap de Bonne-Espérance, une nou- 
velle rupture éclata. Ce fut la coalition de 1804-1805. 
Napoléon, reprenant son projet d'une descente en Angle- 
terre, forma le camp de Boulogne. 11 y attendit en vain 
la flotte commandée par de Villeneuve, et renonçant à 
l'espoir d'écraser l'Angleterre dans son île, il essaya de la 
vaincre sur le continent. Pitt avait soulevé la Russie et 
TAutriche contre nous. La victoire d'Aust^Tlitz, 2 décem- 
bre 1805, nous consola de la perte de notre marine à Tra- 
falgar. La quatrième coalition suivit de près la paix de 
Presbourg (1806.) Nous triomphions à léna ; et de Berlin, 
partait pour toute l'Europe la déclaration du blocus conti- 
nental qui frappait l'Angleterre dans son conimeree.Toute 
marchandise anglaise trouvée sur le continent dut être 
brûlée, tout bâtiment neutre qui se mettait en rapport 
avecun vaisseau sur le littoral anglais était capturé. Nice 
s'y soumit, mais en souffint cruellement. 

Le 14 mai 1807, vers cinq heures du soir, une frégate an- 
glaise venant de Test attaqua en vue du cros de Gagnes 
une grosse polaire, capitaine Prever, armée de six pièces 
de canon, et venant de Marseille. Quoique Prever n'eut 
que vingt-trois hommes contre quarante-cinq, il engagea 
le combat qui dura depuis dix heures jusqu'à minuit, tua 
bon nombre d'ennemis et les força de prendre le large. 
Revenu s'amarrera Antibes,il y rendit compte de cet acte 
de liravoure ; le rapport fut envoyé à Grasse et de là à la 
Préfecture.Preverreçutlesfélicitationsdu Gouvernement. 

Les guerres succèdent aux guerres et les victoires aux 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 327 

victoires. Pendant la troisième coalition, l'évêque de Nice 
avait ordonné des prières publiques dans tout son diocèse. 
Les communes du littoral se tinrent sur la défensive.Ordre 
àNice de sonner la cloche d'alarme, et à toutes les parois- 
ses de faire de même au cas d'alerte. A la victoire d'Aus- 
terlitz, qui coïncidait avec l'anniversaire du sacre, l'em- 
pereur avait demandé à chaque commune de doter une ou 
plusieurs filles sages et vertueuses et de les donner à un 
homme honorable ayant fait le service militaire. Ce qui 
fut accepté dans les centres de populations, assez aisées 
pour voter cette dépense. Nous avons sous les yeux les 
dotes votées par les conseils de Nice, d'Antibes, de Grasse 
et de Vence. Ces jeunes filles prennent le nom de rosières. 
A Nice, ces mariages se célèbrent solennellement dans 
l'église Saint-François de Paule, le jour anniversaire delà 
bataille d'Austerlitz.— Napoléon était au faîte de la gloire. 
De 1804 à 181 1 il distribue des grâces et des titres. Il fait 
le conventionnel Isnard, baron de l'Empire ; le général 
Reinardi de Belvédère, aussi baron de l'Empire ; le brave 
Rusca, général ; le général Gazan de Grasse, comte de la 
Peyrière ; Massé na qui était déjà maréchal de France et 
duc de Rivoli, sera en 1809 prince d'Essling. Fallait-il 
qu'oubliant les leçons de l'expérience. Napoléon voulût 
tout plier sous son autorité ; et qu'au mépris de la reli- 
gion, du respect et de la reconnaissance, il osât même por- 
ter la main sur le Souverain Pontife, et l'amener prisonnier 
à Fontainebleau ? Le sacrilège n'a jamais réussi. On peut, 
en observant l'histoire, considérer ces attentats contre la 
religion comme le signal de la décadence de ceux qui les 
osent, quels qu'ils soient. 

IX.— PIE VII A NICE.— 1809. 

Pie VII, ramené brusquement à Savone, arriva à Nice 
le 7 août 1809 vers onze heures du matin. Plus de 



328 CHAPITRE V 

2,000 personnes allèrent à sa rencontre jusqu'à Saint- 
Laurent-du-Var. Sa Sainteté étant descendue de voi- 
ture, l'orfèvre Buèrelui offrit son ombrelle. Là étaient 
M^' Colonna d'Istria et la princesse d'Etrurie. Vie VU prit 
le petit prince dans ses bras, et l'éleva vers le ciel : < Quel 
temps différent ! dit la Princesse. > — « Tout n'est pas amer^ 
tume, reprit le Pape. Nous ne sommes ici ni à Rome, ni à 
Florence, et pourtant regardez tout ce peuple, écoutez 
ses transports et ses acclamations. > Rien ne put empêcher 
la foule d'approcher jusqu'à lui pour recevoir sa bénédic- 
tion. Les gendarmes durent céder. Il descendit vers midi 
à l'hôtel de la Préfecture, où le secrétaire général Sau- 
vaigo avait eu l'ordre du préfet Dubouchage, de préparer 
les appartements. Le colonel de gendarmerie, Boissard, 
laissa la liberté de visiter Sa Sainteté. Chaque soir, la ville 
illumina ; la veille de son départ, on lui donna^ sous ses 
fenêtres, qui ouvraient sur le quai du midi, le spectacle 
de tous les bateaux pêcheurs illuminés et pavoises, croi- 
sant sur le rivage. Le Pape parut au balcon et bénit 
encore la multitude qui criait : Vive Pie VII. Il partit le 1 1 
au matin, par le col de Tende pour Savone, et il ira de là 
à Fontainebleau. 

X. — SIXIÈME COALITION. 

Napoléon continuait d'élever de plus en plus son essor. 
En 1810 son empire comptait cent trente départements; 
il distribuait des couronnes. Mais voici qu'en 1812, il s'at- 
taque au colosse russe. C'est au sein même de ses états 
qu'il veut l'étreindre. La sixième coalition se forme. Il 
nous faut encore des hommes et de l'argent. 

Entrons dans la salle du Conseil municipal d'Antibes, 
le maire, M. Barquier s'exprimera ainsi le 3 février 18)3: 

€ Messieurs, interprète des sentiments que vous avez 
manifestés, en apprenant les pertes, que l'intempérie des 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (1799-1814) 329 

saisons a occasionnées à la grande armée, et la trahison du 
général de l'armée d'une puissance alliée, j'ai demandé 
l'autorisation de vous assembler pour que vous puissiez 
exprimer légalement votre vœu. 

€ Le conseil voulant donner à sa majesté l'empereur et 
roi des preuves de son dévouement et de son amour pour 
sa personne, aussi du vif désir qu'il a de soutenir la gloire 
des armées françaises, et la prépondérance que les nom- 
breuses victoires remportées par sa Majesté ont donnée 
à la France, a unanimement délibéré qu'il sera présenté 
à Sa Mojesté une adresse pour lui offrir deux cavaliers 
montés et équipés, soit 1,200 fr. par cavalier.> 

Et voici l'adresse : 

€ Sire, l'intempérie des saisons et l'àpreté d'un climat 
sauvage ont pu arrêter quelque temps l'essor des aigles 
françaises toujours invincibles sous vos ordres. La lâche 
trahison du général de l'armée prussienne a pu com- 
promettre un instant la sûreté d'une des ailes de la grande 
armée. Mais ces événements ne feront que hâter l'époque 
où seront mis à exécution les plans que votre génie a con- 
çus pour le bonheur du monde. Les mers seront libres et 
l'Europe sera affranchie de la funeste influence de ce cabi- 
net perfide qui sème partout l'or et la corruption. La nation 
française bien loin d'être abattue par ces événements im- 
prévus ne fait que redoubler d'énergie. Non contente de 
fournir les contributions décrétées, elle prévient, par des 
offrandes volontaires, les besoins de l'État. 

€ Les habitants d'Antibes se sont toujours distingués 
par leur attachement et leur fidélité pour le souverain. Us 
n'oublieront jamais le bonheur qu'ils ont eu de vous pos- 
séder au milieu d'eux ainsi que votre auguste famille. 
Interprêtes de leurs sentiments de dévouement, d'amour et 
de respect pour votre personne sacrée, et pour celle du roi 
de Rome,nous supplions votre Majesté dédaigner accepter 
les services de deux cavaliers, montés, équi[)és et aimés. ..> 



330 CHAPITRE V 

La séance est levée au cri de : Vive TEmpereur ! 

Et quand la coalation nous menace : « Sire, les chimé- 
riques projets des ennemis de la France sont parvenus 
jusqu'à nous. Ils osent se flatter de faire descendre la 
grande nation du haut degré de splendeur où vos immor- 
tels travaux l'ont élevée ; qu'ils sachent que le peuple fran- 
çais se lèvera tout entier pour repousser les audacieux 
qui tenteront d'envahir son territoire. Ce ne sera point 
en vain que l'auguste Marie-Louise, la digne petite-fille 
de Marie-Thérèse, aura fait retentir dans le sein du Sénat, 
votre nom, Sire, et les mots de patrie et d'honneur. Oui, 
nous et nos enfants, nous sommes prêts à prendre les ar- 
mes pour défendre l'honneur delà couronne impériale et 
l'indépendance de la nation ; nous sommes prêts à faire 
tous les sacrifices pécuniaires que le soutien d'une si belle 
et si juste cause pourra nécessiter. Les Français, animés de 
l'amour le plus vif pour votre personne sacrée , pénétrés 
de ce qu'ils doivent à l'honneur national, à leurs frères 
et à leurs enfants qui sont sous vos aigles, ne peuvent 
qu'être victorieux. > 24 octobre 1813. 

Antibes avait pourtant perdu plusieurs de ses braves 
concitoyens pendant ces guerres continuelles. L'adjudant- 
général Nicolas Gazan, antibois , était mort en défendant 
Ancône en 1797 ; des trois Vial, Vial Sébastien avait été 
tué à Orcaux en 1809 ; le général Honoré Vial succombera 
glorieusement à Leipzick, le 18 octobre 1813, en même 
temps que le général Emond d'Esclevins, qui s'était si 
bien distingué àLutzen. 

Grasse ne restait pas arrière , nous avons le récit des 
fêtes officielles, et en 1811, pour la naissance du roi de 
Rome, et le 15 août 1812 ; nous avons des adresses à 
l'empereur en 1813, adresses si respectueuses. Il n'y a 
pas jusqu'aux plus petits villages qui en 1811 se mettent 
en frais pour le petit roi de Rome. Ainsi Caille, le 27 avril 
1811, a Te Deum^ banquet, farandoles, aux cris de: 



LE CONSULAT ET l'EMPIRE (1799-1814) 331 

Vive le roi de Rome ! Vive TEmpereur ! Nice n'applau- 
dira-elle pas ausssi aux gloires de l'empire ? Elle célébrera 
avec enthousiasme la naissance et le baptême du roi de 
Rome ; elle enverra pour députés à l'empereur, MM. de 
Roubion et Dabray ; votera 3,000 francs de dot pour cinq 
rosières, composera un recueil de poésies en l'honneur 
de l'empereur, ce dont Napoléon se montrera si flatté qu'il 
donnera à la cité de Nice une grande médaille en or. 

En 1813, ses adresses à l'empereur sont dans le même 
sens que celles d'Antibes. Elle offre douze cavaliers équi- 
pés à ses frais ; elle célèbre avec une plus grande solennité 
que de coutume la fête du 15 août. 

M. Toselli a publié les adresses de Nice et de Puget- 
Théniers à l'impératrice Marie-Louise, que porta encore 
à Paris M. de Roubion, maire, accompagné de MM. V. 
Gain, Louis de Grimaldi et A. Pierrugues. < Quoique re- 
légués dans nos montagnes, disent les habitants de Puget- 
Théniers, et peu favorisés de la fortune, nous nous 
empressons de concourir aux besoins de l'État pour con- 
quérir une paix glorieuse. » Mais voici le déclin. 

XL — RETOUR DE PIE VII A ROME. — ISH. 

Pendant que Napoléon battait en retraite de Russie, Pie 
Vil, délivré, retournait en triomphe vers Rome. La mon- 
tagne descendit en foule sur son passage le 29 février, à 
Cannes, à Antibes, à Saint -Laurent-du-Var. Le préfet se 
rendit au pont du Var. Monseigneur Colonna, accompa- 
gné des évêques d'Amegliaet de Suétri, arriva à son tour, 
avec toute la procession. Des notables Niçois, quand on 
fut à la Croix-de-Marbre, s'attelèrent eux-mêmes à la 
voiture, et traînèrent le vénérable pontife. Des chanoines 
portaient le dais ; les gardes nationaux, ayant mis leurs 
chapeaux au bout de leurs baïonnettes en signe de res- 
pecty formaient la haie.On arriva ainsi à Sainte-Réparate, 



33Î CHAPITRE V 

OÙ fut donné la bénédiction du Saint-Sacrement, et de là on 
conduisit Pie VII au palais delà Préfecture (maison Nieu- 
bourg). Les mêmes fêtes qu'en 1809 se renouvelèrent. La 
princesse Pauline, alors àNice,rendit deux visites au Pape ; 
et le 13 février. Sa Sainteté prenait la route de la Corniche. 
Le monument, qu'on voit à laCroix-de-Marbre, rapi>elle 
cet événement. En 1822, Pie VII enverra, comme témoi- 
gnage de sa reconnaissance, son portrait à la cité de Nice, 
qui le montre avec fierté dans la grande salle de THôtel- 
de-Ville. 

XII. — ABDICATION DE NAPOLÉON. 

Cet homme, si grand , si révéré tout à l'heure, semble, de- 
puis ses revers, tomber tout à coup dans la désaffection des 
populations. La réaction sur les deux rives du Var est 
telle qu'on redemande ses anciens rois. Sospel, l'Esca- 
rène, Lantosque, Roquebillière se mettent en pleine insur- 
rection. A l'Escarène surtout, les habitants se permettent 
les paroles les plus outrageantes contre le Gouvernement 
impérial, et contre les Français. Dans les rapports du géné- 
ral Eberlé qui commande à Nice (28 février, 2 et 7 mars), 
il est dit qu'on fait courir le bruit de l'arrivée du'ilue 
d'Aoste de Sardaigne pour reconquérir le Comté de Nice. 
Beaucoup refusent de tirer à la conscription et désertent 
les drapeaux ; d'autres ne veulent plus payer les contri- 
butions. Le maréchal Masséna, qui a le commandement de 
la 8« division militaire, réunit les troupes qu'il a sous la 
main pour ramener les révoltés, et pour rechercher les 
déserteurs. Huit de ces individus, masqués et armés, assas- 
sinent trois gendarmes sur la route de Nice à Saint-Mar- 
tin-du-Var et volent la caisse de l'État. Pas une route n'est 
sûre pour l'unifuime français. Cependant se livraient dans 
le Nord les cent combats où la valeur des troupes impéria- 
les luttait avec une énergie désespérée contre les alliés 
envahisseurs. C'est dans un de ces combats, à Soissons, que 



LE CONSULAT ET L'EMPIRE (l799-i814) 333 

tomba, frappé mortellement d'un biscaïen russe, le vaillant 
général Dominique Rusca (14 février 1814). La prise et 
le pillage de Soissons suivirent sa mort, mais on put lui 
rendre le lendemain, en grand deuil, les honneurs funè- 
bres. 

C'en est fait de l'Empire. Le 11 avril. Napoléon abdi- 
que à Fontainebleau, et quelques jours après il part pour 
rUe d'Elbe. Le 12 avril le comte d'Artois, Louis XVIII, 
entrait dans Paris. 



CHAPITRE VI. 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815). 



I. — NICE RETOURNE A LA SAVOIE. 




E parti légitimiste avait toujours eu des nombreux 
^5;^adhérents à Grasse, à Vence et à Antibes. Nice aimait 
la maison de Savoie, dont elle n'avait reçu que des bien- 
faits. Les émigrés royalistes en rentrant dans leurs foyers, 
au milieu de cette réaction générale, fortifièrent le parti 
anti-napoléonien. Comme il arrive d'ordinaire, le peuple 
qui acclame aujourd'hui ce qu'il repoussait encore hier, 
qui assistait chaque année à la fête de la déchéance^ à la 
décapitation de l'effigie royale, qui brûlait lesinsignes de la 
monarchie, qui avaitcrié: Vive la République ! puis Vive 
Napoléon ! Vive le Roi de Rome ! ce même peuple traîne 
maintenant les statuts de la République et de Napoléon 
dans la boue et salue avec enthousiasme l'avènement de 
Louis XVIIL Le 15 avril 1814, le préfet des Alpes-Mari- 
times se montrera au balcon de la préfecture, en agitant 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 335 

son mouchoir blanc, et s'écriera : Vive Louis XVIII ! Vive 
les Alliés ! Sa voix sera étouffée par les cris répétés de : 
Vive Louis XVIII ! Vive Victor-Emmanuel ! Vive notre 
Roi légitime! On s'embrasse, on fait des rondeaux, on 
parcourt la ville, musique en tête; et chacun a pris la co- 
carde blanche et bleue. Il n'y a aucun désordre, aucune 
vengeance, aucune insulte. La joie ne discontinue plus. 
Au mois de mai, on dresse partout des arbres enguirlan- 
dés et ornés des couleurs nationales, on compose des chan- 
sons que tous, soldats, bourgeois et commerçants, chan- 
tent en allant d'un quartier à l'autre et autour des mais. 

Le corps de cavalerie hongroise, qui avait escorté 
Napoléon jusqu'à Saint-Raphël, vint occuper la ville de 
Nice (3 mai) et fut cantonné au faubourg de Saint-Jean- 
Baptiste. Les troupes françaises, dévouées à Napoléon, ef- 
fectuant leur retraite d'Italie arrivaient en même temps à 
Nice par le col de Tende. Il y eut le 13 mai une collision 
entre les offîciers hongrois et les offîciers français. Le sang 
coula. Le général Ebferlé, qui commandait alors à Nice, 
montra une telle énergie, qu'il apaisa le tumulte. La mu- 
nicipalité lui en garda bon souvenir en décernant le nom 
d'Eterlé à l'avenue qui de la place Victor monte au 
Château. 

Nice retourne au roi de Savoie. Les conférences deCha- 
tillon (14 novembre 1814) laissaient le duché de Savoie et 
le comté de Nice à la France, en vertu du traité du 15 mai 
1796. Mais au congrès de Paris, grâce au général Alexan- 
dre Michaud, niçois, aide-de-camp de l'empereur de Rus- 
sie, l'Empereur Alexandre déclara formellement qu'il ne 
consentirait jamais à ce que le roi de Sardaigne perdît un 
pouce de ses anciens États : « Il faut que la Savoie et 
Nice lui soient rendues. > Il y fit ajouter de plus, toujours 
sur la demande de Michaud, la république de Gênes pour 
y être réunie à perpétuité. Ce brave général fut chargé 
de porter cette bonne nouvelle au roi Victor-Emmanuel. 



336 . CHAPITRE VI 

Il en reçut la grand'croix des SS. Maurice et Lazare, et 
le titre de comte de Beauretour pour lui et ses descendants. 
S'étant rendu ensuite à Nice, il refusa par modestie Tova- 
tion qu'on lui avait préparée. 

Le nom de Michaud de Beauretour sera cher à jamais 
aux Niçois. Le frère d'Alexandre, Jean-Louis restera en 
Russie. Il commandera la Crimée en 1819 et fortifiera 
Sébastopol. 

Un ordre des puissances alliées arrivait à Nice le 19 mai 
qui laissait l'occupation de la ville et du comté aux troupes 
autrichiennes, en attendant que le roi de Sardaigne fût 
rétabli dans ses États. Les troupes françaises continuèrent 
de traverser Nice, en évacuant l'Italie, et suivirent leur 
chemin par Antibes et par Vence. 

Dubouchage emportait les sympathies de la reconnais- 
sance générale. Le général d'Osasque, appelé par Victor- 
Emmanuel au gouvernement du comté de Nice, occupa la 
ville conjointement avec un bataillon autrichien et un ré- 
giment anglo-sicilien. Lepremier juillet, un détachement 
de ces troupes fut envoyé à Monaco, malgré les protesta- 
tions du comte Millo, gouverneur, au nom du prince Joseph 
de Grimaldi. 

Par ordonnance royale du 12 juillet, le nouveau conseil 
municipal de Nice entre en fonctions. Le comte Hermé- 
négilde Audiberti de Saint-Etienne remplaça M. de 
Roubion. On voyait près de lui MM. le comte Garin, le 
chevalier J. B. Alli de Macarani, le comte Acchiardide 
Saint-Léger, le baron Millonis de Thouët. Il y eut les trois 
conseils pris dans chaque classe de citoyens, plus six 
membres aussi de chaque classe. 

II. — GRASSE ET ANTIBES A LA RESTAURATION. 

Grasse accueillit avec transport la Restauration. « Les 
habitants, est-il dit, oubliant les malheurs que la tyrannie 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-Î8I5) 3J? 

de Robespierre avait déversés sur eux , et gémissait 
en silence sot4S un despotisme d'un autre genre, non 
moins funeste à Vhumanitè^ voient combler leurs 
vœux par Vavénement au trône de ses ayeux Louis le 
désiré. 

Les Antibois délibèrent, le 16 avril 1814. Après la lec- 
ture faite du décret du Sénat (11 avril), qui prononce la 
déchéance de Tempereur Napoléon, abolit le décret d'hé- 
rédité dans sa famille, et rappelle Louis XVIII sur le trône 
de France, les conseillers font éclater les témoignages de 
la joie la plus vive et votent l'adresse suivante aux mem- 
bres du gouvernement provisoire: < C'est avec les trans- 
ports de la joie la plus vive que les habitants de la ville 
d'Antibes ont reçu la nouvelle des heureux événements 
qui se sont passés à Paris du 1*' au 9 avril. Nous adhérons 
tous de cœur et d ame aux actes que le Sénat a rendus. Il 
a arraché le pouvoir des mains de cet homme qui en avait 
si cruellement abusé pour le malheur de la France et de 
l'Europe. 11 a rappelé au trône de Saint Louis et d'Henri IV 
le noble sang des Bourbons qui ont fait la gloire et le 
bonheur de la France pendant tant de siècles. 11 a par là 
préparé le bonheur dont nous allons jouir sous le règne de 
Louis le désiré, notre ancien comte de Provence qui tou- 
jours a été cher à nos cœurs. Vive le Roi ! Vive le Roi! 
Vive le Roi ! > Signent tous les conseillers, M. Barquier, 
maire, eE tète, Chambron et OUivier, adjoints, Jaubert, 
Guide^ Gautier d'Aubeterre, Suquet, Barquier, négociant, 
Riouffe, Gazan, l'aîné, L. Gazan, Vautrin, J. Rodi, 
Reibaud, Borelli, Plaucheur, Gairaud, Baliste, Gras, 
Aubanel, Arnoux, Curault. 

Le 1«' juin, M. Barquier, maire, parlait ainsi : « Mes- 
sieurs, les descendants de nos anciens rois dont la race 
est fertileen héros et en princes magnanimes et d'une vertu 
éminente, ont remonté sur le trône. Louis XVlll est rendu 
aux dé&in et à l'iuuour des Français. 11 veut que notre 

22 



338 CHAPITRE VI 

bonheur date de son règne. Hàtons-nous de lui faire agréer 
par une députation les sentiments qui animent les habi- 
tants de cette ville, et de lui offrir Thommage des respects 
et de dévouement que nous portons à son auguste per- 
sonne. Mes sentiments sont les vôtres. Ma proposition ne 
peut que vous être agréable. > Et Ton rédigea, séance te- 
nante, l'adresse suivante : « Sire, le trône de Saint-Louis 
avait été usurpé. Mais ses descendants n'ont pas cessé de 
régner sur le cœur des Français. De longs malheurs, de 
trop justes douleurs font place à l'allégresse publique. 
Elle est unanime, elle porte l'empreinte des sentiments, 
qui, longtemps comprimés par la force, s'exhalent par tous 
les témoignages d'amour qui, pendant plusieurs siècles, ne 
furent pas un devoir pour les Français. Votre ville d'Anti- 
bes, Sire, sous vos ancêtres et particulièrement lors du 
siège de 1746, a donné des preuves de dévouement qui 
obtinrent des récompenses publiques. Héritiers de ces sen- 
timents, nous pourrions, avec quelque orgueil, parler de 
notre conduite dans les orages d'une révolution qui nous 
accusa du noble crime de royalisme. 

€ Continuer de mériter d'être distingués par notre fidé- 
lité, notre dévouement et notre respect pour votre auguste 
personne, tel est le but que nous ne cesserons de nous pro- 
poser. > {Suivent les signatures.) 

MM. Reibaud de Clausonne, ancien membre du corps 
législatif, Aubernon, commissaire ordonnateur, Vial, an- 
cien consul de France dans les échelles du Levant, V. 
Reille, receveur des contributions, Gazan, lieutenant-co- 
lonel sont députés à Paris pour porter cette adresse. Le 8 
juillet M. Aubornon écrivit à M. Barquier : < La députation 
de la ville d'Antibes a été admise, le l®"" juillet, à l'audience 
de Sa Majesté, à laquelle j'ai eu l'honneur de présenter 
l'adresse du corps municipal. Elle a daigné l'accueillir avec 
bonté, et nous répondre qu'elle agréait avec plaisir les 
sentiments de la ville d'Antibes, et qu'ils pouvaient tou- 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 339 

jours compter sur sa protection. — Voilà les propres paroles 
du Roi que je suis très-flatté de pouvoir vous transmettre. 
Vous ne serez pas sans doute moins flatté d'apprendre que 
Sa Majesté, sur la demande que j'ai eu l'honneur de lui 
faire, a bien voulu accorder la décoration du Lys aux mem- 
bres de la députation, ainsi qu'à tout le corps municipal de 
la ville d'Antibes. Vous recevrez ci-joint les vingt-quatre 
lettres d'avis qui me parviennent dans le moment et qui 
vous autorisent à porter cette décoration. « Lorsque, le 20 
juillet, le conseil réuni prit connaissance de cette lettre, il 
manifesta une fois de plus sa joie et ses protestations de 
dévouement. Le 2 octobre, il prétait le serment de fidélité 
au Roi entre les mains du maire, Jean-Antoine Barquier, 
Le 2 novembre le roi envoya aussi la décoration du Lys à 
un certain nombre d'habitants de Vence. Grasse n'était 
pas restée en dessous du mouvement royaliste. Chacun 
croyait que nous en avions fini avec la révolution et avec 
les guerres. Le général Gazan de Grasse, comte de la Pey- 
rière, vepait se reposer dans sa patrie, après vingt-cinq 
ans de services signalés. Pour vivre tranquille, il avait 
même refusé le commandement de l'Hérault que lui avait 
fait offrir Louis XVII I. Masséna, mécontent de Bonaparte, 
qui, l'ayant laissé sans emploi dans les dernières guerres, 
l'avait envoyé à la 8® division militaire, y resta quand 
Louis XVIII monta sur le trône. Mais une grande partie 
des troupes et les anciennes créatures de Napoléon regret- 
taient l'Empire. Beaucoup aussi reprochaient à Louis 
XVIII d'avoir été ramené et rétabli par les nations étran- 
gères. L'armée en voulant aux alliés, désirait une revan- 
che et maudissait Marmont. Napoléon, dont le génie ne 
pouvait rester contenu dans une île, savait qu'il y avait 
en France un mécontentement général surtout à cause des 
faveurs exagérées, accordées exclusivement à la noblesse. 
Il va oser. Audaces fortuna juvat. 



340 CHAPITRE VI 

III. — LES CENT JOURS. ~ DÉBARQUEMENT DE L'EMPEREUR 

AU GOLFE-JUAN.— 1" MARS 1815. 

Tout avait été disposé à Tîle d'Elbe pour le retour de 
Napoléon en France. Sept navires armés en corsaires pri- 
rent à bord, le 28 février, à 6 heures du soir, les grenadiers 
de l'Empereur; et Napoléon avecDrouot, Bertrand, Cam- 
bronne, le médecin Muraour, grassois, s'embarqua sur 
V Inconstant y àe vingt canons, capitaine Taillade. Le sieur 
Mourandi, antibois, faisait partie de V Inconstant comme 
capitaine en second.On partit de Porto-Ferraio à neuf heu- 
res du soir, dans le plus grardsilence,on trompa le Z^/?Wr, 
chargé de surveiller l'île, et le 13 mars, Nice et Antibes 
signalaient l'escadrille. Le baron de Coursio, qui com- 
mandait à Antibes, navigua aussitôt vers les îles de Lérins 
pour mieux observer ce qu'il en était. A onze heures, trois 
navires débarquaient déjà leurs hommes au Golfe-Juan, 
et dès une heure, un détachement de vingt-cinq grena- 
diers se présentaient à la Porte de France, en demandant 
à être introduits chez le major du 87®. Le major en aver- 
tit le commandant de place, qui consigna les vingt-cinq 
hommes, leva les ponts-levis, ferma les portes et doubla 
les postes. Un autre officier s'introduisit aussi dans la ville 
et alla loger chez le capitaine de marine Fugairon, son 
ami. 11 fut arrêté aussitôt ; Fugairon s'esquiva. Ulncon- 
stant se trouvait au Golfe-Juan à trois heures, mais avec 
une mer si houleuse que Napoléon ne put mettre pied à 
terre qu'à cinq heures. Ses fidèles grenadiers lui avaient 
préparé une tente dans la propriété Guirard. C'est de là, 
sous l'olivier traditionnel, qu'il lança cette proclamation 
célèbre : < La victoire marchera au pas de charge. L'aigle 
aux couleurs nationales volera de clocher en clocher jus- 
qu'à Notre-Dame. > 

Cependant quinze hommes étaient encore venus à Anti- 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 34f 

bes,à quatre heures,en disant qu'ils avaient quitté Napoléon 
pour se réfugier dans la place. On les désarma, en leur 
donnant la liberté, et en leur assignant pour logement la 
chapelle Saint-Esprit. S'étaient glissés aussi dans Antibes 
le docteur Muraour, Tofficier Casablanca qui, avec les 
quinze nouveaux-venus et Tofficier corse, Salicetti, re- 
muaient déjà la garnison en faveur de Napoléon. Le com- 
mandant de place consigna les quinze de la chapelle du 
Saint-Esprit, et voulut saisir les trois autres qui sautè- 
rent les remparts. Casablanca se cassa la jambe et fut 
transporté à l'hôpital. Les officiers du 87® avaient proposé 
de renvoyer avec leurs armes les soldats de l'Empereur. 
Le major et le commandant de place s'y opposèrent. Ce- 
pendant le maréchal d'Ornano, avisé de ce qui se passait à 
Antibes, écrivit de Lérins au maire de mettre la ville en état 
de siège, et de prendre tous les moyens de défense. On lui 
apprit bientôt que les chemins de Cannes et de Vallauris 
étaient gardés par les impérialistes. Depuis quatre heures 
le toscin sonnait à Antibes. C'est à grand peine que le ma- 
réchal d'Ornano, ayant gagné la plage, et après avoir, cinq 
heures durant, traversé à pied les bois, les collines, les val- 
lons, afin d'éviter la garde impériale, put arriver à An- 
tibes. Vers six heures, un autre officier nommé Lamouret, 
avec quelques hommes, vint inviter le maire au nom de 
l'Empereur, de se rendre au Golfe-Juan pour une com- 
munication importante. On se contenta de le constituer 
prisonnier. Le maire de Cannes, à qui Napoléon envoya 
un pareil message à la tète de cinquante grenadiers, ne 
donna aucune réponse. Ce qu'ayant appris, les généraux 
conseillaient à l'Empereur de marcher sur Antibes. Na- 
poléon les calmant : < Ce serait perdre notre temps, dit -il, 
il s'agit de marcher en avant. » 

Le capitaine Gautier d'Aubeterre raconte que revenant 
de la chasse à sept heures du soir, pour rentrer en ville, il 
fut étonné de trouver les portes fermées, qu'après avoir 



342 CHAPITRE VI 

décliné son nom, le major lui ouvrit, et qu'il fut salué 
par les cris de : Vive TEmpereur ! que poussa le poste du 
87®. Lui répliqua par : Vive Louis XVIII ! Vive le Roi ! 
A mesure qu'il s'avança dans la rue, il rencontra desgens 
du peuple qui criaient : Vive le Roi ! La garde nationale, 
au grand complet, bivouaquait sur la place.Il demanda des 
hommes de bonne volonté pour se joindre à lui, et aller 
faire appel aux pays voisins. L'administration municipale 
modéra son zèle et refusa de lui faire ouvrir les portes. 

A dix heures du soir, le conseil municipal délibérait, 
sous la présidence de M. Arnoux, premier adjoint. Quoi- 
que l'ancien maire et la moitié du conseil municipal, 
suivant la loi, eussent été renouvelés, et que Tordonnance 
royale du nouveau maire fût datée du 27 janvier, M. 
Tourre (Jean-François) n'avait pas encore pris posses- 
sion. M. Arnoux parla en ces termes : « Un événement 
d'une nature bien extraordinaire m'a mis dans le cas de 
vous réunir à une heure si tard. Vous le savez. Celui qui 
n'eut pas la force de soutenir le poids de la couronne veut 
la reconquérir aujourd'hui. Bonaparte, que la France a 
tant de motifs de repousser de son sein, rélégué sur les 
rochers de l'île d'Elbe pour y être en proie à ses remords, 
jaloux du bonheur dont nous jouissons sous le règne de 
notre monarque, a débarqué au Golfe-Juan, dans l'après- 
midi de ce jour avec la partie de la garde qui l'avait suivi; 
il s'est empressé d'envoyer en cette ville des émissaires 
avec des proclamations. Ses proclamations ont été re- 
poussées avec dédain, et ses émissaires ont été arrêtés. 

< Quelques hommes de sa garde se sont introduits ici ; on 
s'est assuré de leurs personnes. Il paraît que Bonaparte 
attache quelque importance à l'occupation de notre ville, 
mais des mesures ont été prises pour faire avorter ses pro- 
jets insensés. La garde nationale a été convoquée et ar- 
mée; des cartouches lui ont été délivrées ; elle est animée 
du meilleur esprit ; elle ne se laissera pas surpasser par la 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 343 

garnison. Dans ces circonstances, je me suis entouré de 
vous, Messieurs les membres du conseil municipal, et de 
tous les fidèles sujets du Roi ; c'est à la sagesse de cette 
réunion d'hommes choisis que je dois les précautions qui 
ont été prises et les mesures qui ont été exécutées. C'est 
dans ces sentiments que vous partagez,que je vous admets 
au serment, en vertu de la délégation de M. le Sous- 
Préfet. > 

M. Tourre, maire, et M. OUivier, adjoint, ayant prêté 
le serment à Louis XVIII, le nouveau maire prit la parole: 
€ En acceptant les fonctions auxquelles m'appelle la bien- 
veillance de Sa Majesté, je ne pouvais penser que le pre- 
mier pas que je ferais dans cette carrière me fournirait 
l'occasion de lui donner une preuve éclatante de mon atta- 
chement, de mon amour et de mon dévouement. C'est 
lorsque Bonaparte est sous vos murs, lorsqu'il somme la 
place de lui ouvrir ses portes, lorsque vous êtes menacés 
pour cette nuit de quelque tentative, lorsque quelques 
uns de ses satellites introduits imprudemment dans la 
ville ont encore leurs armes à leur disposition et nous font 
concevoir pour l'intérieur des craintes plus fondées que 
celles que peut présenter une attaque extérieure, c'est 
dans ces circonstances, et après avoir, depuis la première 
alerte, coopéré avec Messieurs les adjoints dans la mesure 
commandée par la circonstance, que je devance avec ces 
dignes magistrats la cérémonie de mon installation. Il faut 
aller au danger. Je rougirais d'un plus long retard. Si la 
nuit qui s'avance nous présente du danger, c'est à votre 
tète que je veux l'affronter. La garde nationale est à son 
poste ; elle a répondu à l'appel qui lui a été fait par le cri 
unanime de . Vive le Roi. Nous allons lui faire savoir que 
la ville est en état de siège. Cette annonce redoublera son 
ardeur. Je le jure en votre nom et en celui de tous nos 
concitovens et la France entière redira ce serment: 
Jamais le Joug de fer du tyran ne s^ appesantira sur la 



tête des Français. Vive Louis XVIII / Vivent ks 
Bourbo7is ! » Et toute rassemblée redit trois fois ces ao- 
clamatioDs. 

Pour qui n'admirerait pas le patriotisme et le courage 
des Antibois dans un pareil moment, nous le taxerioDS 
d'ignorance en fait de serment et de ce qu'on appelle hon- 
neur français. Antibes a bien mérité, selon nous, de la 
postérité. 

Grasse ne connut le débarquement de TEmperear qu'à 
sept heures du soir. Le sous-préfet, M. Bain, descandit 
aussitôt à Antibes, où il resta deux jours, en chargeant 
sa femme d'avertir le maire de Grasse. Celle-ci ne s'ac- 
quitta de cette commission qu'à neuf heures. Déjà le bruit 
s'en était répandu dans la ville, et il y avait des attrou- 
pements. On disait que Napoléon avsgit 3,000 hommes et 
de l'artillerie. Le maire convoqua le conseil, et alla prier 
le général Gazan, qu'il trouva atterré,de venir à la mairie 
l'aider dans une circonstance aussi difficile. Sur les trente 
conseillers présents, deux ou trois prétendaient qu'on 
devait marcher contre l'Empereur. Mais comment s'y 
prendre, sans armes, ni munitions ! 

Le prince Honoré de Monaco, qui venait de Paris en 
chaise de poste, pour se rendre à sa principauté, fut arrêté 
par le général Cambronne et conduit à l'Empereur. 11 
trouva Napoléon se chauffant au feu du bivouac : < Ah ! 
prince, lui dit-il en souriant, vous allez trôner à Monaco, 
et moi je vais aux Tuileries. » 

On causa quelques instants. < Je ne prétends pas em- 
pêcher votre voyage. Seulement j'espère que vous vien- 
drez me voir à Paris. > Ce fut le prince de Monaco qui 
porta à Nice la grande nouvelle. Le commandeur d'Osas- 
que prit dès le matin ses mesures de sûreté. Comme il 
n'avait que le régiment de la Reine et deux compagnies 
de chasseurs de Savoie, il organisa aussitôt la milice, ce 
qui avec un bataillon du régiipent d'Aoste lui. donna pour 



LES DEUX RESTAUltATIONS (1814-1815) 345 

le moment un effectif de 2,500 hommes. Il envoya 
garder le Pont du Var. Un vaisseau anglais aux ordres 
du capitaine Thompson, qui stationnait à Villefranche 
et deux autres petits bâtiments armés croisèrent sur le 
littoral. 

Napoléon avait levé le camp vers minuit, lorsque la 
lune s'était montrée à l'horizon. Il traversa Cannes en 
silence. A six heures, un gendarme annonçait au maire de 
Grasse que Napoléon arrivait. L'Empereur suivit le fau- 
bourg, stationna sur le plateau de Roquevignon jusciu'à 
midi ; il attendit en vain le général Gazan, qui s'en était 
allé à sa terre de la Peyrière, et il en marqua son vif mé- 
contentement. Le soir, il faisait étape à Séranon. Gre- 
noble lui ouvrira ses portes le 5 mars, et Paris le 20. 
Louis XVIII se retira à Gand. 

Le 2 au matin, vers 3 heures l'escadrille faisait voile 
dans la direction de l'ouest. Un des navires, le Saint- 
Esprit, capitaine Jean Galibert d'Agde, ayant jeté l'ancre 
à Antibes, dut y laisser six caisses de fusils qui furent 
déposés chez le commandant de place. Un certain nombre 
d'Antibois se mirent à la suite des impérialistes et cinq 
soldats du 87« les rejoignirent le même jour. 

La nouvelle gagnait de proche en proche. Vence l'ap- 
prit à 5 heures du matin par une lettre d'un sieur Bellon, 
vençois : < Je pars de Gagnes pour Nice en ce moment 
avec deux voyageurs italiens venus de Cannes. Il mon 
asseuré avoir vu hier à trois heures après-midi trois ou 
quatre vaissau à Golf-Juan et beaucoup de troupes dé- 
barquées abillé à la française avec des bonnets à poil, 
panache rouge. Antibes est fermé. > 

Le préfet du Var M. de Bouthilliers était à Antibes, le 
2, à 6 heures du soir, et après y avoir donné ses ordres, il 
était retourné en toute hâte à Draguignan. Des exprès 
envoyés d' Antibes, de Grasse, de Vence, de Nice dans la 
directioQ de Castellane, se renseignaient sur la marche de 



346 CHAPITRE VI 

l'Empereur. On formait des bataillons de volontaires 
royaux contre Vusurpateur. 

Napoléon avait fait porter cet ordre à Masséna, qui 
commandait le midi : « Prince, arborez sur les murs de 
Toulon le drapeau d'Essling. > Masséna temporisa. Les 
trois couleurs ne seront arborées à Toulon que lorsqu'elles 
flotteront sur la France entière. 

Le 4 mars, le maire d'Antibes installait la moitié du 
conseil renouvelée de 1813, au cri de Vive le Roi ; et il 
n'enregistrera plus, à partir de ce jour aucune délibéra- 
tion, jusqu'au 19 juillet, afin qu'il n'y eût rien de compro- 
mettant par écrit, et que tout se bornât maintenant à une 
opposition passive. Masséna viendra établir son quartier 
général à Antibes, le 11 avril, au nom de l'Empereur, 
mais cette fois, il comprendra qu'il y a perdu tout crédit 
pour le moment. Napoléon le rappellera du midi pour lui 
donner le commandement de la garde nationale de Paris. 

La rumeur publique courut bientôt qu'il se formait une 
septième coalition de l'Europe contre Napoléon ; Vence 
avait reçu la nouvelle oflicielle que quinze mille hommes 
devaient passer dans ses murs. Le maire, M. Bérenger, 
dépèchaM. Baussy, son premier adjoint, à Nice pour prier 
le commandant d'Osasque d'épargner une ville qui n'a- 
vait aucune ressource. Une lettre datée de Nice, le 15 
avril, à dix heures du soir, annonça au maire qu'on lui 
accordait pleine satisfaction. 

Pourtant rien ne remua jusqu'au milieu de juin dans 
nos parages. Le duc d'Angoulème,qui était venu prendre 
le commandement du Midi le 11 avril, avait dû se consti- 
tuer prisonnier, le 12, entre les mains du maréchal de 
camp, comte de Loverdo, impérialiste, et les bataillons 
royaux avaient été immédiatement licenciés. Le gt^néral 
Gazan était allé offrir son épée au duc d'Angouléme, qui 
n'avait pas ou le temps de la mettre à profit, et il avait 
ensuite poursuivi sa route jusqu'à Paris. Reille d'Antibes, 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 347 

demeuré dévoué à Napoléon, fera partie de la division 
du prince Jérôme. 

Antibes, malgré l'arrivée de Murât qui abordait à Can- 
nes le 25 mai, malgré la troupe qui avait repris les aigles, 
changé sa dénomination de 87® en 106®, élevé une colonne 
commémorative au Golfe-Juan pour le retour de l'Empe- 
reur, Antibes ne tergiversera pas : elle refusera d'enregis- 
trer l'acte additionnel de la Constitution, elle ne participera 
ni à l'assemblée électorale, ni au champ de mai. Le 8 juin, 
le maréchal Brune arrive avec son quartier-général. 
La ville doit illuminer officiellement pour le recevoir. On 
illumine et c'est tout. Brune dira dans sa proclamation qu'il 
ne suffit pas d'obéir à Napoléon, mais qu'il faut lui témoi- 
gner de l'amour, Antibes gardera le silence. Malheure u- 
a3ment il y a partout des gens trop ardents qui compro- 
mettent les meilleures causes. De ce nombre était le 
capitaine G... d'A... 11 allait disant parmi le peuple que 
l'administration montrait trop de faiblesse ; il déclamait 
contre l'Empereur, contre la troupe. Officiers et soldats 
du 106*, de guerre lassés, finiront par l'assiéger dans 
sa maison. € Nous aurons ta peau, criaient-ils, nous en 
ferons un tambour, nous te mangerons le foie, et ceux de 
ta femme et de tes enfants. > Vaubert, chef d'escadron des 
chasseurs, était le plus acharné. Notre malheureux G... ne 
put s'esquiver lui et sa famille que par la lucarne d'une 
cave donnant dans une ruelle. Le commandant de place 
lui donna asile et favorisa sa sortie de la ville sous un 
déguisement. Ayant voulu rentrer quelques jours après, 
le maréchal Brune l'envoya au fort Sainte-Marguerite. 

A mesure qu'on apprenait la défaite de Waterloo (18 
juin), l'abdication, 22 juin, et les événements qui suivaient, 
Brune redoublait d'énergie. Le 18 juin, il tenait son quar- 
tier-général à Saint-Paul ; les soldats français et les alliés 
s'insultaient au pont du Var. Brune vit enfin le comman- 
dant d'Osasque à Saint-Laurent-du-Var et parlementa 



348 CHAPITRE ITI 

avec lui, pour se retirer des lignes jusqu'à Grasse. Da 4 
au 13 juillet, il faisait intercepter le courrier venant de 
Paris, et de Draguignan. Joachin Murât se trouvait 
avec lui à Cannes à cette époque. Enfin se voyant débordé 
par le mouvement royaliste, il lève des contributions for- 
cées sur les riches de Grasse et part avec ses troupes poor 
Grenoble, le 9 juillet. 

Le 6 juillet, les alliés étaient rentrés dans Paris, et le 8» 
Louis XVIII y avait repris possession des Tuileries. 

La population de Grasse, en majorité royaliste, ne se 
contenait plus de joie. Pourtant par un excès regrettable, 
elle s'attaqua à la famille du général Gazan. Elle proféra 
les cris : € A bas le traître, le scélérat, le brigand ! » Elle 
alla jusqu'à essayer de forcer sa maison pour la piller, et 
tira des coups de fusil aux fenêtres ; et ces démonstration» 
hostiles se continuèrent les jours suivants.Quand on voyait 
paraître Mademoiselle Gazan, sa sœur,, avec le jeune fils 
du général, on disait : € Voyez la sœur du brigand, voyez 
son fils ! > On en voulait à M. Payan, directeur des con- 
tributions, l'ami de Brune, qui l'avait aidé dans toutes ses 
levées de contributions forcées. Payan était aussi le beau- 
frère du général Gazan. 

Le sieur Ricord, procureur du Roi, passait pour im- 
périaliste, et le préfet, M. Bains pour un ancien robes- 
pierriste. Le président, M. Mougins de Roquefort, n'avait 
pas assez d'influence pour empêcher les désordres. 

Lorsque le dernier soldat de Brune eut quitté Grasse, on 
alla chercher à la mairie le buste de Napoléon, on l'atta- 
cha avec une corde, on le traîna à terre dans les rues, 
et on porta la statue de Louis XVIII en triomphe. Chacun 
prit la cocarde blanche, on arbora le drapeau blanc, en 
vocifi^rant : « A bas les traîtres, à bas les partisans de 
Bonaparte ! Vive Louis XVIII ! > Et le sieur Payan de 
s'écrier : < J'avais bien raison de dire au maréchal Brune 
qu'au départ des troupes,Grasse ferait des siennes. Je vais 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 349 

lui écrire et il va revenir sur ses pas. » Ce propos divulgué 
aussitôt, exaspéra le peuple. On chercha partout Payan 
qui s'était caché. La nuit, vers une heure, on était encore 
devant sa maison, en criant : « Ah ! brigand, il nous faut 
ta tète ! > On eut besoin d'un détachement considérable 
de gardes nationaux pour dissiper l'émeute. 

G d'A avait reparu à Antibes le 1*^ juil- 
let, et avait de nouveau exalté les esprits de cette ville 
habituellement si calme. La troupeaux ordres dePoudret- 
Servet, qui tenait encore pour l'Empereur, gardait ran- 
cune à G. Le maire dut encore le forcer de quitter aussitôt 
la ville. G. s'en était allé à Grasse et avait assisté aux di- 
verses émeutes du 9 et du 10 juillet. 

Les Antibois, sachant que, le 9 juillet, Gîtasse avait 
arboré la cocarde et le drapeau blancs, sommèrent le 
maréchal de Camp Slivarik d'agir de même : ce qui fut 
accordé. Poudret-Servet était absent ce jour-là. Étant 
revenu en ville, il mit son régiment sous les armes, braqua 
le canon, enleva le drapeau blanc et fit arracher aux habi- 
tants par ses soldats la cocarde blanche. 

Mais il n'y eut plus bientôt à hésiter. La proclamation de 
Louis XVIU arrivait officiellement aux communes. 

Le 17, les alliés passaient le Var, et montaient à Saint- 
Paul, où ils faisaient leur entrée au cri de Vive le Roi. 
C'était le régiment de Coni, colonel de Belloni, formant 
Tavant-garde. Le 18, on recevait enfin le courrier de 
Paris et de Marseille. 11 s'y trouvait une proclamation 
du marquis de la Rivière, lieutenant du duc d'Angou- 
lême pour le midi et la Provence, par laquelle il était 
ordonné de reconnaître Louis XVllI et d'arborer le dra- 
peau blanc. 

L'administration de Grasse se mettait en devoir d'ac- 
complir ces ordres supérieurs le 19. C'était le procureur 
du Roi, Ricord, qui publiait la proclamation ; mais à 
mesure qu'il voulait ouvrir la bouche, la foule le sif- 



350 CHAPITRE VI 

fiait, le huait, couvrait sa voix : A bas le partisan de 
Bonaparte ! A bas les traîtres ! A bas le représentant de 
Napoléon ! A bas Ricord ! Les gardes-nationaux le met- 
taient en joue. 

Puis on le força de prendre un drapeau et la cocarde 
tricolore, et de parcourir ainsi les rues en disant : Vive 
l'Empereur ! Enfin les gardes nationaux le mirent dans la 
maison d'arrêt. < Partout ailleurs, disaient des gens du 
peuple, on se défait de ces gens-là. C'est à nous de nous 
en faire justice nous-mêmes. > 

Hélas! ce n'était que trop vrai. Nous déplorerons tou- 
jours que la réaction légitimiste à Avignon ait assassiné le 
maréchal Brune, le général Ramel à Bordeaux, les géné- 
raux Faucher, Mouton-Duvernet à Lyon, Chartran à Lille. 
C'est ce qu'on appelle la Terreur Blanche. 

Le lundi, ISjuillet, devant le conseil d'Antibes réuni, M. 
Tourre annonce qu'on a reçu enfin le courrier ; que le Roi 
est à Paris. Tous crient comme par un mouvement élec- 
trique : Vive le Roi ! Il dit qu'à partir de ce momânt, toute 
autorité, qui dans Antibes ne parlerait pas et ne comman- 
derait pas au nom du seul et unique souverain légitime, 
Sa Majesté Louis XVllI, serait considérée comme illégi- 
time, qu'on n'y obéirait que contraint et forcé, qu'on 
proclamerait à l'avance comme illégal tout ce qui pour- 
rait se ftxire à rencontre du monarque que la France et 
l'Europe entière reconnaissent, que la municipalité dé- 
clare responsables ceux qui retarderaient cette reconnais- 
sance. Puis le maire est chargé, par le conseil, de prier le 
maréchal commandant do place à Antibes de proclamer 
Louis XVII (; maisSHwarick répond qu'il craignait de l'op- 
position (le la part des troupes. Le 19, dans une nouvelle 
séance du conseil municipal, on prête de nouveau le ser- 
ment de fidélité au Roi et l'on envoie MM. Guide et Olli- 
vier à Marseille auprès du duc d'Angoulème, pour le 
prier d'assurer le Roi de la fidélité d'Antibes et de lui rap- 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 351 

peler la conduite qu'ils ont tenue le P^ mars. Enfin le 20 
au soir, Poudret-Servet, voyant qu'une partie de son 
régiment faisait défection, retira lui-même le drapeau 
tricolore pour arborer le drapeau blanc. Alors se fit la 
proclamation. « Nous avons été témoins, dira le maire, 
des transports de joie et d'allégresse qu'a causés, dans 
toutes les classes de nos concitoyens, la proclamation que 
j'ai faite à votre tète dans toutes les rues de la ville. 
L'enthousiasme a été à son comble, et quelques jours de 
bonheur ont déjà fait oublier trois mois de tourments et 
de persécutions. Le désir de hâter cette proclamation n^ 
nous a pas laissé le temps de réunir à cette fête une céré- 
monie qui l'aurait rendue encore plus touchante et d'y 
ajouter des accessoires propres à en augmenter l'éclat. » 

I^ capitaine G n'eut rien de plus pressé que de 

troubler encore cette fête en insultant la troupe. On 
l'expulsa de la ville. Il y rentra le 23, et ses provocations 
furent telles que le commandant l'enferma. Mais, cette 
fois, la foule, s'ameutant à la porte de la prison, somma 
l'autorité de délivrer le capitaine. Lorsqu'on l'eut, on le 
promena en triomphe, en criant : A bas la troupe ! Pou- 
dret-Servet, furieux, lança ses hommes, la baïonnette en 
avant sur la farandole, la dispersa, s'empara de Gautier 
et le réintégra dans la maison d'arrêt. Il fut rendu à la 
liberté, avec promesse de rester caché ; ce qu'il fit le 24 et 
le 25 juillet. 

Les alliés marchaient en avant. Le 26 juillet, le général 
en chef levait son quartier-général de Saint-Paul, n'y lais- 
sant qu'une compagnie de grenadiers. 15,000 hommes 
suivent par Grasse, Séranon, Castellane ; et 25,000 par 
la route d'Antibes et de Cannes sous les ordres du général 
Blanchi. Antibes tint toutes ses portes fermées. Notre ca- 
pitaine Gautier se mit le 26 à l(5ur suite, et le maréchal de 
Nogent lui donne des dépêches à porter de Fréjus à Mar- 
seille pour le marquis de la Rivière. C'est là qu'il. composa 



352 CHAPITRE VI 

son libelle diffamatoire contre ses concitoyens, adressé an 
duc d'Angoulème. 

IV. — BLOCUS D'aNTIBES. 

Le 27 juillet un armistice avait été conclu entre le gé- 
néral Sliwarick et le chevalier d'Osasque et ratifié le 29 
par le marquis de la Rivière. C'est en vertu de cette com- 
mission que le 106*^ quitta Antibes pour Draguignan, à la 
satisfaction générale des Antibois, et que le service de la 
^lace resta confiée à la garde nationale, aux ordres de 
MM. de Glandchamp-, colonel, et de MillevîUe, chef de la 
colonne urbaine. 

Une des clauses de Tarmistice était que 150 hommes de 
troupes austro-piémontaises occuperaient Antibes, con- 
jointement avec la gardp^nationale : quarante dans le 
Fort-Carré et le reste, de même par moitié, aux postes de 
la ville. La garde nationale de Cannes et 100 douaniers 
vinrent en aide aux 360 hommes de la garde nationale 
antiboise. Une autre convention se fit le 4 août. Les alliés 
demandaient Toulon, et on leur sacrifiait Antibes. 

Or le 5 août, sur Tavis du préfet du Var, un corps de 
12 à 15,000 hommes de Tarmée alliée, sous les ordres du 
général Bianchi, se présenta sous les murs d'An tibes, pré- 
tendant occuper la place. Le général menaça d'en faire le 
blocus, si Ton refusait de recevoir une garnison double de 
la garde nationale et un commandant de place. Ce que le 
maire et tout le conseil repoussèrent comme contraire à 
la convention du 27 juillet. En même temps, les douaniers 
dirigés surle Var pour y prendre leur ligne, rencontrèrent 
au Loup le poste piémontais qui leur refusa le passage. 
Le général Sliwarick, ayant appris cette violation de la 
convention, fit dire aux Piémontais que si Ton ne levait 
cette défense, il n'admettrait pas les 150 Piémontais daos 
Antibes. 



LES DEUX RESTAURATIONS Ci8i4-J8l5) 3&3 

En effet, quand ils arrivèrent, on n'ouvrit pas. Le gé- 
néral Blanchi prit fait et cause pour les Piémontais. On 
entra en pourparlers, et le 14 août on signa un arrange- 
ment. On laissa l'entrée à 150 Piémontais et à 90 officiers, 
mais sous la condition expresse qu'ils n'exerceraient que 
la police de leur corps et des postes qu'ils occuperaient. 
Ils ne pouvaient rien prendre aux magasins de l'artillerie 
et du génie sans un ordre exprès. Les douaniers seraient 
placés sur la ligne du Loup. « Cette entrée qui eut lieu à 
sept heures du matin, n'a pas été le plus beau moment de 
ma vie, dit M. Tourre. Nous ne le méritions pas, à cause 
de notre dévouement au Roi. » Le colonel piémontais prit, 
le 15 août, son logement chez le maréchal-de-camp 
Andréossy. 

Le maire, dans le conseil du 17, exposa que, selon cette 
dernière convention du 14 août, les 150 Piémontais devant 
être traités sur le pied des troupes en campagne, il fallait 
faire un appel de fonds. Une commission fut nommée. 

Le général Sliwarick remarqua bientôt certain mou- 
vement dans les troupes Piémontaises. Il renforça les 
postes et organisa de fréquentes patrouilles. En effet, le 
22 août, le général Bianchi fait dire qu'il va relever la 
garnison Piémontaise par une garnison Autrichienne, et 
le 23 août le baron d'Aspera, major autrichien, demande 
à être introduit dans la place. Sliwarick répond que, puis- 
qu'il ne devait y avoir que 150 Piémontais, il ne pouvait 
admettre le baron d'Aspera avec ses hommes, que lorsqu'on 
aurait fait sortir du fort ceux qui s'y trouvaient. Le major 
objecte qu'une troupe n'abandonne son poste que lors- 
qu'elle est remplacée ; que c'était offenser les alliés que de 
se montrer si méfiant. 

Enfin on décida qu'on commencerait par relever vingt 
hommes du Fort-Carré avec un nombre égal de gardes 
nationaux. On exigea de l'officier autrichien sa parole 
d^honneur pourque, après son entrée, il fit sortir lesPié^ 

29 



354 CHAPITRE VI 

montais. Mais les deux détachements alliés, malgré la foi 
jurée, tombèrent à rimproviste sur les vingt gardes na- 
tionaux, leur enlevèrent leurs fusils, en brisèrent une 
partie et consti tuèrent prisonnier l'officier français, après 
lui avoir ôté son épée. Surpris de cette violence, rofficier 
éclata en reproches : < Monsieur, lui dit l'Autrichien, j'ai 
mille excuses à vous faire d'avoir manqué à ma parole ; 
mais j'ai des ordres exprès. > En même temps il lui rendit 
son épée et le laissa aller sur parole. 

Pendant ce temps-là, le major autrichien resté sur les 
glacis avec Sli warick, le maire et plusieurs officiers d'état- 
major, dit qu'il voulait avoir les clefs de la ville, que sa 
troupe ne pouvant ni entrer, ni sortir sans l'intervention 
du commandant français, cela ne pouvait durer. En vain 
lui opposait-on que la convention' ne concernait que les 
150 Piémontais, que les officiers du Roi, conser^'^ant l'in- 
tégralité de leurs droits, devaient avoir les clefs de la 
ville, qu'il y avait une énorme différence entre la reddi- 
tion d'une place et l'admission d'un détachement sans 
condition ; rien ne pouvait convaincre le baron d'Aspera. 
On lui demandait sos ordres. 11 ne les avait, répondait-il, 
que verbalement. Sliwarick alla jusqu'à lui offrir la moi- 
tié des clefs pour qu'on ne pût entrer ni sortir l'un sans 
l'autre. On lui proposa de l'admettre dans la ville, et d'en- 
voyer prendre l'avis des généraux en chef. Ce fut peine 
inutile. Après s'être emparé du Fort-Carré par surprise, 
il commença le blocus de la ville (27 août). 

Les chemins furent gardés, et les hauteurs se couvri- 
rent de canons et de postes. 

Le maire convoquant le conseil lui annonça tout ce qui 
s'était passi : < Les alliés, non contents d'avoir introduit 
dans la plaça un plus grand nombre d'hommes, y manifes- 
taient des intentions hostiles. Ils veulent le désarmement 
de la garde nationale, lisse sont emparés violemment du 
Fort-Carré, ils ont déclaré que les 3,000 hommes qu'ib 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 355 

laissaient sur notre territoire,voulaient, la nuit prochaine, 
bombarder la ville. > Tous les conseillers répondirent qu'ils 
allaient courir aux armes, que ce ne serait pas en vain, 
que le Roi comptait sur leur fidélité. < Nous nous défen- 
drons jusqu'à la fin. > — Le maire porta cette délibéra- 
tion au général. 

Le 29 août,les Autrichiens arrêtèrent le courrier, se mi- 
rent à saccager les propriétés, à maltraiter les paysans, à 
couper les arbres. Le 3 septembre, le colonel de Salis com- 
mença à tirer du Fort-Carré deux mortiers pour les placer 
sur les collines, où déjà ou avait pointé une batterie 
d*obusiers et trois pièces de campagne. Deux autres mor- 
tiers furent aussi placés au pied du Fort-Carré, et on 
commença à bombarder la ville. Ceux-mèmes qui vou- 
laient aller par bateau dans leurs maisons de campagne 
furent le point de mire des assiégeants. Dans cette extré- 
mité, Sliwarick envoya à Toulon demander des secours 
et de l'argent. Le maire porta plainte au colonel de Salis 
des ravages qu'on avait promis d'interdire. On lui répondit, 
le 7 septembre, qu'on allait lever le blocus, quand arriva 
le général Gippert qui serra de plus près la place. Le 15 
septembre, 4,000 hommes arrivaient encore. 

Le ministre de la guerre, informé de ce qui se passait, 
chargea le préfet du Var, le comte Siméon, d'exprimer au 
maire d'Antibes et à tous les habitants toute la satisfac- 
tion qu'il éprouvait de mettre sous les yeux du Roi leur 
belle conduite. < Exhortez-les à supporter avec patience 
les maux qu'ils endurent. Vous pouvez leur donner l'es- 
poir qu'ils seront bientôt terminés. Nous nous occupons 
de leurs intérêts ; le préfet cherchera la première occa- 
sion d'aller leur témoigner son admiration. > On affirmait 
aussi que MM. de Milleville et Balestre, députés de la 
municipalité, avaient été reçus par le Roi, le 30 août, 
et que Sa Majesté leur avait dit : < Je sais que les 
• braves habitants de ma petite ville d'Antibes se sont 



356 CHAPITRE VI 

toujours bien conduits. J'en aurai soin et je ne les ou- 
blierai pas. > 

Le 16 septembre, le général comte de Partouneaux, 
commandant la 8® division, écrit de Marseille qu'il envoie 
400 hommes du 14® léger, de l'argent et de rartillerie; 
qu'il se rend à Avignon pour remontrer au général 
Bianchi les ordres précis qu'il avait reçus du ministre, de 
conserver Antibes et Toulon. Il remplaçait en même 
temps Sliwarick par le général Perreimond. 

Tous les pays des environs se plaignaient des alliés. 
Cannes écrit, en apprenant l'arrivée de Gippert : < Noua 
allons être plus malheureux que jamais. > Où trouver des 
vivres? Les gardes-nationaux de Cannes, dans une de 
leurs réquisitions s'en vont aux métairies du général Gazau 
de Grasse. Le fermier de la Bouillide.leur donne deux 
bœufs et les reçoit bien ; mais celui de la Peyrière, les 
ayant mal accueillis, en fut quitte pour le saccagement 
de la maison et de la campagne. Du 4 août au 29 sep- 
tembre, on ne cessa de lever des contributions. Grasse 
y fut pour plusieurs cent mille francs. Le camp le plus 
considérable des alliés était à la Gabelle. Le 22 septembre, 
le procès- verbal envoyé de Cannes à la Sous-Préfecture 
de Grasse déclare que la campagne d'Antibes ressemble à 
un désert: récoltes perdues, arbres coupés. Les alliés bat- 
tent les paysans à coups de bâton ; ils ont arrêté le fils de 
M. Emond d'Esclevins , chef de la colonne mobile de 
Cannes. Les habitants de Biot sont si exaspérés que le 23 
septembre ils prennent les armes pour repousser toute 
nouvelle réquisition. Gippert s'entêtait, quoiqu'il connût 
l'ordre formel du Roi. Le 26 septembre, il eut une en- 
trevue sur les glacis avec le général Perreimond. C'était 
vers 6 heures du soir. Perreimond observa à Gippert que 
ce que faisaient les alliés, depuis deux mois, ressemblait 
à une véritable hostilité ; que les Français, de leur côté, 
n'avaient jamais mis aucun obstacle au passage des trou- 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 357 

pes. Bientôt on s'anima de part et d'autre. Perreimond de- 
mandait que cela finît au plus vite. — Gippert déclara 
qu'il aurait raison des Antibois. — Et moi, reprit le général 
français, si dix mille ne suffisent pas, j'en aurai cent raille, 
puisqu'au lieu d'agir en alliés, vous agissez en ennemis, et 
que vous vous déclarez contre vingt-cinq millions de Fran- 
çais. — Et moi, je ferai égorger tous les maires, reprit 
Gippert en tournant le dos et en s'en allant. 

La nuit, les patrouilles autrichiennes s'avancèrent jus- 
qu'aux palissades. Le poste de la demi-lune les somma de 
se retirer, sans quoi, il faisait feu. 

Le 27 septembre, le maire disait au conseil : 
€ Messieurs, abusant de notre confiance, l'armée alliée 
s'est emparée par surprise du Fort-Carré. Vous ne vous 
êtes laissé séduire ni parleurs off*res, ni par leurs menaces, 
et fermes dans les principes qui vous dirigent, n'écoutant 
que la voie de l'honneur et du devoir, fidèles à la patrie, 
l'annonce du danger vous a rassemblés spontanément 
autour de moi, et, d'une voix unanime, vous avez délibéré 
de courir aux armes pour repousser cette injusteagression. 
Vous résolûtes de périr, s'il le fallait, sur vos remparts et 
sur la brêche,plutôt que de livrer à l'étranger une place que 
l'intention du Roi et ses ordres positifs vous prescrivaient 
de conserver intacte . Vous aviez la certitude que votre 
résolution allait vous exposer à des pertes considérables ; 
qu'elle vous ferait probablement courir des dangers ; vous 
aviez à choisir entre vos intérêts et ceux du Roi ; il fallait 
sacrifier les uns pour conserver les autres ; votre cause ne 
pouvait être douteuse, et votre élan généreux fut bientôt 
communiqué à toute la population par la proclamation que 
je fis à votre tète. La population entière est sous les armes; 
la vieillesse et l'adolescence ont voulu concourir à cette 
belle attitude et pai'tager vos travaux. En vain l'armée 
qui vousbloquese fait un jeucruel dedémolirsur place vos 
maisons de campagne, de dévaster vos récoltes, de piller 



358 CHAPITRB Yl 

VOS propriétés ; vous voyez de dessus vos remparts ces 
dégâts sans eu être affectés, et aucun sacrifice ne vous 
paraîtrait pénible, si vous pouviez conserver le dépôt 
précieux que Sa Majesté adaigné confier à votre loyauté. • 

Ce sont de belles et nobles paroles. Elles trouvaient un 
écho dans tous les cœurs des Ântibois. 

Les Autrichiens, s'entètant de plus en plus, restaurent 
leurs batteries, plantent des piquets qu'ils se procurent en 
découvrant les bastides, et pressent encore plus la ville.Les 
arbres étaient rasés,troiscents maisons endommagées, Ta- 
queduc coupé. Par bonheur, le 29, vingt-cinq canons nous 
arrivaient par mer de Toulon, et de la troupe de secours. 

Gippert se décida à lever le blocus et à se retirer. 11 
laissa seulement 400 Tyroliens dans le Fort-<Darré pour 
protéger ses régiments cantonnés à Grasse, à Biot, à 
Mougins, au Cannet, à Vallauris, et partout aux environs. 
Le dernier Autrichien passa le 12 octobre, à trois heures 
et demie du soir, en vue d'Antibes. La prise solennelle du 
fort se fit, le soir, par les autorités civiles et militaires, à 
la tête de 250 gardes nationaux. 11 y eut en ville banquet 
de soixante-dix couverts, feu de joie, bal, farandoles et 
illumination. 

Le préfet écrivait au général Perreimond : 

< Témoignez, je vous prie, aux braves Antibois toute 
ma satisfaction sur leur conduite qui tient de Théroïsme. 
Je me suis plu à payer au "digne et estimable Sliwarick, 
auprès du ministre de la guerre, le tribut d'éloges et d'es- 
time qui lui est dû ; S. A. R. le duc d'Angoulème paie aussi 
son tribut d'éloges aux Antibois. Gouvion de Saint-Cvr, 
ministre de la guerre, n'aura pas assez de bonnes paroles 
pour eux. Et le Roi dira aux députés du Var : < Je suis 
touché des sentiments que vous m'exprimez au nom de 
votre département. Si ce département a eu le malheur 
d'être le premier théâtre des crimes de l'usurpateur, il a 
été le seul qui ait eu la gloire de s'y opposer. La conduite 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 859 

de la ville d^Antibesne sortira jamais de ma mémoire. » 
(Séance du 14 octobre.) Du 25 octobre au 30, il passait 
encore à Cannes 7,335 hommes. Le 31 octobre, c'était le 
régiment de Castellar. Le 1*^'^ novembre, Bianchi tenait à 
Nice son quartier général. 

La pe:te estimative du blocus fut évaluée à 247,844 fr. 

Le seul service de table pour les officiers alliés avait 
coûté 41,782 francs. 

Antibes eut voulu obtenir, en récompense, un port de 
refuge, selon le projet de Vauban. 

L'Assemblée vota, le 31 octobre, une adresse defélici- 
tations au général Perreimond, nommé au commandement 
du département du Var : 

< M. le général Perreimond était venu se renfermer 
dans nos murs pour diriger notre défense et partager nos 
travaux. Dans le temps qu'il a paru au milieu de nous, il 
nous a donné des preuves multipliées de son amour inalté- 
rable pour le Roi, de son zèle pour le servir, de ses talents 
militaires et de son activité, enfin de l'intérêt qu'il portait 
au saccès de nos eflForts communs et du désir qu'il a cons- 
tamment montré de soulager nos maux. > Il rappelle sa 
belle conduite, au mois de mars dernier, sous les ordres 
du duc d'Angoulérae, et dernièrement, à la tète de la 
garde nationale de Marseille, quand le royalisme présen- 
tait encore des chances douteuses. 

On s'occupe ensuite d'une pétition au Roi, pour que Sa 
Majesté aide à la réparation du môle, au creusement du 
port, à la construction d'une chaussée hors des murs, sans 
qu'on soit obligé de traverser la ville. On demande le ré- 
tablissement du courrier de Corse par Antibes. M. Reibaud 
lit un rapport pour avoir une sous-préfecture à Antibes ; 
M. Ollivier.pour la restauration du port; M. de Barquier, 
pour la correspondance de Corse . 

Le 3 décembre le baron de Damas venait au nom du Roi 
complimenter les Antibois. 



860 CHAPITRE VI 

Louis XVIII envoya d'abord un secours de 10,000 fr. 
sur sa cassette particulière. Par ordonnance du 20 mars 
1816, il déclara Antibes bonne ville^ et promit une allo- 
cation de 90,000 fr. 

Voici cette ordonnance : 

c Au Château des Tuileries, le 20 mars 1816. 

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. 

« Sur le compte qui nous a été rendu par notre ministre, 
secrétaire d'État au département de la guerre, de la belle 
conduite des habitants de notre ville et place d' Antibes, qui, 
aux mois d'août et de septembre 1815, environnée de troupes 
étrangères prêtes à pénétrer dans la place, et ne doutant pas 
du prix que nous mettions à sa conservation, jurèrent, quoi- 
qu'abandonnés à eux-mêmes, et sans le secours d'aucune 
garnison, de la défendre jusqu'à la dernière extrémité, et 
persistèrent jusqu'au bout dans cette noble résolution, sup- 
portant toutes les fatigues, endurant tous les sacrifices, et 
s'abstenant toutefois par respect pour nos intentions de tout 
acte hostile, qui aurait pu troubler le rétablissement de l'état 
de paix avec les puissances alliés ; 

« Nous rappellant, en outre, l'exemple mémorable de fidé- 
lité qui nous a été donné au mois de mars 1815 par les auto- 
rités et les habitants de la même ville d'Antibes, la première 
qui, placée sur le passage de V usurpateur^ ait fermé ses por- 
tes à lui et à ses émissaires, exemple qui, s'il eut été mieux 
imité, eut infailliblement préservé nos peuples des calamités 
sans nombre qui les ont accablés ; 

« Voulant reconnaître dignement un dévouement si par- 
fait et en perpétuer le souvenir d'une manière durable : 

« Sur le rapport de nos ministres, secrétaires d'Etat de 
l'intérieur et de la guerre, 

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : 

« Art. I'^ — La ville d' Antibes est mise au rang de nos 
bonnes villes du royaume. Notre bien-aimé frère, M. le co- 
lonel-général des gardes nationaux de France est chargé de 
faire remettre, en notre nom, à la garde nationale d^Auûbes 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 361 

un drapeau d'un modèle particulier, présentant d'un côté 
Técusson aux armes de France, entouré d'une couronne de 
chêne, avec cette inscription : Fidei sevvandœ exemplum; 
de Tautre côté, le même écusson avec ces mots : 1*^"^ mars 
1815, 27 août 1815. 

« Art. 2.— La croix de la Légion-d'Honneur est accor- 
dée aux deux citoyens de la garde nationale d'Antibes qui se 
sont le plus distingués dans le cours du dernier blocus, et qui 
nous seront désignés par notre ministre, secrétaire d'État de 
la guerre 

« 11 nous sera également désigné un sujet choisi dans 
Tune des familles les phis recommandables d'Antibes pour 
être élevé aux frais de 1 État dans nos écoles militaires. 

4c Art. 3. — La ville d'Antibes est autorisée à inscrire le 
texte de la présente ordonnance sur une pierre monumen- 
tale qui sera placée dans un lieu public et apparent de la 
ville. 

« Art. 4. — Nos ministres, secrétaires d'État aux dépar- 
tements de l'intérieur et de la guerre, sont chargés, chacun 
en ce qui le concerne, de l'exécution de la présente ordon- 
nance. 

« Donné au château des Tuileries, le 20 mars de l'an de 
grâce 1816 et de notre règne le vingt-unième. 

€ Pour le Roi, Signé : Loris. 

Le Ministre secrétaire d'Ëtat de la guerre, 

Signé : Duc de Feltre. 

Collationné conforme au n® 526. » 

Quand le 3 mai, le maire, debout, et la tête découverte, 
en eut fait la lecture, ce fut une explosion de : Vive le Roi ! 
Vive Louis XVIIl ! Vivent les Bourbons ! Vive la famille 
royale ! Vive le Maire ! < Non content, dit M. Tourre, de 
signaler à la France, à l'Europe, à la postérité, votre 
exemple comme un modèle à suivre, on le fait connaître 
par la voix des journaux, et on l'insère dans le Bulletin 
des loisj n^75. > Les acclamations redoublent. Le conseil 



3<K CHAPITRE VI 

s'appr'Xrhe du buste du Roi, qui est dans la saille, sur une 
c?ns>Ie. et renouvelle le serment de vivre et de mourir, 
s'il le luut. jiour la défense de sa personne, de son trône et 
de sa îamille. 

C'est les Iarm?s aux yeux que tous prêtent ce serment 
de fi lêlicé. Le Maire, toit ému, s'écrie : < Cet élan d'amour 
vous es: bien naturel : vous en avez hérité de vos pères.> 

Décision est prise, à Tunanîmité, qu3 cette ordonnance 
sera transcrite sur le registre des délibérations, qu'elle 
sera publiée solennellement dans toutes les rues et places 
de la ville, qu'elle sera imprimée et placardée au nombre 
de douze cents exemplaires, et envoyée à chaque chef de 
famille d'An:ibes : qu'un exemplaire, mieux orné, sera 
placé dans un cadre et expvosé dans la présente salle ; 
qu*on priera les chefs d'administration et les instituteurs 
de la tenir artîchéedans leur salle principale ; qu'on rédi- 
gera, séance tenante, une adresse à Sa Majesté, et qu'une 
députation de trois membres sera envoyée à Paris pour la 
remeîtreà Sa Majesté. 

On rodirjre l'adresse suivante : 

< Vot! e Maiesté a daigné attacher quelque importance 
à la conduite des fidèles habitants de sa bonne ville d'An- 
tibcs.oi dans son inépuis;ible bonté, elle a trouvé le moyen 
d'ajouter à des faveurs signalées un témoignage plus 
éclatant de s:\ bienfaisance.,. Les cœurs des habitants 
d'Antibes sont pénétrésd'amour et de reconnaissance pour 
tant do bontés et de vertus que Sa Majesté fait briller sur 
le trOmo. > 

Suivent les vœux : < Puissent tous les Français, abju- 
rant, comme nous le faisons en ce jour, le crime affreux 
qui, plongeant la France dans le deuil, donna à l'un des 
prédocosseurs de Votre Majesté la palme du martyre, se 
rallier autour de son trône, et, s'il est possible, vous Mve 
oublier vos longues angoisses par le tribut unanime de 
leur amour et de leur reconnaissance. > 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 363 

Sur la proposition de M. Joseph Gazan, on vote aussi 
des félicitations à MM. Tourre, Ollivier et Arnoux, pour 
leur belle conduite dans l'administration d'Antibes.Chacun 



signe. 



Ce n'est pas tout : Sa Majesté accordant une bourse à 
rÉcole militaire pour un Antibois, le 6 mai, sur sept su- 
jets présentés au vote du conseil : Antoine Cresp, Nico- 
las Fugairon, Chnrles Gazan, Félix Jaubert, Benjamin 
OUivier, Jacques Riouffe, le fils de Joseph, Guillaume Ros- 
tan, fils de Pierre-François, OUivier obtint la pluralité des 
suffrages. 

Le 26 mai, le préfet, comte Siméon, et le sous-préfet, 
M. Bovis, arrivent à Antibes pour l'ampliation officielle de 
l'ordonnance royale du 20 mars. Outre les conseillers, 
toutes les administrations civiles et militaires assistent à 
la séance. Une députation de sept membres et un dé- 
tachement de la garde nationale vont au devant du 
Préfet. Il traverse la ville au milieu des acclamations gé- 
nérales, et, ayant pris place au fauteuil, il dit : « Les 
preuves de dévouement et de fidélité que les autorités et 
les habitants de la bonne ville d'Antibes ont données au 
Roi, feront l'éternel exemple des Français. 11 est heureux 
dese trouver dans ce conseil d'où sont émanées tant de 
résolutions généreuses... Vive le Roy ! Vivent les Bour- 
bons ! > Ce cri est répété avec enthousiasme. Le Préfet 
relit Tordonnance du 20 mars, la remet au maire en l'em- 
brassant avec eff*usion : « Je désire, ajoute-t-il, que tous 
les braves Antibois regardent ce baiser comme un témoi- 
gnage de la haute estime que j'ai pour chacun d'eux et 
pour leur digne magistrat. > M. Tourre répond au Pré- 
fet en forts bons termes. 

Dans la soirée, il y eut banquet, fête et illuminations. 

Une autre solennité se préparait. Le vote du 16 juin 
eut en vue la colonne commémorative sur laquelle le Roi 
autorisait d'inscrire la date du 20 mars 1815. 11 fut con- 



364 CHAPITRE VI 

venu qu'on demanderait à M. Eugène Aiziary de Roque- 
fort la colonne de granit, et une table de marbre qui se 
trouvaient à l'île Saint-Honorat. M. Chantron, directeur 
de l'artillerie, et M. Léon, capitaine du génie, firent le 
plan du monument. On demanda au ministre Tautorisa- 
tion d'ériger cette colonne sur la place Royale. Tout 
réussit au gré du conseil. M. Alziary de Roquefort répon- 
dit qu'il accordait la colonne et le marbre, et que pour le 
paiement qu'on lui offrait, il n'y en avait pas pour lui de 
plus flatteur que le bonheur de concourir à rérection d'un 
monument si honorable pour la ville d'Antibes. On lui 
adressa une lettre de remerciement. Le ministre permit 
de l'ériger sur la place Royale. 

Comme on ne savait pour qui demander la croix de la 
Légion-d'Honneur, tant de citoyens l'ayant méritée, M. 
de Milleville, chef de la garde nationale, demanda à oe 
qu'on priât le Roi de l'attacher aux cravates du drapeau. 
Ce qui fut encore accordé. 

La duchesse d'Angouléme donna le drapeau et chargea 
la préfète de la représenter à la solennité. 

Le 3 novembre, dimanche, on procéda à la solennité du 
drapeau. 

Le préfet, le sous-préfet, le marquis de Coibert, inspec- 
teur des gardes nationaux du Var, le chevalier de Coiron 
de Saint-Florice, lieutenant du Roi, commandant de la 
place d'Antibes, M. Glanjand, commandant de la garde 
nationale de l'arrondissement de Grasse, l'état-major de 
la place, le colonel de la légion de la Lozère, les officiers 
de la 26® compagnie de vétérans en garnison à Antibes, 
les oiliciers du génie et de l'artillerie, la douane.... M* la 
baronne Siméon, représentant la duchesse d'Angouléme, 
assistaient à cette cérémonie, que le temps contraria dans 
la matinée. Dos salves d'artillerie se firent enlendre pour 
la solennité. Une députation et un détachement de la 
garde nationale se rendirent au devant du préfet et de sa 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 365 

dame, à la porte de France. M. le maire fit un petit com- 
pliment très-gràcieux à madame la baronne. Celle-ci 
répondit que l'honneur que lui avait fait Son Altesse 
Royale marquerait parmi les plus beaux jours de sa vie. 

Le cortège se rendit à l'église paroissiale pour la béné- 
diction du drapeau. M. Geoffroy du Rouret, curé de la 
paroisse, prononça après la messe un beau discours : 
< Messieurs, dit-il entre autres choses, ce drapeau, cette 
récompense distinguée dont notre auguste et légitime 
souverain a daigné honorer votre dévouement à sa per- 
sonne sacrée, doit encore devenir plus précieux à vos 
yeux, quand il aura été sanctifié par notre religieux minis- 
tère avec les saintes cérémonies et les prières de l'Église.» 
Il rappelle l'usurpateur souillant nos côtes de sa présence 
désastreuse ; son infâme étendard remplaçant le bel éten- 
dard sans tache de Henri IV ; Antibes, comme un seul 
homme, jurant de rester fidèle à son Roi. 

< Témoin de votre dévouement, j'ai souvent élevé ma 
voix vers le ciel pour rendre à Dieu de dignes actions de 
grâce.... > Il finit par le cri de : Vive le Roi ! Vivent les 
Bourbons ! que mille voix répètent avec un entrain 
indescriptible. 

Madame Siméon, à laquelle le commandant de la garde 
nationale, M. Glanjand, donnait la main, reçut du maire 
les glands et la cravate qu'elle attacha au drapeau. 

Le maire passa le drapeau au prêtre chargé de le 
tenir pendant que le curé le bénit. Puis M. le curé 
donna l'accolade au maire, et on entonna le Te Deum. 
Cîomme la pluie avait cessé, on se dirigea vers la place 
royale. 

Le commandant délégué de S. A. R. rappela les paroles 
de Henri IV : « Ce signe de ralliement vous trouvera tou- 
jours au sentier de l'honneur, de la fidélité et de la gloire.» 
Il remit le drapeau à M. de Melleville, chef de la cohorte 
antiboise. M. le maire lui donna Taccolade, et le Préfet, 



366 CHAPITRE VI 

a[>r>s «luelques mots émus adressés à la garde nationale, 
excita un si vif enthousiasme que tous, la main levée vers 
le ciel, jurèrent d'être toujours fidèles au Roi, de défendre 
leur drapeau et de le transmettre sans tache à leurs en- 
fants. 

Dans la séance du 28 novembre,M.Tourre rendit compte 
du voyage qu'il avait fait à Paris, en juillet, avec MM. 
Guide et Reibaud,au nom de la commission. Nous avons eu 
le bonheur exc;î;Ui3nnel d'être reçus par le Roi,quoique Sa 
Majesté, à cause de ses occupations, eût refusé la députa- 
tiondeB->r..leaux. Partout nous avons obtenu l'accueil le 
plus aimable et une bienveillance marquée : ministre de 
rintérieur;ducdelaChàtre,5juillet; leRoi,7 juillet. Sa Ma- 
jesté nous a dit, le sourire sur les lèvres : < Je vois avec 
plaisir les dêp^jtés de rna fidèle cille d*Antihes. > De là 
nous fumes présentés à LL. AA.RR. la duchesse d'Angou- 
lême, le duc et la duchesse de Berry. < Impossible de dire 
avec quelle affection ils nous accueillaient, quels éloges 
ils nous ont décernés. S. A. leducd'Angoulème était parti 
pour Grenoble. Nous avons obtenu la reconstruction du 
môle, le chemin extra muros^ le curement du port ; et le 
20 septenilnv le secours inespéré de 90,000 francs d'in- 
demnités sur les onze millions votés. > 

Le conseil ré Ji ire une nouvelle adresse de remercie- 
mentsà Sa Majesté. On s'oci?upe de demander au Roi, 
daris cette même a.lresse, confirmation des armoiries dont 
la ville jouit de temps immémorial. Une ancienne tradi- 
tion rapporte que les tieurs de lys qui ornent Técusson 
furent accoPilées parles Rois à cause d'éminents services 
rendus à l'Etat. Ceux de 1746 et de 1815 donnent l'espoir 
que Sa Majesté leur conservera ces armoiries avec la devise: 
Fidei scrvandœ exemplum. Les bonnes villes ont déplus 
le droit d'avoir à la partie supérieure de Técusson un chef 
pai senu* de tieurs de lys d'or. Ces armoiries seraient d'a- 
zur à la croix d'ar^jent cantonnées de quatre fleurs de lys 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 367 

d'or, en y ajoutant la devise du 20 mars 1815, entourant 
récusson d'une branche de chêne, et le surmontant d'une 
colonne murale avec deux canons et deux drapeaux pour 
support, et enfin le chef parsemé de fleurs de lys d'or, le 
tout porté sur le dessin ci-joint. 

On demande aussi que comme la foire du 12 août avait 
été transférée au 16 par ordonnance du Roi du 5 octobre 
1815, celle du 20 février, à cause de la date du 21 janvier, 
le fût au lundi après le 21 janvier et celle du 13 octobre, 
à cause de la mort de Marie-Antoinette le 16, le pre- 
mier lundi après le 16, et que chacune de ces foires durât 
quatre jours consécutifs. Antibes obtint tout ce qu'elle dé- 
sirait. La colonne commémorative fut érigée en 1819. En 
même temps Louis XVIII exempta la ville des frais de ca- 
sernement et, par lettres du Roi, Paris, 29 novembre, M. 
Tourre fut nommé chevalier de la Légion-d'Honneur dans 
la séance du 6 février ; M. de Barquier lui donna l'ac- 
colade. 

V.— INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Depuis longtemps déjà on se préoccupait de l'instruction 
publique. La révolution en supprimant les ordres reli- 
gieux, soit d'hommes, soit de femmes, avait enlevé les maî- 
tresà la jeunesse: Jésuites, Oratoriens, Augustins, Pères de 
la doctrine; religieuses :Visitandines, Bernardines, Sœurs 
dites de la Coi!1e grise. Sœurs de la Doctrine, Dames de 
Nevers, etautres qui tenaient presque tout l'enseignement. 
Dans les villages et même dans les villes, des ecclésiasti- 
ques se dévouaient à cette œuvre pénible. Il y avait bien 
aussi des maîtres laïques dans les communes, mais ils 
étaient en irès-petit nombre. On préférait les religieux ou 
les ecclésiastiques, parce que célibataires ils étaient moins 
dispendieux; d'ailleurs leur caractère, leurs études, leur 
mission même semblaient les rendre plus aptes à ces obs- 
cures et importantes fonctions. 



368 CHAPITRE VI 

L'Assemblée législative s'occupa pourtant d'or^niser 
l'instruction publique. On commença par diviser Tenseir 
gnement en primaire, secondaire et supérieur. On créa 
d'abord des écoles pour l'enseignement primaire dans 
chaque commune. Mais plusieurs communes telles que 
Nice, Grasse, Sospel, Vence, Antibes avaient perdu leurs 
établissements secondaires. Grasse en 1791 aura bien en- 
core l'abbé Jean Maubert, qui continua de diriger le col- 
lège avec les abbés Fournier et Roquemaure pour régents. 

Le Conseil municipal d'Antibes gémissait en 1791 del'état 
d'ignorance dans lequel croupissait la jeunesse; et il deman- 
dait à l'Assemblée législative qu'elle lui envoyât au moins 
un professeur d'hydrographie pour former des marins. 
Elle ne l'obtiendra qu'en 1793. Le 10 juin arriva le citoyen 
Béguin, professeur d'hydrographie et de mathématiques. 
Le maire et d'autres conseillers iront chez demoiselle 
Testons, où il loge, et après lui avoir donné une compo- 
sition à faire sur les devoirs du maître et l'avoir interrogé 
ils se montreront satisfaits et l'accepteront. Mais ce ne 
sera que pour un temps. La tourmente de 1793 emportera 
le maître d'hydrographie d'Antibes et les prêtres du collège 
de Grasse. Antoine Maubert se fera instituteur libre ou maî- 
tre d'éducation. Le Conseil général de Grasse votera, le 28 
octobre, 1,200 francs pour les écoles primaires de filles et 
3,000 francs pour celles des garçons.On y enseignera la lec- 
ture, l'écriture et l'arithmétique et dans les écoles des gar- 
çons ony ajouterale lati net le dessin. < Lescitoyens,dit-on, 
tireront un plus grand avantage d'uneinstruction gratuite 
qui s'étend à tous et à chacun. > Les petites communes 
suivront l'impulsion donnée. Caille demandera au district 
de Grasse de donner 200 francs à son maître d'école ; Ci- 
pières nommera le sieur Martini de Tourrette régent des 
écoles ; en 1793, elle élèvera ses gages à 250 ù\ Mougins 
demandera aussi un maître d'école au district de Grasse. 
En 1794, le Luc priera le directoire de Grasse de lui en- 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 369 

voyer de bons instituteurs ; et on répondra qu'on a vingt 
instituteurs quand il en faudrait soixante (27 mai). Lors- 
qu'en novembre, la Convention voudra savoir de Grasse 
quelles sont ses ressources littéraires, elle répondra qu'a- 
vant 1789 c'était la seule ville du district où il y eût un 
collège, qu'il n'y en a plus présentement ; qu'on ne pos- 
sède ni cabinet d'histoire naturelle, ni jardin botanique^ 
ni cabinet de physique ou de chimie. Il y a une petite 
bibliothèque nationale des livres du clergé et des monas- 
tères. 

Le 8 juillet, un ordre du gouvernement vint de recueil- 
lir tous les livres, les objets d'art et d'en former des col- 
lections ; de recueillir dans les jardins des émigrés ou des 
biens nationaux les plantes rares et d'en former des jar- 
dins botaniques près des écoles: < Nous n'arriverons à 
éclairer les peuples qu'en établissant partout des institu- 
teurs et des institutrices. C'est le seul moyen de fonder 
une nouvelle génération. > 

Le gouvernement essaie par des fêtes, où il invite maî- 
tres et élèves, d'encourager l'instruction publique. Nous 
avons parlé de quelques-unes de ces fêtes célébrées à Nice 
le 20 décembre 1794. Les maîtres et les élèves avaient une 
place d'honneur dans la fête nationale dite du malheur. 
Le 13 juillet 1795, un nouvel ordre plus pressant encore 
est donné d'ériger partout des écoles primaires. Nice eut 
son école centrale dans l'ancien couvent des Augustins, 
faubourg Saint-Jean-Baptiste (aujourd'hui le Lycée.) Le 
19 brumaire 1796, le conseil municipal de Nice s'occupait 
de l'organisation des écoles primaires et affectait neuf 
locaux pour les neuf classes, cinq pour la ville, trois pour 
la campagne, et le neuvième pour Villefranche : < Depuis 
trop longtemps, dit le procès-verbal, l'instruction publique 
a été négligée. Les ennemis de notre révolution voulant 
détruire le plus sage des gouvernements, ont usé de tous 
les ressorts possibles pour parvenir au but de leurs tra- 

2Ï 



370 CHAPITRE VI 

vaux perfides. > Avec le premier empire , Nice eut un 
Lycée, dont les bâtiments furent achevés en 1810. M. de 
Orestis en fut le premier proviseur. En 1794, les citoyens 
Bidaut, Durand et Timon tiennent les écoles d'Antibes. 
Avec le calme le collège de Grasse se reconstitue aussi. 
M. Raybaud en était le principal en 1815, Antibes ajou- 
tait délibération sur délibération pour en fonder un; mais 
l'argent manquait. 

Le 11 février 1803, le maire Jacques Vautrin parlait 
ainsi : < Le premier besoin pour une ville policée est 
rinstruction publique. Sans elle on croupit éternellement 
dans un état de médiocrité et d'ignorance préjudiciable à 
l'intérêt général comme à l'intérêt particulier. Une com- 
mune telle qu'Antibes située dans une position avanta- 
geuse, destinée à former pour l'État des militaires distin- 
gués et de bons marins doit aspirer à donner à sa jeunesse 
une éducation qui développe de bonne heure les heureuses 
dispositions que la nature lui a accordées. Nous ne devons 
pas nous dissimuler que l'administration n'a encore rien 
fait à cet égard pour répondre à l'attente et aux d^irs 
bien prononcés des pères de famille. Le défaut de res- 
source, il faut Tavouer, nous a empêché de former des 
établissements d'instruction, mais aujourd'hui que par les 
octrois nous nous sommes ouvert une source de revenus, 
il n'y a aucun inconvénient à voter une somme convena- 
ble pour remplir envers nos concitoyens une obligation 
aussi sacrée. Le gouvernement d'ailleurs fait tout pour 
encourager ces établissements. > Il propose donc de voter 
2,600 fr. pour trois professeurs, dont l'un sera directeur, 
aux appointements de 800 fr ; il sera chargé du latin ; un 
autre aura les mathématiques, et le troisième la classe 
élémentaire. Un pensionnat sera annexé à l'établissement 
et l'église Sainte-Claire servira de chapelle. Les externes 
jusqu'à treize ans paieront trois francs par mois, et quatre 
francs au-dessous. On prélèvera sur les 2,600 fr., 200 fr. 



LES DEUX RESTAURATIONS (1814-1815) 371 

pour la distribution des prix, et 600 fr. pour le loyer de 
la maison. 

On établit encore une école primaire, dont la rétribution 
scolaire est de 1 fr. 50 par mois (14 août 1803.) 

Le 11 décembre 1804, le maire propose au Conseil de 
demander au Gouvernement l'érection de l'école publique 
en école secondaire. Il y aurait deux professeurs pour les 
belles-lettres, et un pour les mathématiques. Ce dernier 
serait tenu à faire deux heures de classe par jour pour 
les aspirants de marine. 

Le 22 février 1807, on adressa une pétition au ministre 
de l'instruction publique et de la marine i)Our que l'on ré- 
tablît à Antibes le professeur d'hydrographie supprimé 
depuis 1801. On présente à l'approbation du recteur MM. 
Sébastien Vautrin , prêtre, pour directeur du collège, 
Jean Levens pour professeur de mathématiques, J.Michel 
Guisolplie, prêtre, pour second, professeur de belles-lettres. 

Le 31 octobre, on pétitionne encore. 

11 y a cinq ou six institutrices pour les filles. 

Vence même, qui a tant perdu pour l'instruction, depuis 
la suppression de son évêché, ouvre un collège en 1800 
sous la direction du sieur Cosseaux, officier retraité. En 
1805, l'abbé Belon y ouvre un pensionnat de jeunes gens. 
En 1813, l'abbé Blacasy fonde son petit séminaire, avec 
les abbés Chais etSicard pourprofesseurs.Comme le recteur 
fera opposition, M. Blanc appellera près de lui M. Auba- 
nel de Marseille, qui, au moyen de son diplôme, empêchera 
cette maison de se fermer. Le petit séminaire de Vence 
sera légalement autorisé à la Restauration, et il subsistera 
jusqu'en 1832. 

VI. — TRAVAUX PUBLICS. 

La Révolution a donné à l'État toutes les églises et les 
abbayes. Beaucoup de chapelles et d'églises ont été trans- 
formées en magasins militaires et en ambulances ; les cou- 



372 CHAPITRE VI 

vents en casernes ou en hôpitaux. Après la Révolution, 
plusieurs de ces édifices appartenaient à des particuliers. 
Ceux qui étaient restés à l'État, ou qui avaient été acquis 
par les communes, ont été rendus, les uns au culte, d'au- 
tres ont continué d'être affectés aux divers services de l'ad- 
ministration. Ce qu'il y a eu de regrettable, c'est que quel- 
ques-uns de ces édifices religieux ont été transformés en 
théâtre ou ont servi de granges et d'écuries, comme Saint- 
Dominique de Nice. Avec l'Empire, Nice a commencé quel- 
ques travaux importants, tels que : le Lycée, i'endiguement 
du Paillon, le monument de Catherine Ségurana ( 1803).La 
statue de l'héroïne luttant contre un turc, posait sur une 
belle fontaine, au miUeu du Cours. En 1808, Nice, qui 
n'avait jamais eu d'éclairage public, eut enfin des réver- 
bères. Mais l'œuvre la plus importante du premier Empire 
pour le comté de Nice, ce fut la route de la Corniche ter- 
minée en 1806. 

• 

Ici finit Vhistoire proprement dite de la Révolution 
dans les Alpes- Maritimes. Puissions-nous profiter des 
leçons de l'expérience ! Marchons dans le progrès ; ne nous 
lassons pas d'améliorer, mais que les mots sacrés de fa- 
mille, de religion et de patrie ne soient jamais séparés; 
que la liberté ne dégénère pas en licence ; que les principes 
éternels d'ordre, d'autorité, de morale soient la base de 
nos constitutions, que l'on n'étouflfe jamais dans le sang 
la voix et la vie de ceux qui ne pensent pas comme nous. 
Ne revenons pas aux tristes essais de quatre-vingt-treize. 
C'est pourquoi vivons d'amour, jamais de haine. 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE i8i6 à 1878. 



1816. — 2 mars. L'empereur d'Autriche envoie à la sœur 

Agnès, supérieure de l'hôpital de Grasse, cent 
ducats d'or en récompense des soins donnés 
aux malades autrichiens. 

1817.— Nice conserve le port- franc. 

— 4 avril. Mort de Masséna à Paris. Le général 

Reille obtint du Gouvernement qu'on lui ren- 
dît son bâton de maréchal et qu'on le mît sur 
son cercueil. Le général Thibault prononça 
son oraison funèbre; le colonel Beaufort 
d'Hautpoul célébra ses exploits. Son tombeau 
est au Père-Lachaise. De ses trois enfants, un 
est mort à l'armée, le second est aujourd'hui 
le duc de Rivoli ; la demoiselle a épousé le gé- 
néral Reille d'Antibes. 

— Le théologien, J.-B. Sola, futur évêque de Nice, 

dirige comme censeur le collège de Nice. 
1818. — 24 février. Tremblement de terre. 

— Une épidémie désole la vallée de Lantosque. 

Belvédère fait un vœu à Notre-Dame-des- 
Fenètres. 



37i FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1818. — On rouvre le petit séminaire de Grasse. 

— Meurt à Paris le dessinateur Aubrv, niçois. 

1819. — Le Roi exempte Antibes, pour son dévouement, 

de tous frais de casernement et de logement 
de troupes. (Tuileries, 21 avril). 

— Charles-Emmanuel, ex-roi de Piémont, meurt. 

Nice lui fait un service funèbre. M^"^ Colonna 
officie et Dom Sapia, professeur de rhétorique 
au collège, prononce l'oraison funèbre. 
1820.— 6 février. M. Tourre, maire d'Antibes reçoit la 

croix de la Légion-d'Honneur. 

— 30 mai. Le roi Victor-Emmanuel approuve 

V établi sseme7it des Cessolines fondé eu 1812 
par le saint prêtre Eugène de Cessole, dans 
l'ancien couvent des Visitandines (aujourd'hui 
hospice de la Providence). 

— 5 novembre. L'archevêque d'Aix fait sa visite 

pastorale à Grasse. 11 y bénit le 7 novembre la 
première pierre de l'église des Visitindines. 
1821 . — Les Jésuites prennent la direction du collège de 

Nice. 

— Pendant les troubles de Turin, Victor-Emma- 

nuel se réfugie à Nice avec sa famille et loge 
dans la maison Nieubourg (rueSaint-François- 
de-Paule, en face l'église). 11 y arrive le 19 
mars et part le 29 mai. On le fête. Le comte de 
Cessole, Dom Sapia, Rancher, Dahray, Du- 
rante, Andrioli composent des odes, des sona- 
tes, des cantates. 

— Les villes de la rive droite du Var envoient des 

députations au baptême du duc de Bordeaux. 

1822. — L'ancien château de Nice est transformé en pro- 
menade publique. On restaure l'ancien Palais 
de l'intendance pour le Palais royal (Archi- 
tecte Escoffier). 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 375 

1822. — 9 janvier. Pie VII envoie son portrait à la ville 

de Nice. 

— Meurt à Grasse, W^ Gérard, peintre de mérite, 

parente et élève de Fragonard. 

— Claude Gimelle crée la marquetterie niçoise. 

— Nice compte 25,925 habitants. 

1823. — A Nice, lepoëte Rancher -fait paraître sa Ne-- 

mdida. 

— A Paris meurt l'historien Papon, né à Puget- 

Théniers, ex-oratorien de Marseille. 

— 3 juillet. On apporte à Grasse le corps du dernier 

évêque de Grasse, M*' de Prunières, et on l'en- 
sevelit en grande solennité à la cathédrale. 

— Le neveu de M. d'Aguillon prie la commune 

d'Antibes de rétablir Tinscription de la fontaine 
détruite en 1793. 

1824. — Le sieur Autric ouvre à Antibes une école secon- 
daire de latinité. 

— Mission à Antibes. 

— 17 février. Service funèbre à Sainte-Réparate 

de Nice par M^*" Colonna pour le roi décédé. La 
grande duchesse de Saxe-Cobourg, alors à 
Nice pour la saison d'hiver, y assiste avec sa 
suite. L'avocat Fornari prononce l'oraison 
funèbre. 

— L'intendant Crotti transforme les anciens rem- 

parts en quais depuis la descente Crotti jusqu'à 
la place Victor. 

1825. — On inaugure à Nice, sur la place du Collège, la 

belle fontaine des Tritons apportée de Grèce 
par les Lascaris. 

— Construction du Pont-Neuf. 

1826. — 22 février. Meurt l'évèque deNamur, M^'Pisani 

de la Gaude, ex-évêque de Vence, âgé de 83 
ans. C'était un saint et savant évêque. Le 14 






376 FASTES CHRONOLOGIQUES BE 1816 A 1878 

1826. mars, M*'' de Rîchery, évêque de Frëjus, 

viendra à Vence célébrer le service funèbre. 

. — Grande mission à Nice à Toccasion du Jubilé 
de Léon XII. Il y a trois prédicateurs italiens. 

— Charles -Félix vient visiter la ville de Nice, avec 

la reine Marie-Christine. On le fête, on le 
chante. Ce sont les poètes : Horace de Cessole, 
l'avocat Fornari, Roland Borra, Tavocat Novi, 
Emile Cacciardi, baron deBerre, Joseph Gior- 
dano, Dabray, Durante, l'avocat Barralis, le 
chanoine Rusca, Martin Saytor. Les israélites 
lui érigent un monument à l'entrée du Pont- 
Neuf ; et le conseil municipal, la porte qui est 
sur la place de la Poissonnerie au bout du 
Cours. La famille royale va au sanctuaire de 
Laghet. 

1827 . — * Belle mission à Vence pour le Jubilé deLéonXIl. 

— A Grasse, M. Pérolle, dote l'hospice de trois 

tableaux de Rubens. 

— 26 octobre. Ou verture à Nice du théâtre recons- 

truit. On joue l'opéra II Barons de Felseint. 

1828. — Incursion sur le territoire de Carras de corsaires 

algériens. 

— 4 novembre. On inaugure à Nice, sur le port 

la statue de Charles-Félix, jour de sa fête. 

1829. — Construction de la Place-d'Armes à Nice. 

— Le roi passe l'hiver à Nice avec tout^ sa cour. 11 

n'en partira que le 11 mars 1830. Il donne 
30,000 fr. pour la construction de l'Église du 
Port. 

— Mort du peintre niçois Pacho. 

1830. — Meurt à Nice le saint et charitable curé de la 

cathédrale, chanoine Maurice Donaudi. 
~ Grasse écrit à Paris au moment de la révolution 
de 1830, que la plus grande tranquillité a ré- 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 k 1878 377 

1830 . gné constamment dans tout Tarrondissement, 

Le conseil municipal dit, que cet événement 
est un heureux changement pour la France. 

— A Nice, on consigne les troupes dans les ca- 

sernes. Il y aura un petit mouvement à Nice 
le 13 novembre. On arbore pendant la nuit un 
drapeau tricolore au Château. L'auto.rité l'en- 
voie retirer de grand matin. C'était le parti 
constitutionnel qui* s'agitait dans les Etats- 
Sardes, pour avoir un roi constitutionnel 
comme en France. 

— Le commandant du port, le sieur Lunel, répare 

le port et les quais. 

— Meurt à Grasse pieusement le baron Maximin 

Isnard. 
1831. — y*^mar5. Troubles à Cannes, le jour de la fête 

du roi. 

— M. le docteur Rostan (Jean-Baptiste-Bernard), 

est nommé maire à Antibes. Il gardera la 
mairie trente-quatre ans. 

— Mort du roi Charles-Félix. Service funèbre à 

Sainte -Réparate. Dom Sapia fait l'oraison 
funèbre. 

— Mort du comte de Revel. Mort à Nice du poète 

Dabrav, ancien conventionnel. 
1832. — 25 avril, he conseil municipal de Nice fait le 

vœu d'ériger une église à Notre-Dame, si 
Dieu préserve la ville du choléra. Il vote 
40,000 francs. 

— P^ jiim. Meurt à Paris du choléra, le conven- 

tionnel Dominique Blanqui. 

— Le supérieur du petit séminaire de Vence, et un 

de ses professeurs, l'abbé Molinar, se noient 
au Pont-du^Loup en voulant sauver un de 
leurs élèves. 



378 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1832. — Une ligue se forme à Nice contre le vénérable 

évèque Colonna. On le dénonce au comte de 
TEscarène, alors ministre de l'intérieur, 
comme incapable. Forcé de donner sa démis- 
sion, il fait ses adieux à sa chère ville de Nice 
(17 octobre) et se retire à Rome où il mourra 
au couvent de Sainte-Sabine, le 2 mai 1835, à 
l'âge de 77 ans. 

1833. — M^*" Dominique Galvano, savoîsien, arrive pren- 

dre possession de son évéché de Nice, le 6 jan- 
vier. 11 était monté sur une mule blanche. 

— Grande mission à Vence. Elle finit le 12 mai. 

1834 . — Mort à Paris du dernier marquis de Vence, Clé- 

ment -Louis -Hélion de Villeneuve, pair de 
France et maréchal-de-camp. 

— Lord Brougham vient habiter Cannes pendant 

rhiver et y bâtir la villa Éléonore-Louise. Cette 
ville ne comptait alors que 3,000 habitants. 

— La veuve de Charles-Félix passe l'hiver à Nice 

dans la maison du comte Saissi à la Croix-de- 
Marbre. 

1835. — 22 j 21171. Troubles à Saint-Paul au cri de Vive 

Charles X. 

— On construit à Antîbes la grande caserne. 

— Le choléra fait à Nice deux cent trente-une vic- 

times. (Septembre). 

— Meurt à Strasbourg le docteur Fodéré, savant 

chimiste, qui avait laissé un nom cher à Nice 
comme professeur de l'Ecole centrale et du pre- 
mier Lycée. 
1830. — Le roi Charles-Albert visite Nice en avril. 

— J5 août. Le nouvel évêque de Fréjus, M^"^ Mi- 

chel , officie à Vence. 
1837. — Pluies torrentielles. 
1838. — Chateaubriand visite Nice et Cannes. 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 379 

1838. — Meurt à Turin le marquis Louis-Ange Lascaris, 

fils du comte Joseph. 

— Ouverture à Nice du Cercle philharmonique. 

1839. — Meurt à Turin le poète niçois, Andrioli. 

— 20 août. Grande inondation par la crue subite 

du Var, de la Siagne el du Paillon. 

— Construction du petit séminaire de Nice au La- 

zaret. 

1 840 . — 29 janvier. Meurt à Paris,le général comte Luce 

de Gaspari, grassois. 

— 27 mai. Meurt à Nice, le violoniste Paganini, 

dont le corps restera au Lazaret de Ville- 
frnnche jusqu'en 1844. 
1841 . — MeurtàNice,Jose{;hDabray,rex-conveniionnel. 

— Meurt k Palerme, le général Michaud, comte de 

Beauretour, niçois. 

— Le général Grimaldi, marquis de Gagnes, réclame 

Monaco. 

» 

L'Etat donne à l'hospice de Grasse un beau tableau 
de Gué, le Jugement dernier. 
1842 . — La veuve de Charles-Félix*Marie-Christine,passe 

l'hiver à Nice. 

— y®»" avril. Érection du collège communal d'An- 

tihes. 
1843. — Meurt à Puget-Théniers, le savant curé Corpo- 

randi (Ange), ex-oratorien. 

— Meurt à Rome, le savant bibliophile Féa, niçois. 

— Mission à Vence. L'évêque de Fréjus assiste à la 

clôture, donne la communion à mille cinq 
cents personnes et bénit la croix de la place 
Saint-Michel. 

9 

1844 . — Etablissement à Nice de la Société de Saint-Vin- 

cent-de-Paul. 
1845. — 5 avril. Meurt à Grasse, le général Gazan^ comte 

de la Peyrière et pair de France. 



880 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1545.— Meurent à Nice, le naturaliste Risse et le comte 

de Cessole, président du Sénat. 
1846. — Le nouvel évêque de Fréjus, M*^Vicart, visite 

l'arrondissement de Grasse. 

— Fondation à Nice du musée d'histoire naturelle, 

acquis de M. J. Vérani. 

— Mort du major-général Joseph Félix, baron 

d'Auvare. 
1847. — Fondation à Nice, d'une Société d'agriculture, 

dite de la Vésubie (3 août). 

— Nice accueille avec enthousiasme les réformes 

données par Charles-Albert. Une grande fête se 
célèbre le 4 novembre jour de la fête du Roi. Il 
y a un dîner de trois cent soixante couverts, où 
l'on entend lés discours de MM. Barralis, doven 
des avocats, Philippe Morro, Clément Béri, P. 
Navello, M. Guigoni, A. Clérissi, M. Déforesta, 
Malausséna , Deydéri , comte Giletta. César 
Fighiera a composé une pièce de circonstance 
et M"® Sassernô, une belle cantate. Le gou- 
verneur, M. deMaîstre, assiste au toast. Nom- 
mons encore les poètes Gonzague Arson, F. 
Blancardi, Louis Arène, M"® Sauteiron, Tavo- 
catLantéri, Giordano, Bernouilly, Tingf^nieur 
Degliotti. Le 14, on chante un Te Demn à la 
cathédrale. 

— Meurent à Nice, le comte de Orestis ; — le che- 

valier Paul Barberis, fondateur de l'École 
gratuite de dessin. 

1848. — 6 février. On murmure contre le gouverneur, 

M. de Maîstre, à la sortie de l'église Saint- 
Francois-de-Panle. Le 10 février, M. de Maïs- 
tre fait proclamer la Constitution qu'on 
accueille aux cris de: Vive le Roi! Vive la 
Constitution ! Vive Pie IX ! Vive l'ItaUe ! Le 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 381 

1848. soir, il y a illumination ; le lendemain Te 

Deum à la cathédrale. On va arborer le dra- 
peau tricolore au Pont du Var. Tout le comté 
de Nice accueille avec enthousiasme le Sbitut. 
Le curé de Sigale se met à la tète de la popu- 
lation et prend le drapeau. Saint-Etienne, fête 
trois jours consécutifs. Le 19 février, M. de 
Maîstre quitte Nice, remplacé par le comte de 
Sonnaz. 

— 24 février. Révolution à Paris qui renverse le 

trône de Louis-Philippe. 

— Nice se met sur la défensive. Le parti avancé 

insulte le consul d'Autriche. Le 5 mars, on 
chasse les Jésuites du collège, par ordre de 
Turin. La guerre était en même temps décla- 
rée à rAutriche, Le 23 mars, à la nouvelle de 
la prise de Milan, tout Nice se réjouit. Le 4 
mai, cinquante voitures et une belle cavalcade 
escortent les quatre députés du comté de Nice 
qui partent pour Turin. Un char de musiciens 
les précède. Le 4 juin, pendant la nuit, on va 
saccager l'évèché. Le 13 juin, la populace 
menace le bureau de VÉcho des Alpes-Ma- 
ritimes. Le 20 juin, on fait une ovation à 
Garibaldi , qui arrive de Montevideo ; le 27 
août on bénit solennellement les drapeaux 
de la garde-nationale, 

— M. Garnier est appelé comme directeur du col- 

lège de Commerce. 

— Cependant la France était en pleine révolution ; 

mais Tarrondissement de Grasse s^était montré 
aussi calme à la chute de Louis-Philippe qu'à 
celle de Charles X. Aux journées de juin, périt 
assassiné le général Bréa, mentonnais. Blan- 
qui Auguste est parmi les insurgés. 



3SÎ FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

184S. — Menton avait eu sa révolution. Le 20 mars, 

Menton et Roquebrune se déclarèrent indé- 
pendantes soas le patronnage de la Savoie. 
Monaco resta ferme. 

1S49 . — 30 janvier. Petite émeute du collège de Nice 

contre le censeur. 

— i4 mars. Charles-Albert reprend les armes. 

Vaincu à Novare, il abdique, arrive à Laghet 
le 25 mars, et y dépose son épée, passe à Nice 
incognito, couche à Antibes et se rend de là 
en Espagne. 

— Le choléra enlève à Paris le 12 juillet 1849 le 

général Gazan, antilK)is, directeur général du 
personnel de la guerre. Meurt à Turin le 
comte Ravnaud de Falicon. 

— d2 octobre. Service à Sainte-Réparate pour 

Charles-All)ert. L'avocat Piccon prononce 
Toraison funèbre. 

1850. — Fondation à Nice des salles d'asile. 

— JJ août. Emeute à Nice contre l'intendant, le 

comte Radicati, de ce qu'il remet en vigueur 
la loi de la fermeture des cabarets, le dimnn- 
che, pendant les offices. On crie au Jésuitisme. 
V Avenir de Xice excite la population: 
€ Allons, peuple de Nice, de par M. l'inten- 
dant, tu iras à la messe le dimanche de 10 
heures à midi, et à vêpres, le soir, de deux 
heures à quatre heures. > 

— 10 novembre. Mort à Paris du peintre Frago- 

nard Evariste, fils d'Honoré, grassois. 

1851 . — 4 mars. Fête du Statut à Nice. 

— 21 avril. Courses à l'hippodrome du Var. 

— 13 mai. Nice demande la conservation du port- 

franc. Il n'en sera pas moins supprimé (20 
juillet.) 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 383 

1851. — Meurt à Guillaunies, Tavocat Lions, homme de 

bien, fils du docteur Lions, bon médecin. 

— 1^^ octobre. Ouverture à Vence d'un collège 

ecclésiastique, où beaucoup d'enfants des 
meilleures familles de Nice vont chercher 
l'instruction. 

— 2 décembre. M. Mougins de Roquefort (Camille) 

est élu maire de Grasse. 
1852. — Inauguration à Nice de la société de secours 

mutuels (2 mai.) 

— 15 août. Troisième centenaire de la délivrance 

de Nice. Inauguration de la nouvelle église de 
Notre-Dame du Vœu par M^*" Galvano. 

— Meurent à Nice, Thistorien baron Durante, et 

le comte Agapite de Roubion. 

— Coup d'État. Troubles du Var. On procède à 

Vence à un certain nombre d'arrestations. 

1853. — i®»" aoùi. Translation du corps de M^' Colonna 

à la cathédrale. L'évêque Galvano prononce 
lui-même l'oraison funèbre devant un con- 
cours immense. 

— Mort à Rome du peintre Castel, niçois. 

1854. — Secousse de tremblement de terre, 9 février, à 

quatre heures du matin. 

— Mort à Paris de l'économiste Blanqui Adolphe, 

niçois. 

— 23 avril. Inauguration à Nice de l'éclairage 

au gaz. 

— Juillet. Le choléra sévit à Nice. Il y aura 430 

décès du 20 juillet au 3 septembre. Le quar- 
tier du Malonat élève une statue à la Sainte- 
Vierge, le 8 septembre, pour avoir été pré- 
servé du fléau. 

— 29 décembre. Tremblement de terre à une 
heure du matin et à trois heures. 



384 FASTES CHRONOLOOIQUES DE 1816 A 1878 

1854. — Meyerbeer, à Nice, compose plusieurs scènes de 
V Africaine. 

1855.— 2 janvier. Secousse de tremblement déterre. 

— 20 janvier^ terrible coup de vent sur la mer. 

— Février. Dragons et demi-batterie d'artillerie 

venant de Rome en France par Nice. 

— Le choléra enlève à Toulon le général Guilla- 

bert, antibois. 

— 26 mai. Meurt à Antibes , le général baron 

Vial Jacques, antibois. 

— i7 août. Meurt à Bibbiano, M" Galvano, évê- 

que de Nice. 

— Le même jour, vers le soir, mouvement insur- 

rectionnel dans le Var. Les réfugiés français à 
Nice doivent se réunir à la Gaude aux insur- 
gés. La troupe de Nice et la gendarmerie du 
Var accourent sur le Var. 

— Meurent à Nice, le poète Dabray,flls du conven- 

tionnel et l'architecte-ingénieur Gardon. 
1856.— Ouverture à Nice, du théâtre Tiranty, aujour- 
d'hui Théâtre Français, 27 septembre. 

— Mort à Grasse, du comte de l'Escarène. 11 laisse 

sa bibliothèque au collège de Nice. 

— 26 octobre. Arrivée à Nice de l'empereur de 

Russie. La ville illumine le soir. 

— i6 novembre. Arrivée à Nice de la grande du- 

chesse Hclène. 
18 j7. — Le nouvel évoque de Fréjus visite Tarrondisse- 

meut de Grasse. 

— 12 janvier. Le grand duc Michel à Nice. Le22, 

Victor-Emmanuel vient rendre visite à l'im- 
pératrice. Le roi reste jusqu'au 7 févi ier. 

— 2 mars. Arrivée du grand duc Constantin. Le 1*' 

avril, Victor-Emmanuel revient à Nice. 

— Le prince Charles de Prusse est à Nice. Le 21 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 385 

1857. avril, l'impératrice quitte Nice. La grande 

duchesse Hélène y reste jusqu'au !•" juillet. 

— 10 septembre. Les fils de Victor-Emmanuel 

viennent visiter Nice.Ilsserendent à Canneset 
aux îles de Lcrins, le 15 septembre. — Mouve- 
ment socialiste dans le Var, et même à Vence. 

— 19 octobre. Grandes pluies. Le Var et le Paillon 

débordent. — Construction de Thospice de la 
Charité. 

— 21 décembre. W Sola (Jean-Pierre), curé de 

Vigon, est nommé évêque de Nice. 
1858. — 5 janvier. W Sola est sacré à Rome dans l'é- 
glise des SS. Apôtres, arrive à Laghet, le 23 
avril , et fait son entrée à Nice, le dimanche,25. 

— La grande duchesse à Nice. Elle se rend k Vence, 

le 15 juillet. 

— 25 novembre. Arrive à Nice le roi de Wur- 

temberg ; le 6 décembre, c'est le grand duc 
Constantin et sa femme la grande duchesse 
Alexandra. Ouverture de l'église russe , le 1 1 
décembre. 

— 30 novembre. Le prince Napoléon vient visiter 

à Nice le roi de Wurtemberg. 

— Meurt au Cannet la tragédienne Rachel, 3 janvier. 
1859. — Ouverture à Nice du cercle Masséna. 

— \0 janvier. Guerre contre l'Autriche. La garde 

impériale passe à Nice, du 14 mai au 22, au 
milieu de lallégresse générale. 

— 9 février. M" Jordany achète Lérins, et, accom- 

pagné de l'archevêque d'Aix, célèbre la messe 
dans l'île Saint-Honorat. 

— Meurent à Cannes, le célèbre publiciste M. de To- 

queville ; à Antibes, M. Guide ; à Paris, la 
marquise de Vence ; à Nice, Ali-Pacha et la 
grande duchesse de Bade. Meurent encore le 

25 



386 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1860. Yice-amiral Albini,et le cardinal Dupont^toiu 

deux nés à Villefranche. Inauguration des ré- 
gates de Cannes (2b avril ) . 

— 22 mars. La Convention de Turin cède Nice et la 

Savoie à laFrance.Le 15avril,lapopuIatioDdu 
comté de Nice accepte Tannexion à runanimité 
des suffrages. 8,458 voix, contre 205. Le comté 
donne25,773 voix. Le 14juin,radministration 
française entre en fonction. Le 16, on fête 
l'annexion. M. Paul d'Y vois est le premier 
préfet. M. Chevriaux est le premier proviseur 
du Lycée, avec M. Zévort pour économe. 

— D'avril à la fin de juin, les troupes reviennent 

d'Italie par Nice. 

— 12 septembre. L'empereur Napoléon et l'impé- 

ratrice viennent visiter Nice. 

— L'évèque de Fréjus veut transférer Ift Petit Sé- 

minaire de Grasse à Vence. Le ministre vmet 
opposition. Il n'y aura, cette année, de Petit 
Séminaire, ni à Grasse ni à Vence. L'année 
suivante, le Petit Séminaire sera réouvert à 
Grasse. 

— Meurt à Nice, M""Sassernô, poëte distinguée. 

Meurt à Paris, 26 février, le maréchal Reille, 
dans sa 85* année. 

— La grande duchesse passe l'hiver à Cannes. 

— Fondation à Nice de la Société d'horticulture et 

d'Agriculture. 
1861.— Fondation à Nice de la Société des lettres, 

sciences et arts. 

— Établissement à Nies des Petites-Sœurs des pau- 

vres. 

— M. Gavini de Campille est nommé préfet des 

Alpes-Maritimes. 

— Le prince de Monaco cède à la France ses droits 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 387 

1861 . sur Menton et Roquebrune pour quatre mil- 

lions de Irancs, 2 février. Monaco est sous le 
protectorat de la France . 

— Meurt à Grasse, le comte Albert-Robert d'Escra- 

gnôles, le dernier de cette famille ; il avait été 
chef au ministère de la marine. 

— 1 ,700 familes étrangères passent la saison d'hi- 

ver à Nice. 
1862. — Ouverture du Casino de Monaco. Ouverture du 

chemin de fer de Marseille à Gagnes. 

— Mort à Gannes du duc des Cars. 

1863. — Ouverture des cours publics à Nice par MM. 

Frédéric Passy, Giraud, Bazin et Lévistal. 

— En bâtissant la batterie de Beaulieu, on trouve 

plus de cinq cents squelettes, lacrymatoires, 
vases, urnes, monnaies romaines. 

— Mort à Nice du chimiste J. Vérani, professeur 

au Lycée ; à Grasse, de l'historiographe Séné- 
quier. 

— Cannes s'éclaire au gaz. 

1864. — Ouverture â Cannes du Cercle Nautique et du 

Grand-Hôtel. 

— Meurent à Nice, le charitable ch. de Cessole, 

le naturaliste Vérani, frère de J. Vérani, le 
naturaliste prince de Salm-Dick et le célèbre 
musicien llalévy. 

— Fondation de THospice des aliénés à Saint-Pons. 
1865. — Mort à Nice du Grand duc Héritier. — L'empe- 
reur et rimpératrice de Russie sont à Nice. 

— L'empereur Napoléon vient visiter Tempereur 

de Russie. 

— Établissement à Nice d'une succursale de la 

Banque. 

— Le prince et la princesse Napoléon passent l'hi- 

ver à Cannes. 



388 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1865. — M. Martelly succède à M. Mougins de Roquefort 

comme maire de Grasse. 

1866.— Mort à Nice du violoniste Hemz. — AP'Sola 

reçoit son abjuration, et le baptise à son lit de 
mort. (Maison Nieubourg, aujourd'hui d'E- 
tienne et Carlin). 

— Construction à Nice du quai Massëna. 

— 19 mai. Secousse de tremblement déterre, neuf 

heures et demie du matin. 

— Formation à Antibes de la légion papale. 
1867. — 14 janvier. Mort à Cannes de Victor Cousin. 

— Mort à Menton du général Partouneaux ; à Nice, 

du comte de Villeneuve-Beauregard, ancien 
chevalier de Malte (85 ans). 

— Les israélites de Nice font schisme. 

1868. — Fondation à Cannes d'une Société des lettres, 

sciences et arts. 

— Fête à Cannes, le 16 août, pour Tinauguration 

du canal de la Siagne. 

— Mort à Nice du Roi de Bavière, de l'architecte 

Boyer. 

— 7 mai. Mort à Cannes de lord Brougham, âgé de 

86 ans ; du général Yusuff. 

— Fondation à Nice des fourneaux économiques. 

— Inauguration du nouvel Hôtel -de-Ville de Nice. 

— Le prince de Prusse, Frédéric Guillaumes, passe 

l'hiver à Cannes. 
1309. — Mort à Nice du prince Stirbey ; de M. Giraud, 

professeur d'histoire au Lycée. 

— 15 août. On inaugure à Nice la statue de Mas- 

son a. 

— Les Petites Sœurs des pauvres s'installent à Can- 

nes. — Construction à Cannes de l'église No- 
tre-Dame. 

— Inauguration du nouvel Hippodrome du Var. 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 389 

1870.— Mort à Nice de M. Carlone, qui fait la ville de 

Nice son héritière. 

— Statue de lord Brougham inaugurée à Cannes. 

— 7 aoiit. Vive émotion à Nice et à Cannes à la 

nouvelle de nos désastres militaires. 

— 4 septembre. Proclamation de la République 

dans nos Alpes-Maritimes. 15 septembre , 
Emeute à Cannes. On emprisonne le maire 
(15 septembre). 

— Engagements volontaires pour l'armée d'expé- 

dition à Nice, à Cannes, à Grasse et à Antibes. 

1871 . — Les préfets se succèdent à Nice. — Ouverture du 

chemin de fer de Cannes à Grasse. 

— Le duc de Parme et le duc de Montpensier pas- 

sent l'hiver à Cannes. 

— 30 avril. Cannes réélit M. Méro pour maire. — 

M. Reibaud Félix est nommé maire à Antibes 
et M. Roubaud à Grasse. 

1872 . — Catastrophe du pont de la Brague.— Éboulement 

du Château à Nice. 

— Construction du Casino de Nice. 

— L'empereur du Brésil et sa femme visitent Nice 

et Cannes. 

— M. Roubaud est nommé maire à Grasse. 

— M" de Fréjus installe à l'abbaye de Lérins les 

PP. Cisterciens avec leur abbé R. P. Marie- 
Bernard, crossé-niitré. 

1873. — d2 janvier. Éboulement de Saorge. 

— 25 février. Magnifique carnaval de Nice. — 26 

février, mariage du comte de Bardi à Cannes. 

— L'archiduc d'Autriche réside à Cannes, ainsi que 

le maestro Offenbach. 

— 26 décembre. Bazaine est enferméau fort Sainte- 

Marguerite. 11 arrive à Antibes à 1 1 heures du 
soir. 



390 FASnnSS CHRONOI/»IQUES DE iS16 A 1878 

1874.— Mariage à Nice de ^i*** de Villeneuve, fille du 

préfet de Nice, avec le comte de Maîstre. Mon- 
seigneur bénit le mariage à la cathédrale. 

— 9 août. Évasion de Bazaine. 

— Meurent à Nice les grands vicaires, de Bottini et 

le R. P. Lavigne, fondateur de la belle église 
Notre-Dame et orateur distingué. 

— Meurt encore à Nice le marquis de Constantin. 

— Actiuisition de Laghet par le Chapitre de Nice. 
1875. — 8 juillet. Meurt à Cannes M'' Jancard, qui était 

né à Cannes en 1799. 

— Mort à Grasse de M"^ la marquise de Villeneuve- 

Bai^emon. 

— Mort à Nice de M. le marquis de Châteauneuf, 

tant aimé des pauvres ; de la comtesse Suares- 
d'Aulan ; du comte de Barréme. 

— 5 avril. Incendie de l'hôpital Saint-Pons. — Si- 

nistre en vue de Cannes du navire la Nor- 
mandie. 

— Bénédiction des églises des PP. Africains à Nice ; 

deSaint-Pierre-d'Arène, restaurée ; de Saint- 
Antoine de Ginestière ; des cloches de Téglise 
du Vœu. 

— Souscription pour les inondés de la Garonne. Le 

Lycée donne à lui seul 1 ,755 francs. 

— Construction à Cannes du boulevard dit de Can- 

nes-Eden. 

— La société de musique de Cannes gagne à Rouen 

le l*' prix au centenaire de Boeldieu. Elle joue 
aux Tuileries en passant à Paris. 

— La Reine de Hollande passe l'hiver à Cannes. 

— Création à Nice d'un asile pour les prêtres ma- 

lades. 
1876. — Restauration du château de Cagnes et des fres- 
ques de Carlone. 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 391 

1876. — M*" Terris, nouvel évêque de Fréjus, visite Tar- 

rondissement de Grasse. 

— Mort à Cannes de Tamiral Pakenham et du che- 

valier de Saint-Chéron. 

— Le comte et la comtesse de Paris viennent à 

Cannes. 
1877.— Mort à Nice de l'avocat Féraud, Thomme des 

bonnes œuvres ; de Xavier de Villeneuve, 
fils du marquis de Villeneuve-Bargemon ; du 
célèbre Tamburini. 

— Mort à Cannes de M. l'avocat Macé, l'homme 

des bonnes œuvres. 

— Fondation à Nice de la Société des Lettres, dite 

Niçoise. 

— 21 août. Erection à Grasse de la statue du 

peintre Fragonard. 

— M"" SoladeNice donne la démission de son siège 

épiscopal à cause de son âge avancé. 11 est 
nommé chanoine du l®' ordre de Saint-Denis. 
Le 28 décembre, on préconise à Rome M*' 
Balaïn, évêque de Nice. 
1878. — 6 janvier. La liste du comité républicain l'em- 
porte à Nice et dans toutle département, Vence 
et Antibes exceptés. M. Martelli est nommé 
maire de Grasse, avec M. Gazan, petit-fils du 
général, et M. Roure, pour adjoints. 

— 7 janvier. Mort du fils de M. le comte de 

Béthune, le dernier descendant de Sully. 

— iO janvier. Congrès archéologique de France 

à Nice. 

— i6 janvier. Service à Sainte-Réparate pour le 

roi Victor-Emmanuel mort le 9 janvier. 

— 20 janvier. Courses du Var. Le général Chan- 

garnier, revenant de Rome, y assiste. 

— 7 février. Nouvelle à Nice de la mort de Pie IX. 



392 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

1878. — 25 février. Sacreà Fréjus du nouvel évêquede 

Nice ; 26 février, belle entrée de M*'' Balain à 
Nice. Toute les autorités raccompagnent à la 
cathédrale,où il litson magnifique mandement. 

— Splendide carnaval (du 2 au 5 mars.) Grande 

affluence d'étrangers. 

— Pendant le carême, la foule se iK)rte à Notre- 

Dame pour y entendre les deux frères Lémann, 
juifs convertis. 

— M. Borriglione est nommé maire à Nice et M. 

Gazan, notaire, maire à Antibes. 



TRAVAUX PUBLICS DE 1816 A 1878. 

La rive droite du Var commence à être sillonnée de 
routes nouvelles carrossables. Où jamais Ton n'avait va 
de voiture, maintenant on pénètre par des rampes d'un 
accès facile. Cannes obtient son môle tant désiré (1838). 
Les villas s y construisent en grand nombre depuis que 
lord Brougham a donné l'élan (1834). 

Nice s'agrandit et s'embellit. Elle s'étend d'abord du 
côté de la Croix-de-Marbre. En 1822, des Anglais, en sta- 
tion d*hiver à Nice, commencent à établir la promenade 
le long de la mer, ou de la baie des Anges. L'architecte 
Escotiîer restaure le palais royal. On construit la prome- 
nade du Château. L'intendant Crotti obtient des secours du 
gouvernement pour la construction du Pont-Neuf. 1825, 
des quais depuis le Pont-Neuf jusqu'à la place Victor, et 
pour la Place-d'Armes.Du vœu du 25 avril 1832, sortira l'é- 
gliseN.-D.du Vœu. L'église duPortdatede 1852. En 1840, 
on commence Tendiguement du Var. En 1846 se construii 
le petit séminaire ; 1848, c'est l'hospice de la Croix ; 1852, 
on commence le Jardin-Public ; 1857, la manufacture des 
tabacs, Thospice de la Charité, l'église Russe ; 1858, la 
place Charles-Albert.riiôpital Saint-Roch; des ruess'élè- 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 393 

vent comme par enchantement : rue Cassini, rue Ségu- 
rana, rue et place Masséna, etc., etc. 

A Villefranche, on construit la jetée du port. 

A partir de 1860, des routes s'ouvrent dans toutes les 
directions de la campagne de Nice et du département. Nice 
aura enfin le chemin de fer, et Grasse son embranche- 
ment. Quelles belles rues ouvertes à Nice, sur la rive 
droite du Paillon, dans le quartier Longchamp, que de 
boulevards et d'avenues : Avenue du chemin de fer, ave- 
nue Longchamp,avenue Beauheu, boulevard Dubouchage, 
quai Masséna, quai Saint-Jean-Baptiste, quai des Pal- 
miers, promenade des Anglais, boulevard de l'nnpératrice 
de Russie, Jardin du Var. Nous n'en finirions pas si nous 
disions tousses hôtels, toutes ses villas, tous ses monu- 
ments, tous ses riches magasins : gare de Nice, église 
Notre-Dame ou du Père Lavigne, église des PP. Africains, 
Casino de la Méditerranée, galerie Porialier, école Saint- 
Pierre, asile Rotschild, hospice des aliénés, hôpital Pau- 
liani, abattoir, square Masséna, square des Phocéens, 
pont des Anges, Pont-Victor, etc., etc. 

Grasse construit tout un quartier nouveau. Cannes voit 
s'élever une ville nouvelle et renferme dix mille habitants; 
il en est de même de Menton. Antibes, à l'instar de Cannes, 
de Grasse, de Nice, s'éclaire au gaz, sa campagne se couvre 
aussi de villas. On va visiter, entre autres, son magnifique 
hôtel du Cap. Parlerons-nous de Beaulieu, de St-Jean, 
du Cap-Ferrat,et enfin de Monte-Carlo, l'Eldorado del'Eu- 
rope...St-Martin-Lantosque,laBollèneparticipent au mou- 
vement général... Les bains de Berthemont sont remis en 
honneur. L'abbaye de Lérins sort des ruines, restaurée par 
les PP. Cisterciens de Solesme. Que nous réserve l'avenir? 

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN 1878. 

Le Lycée de Nice est devenu comme le centre du mou- 
vement intellectuel du département des Alpes-Maritimes. 



S4 FASTK CHROXOU0GIQCE3 IMî 1816 A 1878 

IVs :2.sre?:enrs d'fliie, des proviseurs distingués, un per- 
s:i^rl irTri-r'ess^urs choisis en sont les promoteurs. Six 
•>fz*^ e.èvrrs fre»5-jîentent le Lycée. Les professeurs ne bor- 
nrii: ras là leur travail ; ils ouvrent des cours publics 
ro-ir 'a xl^nie étrangère. 

Mfn: :n ?.urA s:»n p»etii Lycée; Grasse et Antibes ont leur 
cry.r:^^ *>:'Simanaî. Nice et Grasse possèdent un petit sémi- 
]:a:re. 11 y a »ie jîus à Nice, grand séminaire, école normale 
prlmi^ire : Monac»? a un collège dirigé par les PP. Jésuites; 
Car.n-e^, ui.e instiîution secondaire des PP. Marianites. 

Les r^csionnats de demoiselles sont nombreux : à Nice, 
à Ve: ce. Dames de Nevers ; à Antil)es et au Bar, Daines 
Trini:aires ; à Grasse. la Visitation et Sainte-Martîîc ; à 
Cannes, Dames de la Présentation ; à Nice, Dames de la 
Visit vtion, de TAssomption, de Sainte-Marthe, du Saint- 
Sacrement dcs Fidèles Compagnes, des Ursulines, deSaint- 
Josoph. jviîsioiîcat des demoi^^elles Carlin, à Carabacel. 

Nice est parfaitement pourvue tant pour les garçons que 
pour les rîlles, d'écoîes primaires congré^anisteset laïques. 
Les moinîres villriges ont presque partout école de gar- 
çoîîs et èv.vle de tîUes. Ajoutez aux écoles primaires les 
crèches où Ton reçût les enfants à la mamelle, les salles 
d'asile, ei remontez jusqu'à Tasile des vieillards, vous 
trouverez Thum'xnité secourue au physique comme au 
moral dans tous les degivs de son existence. La statistique 
otfioielle constate que les écoles primaires qui, avant 1860, 
étaient fréquentées, dans le département des Alpes-Mari- 
times par huit à neuf mille enfants, le sont maintenant 
par vingt-sept mille environ. Chaque commune , excepté 
Caussols, est pourvue d*écoles. 11 y a trois cent trente-six 
écoles dont cent trente-six de garçons, cent onze de Slles; 
qu itre-vingt-huit mixtes et vingt-une salles d'asile. En 
1851, ne savaient ni lire ni écrire dans la province de 
Nice. 83,071 personnes, dont 56,858 femmes, sur une 
population totale de 118,377 habitants. 



FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 k 1878 395 

Lapop'ilation de Nice qui, au moment de Tannexion, 
avait 44,000 âmes en compte, en 1877:52,000 et le dépar- 
tement dépasse aujourd'hui 200,000 habitants. Que l'agri- 
culture soit encouragée et qu'on arrête l'émigration des 
campagnes vers la ville, nous n'aurons rien à envier 
aux départements les plus florissants. 

Aux écoles, il fauta)outer,comme moyens d'instruction 
publi |ue, les bibliothèques, les sociétés savantes, les mu- 
sées. Nic3 a deux sociétés des lettres, une société d'horti- 
culture, une société hygiénique, une société météréologi- 
que, une société de médecine et de climatologie. Cannes 
possède aussi une société des lettres et une société d'hor- 
ticulture. La bibliothèque publique de Nice est riche de 
44 à 45,000 volumes. 

Grasse et Cannes ont aussi des bibliothèques publiques. 
Nice a un musée d'histoire naturelle. Vallauris montre 
aux visiteurs des musées artistiques où sont exposés ses 
produits en poterie ; partout se fondent des bibliothèques 
communales et paroissiales. 

INDUSTRIE ET COMMERCE. 

Depuis 1860, Grasse et Nice n'ont rien perdu de leur 
commerce et de leur industrie. Il y a de part et d'autre 
un redoublement d'activité et d'émulation. Sur la rive 
droite du Var, Grasse continue d'envoyer ses parfumeries 
à l'univers entier. Elle est riche en olives, en toute espèce 
de fruits, ses trois marchés par semaine sont fréquentés. 
Elle a en outre quatre foires : lundi après le 1«' février, 
après Saint-Marc, après Saint-Michel, après Saint-André. 
Sa campagne est un véritable jardin. 

Ses soixante-dix parfumeries fabriquent chaque année 
au moins 15,000savonnettes à tous les sucs, plus de 60,000 
kilos de pommade à la rose, au jasmin, à l'oranger, à la 
tubéreuse, à la violette, à la cassie ; extraient des eaux 
de roranger, de la rose, de la menthe, du sureau, et 



396 FASTES CHRONOLOGIQUES DE 1816 A 1878 

des plantes aromatiques qui croissent dans la contrée ; 
la plus estimée de ces essences est le néroly-bigaradeou 
extrait de fleurs d'oranger, il faut un kilo de fleurs pour 
obtenir un gramme de néroly. Cette essence rentre sur- 
tout dans l'eau de Cologne. Les liqueurs, les bombons, les 
fruits confits de Grasse gagnent aussi en réputation. On 
établit des filatures de soie importantes, des savonneries. 
La fabrique de bougie de M. Goby obtient sept médailles 
dont quatre d'or aux diverses expositions. Il y a encore 
à Grasse des fabriques de bouchons qui y prospèrent. 

Vallauris dans l'arrondissement de Grasse grandit de 
jour en jour avec ses cinquantes fabriques de poterie, ses 
vases artistiques, ses dix usines de distillerie et de pai'fu- 
merie. 

Cannes devient une des plus belles stations du midi. Une 
ville nouvelle se construit le long de la mer, et sa campa- 
gne se couvre de villas plus belles les unes que les autres. 
C'est là sa principale industrie. 11 en est de même du Golfe- 
Juan, du Cap d'Antibes. Si nous passons sur l'autre rive 
du Var, dirons-nous que Nice devient la ville à la mode. 
Qui n'a pas vu Nice, n'a pas vu de merveille. Sans compter 
ses quarante hôtels de l'intérieur de la ville, ses apparte- 
ments meublés à louer, plus de quatre cent cinquante vil- 
las couvrent sa riante campagne. C'est là aussi sa princi- 
pale industrie. On évaluait à vingt-cinq mille étrangers la 
population d'hiver en 1874, ce qui versait dans la ville 
135 millions de francs. La gare de Nice dans le courant de 
cette même année avait reçu 307,779 voyageurs. Menton 
de môme que Cannes est^devenue aussi une station d'hi- 
ver qui a considérablement augmenté depuis 1860 : ce 
qui n'empêche pas la renommée de ses citrons, pas plus 
qu'à Nice, celle de ses orangers, de ses huiles, de sa par- 
fumerie et de sa marquetterie. Mais la vente de son soleil 
efface tout. 



NOTES ADDITIONNELLES 



I. — NOTICE DU GENERAL LUCE-GASPARI , 
COMTE DE BELVAL, GRASSOIS. 

Nous (levons à M. Joseph Liice, de Grasse, des rensei- 
gnements précis sur la famille Lnce. Nous y joignons ce 
que nous avons puisé dans les archives de la Préfecture 
de Nice. (Papiers de famille. Grasse.) 

Deux branches des Luce partent de Pierre Luce, qui 
Tivait à Grasse vers la fin du XVII^ siècle, et dont le nom 
figure parmi les notables conseillers de la commune de 
Grasse. 

La branche dont descendra M. Joseph Luce, aujourd'hui 
yivant, aura pour ancêtres : 

P Jean Luce, fils de Pierre Luce, marié à une demoi- 
selle Levans, dont, 

2® Claude Luce , maître tanneur, marié à demoiselle 
Pons, 31 août 1659. 

3° Louis Luce, maître tanneur, marié à demoiselle 
Courmes, 18 juillet 1685, lequel aura quatorze enfants. 

4** Louis Dominique, marié à Marie Thérèse Raybaud, 
4 février 1754. 

5^ François Luce,marié avec Marie Gabrielle Pugnaire. 

6^ Joseph Luce. 



3^ X0TE3 ADDmOXXEU-ES 

Xjtre général Luce de Gaspari, comte de Belval, des- 
cendra au^si de Pierre Luce, et voici sa généalogie. 

1 ^ B ilihazar. fils de Pierre, exercera à Grasse les fonc- 
tions municipales. II aura un commerce considérable, et 
ép-Disera Thérèse Reboul de Marseille. Il testera en 1696, 
en laveur de Franc >is, son fils aîné. Il laissera plusieurs 
enfants. d3nt Français qui héritera, et Anne qui épousera 
Alexandre de Barbaroux de Marseille, donfJoseph-Frao- 
cois et Loiis de Barbaroux, sieurs de Thorenc et de Gé- 
vaudan. Un sieur de Barbaroux de Grasse sera en 1791 
commandant de la garde-nationale du district de Grasse, 
et un autre Barbaroux, chanoine de la cathédrale de 
Grasse. 

2' François Luce épousera Louise de Mouton. Il tes- 
tera en 1748. et mourra le 23 mars 1756. Il aura pour 
enfants Charles. Dominique, Romain et Honoré, le chi- 
rurgien et des filles mariées aux sieurs Fanton, Maubert 
etGazm.Anne Claire Luce mariée avec l'avocat Joseph 
Gazan de Grasse sera la mère du futur général Gazan, 
comte de la Pevrière, né à Grasse le 29 octobre 1765 et 
baptisé le 30. 

3^* Charles Luce, bourgeois, épousera Théritière des 
comtes do G:\spari de Cors?, Anne Baptistine de Labaume, 
fiKe de Jean Joseph de Labaume. marseillais et d'Elisabeth 
Gaspari. 11 sera coseigneur dç Seillans, et achètera une 
charire de conseiller à la Cour. Il sera maire et viguier de 
Grasse en 1782. Ses papi^^rs de famille nous apprennent 
qu'avec son frère Romain, il commerçait dans les pays 
barbares- jues, les échelles du Levant, toutes les villes de 
ritalie et de la livière de Gènes. Il habitait à Grasse, rue 
Saint-Dominique, et était intimement lié avec le marquis 
de Pontevès. les Thé;is. les Roberti d'Escragnolles.... 

Les Gaspari. originaires du Cap-Corse, étaient au XV* 
siècle comtes distria, de Lanari et de Belval. Jérôme Gas- 
pari, dit le Grand, marié en 1465 avec Bénigne d'Ornano, 



NOTES ADDITIONNELLES 399 

sera gouverneur général de la Corse au nom de la répu- 
blique de Gènes. Son fils Pierre, pour avoir été dévoué au 
parti de la France, eut ses biens confisqués et fut exilé. 
André, fils de Pierre, sera gouverneur de Milan et vice- 
roi de Portugal. Gaspard II, pour échapper aux persécu- 
tions des génois, se réfugiera à Marseille et restera au 
service de la France. Pierre Gaspard de Gaspari, mort aussi 
au service de la France, testa en 1703. Il laissa deux filles, 
Elisabeth Gaspari et Julie. Elisabeth épousa Jean-Joseph 
de Labaume ; et Julie, le sieur Riquetti de Mirabeau. Anne- 
Biptistinede Labaume, fille aînée de Jean-Joseph de La- 
baume et de Julie de Gaspari épousa, comme nous l'avons 
dit, Charles Luce, d'où quatre enfonts: notre général 
Luce de Gaspari, Léopold-Louis, Honoré et une fille Ma- 
rie-Thérèse. 

François-Louis-Joseph-Gabriel Luce naquit à Grasse le 
27 janvier 1754. Il fut baptisé le lendemain ; le parrain fut 
Joseph-François de Barbaroux et la marraine Gabrielle 
de Gaspari de Ferran de la ville de Digne, absente, dame 
Louise Mouton, épouse de François Luce, aïeule de l'en- 
fant, ayant prêté les mains (1). 

Après de bonnes études au Collège des Oratoriens de 
Grasse, notre général fit d'abord son droit à Aix. C'était un 
beau jeune homme, à chevelure blonde, ce qui lui avait 
valu le surnom de Tète d'or. Il avait de l'esprit, de la 
grâce, tout pour plaire en société. A Tàge de seize ans, 
son père le plaça à l'Ecole militaire de Nanterre, c'était en 
1770. L'abbé Pontevès, aumônier du roi (2) qui résidait à 
Grasse, lui donna des recommandations pour Paris. Il sortit 

(1) Extrait des actes de Tl^tat civil de Grasse.— Notes de M. Jos<'p1i Luce. 

(2) L'abbé Ponfevùs. résidait à Grasse avi'C son frère, le vicomte de Ponte- 
vès qui en 1785 s'appelait seigneur d'Amirat. Il était commisitairi* des comp- 
tes de la noblesse de Provence. Les Pontevès vivaient depuis longtemps à 
Gnsse ou dans les environs. En 1G70 Jean Pontevès épousait à Saint-Paul 
Lucrèce de Barcillon, fille de Scipioa Joseph de Roquefort et de Marguerite 
Raymond! d*£oalx. 



4^» yOTTS Al^OmO^ÇNELLES 

«!•=• Trcile en ITTî. lîeatenait aa réirîment roval de Blois. 
Mâlherireîisemer.:. c: mme tous les officiers rie ce temps-là, 
il TiVtii .cna au «iês euvrement et aux plaisirs. Il fit des 
dettrrs. Pour s-^rtir liece milieu, il s'enrôla en 1774 parmi 
les V -jI .q /tires irta-^riis qni allaient soutenir Stanislas Il,roi 
de P'jijiTie. •iéf-i'SsMê de^^uis 1772 d'une partie de ses 
Etar.s. Nou> le retPjuvoTîs à Pari? en 1776 aux prises avec 
ses detfcs de jeu. Il a tait des billets à ordre qu'il ne peut 
payer, il a eni:?^ê sa montre, ses effets et de plus, il n'a 
pas de «jU'i'i tliire tace à son brevet de major qu'il vient 
dVjbtenir du roi de Pologne, c'est alors qu'il écrit à Grasse 
des bttref? suppliantes. Le père qui ne badine pas n'en- 
tend pas payer hrs freilaines de son fils. 

Notre raajor. pour échapper aux poursuites des huis- 
siers, se sauva de Paris à Saint -Cloud, et vit la quelques 
sfim^\ne< a?^x crors d'»yn trafteffr qui j n'étant pas payé, 
le pria de déloirer. Il trouve un gîte chez un ofllcierdu 
génie, son ancien camarade de Nanterre. Le comte de 
Bétancourt qTi'il va voir à Versailles.le 4 novembre 1877, 
lui conseille dVcrire à son oncle, le chanoine Barbaroux, 
puis à sa tante : ce qu'il fait d'un ton suppliant : 

< On vous a trompée sur mon compte, dit-il à sa tante, 
mes dettes ne dépassent pas cinquante louis. Ce qui me 
chngrine le plus, c'est un billet protesté. Je tombe dans 
un abîme, si mon père ne me tire pas de là, et ne me 
donne le moyen de retourner en Pologne. L'état que j'y 
ai me mettra à même de réparer mes sottises, et de ren- 
trer plus tard dans ma patrie, et dans les bras de la meil- 
leure des tantes. J'ai besoin de trois mille livres pour mon 
l)revet et de mille quatre cents livres pour le voyage. Je 
suis perdu, si je n'ai cette somme. > 

On fit encore «à Grasse la sourde oreille. Pei^sonne ne 
répondit. Notre pauvre François chercha à s'esquiver, 
mais il fut arrêté et enfermé à Rouen. C'est alors que 
Charles Luce envoya de l'argent. 



NOTES ADDITIONNELLES 401 

Nous trouvons notre major malade à l'hôpital de Besan- 
çon (4 juillet 1778). A Grasse on célébrait le 6 août les 
noces de sa sœur Marie-Thérèse qui épousait Louis Esté- 
val de Montpellier, chirurgien aux gardes Valones, où 
servait aussi comme chirurgien son frère Honoré. 

Enfin Me futur comte Gaspari arriva en Pologne. En 
1 786, il obtenait de son père une procuration en règle, 
pour revendiquer à son profit l'héritage des comtes Gas- 
pari de Corse, du chef de sa mère décédée, Anne-Baptis- 
tine de Labaume ; Julie lui cédait ses droits. 

Il se trou vêle 25 juin, à Grasse, ei s'embarque à Antibes 
pour le Cap-Corse. Les tenanciers des Gaspari, depuis 
longtemps, ne payaient plus ni droits féodaux, ni quelque 
redevance que ce fût. Il y eut là pour lui toute une affaire 
des plus compliquées pour rentrer dans ses domaines. Il 
était de retour à Grasse, pour y passer les fêtes de Noël 
(1786),pour s'en allait à Paris en janvier 1787, et logeait 
en grand seigneur à l'hôtel d'Angleterre. 

Sa première lettre de Paris à son père porte la date du 
27 janvier 1787. 11 va mettre en jeu tous ses plus puissants 
protecteurs pour obtenir son titre seigneurial. Sa corres- 
pondance, qui embrasse une période de quatre années, est 
des plus curieuses ; il ne se borne pas à ses affaires person- 
nelles, mais, pour occuper ses loisirs, il rend compte de 
l'émouvante révolution qui se prépare et qui s'accomplit. 
C'est un volumineux résumé de tous les journaux, de tou- 
t3s les nouvelles du temps, mêlé d'anecdotes curieu- 
ses (1) et de réflexions de l'auteur. 11 y juge les ministres, 
et les hommes de cette époque si troublée, à mesure qu'ils 
paraissent et disparaissent. 

Nous analysons sa première lettre du 27 janvier 1787. 
Il envoie ses compliments à son oncle le capiscole du chapi- 
tre, messireBarbaroux, à MM. de Thorenc et de Pontevès, 

(1) Areh» de la Préfectare. ~ Fonds des émigrés» Grass$ — Luce-Gaspeti. 

26 



4<e NOTES AIH>rnOXXELLES 

à Louis Robert dTscragnolles. D est allé voir la princesse 
de Beauveau, femme da goayemear de Provence, mais elle 
dînait à Versailleschez la princesse de Lamballe.Le 30 jan- 
vier, il écrit de nouveau. Il a eu, cette fois, plus de chance. 
M. le maréchal, prinœ de Bf^uveau, lui donne audience. 
€ Hier 29, je me suis présenté chez lui à dix heures du 
matin. < Depuis quand ètes-voos ici ? me dit-il. Vous ne 
m'aviez pas annoncé votre voyage ? — Monseigneur, c'est 
que l'exécution a suivi de bien près le projet. — Je suis 
heureux de vous voir, mais quelle affaire vous amène à 
Paris ? — Monseigneur, comme je vis que la liste des nou- 
velles assemblées à Paris ne m\ comprenait pas, j'ai cru 
devoir rectifier cet oubli de Sa Majesté. » Le maréchal rit 
beaucoup de cette plaisanterie.— < Vous avez perdu ce 
pauvre Marbeuf, ajouta-t-il. Sa perte vous fait-elle beau- 
coup de tort ? > — A en juger par ses promesses j'ai tout 
perdu, mais rien par les faits. — Comment ! rien. Mais il 
avait fait tout son possible. Au reste quoique votre com- 
mission en Corse ne soit pas grand^chose, on pourrait la 
mettre en activité. 11 y a tant de postulants. — Oui, Mon- 
seigneur, il y en a beaucoup, mais au régiment provin- 
cial de Corse il y en a bien peu.— C'est aussi pourquoi 
vous obtiendrez facilement une commission. En attendant 
ce sera plus difficile de vous faire sortir de celle que vous 
avez. — Mais, Monseigneur.avant que dVn sortir il faudrait 
que j y entre. — Comment vous n'avez pas une commis- 
sion à la suite de ce régiment ? — Non, Monseigneur. — 
Pas même de major ? — Non, Monseigneur. — Et qu'à 
donc fiût Marbeuf? — Beaucoup de promesses et peu 
d'effets. — Cela n'est pas bien. J'en parlerai à M. de Bar- 
rème qui y mettra plus d'activité. Et quant à vos affaires 
privées, où en étes-vous ? — J'ai obtenu l'investiture du 
comté de Gaspari et j'ai pris possession du château. Le 
commissaire royal m'a prié de me départir des autres pré- 
tentions en me promettant im dédommagement. — C'est 



NOTES ADDITIONNELLES 403 

juste, c'est trop juste. Faites-moi un mémoire sur toute 
cette affaire, et je m'en occuperai. N'est-ce pas ainsi que 
vous l'entendez ? — Je serai trop heureux, Monseigneur, 
si vous daignez vous charger de mon sort et j'en augure 
d'avance bon espoir. — Je serai toujours charmé de vous 
témoigner tout l'intérêt que je vous porte. Je me rendis 
ensuite chez M. le comte Potoski. Il était encore au lit, 
quoiqu'il filt midi et demi, car il avait passé la nuit au bal. 
Je lui laissai un billet-visite auquel je joignis mon adresse. 
A trois heures, on m'avertit, étant rentré à mon hôtel 
d'Angleterre, qu'un jeune homme qui était dans une voi- 
ture me priait de descendre. Quelle fut ma surprise de 
voir que c'était le comte avec son épouse. Il s'excuse de 
n'être pas sorti de la voiture, parce qu'il était en pantalon 
et en pantoufles. 11 m'embrasse, m'oblige de monter 
dans sa voiture et d'aller dîner avec lui chez Madame la 
princesse Lubromiska. Notez que j'avais déjà dîné. 
Madame la princesse m'a reçu avec sa bonté ordinaire. 
Elle m'a donné de vos nouvelles, et j'ai fini la soirée chez 
elle. Ils m'ont engagé à dîner tous les jours avec eux. 
Tout ce qu'il y a de mieux à Paris s'y trouve. La prin- 
cesse, autant par économie, dit-elle, que pour ne pas avoir 
la tête cassée du brouhaha, restreint sa table à vingt cou- 
verts. M. de Vergennes va un peu mieux. M. de Saint-Priest 
convoite son portefeuille. On parle aussi de MM, de Bre- 
teuil et Vauguyon. Mais M. de Vergennes veut mourir au 
champ d'honneur, et, comme il le dit, la plume à la main. 
L'assemblée des Notables est pour le 7 février. Tous les 
membres se sont rendus hier, 29, à Versailles. Je travaille 
à mes mémoires. > 

Le 3 février il annoncera à son père qu'il a présenté ses 
deux mémoires à M. de Beauveau, un pour les affaires de 
Corse, l'autre pour le militaire. Il dira qu'il n'a pu joindre 
encore le comte de Carlonne. < Je vous adresse par le 
courrier et sous le pli de M. de Penthièvre un paquet de 



404 NOTES AIH>mONNELLES 

nouvelles que j'ai prises chez la princesse. J'envoie par le 
mémâ courrier an mémoire sous le pli de M. de BargemoD. 
Il pourra vous amuser. M. le maréchal de Beauveau est 
accablé d'affaires pour le moment, et malgré cela il me 
laisse les entrées libres. Je n'ai pu voir encore qu'une fois 
M. de Calonne. Il est plus embarrassé que vous et moi en 
ce momeiit-ci. Il faut qu'il y joue sa tète. La princesse 
est toujours bonne pour moi. > 

En attendant, notre Luce Gaspari n'avait pas payé ses 
dettes de jeuness^e. Le 23 février 1786, son beau-frère 
Gazan lui écrit d'Aix qu'il avait eu une longue conférence 
avec Moïse Beaucaire, frère de Daniel et avec son procu- 
reur. < Ils m'ont assuré n'avoir trouvé dans les papiers du 
défunt aucune note relative aux montres que vous avez 
remises. Vous devrez payer les intérêts de cet argent que 
vous avez reçu, ou 380 francs. Le juif veut 360 francs. 
Votre qualité de fils de famille vous dispensant de payer, 
parce que vous étiez très-jeune lorsq!ie vous avez fait 
cette lettre, j'ai obtenu par vous de reculer le paiement de 
la somme totale par des billeis en janvier et en juillet 
1787. > En 1789, il ne sera pas plus avancé. Ses protec- 
teurs lui obtiendront un sauf-conduit du Roi (28 janvier 
1789), avec défense d'exercer des poursuites contre lui. 
Revenons à la correspondance de 1786. 

€ Le 19 février 1783, dit-il, M. le Maréchal vient d'écrire 
pour moi en Corse. Le commandant actuel se montre plu- 
tôt mon ami que mon protecteur. Il y a grande apparence 
que M. d'Arambal sera nommé commandant en second, 
car M. de Beaumanoir va donner sa démission. La prin- 
cesse fera pour moi toutes les démarches à la cour. Je 
vous achète une jolie canne. Dit3s à M. de Thorencque le 
commun des martyrs porte encore des chaînes d'or, mais 
que les élégants n'en portent que de corail ; c'est la mode. 
Bien des choses à Louis d'Escragnolles. Dites-lui que j'ai 
vu M. d'Hozier. L'Assemblée des notables, jeudi, sans re- 



NOTES ADDITIONNELLES 405 

tard. > Le 3 mars il engage son père à prendre des infor^ 
mations sur les domaines que possède le Roi à Saint-Paul 
et à Antibes, parce qu'on en fera la demande pour lui. Il 
raconte comment s'est ouverte l'Assemblée des notables. 
< Louis XVI n'a prononcé que quelques paroles timides et 
paternelles. Galonné, ce ministre brillant et frivole^ de- 
venu le maître de la situation par la mort de Vergennes, a 
exposé avec sa parole dorée et téméraire l'état des finan- 
ces, heurtant les jalousies et attaquant tout le monde 
même Necker 

29 mars. Les sept bureaux font opposition au projet de 
Galonné. Le clergé se retranche dans ses droits, la noblesse 
l'imite. Monsieur, frère aîné du Roi, esprit imtu des idées 
modernes, a contre lui son frère le comte d'Artois peu 
enclin aux nouveautés. Le Tiers-État tient une attitude 
menaçante contre les deux premiers ordres et réclame 
l'égalité des droits 

5 avril. Il copie cette épigramme à l'adresse de Galonné. 
Le Roi des animaux s'exprime en ces termes : 

€ Mes bons amis et bonnes bêtes. 
Coqs, poulets, canards et dindons, 
Que de vous ici les meilleures têtes, 
Déduisent ici leurs raisons. 
Le plus glouton de mes valets 
Qu*un vif amour du bien domine. 
M'apprend que le ciel vous a fiflts 
Pour ma gloire et pour ma cuisine. 
Je veux donc vous croquer tous. 
Tel est mon petit manifeste. 
Mon cuisinier fera le reste. » 

Il parle de Mirabeau qui est à Nimègue afin d'offrir au 
Stathouder son plus énergique et venimeux pamphlet. <Si 
le Stathouder refuse, il retournera enAngleterre.il a paru 
un libelle atroce contre Mirabeau. Ce libelle prend Mira- 
beau à sa naissance jusqu'au 27 mars 1789 : < La nature, 
y ôsl-il dit, n'eut jamais de fils plus ingrat, l'hymen 



406 NOTES ADDITIONNELLES 

n'éclaira jamais d'époux plus féroce et plus corrompu, la 
famille n'eut jamais de parent plus dénaturé , la vertu de 
plus grand ennemi, la patrie de citoyen plus dangereux, 
la littérature de plus vil écrivain, la noblesse de gentil- 
homme plus indigne, la société d'hypocrite plus insidieux, 
l'amitié de plus lâche serviteur, le commerce de plus rui- 
neux fripon, le sentiment de moqueur plus effronté, les lois 
humaines de violateur plus déterminé, U; gourvernement 
de séditieux plus hardi. Enfin la nature sujette à des écarts 
en fît un, en créant son àme ; et autant qu'il était en elle, 
elle s'efforça d'imprimer en toute sa personne un cachet 
de difformité qui avertit l'honnête homme de se garder de 
lui. > 

Mirabeau,il est vrai, n'épargnait pas non plus ses adver- 
saires. Ainsi parlait-il de Necker : < Voulez-vous savoir, 
disait-il, la fermentation extraordinaire qu'excit« cet 
homme qui connaît si bien son public et les tréteaux, je ne 
dis pas sur le peuple, je ne dis pas sur les fanatiques col- 
porteurs de la renommée, je dis sur les grands que M. 
Necker humilie, sur les courtisans qu'il désoblige ? C'est 
qu'il y a chez lui un mélange de tous les vices. 11 y a du 
Richelieu, du Cromwell ; l'un a asservi son pays, l'autre 
immolé son Roi. Haineux et implacable comme le pre- 
mier, sévère, mystique, atrabilaire comme le second, il ne 
vit que de délation et de méfiance ; il est d'un orgueil 
féroce, d'une ambition insatiable. Chacun le craint, per- 
sonne ne l'aime. Le retour de cet homme serait le présage 
le plus certain de la plus effrayante alternative. Voilà 
l'homme qu'on voudrait persuader à notre inconcevable 
légèreté de redemander . > 

Et l'on répondait à Mirabeau par l'épigramme suivante: 

€ Puisse ton homélie, ô bouiUant Mirabeau, 

t Ecraser les fripons qui gâtent nos affaires; 

t Un voleur converti doit devenir bourreau, 

c C*est prêcher sous TécheUe en pendant ses confrôres. • 



NOTES ADDITIONNELLES 407 

Beaumarchais se chargait d'ajouter le quatrain sui- 
Tant de Necker à Mirabeau : 

t Pour ton bourreau tu m*as choisi. 
« Un roué s'y connaît sans doute ; 
t Mais ne crois pas quejeredoutey 
< Un criminel que j*ai flétri. 

€ Un grand seigneur à qui un de ses amis demandait 
pourquoi on exilait Necker et Cartonne, a répondu que 
c'était pour égaler la recette à la dépense. > 

Reconnaissez encore Tesprit français ou gaulois qui 
s'amusait de tout alors, comme de nos jours. < Vous savez 
sans doute, écrit toujours notre comte Luce de Gaspari, 
que le roi lave les pieds à douze pauvres^ le Jeudi-Saint. 
Cette cérémonie n*a pas eu lieu cette année à Versailles, 
et on a composé le quatrain suivant à ce sujet : 

t Le lavement des pieds par uti ordre nouveau, 
t N'aura pas lieu, jeudi, pour douze misérables, 
t Pourquoi ?C*est que le roi veut conserver son eau 
€ Pour laver la tête aux notables. 

Les diatribes contre le clergé étaient aussi à Tordre du 
jour. On montrait le prêtre comme un danger social : 
€ La connaissance parfaite qu'ont les cheîs du clergé des 
abus qui leur sont utiles, la possibilité de les couvrir du 
voile de la religion, l'ignorance du peuple, la facilité de 
l'émouvoir, l'ancienne habitude d'effrayer le monarque, 
Tusage de perpétuer leur existence par la terreur, l'espoir 
de confondre leurs réclamations avec celles de la noblesse, 
telles sont les armes de ce' corps redoutable. Réunissons à 
tout cela ce que l'habitude de discuter, de gouverner, de 
dominer donne de talent et de lumière, l'éloquence ton- 
nante des uns, insinuante des autres, artificieuse de quel- 
ques-uns, cet art d'émouvoir sourdement les esprits, cette 
souplesse qui sait éviter le choc pour conserver l'intégrité 
de ses prétentions, qui sait attendre pour les faire reparaî- 
tre, et profiter des malheurs de l'État pour reprendre 



iR S0TE3 abuitioxnellbs 

hîissrJji sa première esistenoe. à ces traits vous reconnai- 
iTëz quel csi le principe des plus grands obstacles, le 
fojrr dtr la réâsîanoe, Taniie de l'opposition. Nation fri- 
T i.e. Lsii :*ii TT-i'p abusée, jusqu'à quand fermerez-vous 
les veux, jîis^u'à quand serez-vous dupe et Aiciimedes 
eiiiicriis de roire bonheur ? » 

Corn prenoLS par de tels écrits pourquoi une partie da 
pteupîe ei de la bi^urgeoisie criera bientôt : Guerre au 
Clerzél — Moines ei prêtres sont dénoncés au peuple comme 
ennenîis. en aiiendant qu'ils lui soient livrés en pâture. 

On donnait au contraire les plus grands éloges à la 
prière de Tenifiereur Joseph. 

€ Etre t-Lemel et incompréhensible, était-il censé dire, 
îu es tout miséricordieux ; et ton amour, et ton soleil 
éclairent également le chrétien et Tathée. Les pluies ferti- 
lisent t^rilement les champs des croyants et des infidèles, 
et le germe des vertus se trouve semé par toi dans le cœur 
de rherétjque et de fimpie. C'est ainsi que tu m'apprends. 
Être éternel, quelle est ta miséricorde et ton amour, et 
comme quoi la diversité des opinions ne t'empêche pas 
d'être un père bienfaisant pour tous les hommes. Et moi, 
ta faible créature, aurais-;e moins d'indulgence ? Ne per- 
mettrais-j^ P^^ 'P<^ chacun de mes sujets t'adore à sa 
manière ■ Persécuterais-je ceux qui ne pensent pas comme 
moi ï Co:iveriirais-je les infidèles avec le glaive ? Non, 
Éternel. dont la puissance et l'amour embrassent l'univers. 
Q fun tel sentiment soit toujours loin de moi. Je veux te 
ressembler autant qu'il est au pouvoir de ta créature. 
Comme toi. ie veux être tolérant. Que désormais tout ce 
qui peut contraindre la conscience soit banni de mes Etats. 
Quelle religion n'apprend pas à aimer la vertu, à détester 
le vice ? Que toute religion soit donc tolérée ; que chacun 
puisse S3rvir Dieu delà manièrequi lui paraîtrala meilleure, 
ô Être Éternel I Une erreur de l'entendement ne pourrait 
mériter qu'on fut banni de la société ; et la contrainte ne 



NOTES ADDITIONNELLES 409 

sera jamais un moyen propre àgagner les esprits et à rame- 
ner ceux qui s'égarent. Qu'elles soient brisées à jamais les 
chaînes honteuses de Tintolérance. Que le doux lien d'une 
amitiJ fraternelle unisse à jamais tous mes sujets. Je sais 
que j'aurai beaucoup do difficultés à vaincre et que la 
plupart me sont suscitées par ceux qui s'appellent tes 
ministres. Que ta puissance ne m'abandonne jamais. For- 
tifie par ton amour ma sainte résolution, Être éternel, 
incompréhensible, afin que je surmonte tous les obstacles 
et que la loi de notre divin maître, cette loi qui n'est que 
patience et charité, se trouve par moi enfin accomplie. 

Amen. > 

/. 

11 mêle des anecdotes curieuses à ses nouvelles politi- 
ques. En voici une, datée du 9 décembre 1787, qu'il envoie 
au marquis de Ponte vès à Grasse. < A coté des nouvelles 
sérieuses, on en place une très-plaisante sur le compte de 
M™* la marquise de Fleury. Ayant connu et fait essai de 
tous les genres d'amusements possibles, il lui manquait 
encore de vouloir se faire enterrer de son vivant. Cette 
dame feignit une maladie ; elle trouva un médecin assez 
complaisant pour annoncer de jour en jour les progrès 
rapides d'une fièvre violente, et enfin sa mort, peu de 
jours après. Ses piincipaux domestiques étaient aussi dans 
la confidence. Elle avait eu l'attention de rédiger son tes- 
tament par lequel elle annonçait, entre autres choses, 
qu'elle voulait après sa mort être portée dans sa maison 
de campagne à Mousseau et y être exposée à visage décou- 
vert pendant vingt-quatre heures ; de plus elle voulait 
par esprit d'humilité et en expiation de ses très-grandes 
fautes que la translation de son corps fût faite dans un 
corbillard Elle eut l'attention de ne mourir qu'à cinq heu- 
res du soir ; elle fut portée deux heures après dans sa 
maison de Mousseau où elle fut gardée par des prêtres en 
surplis qui psalmodiaient des prières pour le repos de son 
&me. Un seul flambeau sur un grand guéridon éclairait 



4?i jafyres asktxrgcelles 



§»:c i.Tçarisi»ri*. Sii^ant na anide de son testament, le 
Ti^^. Sr :-Li::i.:cr ■:x -^ai; daas la confidence venait mou- 

':evi 5r Tccaje à antre. A nne heure convenue, 



.- " 1 



îl ii:o:-.j; — iliir>::i=air2î eî éteignit le flambeau. La 
i^ii-z: iTii*: :>-i ;«à à •>!*? d'elle des bouteilles remplies 
ir: :i>:i:rt- :::>1> ré^^ndit dans Tappartement. Les 
:î5.-"rr^ ; >r:r« ir s^^ iroaver mal, de s'enfuir en criant à 
lOein-r irirjrr. -e^ -ec-ETi^^^isant îe démon qu'ils disaientavoir 
^rT-r .i :z.^r::il>e.<ii'?îqaes fiersonnes, témoins de l'évé- 
i?r;--rc:. ^TLiezz avvÎT vu le dfable en personne enlever 
l»r itir:.-?. r;rr:\ ians îlniervalîe. la marquise avait gagné 
zz. :»r::: :-i': iirr:, sV^: haUIIee en homme ei était allée à 
p\r:5 rî?.>n:c-r 5.:n his;oire. Tout Mousseau était accouru 
dii.^ If i-iiiTcaa. e: ne vovant plus le corps, tout le monde 
criv â:; :*:êî:;vemeat le rapport des prêtres et des témoins. 
Tiiiîis q:îe rêp»:<i vante remplissait fàme des bonsvilla- 
2"f::5, on riait à Paris: et la famille réunie avisait au 
Eiivrn dVm;ê»?her cette jeune femme de se livrer doré- 
niVAi.î :i ie j^ireiiles excentricités. > 

LKi ?::::. ave»; cette correspondance si intéressante, tous 
:: js ^ran is év^n-rmeats: et CexH du Parlement de Paris 
G JroiJ'S. ra>:'Cîé jn?iue dans ses plus petits détails et le 
rdoir-à P.*ns: et les changements de ministère; lessacri- 
nce< ■:*ei::ir*i:iirL'S et les réformes que fait le roi dans sa pro- 
pre c>ur : îa cjnvo.^tion des États-Généraux ; la Révolu- 
tion Ci ses premiers débuts (1). 

M. de la Guillème et M»* delà Tour du Pin s'en plai- 
«maient auprès du ministre par notre comte Luce Gaspari. 

M=* de îâ Tour du Pin lui écrit dans le mois d'août, de 
Paris. Dames-Anglaises, rue Saint-Victor, 12, qu'elle lui 
fJit mille compliments et qu'elle attend qu'il vienne la 
voir, comme il l'a promis. < Je voudrais aller à l'Assem- 
blée nationale. Je n'ai que deux chevaux. Amenez les 

f^ \rc!MTe< de la rrêfectnre de Nice. E. Titres de famille. Correspon- 
dance o2. 255^ 2'36, 276, :Î81, 3d6, 326, 333. 512, 516. 522, 537. 574. 



NOTES ADDITIONNELLES 411 

vôtres demain à huit heures précises du matin. Ils seront 
rentrés chez vous à trois heures. > Le 31 août, M. delà 
Guillème se disculpe auprès de notre Comte d'avoir reçu 
les députés corses sans l'en avertir. «Je vois, Monsieur, que 
vous êtes fâché contre moi. Je n*ai point reçu chez moi 
Messieurs les Corses à titre d'assemblée. Ils m'avaient pro- 
mis qu'ils vous auraient invité. J'ai vu la Corse exposée à 
des troubles incendiaires; j'ai prié, d'après l'avis de M. le 
Ministre, les patriotes de venir chez moi pour convenir des 
moyens les plus propres à employer. Vous avez été nommé 
par eux pour y concourir. Grondez vos compatriotes de 
n'avoir pas rempli leur mission auprès de vous. Croyez à 
mon attachement respectueux.» 

Notre comte Luce de Gaspari obtient enfin une mission 
temporaire en Corse. Il doit s'embarquer à Gènes, en pas- 
sant par Turin, où on lui a confié une négociation secrète 
à la Cour. Il y arrive le 23 septembre ; le Roi était à Mon- 
calvi.<Oncompte,écrit-il à son père,quatre mille Français 
à Turin. Les troupes piémontaises font un mouvement 
vers notre frontière . > 

Le 30 octobre, il écrira de son château de Morsaglia 
qu'il a eu le voyage le plus heureux : < J'ignore le séjour 
que j'y ferai. La Corse est déchirée par trois parties, 
France, Gènes, Paoli. Il y a eu quelque insurrection. Du 
côté de Gènes le roi de Piémont y a mis bon ordre, en fai- 
sant pendre les insurgés. J'irai sans doute bientôt à Ma- 
drid. > 

11 continuait cependant de demander au ministère un 
commandement definitifenCorse,etil ne recevait toujours 
que de bonnes paroles. Le 17 décembre, on lui écrit de 
Paris que l'on fait tout ce que l'on peut pour lui être utile. 
Le26,même promesse ; et à propos des troubles de la Corse : 
€ Ne vous faites pas tuer dans la bagarre. > Il paraît que 
ses dettes n'étaient pas payées. < Faites honneur au bil- 
let de 5,000 francs. Ne vous brouillez pas avec votre père. > 



Ht JKfTES .\DDrnON:ŒLLES 

Ea±i le r»:iiie Poîoene lui viendra heareuseraent en aide 
^ar L"r3.:recii5e «ie ia princesse Lubromsika. Il lui enverra 
une reii^î-jQ ie I .*j» florins ei le nommera de Tordre de 
St\;z:-Sritzila5 5 mai 1T90.J La nouvelle lui parviendra 

EiL : :iin 1 TiXLil Ss^ra chargé par le Gouvernement de don- 
nrr l'eii: «ie îejUucs les embarcations du district du cap 
Corse. 11 en :roavera 1013 jaugeant soixante tonneaux en 
îou:. 

II s'enL'rar^ae.nn juillet, pour Marseille avec Paoli etau- 
tTfs iêpa:c?ts -ie laCorsese rendant à Paris.Le vent contraire 
Ics p»:- .:>5e vers Aciibes. Après avoir vu sa famille à Grasse, 
il o->^:.:i:iur >a r 'ite. et loge encore à Paris, Hôtel d'An- 
glrti^re. Sa o::»rrtsfor.dance reprend de Paris, le 10 août 
rae S.iin'.-Avoîe.; U demande une audience à Mirabeau 
qui lui re>?ai, lv> novembre : < Monsieur, il n'y a pas 
déJai:: Je K-cce v.jlontê de ma f»art, si je vous ai refusé 
jusin'îoi la ooni'êrence que vous m'avez fait Thonneur de 
me Liemanie:' : je vous prie de faire attention à mesoccu- 
fv.ui.^::<, r: d'avoir quelque indulgence. U y a un calcul 
d\\v:o:iiie très-e:eadu po*ir moi à recevoir par lettres 
toutes les iQ>î:uv.*îions et les o^nâdences qu'on veut me 
fai:v. v.\\.u ea ou:re, nxe mes souvenirs, lorsque des 
aiîvitv?:Kvs mr-lnpiièes et se nuisant autant par la diffé- 
retioe de leui-s obreis que piir leur nombre, ne me laisse- 
raient :iaoirae ir.ioe de beaucoup de choses. Je désirerais 

• 

que vous i agréassiez convenable i!e votre part d'adopter 
oeae voio. ,r:\i Phonneur dVtre très-parfaitement, Mon- 
sieur, votre tivs-humble et très-obéissant serviteur. » 

U ivnd visite à MM. de Eîeauveau et de La Tour du Pin : 
< Jo n ai rien de iViiKiiua avec l'Assemblée nationale, 
dira-t-i! ,lo jv\sst* tr-is ouïs do la semaine à Mai*seille. On 
nous lait ioi des o^:it?> si extraordin.iires sur ce qui se 
passe à M n'allé, que j\ii biea de la peine à y Ciboire. > Ce 
u était que ti\)p vrai, comme nous l'avons vu. 



NOTES ADDITIONNELLES 413 

Notre comte, qui ava't fait tant de d émarch es pour obte- 
nir les titres et les droits seigneuriaux, voit que tout lui 
échappe. Quand on coTiflsque les biens des couvents, il 
réclame en vain ce qu'il possède sur la maison des P.P. 
Servitis à Mosiglia, entre autres une fondation de 2,000 
écus d'or que ses ancêtres ont placée sur la banque de 
Saint-Georges de Gènes. 

Nous le trouvons en 1791 avec le grade de lieutenant- 
colonel en France. Il est envoyé par Louis XVI en Pologne, 
ayant une mission diplomatique pour le roi de Pologne, 
Stanilas Poniatowski, qui venait d'accepter la nouvelle 
Constitution.Nousavons encore dans lesarchivesdela Pré- 
fecture de Nice, le mémoire aussi bien pensé que sagement 
écrit que notreLuce Gaspari rédigea sur laPologne( 1 ). Dans 
sa correspondance, il 1 appelle un entretien qu'il avait eu 
avec M. de Ver^ennes, en 1789. Il lui avait annoncé les 
projets des trois puissances spoliatrices de la Pologne. 
€ Votre imagination va trop loin, lui avait dit le Minis- 
tre. > Il consigna ces prédictions dans le mémoire qu'il 
envoya à son père, et à d'autres de ses amis, lorsqu'elles 
furent bientôt après réalisées. < La Pologne doit être 
regardée comme le point le plus avantageux pour un 
observateur. C'est de là que doivent partir les nouvelles 
les plus intéressantes pour le cabinet de France, au milieu 
de ces trois puissances redoutables ; c'est de là qu'on peut 
les épier, les partis, les correspondances que chacune 
entretient dans ce royaume produisant une direction dans 
les esprits dont un observateur profite pour son instruc- 
tion. Pour réussir dans ce rôle d'observateur au nom de 
la France, il faut mettre un homme qui soit en mesure 
de pénétrer chez tous les grands. Dans notre pays où l'on 
se permet de penser tout haut, les maisons sont comme 
des foyers de nouvelles. Les agents de la France sont 
connus pour tels en Pologne. Le général barcn de Jaco- 

(1) Arch. de la Préfectare. Grasse. F. 4. 



114 NOTES ADDITIONNELLES 

bowski Siérait faufilé dans les salons de la Cour et de la 
Tille, mais ses convictions étaient trop connues. De là la 
méfiance qull inspirait ; et d'ailleurs il était polonais. Ses 

rappDrts n'étaient pas assez dégages de Tespritde parti 

Les Polonais sont braves, généreux, francs, mais in- 
constants et oublient facilement leurs amis. > 

Le roi Stanislas Auguste appréciait tellement le comte 
Luce Gaspari qu'il le nomma son chambellan, grand'croix 
de Stanislas et général de brigade. Luce combattit sous les 
ordres du duc de Bourbon, en 1792 ; se distingua en 1795 
dans la division anglaise de lord Moiray. Ayant été en- 
voyé par Stanislas à la cour d'Angleterre comme ministre 
plénipotentiaire, il apprit que c'en était fait de la Pologne. 
Stanislas abdiquait en cette année même 1795. Luce Gas- 
pari retrouva dans le baron Jacobiniski, ministre plénipo- 
tentiaire de Prusse près de l'Angleterre, un puissant pro- 
tecteur ; il lui fit épouser sa fille Joséphine. Le baron 
était peu riche. Sa fille n'avait par conséquent qu'une 
faible dot, beaucoup d'esprit et de talent, une belle figure, 
de la douceur, mais peu de cœur, comme on le verra 
plus tard. Luce s'engagea à lui constituer un douaire de 
60.000 francs; il lui fit une riche corbeille de mariage; 
mais il dut adopter la nationalité prussienne comme atta- 
ché d'ambassade, et c'est à ce titre que la cour de Berlin 
rappela de Londres en 1796. Il s'embarqua sur le Prince 
de Galles à Yarmouth, le 6 juin. Ce bâtiment ayant été 
capturé par une frégate française, la République^ il fut 
conduit à Flessingue. Sa femme ne l'avait pas suivi, 
parce qu'elle était enceinte. Elle lui écrit d'abord les let- 
tres les plus tendres. Mais voici que le 22 mars, elle lui 
déclare qu'elle ne veut plus vivre avec lui, qu'elle ne 
s'accommode pas avec son caractère, qu'enfin elle va de- 
mander le divoi'ce. Le père l'y poussait. On lui disait qu'il 
était bien étonnant qu'il eût marié sa fille à un révolution- 
naire. Le comte Luce Gaspari réclama devant les tribu- 



NOTES ADDITIONNELLES 415 

naux et le procès était engagé, lorsqu'il dut se rendre en 
toute hâte à Constantinople pour des affaires de fortune de la 
plus haute importance. 11 apprit la, par les journaux venus 
de Berlin, que la Haute-Cour de Berlin avait prononcé 
le divorce, attendu que ledit comte était d'un caractère 
rude, qu'il n'avait pas donné le douaire promis, etc. 

En vain Gaspari écrivit à la Cour de Prusse que dans 
ce temps même la République française s'était emparée 
de Gènes où se trouvaient ses valeurs, que ses biens 
avaient été séquestrés en Corse et à Grasse, quoiqu'il 
n'eût pis émigré. Comment réviser ce qui avait été 
jugé par la Haute-Cour ? Jugez si l'on pouvait se trouver 
dans une position plus critique. Le prince Ypsilanti, en 
1799, le prit p3ur son secrétaire d'Etat dans la principauté 
de Moldavie et le nomma ministre des affaires étrangè- 
res. Les Français qui vivaient en Valachie et en Moldavie 
lui durent beaucoup à cette époque troublée, par les soins 
qu'il prit de défendre leurs intérêts. Le changement opéré 
dans le Gouvernement français l'engagea à se rendre à 
Paris pour réclamer ses biens séquestrés ; et le prince 
appuya sa demande auprès du premier Consul, avec 
un congé de six mois. 11 était à Paris au mois de juil- 
let 1802. Le département de la justice ayant été réuni à 
celui de la police, il lui fallait attendre ; le temps de son 
congé expirait et il reprit le chemin de la Moldavie. 11 ap- 
prit à Strasbourg que le prince Ypsilanti avait été rem- 
placé par le prince Souzzo. Celui-ci lui conserva en Vala- 
chie le poste que lui avait confié Ypsilanti. En 1804, lors- 
que Bonaparte devint empereur, Luce tenta de nouveau 
auprès du Gouvernement français de se faire rétablir dans 
ses biens séquestrés; et ayant demandé un nouveau congé 
de trois mois, il partit de Bucharest pour Paris le 25 juin 
1804. 11 logea à l'hôtel du Bœuf blanc, boulevard Cerutti, 
5, du 10 au 18 juillet. Comme la Moldavie et la Valachie 
étaient sous le protectorat de la Russie et qu'une rupture 



416 NOTES ADDITIONNELLES 

venait d'éclaler entre Napoléon et l'empereur Alexandre, 
le général Luee Gaspari fut regardé comme un espion delà 
Russie. L'inspecteur général de la police et le commissaire 
du quartier arrivèrent à son hôtel le 26 octobre, à 6 heu- 
res du matin, saisirent ses papiers et le firent monter en 
voiture pour le conduire chez le ministre de la police et 
de là à Sainte-Pélagie, sans lui dire un seuUmot(l). Il ra- 
conte dans ses mémoires la première nuit qu'il passa dans 
la prison. < A peine étais -je couché que j'entendis des pas 
dans le corridor et une voix qui cria à plusieurs reprises : 
€ Qu'ai-je fait, grand Dieu, pour qu'on me fasse ainsi souf- 
frir ? Mon Dieu, mon Dieu, je me meurs. > J'entendis en- 
core quelques soupirs, puis plus rien. Jugez des pensées 
qui bouleversaient mon àme:Que vais-je devenir? > On le 
laissa languir ainsi plusieurs jours, sans qu'on s'occupât 
de lui. 11 écrivit trois fois au ministre. On le tenait 
même au secret. Enfin ordre fut levé et quelques temps 
après, 4 décembre, il eut la liberté, mais il doit sous trois 
jours, avoir quitté Paris et le territoire français. 11 s'en 

(l) Nota. — Extrait des registres du greffe de la maison de Saînte-Péli- 
gie, à Paris. Vol. 7, fol. 171. (Arch. nationale, Bibliothèque nationale). 

G brumaire, an XIII ;*28 octobre 1804)* 

« Appert le sieur Luco Gaspari comte de Believai, âge de 50 ans, natif 
de Grasse, département du Var, demeurant lors de son arrestation à Paris, 
boulevard de ('erutti, n» h, avoir été amené en cette maison ledit jour, en 
vertu d'un ordre de son Excellence le Sénateur Ministre de la police géné- 
rale signe, portant de le retenir au secret, comme prévenu de correspon- 
dance avec les ennemis de l'Etat. 

« Le 17 brumaire, an XIII (8 novembre 1804). Par ordre de son Excel- 
lence le Sénateur Ministre de la police générale le sieur Gaspari est retiré 
du secret. 

« Le 13 frimaire, an XMI '/i décembre 1804). Luce Gaspari a été trans- 
féré à la Préfecture de police par ordre de M. le Conseiller d'État, préfet de 
police, signé Dubois. Pour copie conforme à l'écrou de M. Gaspari comte 
de Helleval et délivré à sa réquisition à Paris le 7 septembre I8IG, signé 
Darels, contresigné Grandin, Germoar, Hayneval et Brûlé.» (Où à M. Pralon, 
employé à la Bibliotiiéque nationale. Paris 17 septembre 187.'». » 

(Arcli. de la Bibliothèque nationale de Paris, 27, n® 8286, 8287. Mémoire 
du général, comte Luce de Gasparis de Belval.) 



NOTES ADDITIONNELLES 417 

retourna à Bucharest. Au bout d'un certain temps, il s'a- 
perçut queles Valaques le voyaient de mauvais œil, comme 
français. Malade, il fut obligé d'aller prendre les eaux de 
Cronstadt. C'est dans ce temps-là que la politique russe, qui 
avait prévalu en Valachie,le fît définitivement jeter de côté. 

Souzzo eut la main forcée. Il lui promit pourtant une 
pension de 24^000 piastres. Luce Gaspari quitta Bucharest 
au mois d'octobre 1806. Il était de passage à Leipsick le 
13 octobre, la veille de la bataille d'Iéna. Il se flxaà Altona 
jusqu'à la fin de juillet 1807. Bientôt il se mit à récla- 
mer sa pension qu'on ne lui payait plus régulièrement ; il 
s'adressa en vain à la Cour de Russie, à la Cour de Cons- 
tantinople. « Repoussé de partout, dit- il, je m'abondonnai 
à la Providence. > 

Nous le retrouvons enfin à Paris à l'époque de la seconde 
Restauration. Un mémoire qu'il adressa à Louis XVIII, 
en octobre 1816, fut enfin accueilli, et si bien, qu'il obtint 
une pension de l'État, et même la croix de Saint-Louis. 

Après une vie si agitée, c'est chez sa propre fille qu'il 
trouvait une retraite. Madame la comtesse Luce de Gas- 
pari, après un second mariage de son père à Londres, 
avait dû quitter la maison paternelle avec sa fille, et 
vivre, elle aussi, dans un état voisin de la misère. Sa fille, 
non moins spirituelle qu'elle, eut le bonheur d'épouser à 
Paris, le littérateur Fournier, plus jeune qu'elle de sept à 
huit ans, fils du colonel Fournier. Cet écrivain connu par 
les ouvrages qui avaient pour iïives : Stniensèe ; U^ie 
Faute {1), pssse pour l'un des liltérateui's les plus nou- 
veaux et les plus élégants de notre temps. 

(I) Narcisse Fournier naquit à Paris, le 24 novembre 1803. Après aroir 
lait ses études à Henri IV, il se lia avec Arnould, auteur dramatique, et dès 
Tannée 1831, il donna à TOdéon Vflomme au masque de fer ; et au Théâtre 
des Vaudevilles, la Poupée. Il a composé pour presque tous les thi^âtres de 
Paris, soit en vers, soit en prose, plus de 50 pièces qui eurent du succès. 
Il a été décoré de la Légion-d'Honneur en 1866. 11 travaille maintenant dans 
la Revue Britannique, 

n 



41^ 3BOTE3 

Un d<s ienLers actes du général Gaspari fut de laisser 
5CIL hiernxze à un. membre de la famille de Gaspari. Il 
s'êcaîT îTiaTê esi IS» à ser%ir avec un Gaspari capitaine 
cocnzie IzL ians le résûneni de Picardie. C'était le con- 
reniiC'Cirei Ga^artzu issu d^une branche cadette exilée de 
Corse aa XM^ âecie par la République de Gènes, et éta- 
blie 'i-irs le coai:ai Veoaîân à la suite du maréchal d'Oma- 
no. Gâscarîn arait été envové à Tannée des Alpes, puis au 
Siège de ToaI<xi. où Bonaparte apprécia son talent. Mal- 
heareiLsemen: la maladie Tobligea de s^éioigner. Il alla 
moorir à r^ran^e, le T novembre 1793. Le cœur de Gas- 
parin fa; en^voyê à la Convention pour qu'on lui reudît les 
h:*aneurs funèbres. Quand Bonaparte arriva au faite de la 
f oissorice, il c»?aibLa de bienfaits les deux fils de Gasparin, 
et leur laissa même cent mille firancs par son testament. 
Notre comie Laoe de Gaspari, l^ua à M. le comte de 
Gasc-arin, s: n château de Corse afin que ce vieux berceau 
de leur commune Ëmiille continuât, dit-il, à appartenir 
à un personna^ qui en avait le nom. 11 avait 86 ans 
lorsque la mort L'atteignit, 59 janvier, 1840. 

Le Mc^iitz^ur lui consacre im long et élogieux article. 

< Sa more, dit-iU laisse de profonds regrets parmi tous 
ceux qui Tont connu pend:mt cette longue et honorable 
carrière, dont les fréquentes épreuves et la perpétuelle 
agitation n'avaient jamais ébranlé son courage, ou mis 
en défaut les ressources de son esprit. 11 était général, 
comte de Bel val, Lanari, Istria, ancien chambellan du roi 
de Poloirne, chevalier de Saint-Louis, Grand'Croix de 
Stanislas. Ses armes avaient deux lions dressés, portant 
une caisse de sable, avec des étoiles et une fleur de lis au 
milieu. > 

M. Joseph Luce dit que ceux de ses compatriotes qui 
l'avaient co:mu et qui se rendaient à Paris, allaient le 
visiter, < que c'était un beau vieillard, conservant, même 
octogénaire, la plénitude de ses tacultés intellectuelles. > 



NOTES ADDITIONNELLES 419 



II. — JEAN HONORE FRAGONARD. 

Jean Honore Fragonard, peintre du Roi, naquit, non à 
Paris, comme le disent Feller et Larousse, mais à Grasse, 
5 avril 1732.de François, marchand,et de Françoise Petit. 
Il fut baptisé le lendemain à TÉglise cathédrale par mes- 
sire Martin, curé. Jean Honoré Fragonard, son grand- 
père et Gabrielle Petit sa tante le tinrent sur les fonts. 
Son père, après lui avoir donné une bonne éducation, le 
plaça chez un notaire ; mais lui, finit, comme Boileau pour 
la poésie, par jeter de côtéla plume et prendre le pinceau. 
Il obtint enfin la permission de se livrer exclusivement au 
dessin. Il aimait à raconter que la nature en le poussant 
à la vie lui avait dit avec malice : t Tire-toi d'affaire, 
comme tu pourras. > En effet, il mit la leçon à profit, et 
quoique disciple de Chardin Vanloo et surtout de Boucher, 
il se forma lui-même par son travail ; qui plus est, il se 
créa un genre à lui. S'il participa à quelques-uns des 
défauts de Boucher, en ayant trop d'affectation dans la 
distribution de ses groupes et dans l'exposition des figures, 
il raisonna mieux ses compositions, et y montra plus de 
noblesse et de poésie. Boucher affectionna son élève, qui 
travaillait à son atelier plus de quinze heures par jour, et 
lui donna des soins tout paternels. Proclamé grand prix de 
Rome, Honoré dut partir pourl'Italie, accompagné de son 
intime ami, l'abbé de Saint-Non. Boucher lui dit entre 
autres choses : t Frago, tu vas voir les chefs-d'œuvre de 
Raphaël et de Michel-Ange ; si tu prends ces gens-là au 
sérieux, tu es un homme perdu. .^ > Il touchait juste. 
€ L'énergie de Michel-Ange, nous dira, en effet, Frago- 
nard. m'eTraya. J'éprouvais un sentiment que je ne pou- 
vais rendre. En voyant les beautés de Raphaël, j'étais 
ému jusqu'aux larmes, et le crayon me tombait des mains. 
Je restai quelques mois dans un état d'indolence que je 



420 NOTES ADDITIONNELLES 

n'étais pas le maître de surmonter, lorsque je m'attachai 
à Tétude d'autres peintres qui me donnaient Tespérance 
de rivaliser, un jour, avec eux. C'est ainsi que Baroche, 
Pietro de Cortone, Solimène et Tiepolo fixèrent mon 
attention. » 

Il y a quelque chose de touchant dans cette défiance de 
soi-même mêlée d'admiration. Pourtant il eût été heureux 
pour l'artiste qu'il espérât davantage dans son propre 
génie. Ah ! confié aux soins de Vien, de David, de Girodet, 
la France comptait un peintre de premier ordre de plus. 
Mais la granda peinture n'était pas dans le genre de 
Fragonard. Notre artiste, jeune, sensible, d'un caractère 
jovial, donna quelque tem;>s à la satisfaction de son goût 
pour le plaisir. 11 se mit à parcourir, avec l'abbé de Saint- 
Non, le sud de l'Italie. C'est à cette occasion que fut 
publiée 11 magnifique édition d'un voyage pittoresque de 
Naplesetde Sicile en cinq volumes in-folio. 

A son retour d'Italie, il entreprit, pour sa réception à 
l'académie, un tableau représentant Corésus et Callirhoé. 
L'artiste voulut se surpasser : il s'enferma dans son ate- 
lier, où profonilément pénétré de son idée, il exécuta un 
tableau dans lequel on admira une belle ordonnance et 
surtout des effets de lumière, non- seulement piquants, 
mais encore dirigés avec adresse. L'ouvi'age eut un grand 
succès et fut agréé avec distinction par les académiciens. 
Fragonard commença dès lors à avoir une grande vogue, 
et vit son atelier fréquenté par les plus riches amateurs. 
Le duc de Granimont lui commanda une Visitation de la 
Vierge, œuvre médiocrement réussie. 

Aussi notre peintre renonça-t-il aux sujets historiques. 
En ce temps, o:i le goût, aussi corrompu que les mœurs, 
prostituait les arts, où Boucher tenait le sceptre de la pein- 
ture, notre Fragonard, comprenant combien il lui serait 
difficile d'occuper la première place, s'il consacrait exclusi- 
vement ses pinceaux aux grands genres^ sacrifia la gloire 



NOTES ADDITIONNELLES 421 

au plaisir et au badinage, s'adonna au genre erotique, si 
bien qu'il devint le peintre à la mode. Ses petits tableaux et 
ses dessins lavés au bistre, si remarquables par des pen- 
sées neuves et ingénieuses étaient enlevés dès qu'ils 
voyaient le jour. Chacun se disputait à l'envi ces produc- 
tions frivDles, et les amateurs, qui encombraient son ate- 
lier, le pressaient de dessiner devant eux des scènes qui 
amusaient et charmaient tout le monde : arrangement 
incroyable, vérité inouïe, forme exquise, tels sont les 
caractères de ces compositions originales. Seulement, ils 
font rougir la pudeur ; ces tableaux se regardent, mais ne 
se décrivent pas. 11 fit paraître, à cette époque, la Fon- 
taine d'Amoicrj le Sacrifice de la Rose^ et le Serment 
d'Amour. 11 peignit pour le marquis de Verri, une toile 
dans la manière de Rembrandt, représentant V Adoration 
des Bergers ; et comme l'amateur lui en demandait un 
second pour servir de pendant au premier, Fragonard, 
croyant faire preuve de génie par un contraste bizarre, 
lui fit un tableau libre et passionné connu sous le nom de 
Verrou. On ne peut se dissimuler que les compositions 
licencieuses de cet artiste n'aient souvent effarouché la 
vertu et alarmé l'innocence. Tout en admirant le peintre, 
on ne saurait louer le talent dont le résultat allume les 
passions mauvaises et tend à la démoralisation. 

En 1775, il se mit à peindre le salon de M"* Guémard, 
son amante. Il la représenta en Terpsichore avec tous les 
attributs qui pouvaient la caractériser de la manière la 
plus séduisante. On raconte que les tableaux n'étaient pas 
encore terminés» lorsqu'on ne sait pourquoi, la demoiselle 
se brouillant avec son peintre, en appela un autre. Frago- 
nard fut donc éconduit ; mais envieux de savoir ce que 
devenait son ouvrage entre les mains de son succes- 
seur, il trouva le moyen, quelques temps après, de s'in- 
troduire, pendant que l'atelier chômait. Apercevant 
dans un coin une palette et des couleurs, il imagine 



e àazrç îe ^Kven de » renger. En quatre coups 
à» atu^Kki. il -sSice > soarire des lèvres de Terpsîchore 
« "jMr iccre r-îx?cessîon de la colère furieuse, sans 
fjssi :cér TiilnMirs ia portrait de sa ressemblance, quoi- 
^tH ^i: ^i.rrcit2iî Tooohê aox yeux. Cela fait, il s'esquive 
a;x 51:25 T*.:iî. Le ziLiicorToalnt que M^^uémard arrivât, 
^e-ciitkiie* ;::iâù^:i«âs îsâtants aiprès avec plusieurs de ses 
sziîes :ii vimaàsi: j^iger du talent du peintre. Quelle ne 
fx: rass sec inîiï^^aàjiu en se Tovant défigurée en furie ! 
yjLi^ Pl:c5 s& ectfère àriaa, plus la caricature devint res- 



Ce :*ii rj««en5e I« oorrages de Fragonard, c'est une 
scc« ie TTTîijrLe « ôe Éieràe. Poortant il touchait tour à 
tiTor <es rbio^^:ix s&s^ oser en [tendre un d'une main as- 
scrw : 51^ r«îi::imr« se nsssentent de cette indécision. 
Soc scv j^ esc xcrvabîe* m^ point déterminé ; son desân 
inct^eux* r«,Hi irrtète : sa couleur &ctice et sans vigueur ; 
eîle n>^seci?te JL :ire Tsçeor aérienne qui aurait emi»iinté 

II AT-ii: êce zorT:è r^!:tre du Roi et en touchait la pen- 
si:r:: il niar.'Cjd: à La f.^ctune: et quand il fut Tamant pré- 
fère ie M * G-J^eci^iri, fl nageait au sein de l'opulence ; son 
ch-fcii- c vjù: s«:i*r ie r.xses^ Arriva la Révolution qui lui 
ecl^vsi <es res^xin>?s : il ne p^eignit plus, il dut même se 
cafcrher- Il ec: f,ù:i:, ti eut nroii.îa vi^llesse vint, la mala- 
die eî :a n::r^> L nioc:niî à Psuris le 2? août 1806, âgé de 



« t 



Au;oari"r.uî oc est A ia recherche des Fragonards. L'ar- 
tisîe n: .:or. ;5 I>^iise oathedraîe. où il avait été baptisé et 
où son èls EvAr^e aval: rvou aussi le baptême, du Lave- 
me < f t>- £ j> :V qui se trouve dans la cfaapdle du Saint- 
Sacrement. 

Oa voit aussi les l>?Iîes p^râtures dont il a décoré sa mai- 
son paternelle, aaxxirvi^hji mais.^n Malvilan. Le baron Is- 
nani po^ède quelques-mces de ses toiles. On pense que le 



NOTES ADDITIONNELLES 423 

grand tableau du maître-autel de la Charité est un Frago- 
nard (1 ). Nice a quelques Fragonards. On voit un portrait 
de l'acteur Garick, chez la comtesse de Castellane (rue 
Bvési); une Bacchanale j petit chef-d'œuvre, chezM»°®la 
comtesse de la Luzerne (promenadedes Anglais). En 1875, 
j'ai rencontré des Fragonards chez le docteur Barelli (place 
Garibaldi) et chez l'abbé Mouriés. Un officier du 111* avait 
exposé un Fragonard dans la galerie Porta'.lier, en 1877 : 
c'étaient deuw Mendiants^ simple ébauche des premiers 
temps de notre artiste (2). Mais celui qui soit à Nice, soit 
à Paris, possède la plus riche collection de Fragonards, 
c'est M. Walferdin. On y admire, entre autres, un portrait 
bien ressemblant de Diderot, 

Fragonard était marié à Marie-Anne Gérard, fille 
d'un parfumeur, dont il eut Alexandre Évariste, aussi 
peintre distingué. Voici l'extrait de baptême : < Aujour- 
d'hui 2ô octobre 1780. a été baptisé Alexandre Évariste 
Fragonard, fils du sieur Jean-Honoré, peintre du Roi et 
de demoiselle Marie-Anne Gérard, son épouse. Messire 
Mougins de Roquefort, curé de la cathédrale a fait le bap- 
tême. Le parrain a été Alexandre Maubert, négociant, la 
marraine demoiselle Marie-Catherine-Rose Mercurin, 
épouse de Pierre- JosephCamatte, absent. Le grand-père 
paternel a signé. Signent Maubert, Mercurin, Camatte, 
Fragonard, Magdeleine. 

(1) La Tille de Grasse possède des tableaux de maître. Â la Cathédrale, il 
y a une belle Assomption de Sublfiras, espagnol] une toile estimée de M. 
Nègre, grassois. professeur au Lycée de Nice et inventeur de la gravure hé- 
liograpliique, c'est saint Antoine ensevelissant saint Paul, ermite. Le lion 
est là qui creuse la fosse. Ce tableau est un original. 

A Tbôpital, trois Rubens, dons de M»« de Thorenc ; deux autres beaux ta- 
bleaux, dons de M. Perrolle ; d'un Jugement dernier de Gué, donné par le 
Gouvernement en 1841. MM. Roubaud, de Fontmicbel, baron Isnard, etc., 
ont aussi des tableaux de prix. 

(2) Celte notice de Fragonard est extraite de nos recherches particulières 
et des notices Biographiques de Michaud , Feller, Larousse ; des Éphé- 
méridis universelles, etc. 



: li» fc r 



7*s: «ms rînnr h ttutjbk^ qae Marguerite Gérard, 
a»2]rtrr -^Jji— iijtfmf- Di^rk ses kiraos. Elle était née à 
*I-nasf e: l^rl rn- Ji&iiir Ginnsé' Gérard, fiarfumeur et de 
«•t-Li^ir—KLrjr- ïLrr n'HETTi àGr^ftssc le l** janvier 1822. 
E*-i-n-:- JL *.t^Lr :e Îl"= FrBXtoïkrd i Marie-Anne Gérard'? 
T.ùiL «m nr-i jf "ntTr.ièEifc- 4 Le i^ ^îanvier 1761, a été 
t:Kr2îerlt>rrierrkr v»=rari. ÊLe do âeur Claude Gilette 
\yzTh^'L ZihizzzL'i^z t^ jiTir Marie son ^M>use. Le parrain 
i-r^Hio:?^ isL-*-rL zie^;«£âar.î, « ia mairaine. demoiselle 
MîTiri'er:":^ 'jrvr.vf ;v^« sxi «tinsse. Oni âgné Gérard, H. 
isL.ir:< vri-Tir:. .^ii^L^iziîre* Isc^arxi. L'abbé Chérv a fait 

— «r 

ie *îiJ.r:r'Il.r- ► 

Frj^: -iri .Vl^xî'-irr-E^rarisse, peintre et sculpteur, né 
à OriïSf , 'j^.-nzi.t' :i>:i> /3t :4is dit, 26 octobre 1780, mou- 
r-îî?iris> !■> lii-vrSilTe 1>&J. Élève de DaAid, son 
Bûâiirr iisii; •f-r' 1 -i : < E v a de l'huile dans cette lampe.> 
E ï>e se :r: :r::*i:: î:a5. Il exî>:«5» pour la première fois, au 
Sali-Li d-e 1S2^>, Fratçiis 1^ armé chevalier par Bayard ; 
H^irl IV e: Su/.v or.e2 îa telle Gabrielle. 

Eq 1S23, .es ' our^e.'is de Calais, Marie-Thérèse pré- 
se-c^int 5*:»Q fis aux Hon^n:«is. 

En IS^- Frai:ç»>is 1'% recevant les tableaux de Prima- 
trice. 

En lS>î, Franç^vis I*^' à Marignan. 

En 1S42, fîinéraiîles de Mazzaniello. 

Il travailla avec s*3q fils Théophile, dans les dernières 
années f»our la manufacture de Sèvres. 

Il est malheureux fK^ur Fn^gonard Evariste, que le père 
ait éclipsé le fils. Le génie frivole de notre siècle a remis 
en faveur, depuis un certûn nombre d^années, les tableaux 
de Fragonard jère, et Ton ne pense pas à son fils. Évariste 
d^fpensa aussi son temps à des travaux pour le premier 
empire. Quaiid vint la Restauration, on laissa de côté les 
œ:ivres impériales. Pourtant la Restauration fit Évariste 
Chevalier de la Légioa-d'Honneur, 1823 ; elle le char- 



NOTES ADDITIONNELLES 425 

gea aussi de décorer le fronton de la Chambre des Députés, 
C'était la loi s'appuyant sur la force et la justice. 11 devait 
encore décorer la façade de la Madeleine, lorsque la Révo- 
lution de 1830 éclata. Enfin il travaillait à un ouvrage 
considérable, et il avait déjà fait beaucoup de dessins et de 
gravures; mais, tout resta en chemin. Quand les journaux 
annoncèrent sa mort, en 1850, on le croyait mort depuis 
vingt ans, dit son biographe. 

La Préfecture de Nice possède dans ses salons un 
tableau de Fragonard Évariste. 

Son fils, Théophile Fragonard, a commencé à exposer 
en 1831 . H se trouvait à Grasse pour l'inauguration de la 
statue de son illustre aïeul [22 août 1877.) C'est aussi un 
peintre de mérite. 

III. — BARRIÈRE DE SAINT-JEANNET 
Membre de la Législative. 

Barrière, notaire de Saint-Jeannet, qui faisait les affai- 
res, des Villeneuves-Tourrettes, eut deux fils. Barrière 1®% 
Taîné qui eut le majorât avec le notariat, et le second qui 
embrassa Tétat ecclésiastique et parvint par son mérite à 
être aumônier du duc d'Orléans. 

Notre Barrière II eut deux fils, dont Tun restera notaire 
à Saint-Jeannet, et Tautre ira rejoindre son oncle Tau- 
mônier à Paris, où il apprendra le métier d'orfèvre, s'éta- 
blira et deviendra la tige des Barrière dont est sorti le 
littérateur Louis Barrière. 

Barrière III, aussi notaire à Saint-Jeannet, eut quatre 
enfants, l'aîné qui sera bénédictin de Saint-Maur, le 
deuxième prêtre, le troisième, notre membre delà législa- 
tive, et le quatrième, propriétaire à Saint-Jeannet. Bar- 
rière m, à la mort de sa femme, vendit sa charge, et entra 
dans l'état ecclésiastique. 

Son fils aîné, le bénédictin de Saint-Maur, fit ses études 



<»:MMiè(B:vV' 4 



m !^»Iei°^ ie yi^^Tirr^ i E*^rfJ5u Arant ca la place de 
irsnirrr laiL* a .*îiUï&f. i oôcâu: 'a •iécoration qu^on don- 
nair ii irrmit^. -r m iai ie l"i::ratA?r à sa boutonDÎère, 
i îe jur i a !-:iiia-^ : !e l'ii «éconru bta*icoap ses cama- 
mùf*. ^ T-i^ Jiiùrr«. 4 Fourrai:! àÏKs-Tocs cela ? lai diU 
ic. — iiznaLeir. "^j*: iiiîit:-iL '^"«c pxir ne pas la jerdre. > 
1 ae !-::â=:i itiis f :«!*!a.;er «^cnsc^nimeat la première plaoe. 
iu.intî lirrr^i ;i ^iat:»f r«*v:i!iâoa, ilTinî Tirreà Saint- 
•eiiLit^ i.1 niliea iesîslrv?»^ .|r--xi œ qainait jamais. 

Là frrir T^nre^eacrnc f n «A«rf 'fn directoire de Saint- 
ForiL fîi l'^s'^j : ':(iii* l'zi i-fs sifmixiLscracears et or?a- 
isîiCv«ir5 ri zraTfmeni^HLî Françrû? à Nice, de 1792 à 
I7-H. > rouie i la. >.pïî:iiT"e. e'-csc lai qai ea pleine tri- 
*?*i:ie. '±z -id TarjjLi" :e Bi:ca?arte : < J^aime le consaly 
211:5 ;e T'i:me p;i5> '?:ca?2la". > Le premier coa^ol ne le 
l"i ra:*i':cLza c.?^. Il r-fvr.-i ea Teavorant à Naples^comme 
iirwCvHir :e? Il cn;.Û2es. Après Li Restauration • il vécut à 
C.i5C.f[".Ar.e* :fi il t:t-.u-: 5«^iit^»ïi!: le marqois d*Eoulx, son 
izn. Sx :i'i5 ircoe :*^y: paùoa -ecaii iacalture de son petit 
;jLr-±i. Il To^sRii: ;»:cir un rêpTbli'.^iin modéré, franc et 

3".— LES O-MTSS THACnJC DE SJLDîT-AXDfBUÊ ET DE REVEL. 



ThA>:i Ch\rl-es-Frti:rooîs, comte de Revel et de Saint- 
An irv. rui .iiii: à Nîoe Le iS tevrier 1725- Sîi famille serait 
orl^.n \ire »rEot:sse : el'.e descendrait d' im jeuiie page 
éco«5sûs qui suivi: ea Fronce Marie-Stuart, lorsqu^lle vint 
êp«?user Fnico-^is I**^. Au XMIl* siècle, Pierre-Antoine 
Tha n, eoiyerde Lantos«jue* épouse Cassandre de Cha- 
hau'ï, nlle de Henri de Chabaud, comte de Tourrettes, et 
de Martin de Laugier. En ltî65, il transige avec les co- 

^ i'ix e:z 43 ^}'!eze de Vesin* poor élèves trois de ses petits ncTcox 
qui soat ujoard'liai eUbUs à Marseille. 



NOTES ADDITIONNELLES 427 

héritiers du comte de Tourrette pour le fief de Tourrette- 
Chabaud. En 1687, Pierre-Antoine et Gaspard Thaon, 
gentilshommes de Lantosque, obtiennent Tinvestiture des 
fiefs de Saint-André et du Plan de Revel, et l'érection de 
ces fiefs en marquisat et en comté. Pierre fut marquis de 
Saint- André, et Gaspard, comte de Revel. Celui-ci eut 
plusieurs fils, dont l'un fut père de Charles-Pierre, et les 
deux autres chevaliers de Malte. Charles-François fut 
élevé à l'académie royale de Turin, en sortit en 1740 
porte-enseigne dans le régiment de Saluce ; fut lieutenant 
en 1741 dans le régiment de la marine ; se distingua dans 
les campagnes de 1743 à 1747 ; reçut son brevet de lieu- 
tenant-colonel en 1768 ; de colonel en 1771 ; de brigadier 
en 1774, et de major-général, l"" décembre 1780. Le roi 
Victor-Amédée lui donna en 1781 le gouvernement du 
comté de Nice, où il se fit chérir. Lieutenant-général en 
1783 ; il fut envoyé en Sardaigne avec le titre de vice-roi, 
l*"" mai. Il commanda un corps d'armée dans les Alpes- 
Maritimes en 1792. Son fils Ignace, qui était ministre du 
roi de Hollande, vint se ranger sous ses ordres. Son autre 
fils servit dans le régiment de Nice, puis dans le régi- 
ment de Suse en 1793. 

Nous avons dit le courage qu'il déploya à l'armée des 
Alpes, et comment le feld-maréchal de Wins le supplanta. 
En 1797, devenu gouverneur de Turin, il montra autant 
de fermeté que de prudence. En 1798, gardé à vue par 
nos troupes d'occupation, il vit emmener en France ses 
deux fils comme otages. Pour lui, il parvint à s'évader,en 
mai 1799, et fut nommé parle roi, lieutenant-général dans 
ses États de terre ferme, avec plein exercice de l'autorité 
royale. Après Marengo, il se retira, lui et ses deux fils, à 
Livourne. Vénéré de tous, il mourut pieusement le 14 
décembre 1807, à Cagliari, où est son tombeau. 

Joseph Alexandre, son fils aîné, nommé colonel du ré- 
giment de Suze en 1793, suivit son père avec distinction. 



428 NOTES ADDITIONNELLES 

En 1798, il fut conduit avec son frère comme ôtdge,à 
Grenoble, puis à Dijon. Tous d'eux, s'évadèrent, la même 
année. 11 eut le grade de général d'infanterie en 1812; il 
mourut, en 1820, gouverneur de Turin et inspecteur géné- 
ral des armées du roi. 

Ignace, chevalier de Revel, diplomate distingué, com- 
me nous l'avons dit, revint de Hollande rejoindre son père 
à l'armée des Alpes-Maritimes. 11 conduisit à Tpulon,ea 
1793, les trou[)es piémontaises, ayant le titre de lieute- 
dant-colonel. Le ministre Pitt, au parlement d'Angleterre, 
loua la valeur du chevalier de Revel, quand le général 
Ghara fut fait prisonnier. Le 9 août 1794, il était colonel 
du régiment de Nice, puis quartier-maître général du 
corps d'armée que commandait le duc d'Aoste. Il eut le 
gouvernement d'Asti, pendant que son père gouvernait 
Turin. Nous avons vu qu'il fut pris aussi comme otage 
avec son frère en 1790. Le roi le nomma gouverneur de 
Gènes en 1814 ; puis vice-roi de Sardaigne, gouverneur 
de Turin ; il fut chargé du gouvernement provisoire dans 
la révolution de 1821. 11 est mort le 25 janvier 1831. 
Esprit, courage, prévo3\ance, voilà la devise du chevalier 
de Revel. On a de lui, imprimé, son testament politique, 
ouvrage remarquable.il était intimement lié avec le comte 
Joseph de Maîstre. 

V. — FAMILLE D'aUVARE. 

Comme nous avons emprunté beaucoup de documents 
au manuscrit de M. le général d'Auvare et que cette fa- 
mille a joué un rôle important dans le comté de Nice, nous 
avons cru devoir en donner aussi la notice, d'après les 
renseignements puisés dans la famille même. 

La maison de Corporandy d'Auvare établie dans la ville 
de Nice, est propriétaire à Cimiez et originaire de La 
Croix ( Alpes-Mai itimes). Cette commune de l'aiTon- 



NOTES ADDITIONNELLES 429 

dissement de Puget-Théniers a appartenu à différentes 
époqnes tantôt à la France, tantôt au Piémont et c'est 
pourquoi les membres de la maison des barons d'Auvare 
ont servi alternativement la France et le rovaume de Sar- 
daigne. C'est au Château de La Croix, berceau de la famille, 
que cette famille habite encore aujourd'hui pendant l'été. 
La Croix, située sur une éminence, fut d'abord un Chà- 
teau-fort des Templiers autour duquel s'établirent dif- 
férentes familles, entre autres, celle de Corporandy. Après 
la suppression de l'ordre, La Croix appartint, partie aux 
chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, partie aux Ville- 
neuve-Beauregard. En 1705, Louis Corporandy acquit de 
Villenueve-Beanregard ce qu'ils possédaient à Auvare et 
à La Croix et il en reçut l'investiture, avec le titre de comte 
en 1705. (Brevet du Roi, 3 mars 1705). Voici l'arbre gé- 
néalogique de la famille : 

I. Nicolas de Corporandy, lieutenant du juge, père de 
Jean. 

II. Jean qui succède à son père, comme lieutenant du 
juge, dontLo^iis. 

III. Louis, seigneur d'Auvare, qui en 1705, a, le premier, 
le titre de baron d'Auvare et le passe à ses descendants. 11 
a pour fils André. 

IV. André, baron S'Auvare, licencié en droit à l'univer- 
sité d'Aix, préfet de Barcelonette (1) et conseiller du Roi, 
eut de son mariage avec noble demoiselle Hermione de 
Amicis, deux fils: Claude et Joseph-Gaspard, né en 1722 
à La Croix. André donna l'hospitalité en 1743 à Dom Phi- 
lippe et en reçut son portrait et une médaille d'or. 

V. Joseph-Gaspard, seigneur de Verrayon, lieutenant- 
général au service de la France, chevalier de Saint-Louis, 
ingénieur en chef à Antibes en 1778 ; il passe de là à la 

(1) Arch. de la Préfi'cturc de Nice. Intendance de Grasse S. G. Lettres de 
M. d'Anrare, gouverneur de Barcelonette (22 mai 1759 et 28 juillet 1760 
poor les trataux aux fortifications d^EatrcYaux et de Guiliauines). 



430 NOTES ADDITIONNELLES 

circonscription d'Entrevaux en 1780.11 resta célibataire et 
mourut à La Croix en 1804. (Le flef de Ver rayon lui avait 
été apporté en dot par sa femme Hermione de Amicis.) 

VI. Claude, baron d'Auvare, coseigneur de La Croix, li- 
cencié en droit de la Faculté d'Aix, jurisconsulte distin- 
gué, subdélégué de l'intendance de Provence, eut de son 
union avec Marie de Chabaud, trois fils : Joseph-Félix, né 
à La Croix en 1760; Auguste d'Auvare qui prit du service 
en Prusse ; Paul, le lieutenant-colonel qui commande la 
province de Biéla, chevalier des SS. Maurice et Lazare. 

VII. Joseph-Félix, baron d'Auvare, major-général, che- 
valier des SS. Maurice et Lazare, eut de son mariage avec 
Antoinette d'Etienne du Brugnet trois fils : Charles-Mar- 
cellin, Auguste le vice-amiral, chevalier grand'croix des 
SS. Maurice et Lazare, commandeur de l'ordre de la Cou- 
ronne d'Italie; Alexandre, lieutenant-général, grand-offi- 
cier de l'ordre desSS. Maurice et Lazare, commandeur de 
l'ordre de la Couronne d'Italie, lequel épousa la comtesse 
Marie- Visconti. 

C'est le général J.Félix qui a laissé le manuscrit que nousa 
prêté son fils, le général Marcellin.ll estmortàNiceen 1846. 

VIII. Charles-Marcellin, baron d'Auvare, major-général, 
commandeur des SS. Maurice et Lazare, officier de l'ordre 
de la Couronne d'Italie, a eu de son mariage avec noble 
demoiselle Angélique Vitale de Pallières, trois fils: Louis, 
officier au régiment des lanciens de Novare ; Alexandre, 
officier d'artillerie ; Casimir, lieutenant dans la garde mo- 
bilisée, au service de l'Italie. 

La Biographie Niçoise de M. Toselli, d'après les notes 
de M. le baron, général d'Auvarre-Marcellin, a consacré 
deux notices spéciales aux généraux Gaspard et Félix. 
Nous les analysons ici. 

Joseph-Gaspard d'Auvare, sieur deVerrayon, naquit 
à la Croix, le 1" juin 1722, d'André Corporandi, baron 
d'Auvare, et d'Hermionne de Amicis. C'était le fils cadet 



NOTES ADDITIONNELLES 431 

d'André, préfet de Barcelonnette depuis 1726. La Croix 
appartenait à la France, et ce n'est qu'en 1760, à l'époque 
du traité de délimitation, qu'elle fut annexée au Comté 
de Nice, en échange d'autres pays. Gaspard, après avoir 
fait de bonnes études mathématiques à la célèbre école de 
Mézière, entra en 1745, comme volontaire, dans le corps 
de génie français, sous le nom du sieur de Verrayon. 11 se 
distingua aux combats de Tanaro et de Bassignano, le 25 
novembre 1745, aux sièges de Tortone, d'Alexandrie, de 
Valence et de Casai, où il fut, dans un assaut, blessé à la 
tète par un éclat de bombe. 11 servit comme aide-de-camp 
du général de Mailly ; et le 14 octobre, 1746, il fut nom- 
mé lieutenant dans le régiment d'Aquitaine. Ingénieur 
ordinaire l**" janvier 1750, il eut le grade de capitaine le 
28 octobre 1754. En 1770, il fat nommé chevalier de 
Sains-Louis, par décret de Fontainebleau, 13 novembre. 
En 1773, nous le trouvons ingénieur en chef à Antibes, où 
il exécute différents travaux, soit pour le gouvernement, 
soit pour la ville. 11 passe ensuite à Entrevaux. En 1788, 
9 mars, il reçoit sa nomination de maréchal de camp. 11 
est l'objet d'éloges particuliers au camp deBeaucaire, il se 
distingue en Westphalie et sur le Rhin ; à l'île d'Oléron, 
et enfin en Corse. 11 comptait sept cimpagnes, quinze 
tranchées, une blessure glorieuse lorsqu'il fut nommé, le 
8 mars 1793, général de division à l'armée des Pyrénées- 
Orientales, a C'est dans les moments de crise, lui écrivent 
les représentants du peuple, que les hommes de talent se 
doivent à la Patrie. Persuadés de trouver en vous, citoyen 
général, le chef qui convient dans cette partie de la Répu- 
blique, nous n'hésitons pjis à vous y appeler. Hàtez-vous 
de répondre à notre vœu. Vous vous mettrez à la tète d'une 
armée qui a déjà en vous la plus grande confiance, et qui 
brûle du désir de combattre et de vaincre. Gaspard se 
rendit à Perpignan que menaçaient les Espagnols, refusa 
le commandement en chef, et concourut puissamment avec 



432 NOTES ADDITIONNELLES 

Figueiras à nos victoires. Après avoir obtenu sa retraite, 
il revint à Entrevaux, où il ne songea plus qu'à son salut 
et aux actes de charité. Il finit pieusemment ses jours à 
La Croix, 1*' mai 1804, à Tàge de 82 ans. 

Joseph-Félix, baron d'Auvare, son neveu, naquit aussi 
à La Croix en 1763. Il était fils de Claude, baron d'Au- 
vare, frère aîné de Gaspard de Verrayon, et de Marie de 
Chabaud. 11 adopta, ainsi que son frère Paul, la nationa* 
lité italienne. Après avoir fait de bonnes études au collège 
de Marseille, où il remporta le premier prix Matignon, il 
prit du service dans Tarmée de Victor- Amédée, et fut 
nommé en 1783, sous-lieutenant au régiment de Nice. 11 
se distingua dans les guerres des Alpes-Maritimes, au 
Raous, au Brec d'Utelle, 1793 ; à Saint-Véran, où il sauva, 
en 1800, le général autrichien Garoup. En 1815, il passa 
major ; lieutenant-colonel en 1817; colonel en 1821, et 
gouverneur de Sanremo ; en 1826 , gouverneur de 
Savone. 11 était aussi bon capitaine que littérateur et 
écrivain distingué. Il a laissé des manuscrits intéressants 
que possède son fils le baron MarceUin. Quand son oncle 
servit en 1793, du coté de la France, on pensa bien qu'on 
ne pouvait lui donner un commandement dans les Alpes- 
Maritimes contre son neveu et contre ses concitoyens. 11 
est mort à Nice, en mai 1846. Le baron Félix d' Au vare 
avait aussi toutes les vertus héréditaires dans sa famille : 
bonté, piété et bienfaisance. Ses fils, Marcellin, Tamiral 
Auguste, et le lieutenant-général Alexandre, marchent 
sur les traces glorieuses de leurs ancêtres. Le tombeau 
de la famille d'Auvare est à Cimiés. 

VI. — MONSEIGNEUR COLONNA d'iSTRIA, ÉVÉQUE DE NICE 

ET LE CHANOINE DE CESSOLE. 

Jean-Baptiste Colonna d'istria , naquit à Bëchisano 
(Corse), en 1758, de Tillustre famille italienne des Colonna, 



NOTES ADDITIONNELLES 433 

qui avait fait branche en Corse sous le nom d'Istria. Il 
était allié à l'empereur Napoléon. Il fit ses études théolo- 
giques à Aix en Provence, où il fut ordonné prêtre. Les 
troubles de la France le forcèrent de se réfugier à Rome. 
Nommé évêque de Nice, en 1802, il fut consacré à Paris, 
le 1 1 juillet 1802 ; et arriva dans son diocèse, le 4 septem- 
bre. Il fit son entrée solennelle, le dimanche suivant, au 
miheu d'un grand concours de peuple. Il se mit aussitôt à 
l'œuvre de la réorganisation de son diocèse. 

Monseigneur Colonna était la charité personnifiée. Il ne 
pouvait refuser à un pauvre. Imitant lui-même la pau- 
vreté du Divin Maître, il se privait de tout pour venir en 
aide aux malheureux. Aussi, sa nourriture, son ameuble- 
blement étaient des plus simples. Jamais il n'allait en voi- 
ture. Il avait à peine une couverture pour son lit. Le roi 
ayant appris qu'il se trouvait dans un état voisin de l'in- 
digence, lui envoya, sur sa cassette, une somme de 4,000 
francs pour qu'il se meublât convenablement. Tout cet 
argent s'en alla aux pauvres. Le roi lui ayant envoyé des 
effets, de la vaisselle, il vendit tout. On parle surtout 
d'une couverture qu'il avait donnée pendant le rude hiver 
de 1820. On la vit à l'étalage d'un brocanteur, on la 
racheta et on la reporta à l'évèché. L'évêque ne put pas 
la garder ; on la lui racheta encore, et ce manège se 
répéta plusieurs fois, jusqu'à ce que la charité de l'évoque 
l'emportât victorieusement. Le roil'engageait unjour àse 
servirutilementpour lui-même de ce qu'il lui remettait: 
€ Sire, répondit-il, je place ce que l'on me donne à inté- 
rêt. Et puis je ne suis pas tranquille tant que j'ai quelque 
chose dans mes appartements, car tant de pauvres n'ont 
rien. On me donne, je donne. > Et le roi se mit à rire. 

Ses domestiques, voyant qu'il n'avait plus de linge, lui 
achetèrent un jour de la toile. Mais pendant qu'ils étaient 
allés chercher l'ouvrière, la toile avait disparu. Le saint 
prélat l'avait donnée à une pauvre femme. 

2t 



434 NOTES ADDrnO!eŒLL£3 

On était quelquefois aux expédients pour son dîner. 

Quelle frugalité ! quelle sévérité et quelle austérité 
pour son corps^ quoiqu'il fût pourtant d'une faible oom- 
plexion ! 

Dans le même temps, le curé de la cathédrale, le char 
noine Donaudi, rivalisait de charité avec son saint évè- 
que. Au moment du repas, si un pauvre venait lui 
demander du pain, il donnait aussitôt tout ce qui était 
préparé à la cuisine, et sa domestique de lui dire d'un ton 
dépité : < Et vous, M. le curé, que mangerez-vous ? > Il 
se contentait de pain et d'eau. Un soir d'hiver, il rencon- 
tra un pauvre si dénué d'habits, qu'entrant sous une porte, 
il se défit de ses vêtements de dessous, et les donna au pau- 
vre. Quand il n'avait plus d'argent, il se dépouillait de ses 
effets, même de son mouchoir. «Vous vendrez cela, disait- 
il, pour avoir quelques sous. 

La nuit, on put rencontrer plus d'une fois le digne curé, 
portant sur ses épaules, matelas, couvertures, effets, où 
il en manquait, et recommandant toujours le secret. Une 
fois, il se trouva vis-à-vis d'un médecin qu'il connaissait 
intimement, et qui était appelé de nuit chez un malade. 
< Quoi ! vous, M. le curé ! — Oui, répondit-il, chacun à 
son métier ! > Tel doit-être le vrai prêtre de Jésus-Christ. 

Quand M^' Colonna dut quitter Nice, le gouverneur lui 
demanda discrètement s'il avait besoin de quelque argent ; 
qu'il était chargé de la part du Roi de lui remettre ce 
qu'il désirerait. Le saint évèque déclara n'avoir nul 
besoin : ce qu'on le força de prendre, il le distribua aux 
pauvres en arrivant à Rome. Dans sa dernière maladie, 
il dit aux PP. du couvent de Sainte-Sabine, où il s'était 
retiré : < Vendez ma croix, mon anneau et les boucles de 
mes souliers ; je ne veux pas descendre dans le tombeau, 
en emportant quelque chose aux pauvres. > Et il fallut 
qu'on exécutât ses ordres aussitôt. 11 mourait le même 
jour dans le Seigneur. 



NOTES ADDITIONNELLES 435 

Parlez à Nice de M" Colonna, il a gardé la réputation 
d'un saint. Et pourtant, des hommes se sont trouvés qui 
Tout abreuvé de chagrin, et forcé de se démettre de son 
siège en 1832. Les évèques de Nice ont de la peine à finir 
leurs jours dans leur ville épiscopale. M" Valperga, après 
avoir remis son évêché entre les mains de Pie VII, est 
mort à Magliona en 1803. M*^ Colonna meurt à Rome en 
1835, 2 mai. Son successeur. M*' Galvano meurt à Bib- 
biano, le 17 août 1855. Et en 1877, le charitable M^'Sola, 
dans sa 87' année, se démet de son siège. 

VII. — LE CHANOINE DOM EUGÈNE SPITALIER DE CESSOLE 

Fondateur des Ccssolines. 

Puisque nous parlons des apôtres de la charité, pour- 
quoi ne nommerions -nous pas ici un autre personnage 
aussi humble que méritant, dont Nice, doit se sentir 
fière. 

Eugène Spitalierde Cessole naquit à Nice en 1785, du 
comte Jean-Joseph etdeRosalieRippertdeMontclar.il eut 
pour frère aîné le comte Hilarion, président du Sénat. Pour 
lui il voulait embrasser Tétat ecclésiastique ; mais comme 
on était en pleine révolution, il prit du service militaire 
dans le régiment de Nice où était son frère, sous les ordres 
du comte de Revel qui en était le colenel. Après la bataille 
de Marengo, notre jeune officier, de retour à Nice, entra au 
Séminaire en 1808 et fut signalé par M*' Colonna, comme 
le modèle de la communauté. Ayant obtenu dans les exa- 
mens le premier prix qui méritait la bourse gratuite, il 
Toffrit en faveur du séminariste le plus pauvre. 11 fut or- 
donné prêtre en 1812. C'est alors qu'il commença l'exer- 
cice de cette belle vertu qui est l'âme du christianisme, la 
charité. Avec l'aide de quelques personnes charitables, 
qu'il intéressa à son œuvre, il se mit en 1813 à re- 
cueillir dans deux écoles, l'une pour les garçons, l'autre 



436 NOTES ADDITIONNELLES 

pour les filles, tous les enfants pauvres, leur fournissant 
livres et cahiers. Il obtint du préfet Dubouchage une par- 
tie de l'ancienne maison des Visitandines qui tombait pres- 
que en ruines et il se mit à la reconstruire à ses frais. Là 
il distribua, dans ces années de misère, des soupes et des 
vivres à plus de cinq cents malheureux aflTamés, prélu- 
dant à la fondation des fourneaux économiques qui se- 
ront installés plus tard, dans cette même maison des 
Cessolines et dirigés par les dignes successeurs de Tabbé 
de Cessole. 

Tous les jeudis, il faisait le catéchisme à ses pauvres, ne 
négligeant pas plus l'àme que le corps. De 1815 à 1820, il 
distribua des soupes pour une somme de 48,548 francs. 
En 1815 ayant obtenu du gouvernement Sarde la conces- 
sion provisoire du local actuel, il recueillit les filles délais- 
sées et sans ouvrage, dont le chiff're monta bientôt à plus 
de cent. Il les fit élever de manière à les rendre aptes à leur 
sortie pour différents emplois. Il lui fallait des religieuses. 
Il s'entoura de dames, de filles pieuses et dévouées qui 
sans être astreintes par aucun vœu s'engagèrent à porter 
un humble costume, à mener une vie régulière et morti- 
fiée et à diriger cet œuvre qui reçut le nom A^ Hospice de 
la Providence. Par décret royal du 30 mai 1820rHospice 
obtint son existence légale, l'approbation de ses statuts 
avec confirmation de la concession de l'ancien Monastère 
de la Visitation. Telle fut l'institution des Cessolines. En 
même temps notre saint prêtre formait une société de da- 
mes charitables qu'il chargea de procurer des secours aux 
malades à domicile, aux familles sans ressource, aux pau- 
vres honteux et aux petits enfants naissants. 

Il consacra à ces divers établissements plus de cent cin- 
quante mille francs de sa fortune. A uneheuredéterminéedu 
jour, il accordait audience à ses pauvres, donnait des se- 
cours aux uns, des ccnseils aux autres et à tous des conso- 
lations. Jamais on n'oubliera son dévouement et celui de 



NOTES ADDITIONNELLES 437 

ses sœurs dans les trois apparitions du choléra à Nice. 
Une sœur Cessoline fut atteinte de la maladie à l'hôpital 
établi au grand Séminaire, mais l'Hospice a toujours été 
épargné. Plusieurs Cessolines furent victimes de leur 
héroïsme. 

Le 23 octobre 1835, l'abbé de Cessole recevait une lettre 
de félicitation de la part du Conseil municipal. L'Adminis- 
tration diocésaine n'avait pas oublié tant de charité. En 
1821 le Chapitre l'avait admis dans son corps, comme 
chanoine titulaire. 

Le Gouvernement n'était pas resté en arrière. Le Roi 
l'avait fait chevalier de l'ordre des SS. Maurice et Lazare. 
A la mort du chanoine Trinquiéri, il lui succéda comme 
abbé mîtré de Saint-Pons et comte de Saint-Biaise. Plu- 
sieurs évéchés lui furent offerts, et entre autres celui de 
Vintimille qu'il refusa constamment. Cette belle vie d'ab- 
négation, de charité s'écoula en faisant le bien, jusqu'à ce 
que Dieu voulut qu'elle reçut sa récompense dans le Para- 
dis. Le chanoine de Cessole rendit paisiblement à Dieu sa 
belle âme le 29 mars 1864. Il avait quatre-vingts ans. Ce 
fut un deuil général. Le corps municipal, le préfet M . Ga- 
vini de Campile, le Chapitre, les corps religieux, tout le 
clergé, une foule innombrable assistèrent à son convoi. 
M*' Sola fit l'absoute ; le chanoine Barralis prononça son 
oraison funèbre. Lorsqu'on déposa son corps vénéré dans 
le cimetière de l'hospice de la Providence, les assistants 
confondirent leurs larmes avec celles des Cessolines qui 
éclataient en sanglots et en lamentations. 

Le digne baron général d'Auvare a consacré une notice 
au chanoine de Cessole. MM. le chanoine Brès et l'abbé 
BonifTacy continuent l'œuvre. Ils ont même mis gratuite- 
ment une salle et quatre sœurs à la disposition du comité 
des Fourneaux économiques, qui fonctionnent admirable- 
ment à Nice depuis le 15 décembre 1869. 



438 NOTES ADDITIONNELLES 

VIII. — ACTE DE MARIAGE DE MASSÉNA (l). 

< L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le dix du mois 
d'août, sieur André Masséna,âgé de trente-un ans, fils de 
défunt Jules César, négociant et de feu demoiselle Cathe- 
rine Fabre, ancien adjudant du régiment des chasseurs- 
royaux de Provence, habitant dans cette ville, d'une part, 
et demoiselle Marie-Rosalie Lamarre, âgée de vingt-qua- 
tre ans, fille du sieur Joseph, maître en chirurgie et de 
demoiselle Marie-Anne-Hippolyte Aubanel de cette ville, 
d'autre part, ont été mariés et ont reçu la bénédiction 
nuptiale par nous prêtre soussigné de cette église et selon 
les formes du Concile de Trente, après une seule publica- 
tion faite dans cette paroisse, accordé par M. le général de 
division, le 4 du courant et signé de lui, Montchoisy, ma- 
jor, Court, greffier, D' Allons, lieutenant-général audit 
régiment de Provence. Présents : le père de l'épouse et la 
mère. Témoins : maître Louis Dolle, notaire, le sieur La- 
marre, notaire, Gautier, Antoine Roux, négociant, Alexan- 
dre Roux, bourgeois de la ville de Toulon, qui ont signé 
avec les parties. — Ardisson, prêtre-vicaire. > 

Pour ceux qui penseraient que Masséna est né à Levens, 
nous extrayons l'acte suivant du Guide de M. Negrin^ 
p. 32: 

« Nizza, parrocchia di Santa Reparata. Alli 8 maggio 
1758, Andréa Massena, figlio del nob. Giulio e di Cattarina 
Fabre, giugali Massena, nato li sei corrente, battezzato 
oggi dameignazio Cacciardi,can*'coad®.Il padrino il nob. 
Andréa Déporta, e la madrina la nob. Cattarina Massena.> 

Il est né sur l'ancien quai Saint-Jean-Baptiste (extré- 
mité orientale du Grand-Hôtel). 

(l) Extrait des registres de l'État-Civil d'Antibes, dû à M. Dolys d'Aîitibcs, 
arrière petit-fils de M. d'Aubeterre, major du Fort-Carré de 1746 à 1789. 



NOTES ADDITIONNELLES 439 

Masséna eut trois enfants : Prosper qui mourut chef 
d'escadron à vingt-trois ans; Victor, aujourd'hui duc de 
Rivoli, et M"® Masséna qui a épousé en 1814 le maréchal 
Reille, antibois. 

IX. — LETTRE DE LA MARÉCHALE MASSÉNA 
A MADAME GUÉRIN DE VENCE. 

Paris, 4 mai 1810. 

Madame, 

€ J'ai reçu avec plaisir la lettre que vous m'avez écrite 
le 15 avril dernier. Je suis extrêmement sensible à la 
part que vous avez prise à la nouvelle illustration de ma 
famille et aux marques de munificence dont il a plu à S. M. 
l'Empereur de m'honorer. Je sais que vous nous êtes sin- 
cèrement attachée, ce qui me rend précieux les vœux que 
vous faites pour notre conservation. 

€ Quoique vous ne m'ayez pas parlé de vos enfants qui 
sont à l'armée, je n'ai pas manqué dans le temps de les re- 
commander au maréchal d'Augereau dans le corps duquel 
ils se trouvaient.il les avait appelés et distingués. Il n'aurait 
pas manqué de leur procurer de l'a vancement,s'il avaitcon- 
tinué dans ce commandement. Il vient d'être remplacé par 
le maréchal Macdonald avec lequelje n'ai aucune relation. 

< Vous avez sans doute appris le départ de mon époux 
pour le commandement de l'armée du Portugal. Si le régi- 
ment de vos fils se trouve sous ses ordres, vous savez 
combien il vous est attaché. Vous pouvez être persuadée 
de tout l'intérêt qu'il leur portera. 

« Je viens de recevoir dans ce moment la caisse de ci- 
trons, gâteaux et parfumeries que vous avez eu la com- 
plaisance de m'envoyer. Tout est arrivé parfaitement 
conservé. Recevez mes remerciements les plus sincères, 
ainsi que ceux de ma fille qui me charge de vous présenter 
ses hommages. 

< La nouvelle organisation judiciaire ne préjudicie en 



440 NOTES ADDITIONNELLES 

rien à Monsieur votre mari. Il aie droit de rentrer dans 
les Cours d'assises et il ne peut manquer d'y être placé 
d'une manière conforme à ses mérites. Si je puis y contri- 
buer, j'en saisirai les occasions avec empressement. 

< Recevez l'assurance de mon inaltérable amitié. 

< La Maréchale princesse d'Essling-Masséna.> 

X. — ARRESTATION DES BARBETS A SAINT-ÉTIENNE DE NICE 

ET AILLEURS. 

7 fructidor au YII. — 25 août 1800. 

Le 21 prairial (16 juin). En suite des ordres du brave 
général Garcin, le sieur Albertini fut chargé d'arrêter les 
brigands et barbets. Il se rendit dès le commencement de 
juillet dans le centre de Périnalde avec un détachement 
de cent quarante-deux hommes, guidé par une certaine 
Madeleine Boéro d'Apricale, habillée en homme, femme 
convaincue de complicité avec les barbets, et comme telle 
arrêtée et traduite par ordre du commandant Gastaldi, 
juge de paix de ce caatori avec plusieurs autres, il y a 
deux ans, devant le conseil de guerre séant à Nice, puis 
mise en liberté par le jury de Monaco. 

Albertini établit son quartier général, àDolceacqua,d'où 
ses hommes commirent mille dépradations dans les com- 
munes environnantes ; et sans faire marcher sa troupe, 
vers la montagne où se tenaient les barbets, il se contenta 
d'opérer quelques arrestations arbitraires et de menacer 
les agents municipaux. 

17 thermidor, an VnF. — 5 août. 

l'reize gendarmes rassemblés à Nice, ont Tordre de se 
rendre à Saint-Etienne de Nice, sous le commandement 
de Jean Ri van, maréchal de logis, pour y arrêter les 
quatre frères Contes, dits Brocard, prévenus d'être les au- 



NOTES ADDITIONNELLES 441 

teurs et complices de l'assassinat et des vols commis sur 
la personne du général Raoul, sur la route du Var, le 
20 floréal dernier (10 mai 1800). Les gendarmes ar- 
rivés à Saint-Etienne se dispersent pour cerner les deux 
maisons des dits quatre frères; et au lever du soleil, le 
brigadier Devauversin, accompagné de quatre gendar- 
mes, a frappé à la porte d'une des dites maisons et a 
demandé le nommé Baptiste Contes. < Celui-ci s'est rendu 
à mon appel. De là, ils sont allés à l'autre maison, où une 
vieille femme seule a répondu. Il lui ont demandé si elle 
était la maîtresse du logis et la mère des quatre fils Contes. 
Elle a répondu affirmativement. Ils ont demandé ensuite 
où étaient ses enfants. Elle a dit qu'elle n'en savait rien. 
ils ont procédé ensuite à la visite. Cette femme les a priés 
de ne pas faire comme le citoyen Albertini, chef de batail- 
lon, commandant les éclaireurs, lequel, le 15 juillet der- 
nier, avait volé la montre de son mari, tout son linge, ses 
poules et son argent. — Cependant deux gendarmes placés 
en vedette aperçurent deux individus qui arrivaient et 
qui paraissaient être deux des quatre, et coururent pour 
les saisir. Ceux-ci avaient pris la fuite. Les autres gen- 
darmes menacèrent de faire feu. 

Ils ne purent en saisir qu'un, Annibal Contes. Us con- 
duisirent ces deux hommes devant le général Garcin. 
Jean-Baptiste, trouvé innoncent, fut mis en liberté. Anni- 
bal fut reconnu pour avoir fait partie de la bande Figon ; 
il avoua avoir arrêté une voiture sur la route du Var, et 
n'avoir eu pour sa part qu'un mouton qu'il a donné au 
commandant Albertini ; qu'une autre fois, il avait arrêté 
un homme avec sa femme, et que la bande avait pris deux 
sacs de linge dont il n'avait rien eu. 

(Procès -verbal signé Rivan, maréchal de logis; Devauversin, 
brigadier; Laparre, Mandin, Rancurel, Delubac, Provers, Négrier, 
MUler, Gérard, Durguis^ Dechère, Vigier, gendarmes.) 

(Archives de la Préfecture de Nice. Police. An VUI.) 



442 NOTES ADDITIONNELLES 

XI. — AUTRICHIENS DÉSERTEURS 
8 mars 1793. 

€ Les citoyens Jean Rither, Jean Remper, Adam Jerlanh, 
J. Décher, J. Schmit, A. Leikon, H. Kien, déserteurs au- 
trichiens ont déclaré que le commandant de camp pié- 
montais, régiment de Salluce, les ayant envoyés, le 12 du 
courantjSous la conduite de J. Rither,caporal du régiment 
de Belgioso, allemand, en avant-garde, avec un détache- 
ment de trente Hémontais, au lieu d'exécuter les ordres 
qu'ils avaient reçus du commandant, et brûlant depuis 
longtemps du désir de venir rejoindre les soldats de la 
Liberté, eux sept, nommés plus haut se sont détournés de 
la route qui leur avait été tracée, ont abandonné le drapeau 
autrichien, et sont venus se ranger sous le drapeau de la 
Liberté. Etant arrivés à Lantosca, où se trouvait le géné- 
ral Dagobert, commandant les troupes françaises, ils se 
sont présentés à lui, lui ont remis leurs fusils, sabres et 
giternes, et lui ont dit qu'ils venaient se ranger sous son 
drapeau. Le général lésa reçus avec fraternité, leur a 
fait donner à manger et à boire, et les a prévenus qu'ils 
ne seraient pas regardés comme prisonniers, et qu'ils en- 
treraient dans l'armée de la République ; puis il leur a fait 
prendre la route de Nice. Ces braves frères d'armes, en- 
suite des ordres du général, se sont rendus à l'Escarène, 
d'où des défenseurs de la République les ont escortés à 
Nice. Mais quelle a été leur surprise, lorsque arrivés en 
cette ville, ils ont été mis en prison et traités comme les 
autres prisonniers que les troupes françaisesontfaits.llsont 
porté plainte de ce traitement au commandant des drngons 
qui leur répondit que le général n'étantpas pour le moment 
à Nice, il ne pouvait être fait droit à leur réclamation. 

Arrivés en cette ville de Grasse, ils protestent de nou- 
veau contre le traitement qu'on leur a fait subir, et décla- 



NOTES ADDITIONNELLES 443 

rent qu'ils veulent vivre libres ou mourir sousles drapeaux 
delà République française. — Le lendemain on les dirigea 
sur Marseille pour être présentés au commandant du dé- 
partement des Bouches-du-Rhône. 

(Archives de la Préfec. District de Grasse. Registre do Directoire. 1793. 
XII. — DOCUMENTS SUR LES DERNIERS MARQUIS DE VENGE. 

Notification de la mort du marquis de Vence à M. le 
président Guérin (Vençois). 

Paris, 11 septembre 1819. 

€ Monsieur le maréchal de camp, comte de Vence, co- 
lonel des hussards de la garde royale et Madame la com- 
tesse de Vence, Monsieur le marquis et madame la mar- 
quise de Bassompierre, Mademoiselle de Vence, Monsieur 
Madame et Mademoiselle de Bassompierre, ont l'honneur 
de vous faire part de la perte qu'ils viennent de faire dç 
Monsieur Pierre-Paul-Ours-Hélion de Villeneuve,marquis 
de Vence, pair de France, maréchal de camp et des armées 
du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- 
Louis, leur père, beau-père et aïeul décédé à Paris, le 9 
septembre 1819, en son hôtel rue Belle-Chasse, n° 17 . > 

Le marquis de Vence était le fils unique de Jean- 
Alexandre-Romée de Villeneuve et de Angélique-Louise 
de Larochefoucauld Seugère, et petit-fils d'Alexandre- 
Gaspard de Villeneuve et de Madeleine-Sophie de Simiane 
petite-fille de Madame de Sévigné. 

11 était le vingt-cinquième seigneur de Vence. 

I. Alexandre-Gaspard et Madeleine-Sophie de Simiane 

eurent pour enfants : 
Pauline, née en 1723, qui épousera Jérôme de Peyre, 

comte de Chàteauneuf-les-Nice. 
Julie née en 1726, mariée avec M. de Saint- Vincent, 

en 1780. 
Autre Pauline, mariée avec Joseph-Ours-Hélion de 

Villeneuve, marquis de Flayosc. 



*M NOIS ADDITI0X5ELLB8 

w'ïeaiK^ci5e:ib--<'?-ésar-Aleiandre. né en 1728, qui suc- 
c>'ôera ea 1774. 
r. •^t'&iHJ :»se:»b-C'ésar-Alexandpe et Angélique-Louise 
5r ii Ex-bfrfOTcaold eurent : 
Pierrf-PauiHlmrs-Hêlion, qui succédera en 1780. 
M?-^r riarjée à M. de Chaffault. 
Al-exs^iririe-CLarlone-Adélaïde, à M. deBardonen- 

C'hi: irZi 1773eî au marq<iis de Perrier en 1781. 
Mâie-riiir-Ajrxandrine-Julie, à Joseph Guichard de 

Vilie^euve, marquis de Tourrettes-Vence. 
SC'T -Îiie-R asalie-lrène. 
iz. Pirrre-Paul-Oursi-Hélion et Clémentine de Laage 
riari'^ en 1T>&, eurent : 
Clenjenî-Lctuis-HéJion, né en 1786, qui succédera en 

1S19. 
N. de Mlleceuve mariée avec le marquis de Bassom- 
pieriv. 
IV, Cieinent-L^uis^Helion et AymarenJulietted'Harcourt 
ii'aiironi que des filles : 
Anne-Mi^rie mariée avec le comte de Divonne. 
An: 'ineiîe avec le cx^mie de Luçay. 
P;v.:line :;vec le marquis dWndigné. 
Le iernier mar îuis de Vence étant mort en 1834, sa 
veuve :v:heTa,en 1S34. le château de Chalmaison (commune 
d'Ever:y,Seiae-ei-Marne).oii elle mourut le 18 septembre 
ISo^^. SL»n .hâTeau lui vendu par les héritiers en 1860. 

XIII. — LETTRE Dr DERNIER M-\RQUIS DE \'ENCE 
A M. LE PRÉSIDENT GUÊRIN, A VENCE. 

• Harseille, IG décembre 1819. 
< MONSIEIK, 

€ Je c ^mpte terminer un voyage que je fais dans ce 
moment-ci en Provence, en visitant comme voyageur le 
vieux château de ma jeunesse. J'espère avoir le plaisir de 
vous voir à \'ence et de vous y remercier de l'attache- 



NOTES ADDITIONNELLES 445 

ment que vous m'avez témoigné pour la mémoire de mon 
père, lorsque j'ai eu le malheur de le perdre. Le chagrin 
de sa perte, le besoin de m'en distraire, le désir de recon- 
naître une province qui renferme tant de souvenirs inté- 
ressants pour moi m'ont également engagé à faire un 
voyage, avant Tépoque où les sujets de discussion de la 
Chambre des Pairs deviendront assez intéressants pour 
que mon premier devoir soit d'aller y joindre ma voix à 
celle de tous les bons Français qui veulent franchement le 
maintien du légitime et patei^nel gouvernement rendu à 
notre pays par la Providence. Union de tous les honnêtes 
gens, oubli de tous les torts, abandon sincère de toutes les 
idées incompatibles avec le gouvernementconstitutionnel, 
voilà mes principes, et je suis bien aise de vous les faire 
connaître, afin que vous et tous les habitants de Vence 
avec qui vous avpz occasion de vous entretenir de moi, 
sachiez bien qu'après avoir passé les quinze premières 
années de ma vie à gagner, dans les campagnes mémora- 
bles de la France, le grade d'officier général, aujourd'hui 
Pair de France, je sais plus que bien d'autres comprendre 
toutes les nuances d'opinion, et désirer qu'elles s'effacent 
ou au moins se fondent dans un môme sentiment d'amour 
sincère de l'ordre et de repos, et par conséquent de la 
légitimité et de la charité qui en sont la garantie. Faites- 
moi connaître ainsi à Vence, où je ne serai que voyageur, 
comme je viens de vous le dire, mais où je recevrai avec 
plaisir les témoignages d'attaohement que quelques person- 
nes ont gardé à une famille qui n'a dû y faire que du bien. 

€ Recevez en particulier, Monsieur, l'assurance de ma 
parfaite considération. 

€ Hélion, marquis de Villeneuve. > 

€ Nota. Je compte arriver, d'Antibes à Vence, le 20 ou 
le 21 décembre. > 
M. Quérin lui ayant répondu par une lettre très-flat- 



44$ NOTES ADMTIOXXELLES 

iense. en llnvitant à descendre chez Ini, le marquis de 
\llleneavej écrivii d*Aniîbes, le 21 décembre : 

< Moxsieciu 

< J'ai trouvé, hier, en arrivant ici. la réponse obligeante 
que voos m'avez faite et j'accepte sans Tiçon Toffre qu'elle 
renferme, non q-ie je craigne le mauvais gîte que m'cAFri- 
rait l'auberge, étant accoutumé au bivouac, sur la neige 
par vingt-sept degrés de froid ; mais pour vous donner 
une preuve de c3DJialité. En même temps, je vous certifie 
que toute cérémonie, dont le résultat serait une gène pour 
vous, ne pourrait que me contrarier vivement, et je vous 
demande la plus petite chambre avec deux matelas par 
terre, un pour moi et un pour le comte de Thorenc, adju- 
dant-major de mon régiment qui est mon ami et qui 
voyage avec moi. J'arriverai à Vence après-demain, entre 
deux et trois heures. 

< J'espère q le l'abbé B^lon aura reçu ma lettre, mais je 
vous serai obligé de le faire prévenir, en outre, de mon 
arrivé . 

< Recevez, Monsieur, la nouvelle assurance, etc. 

€ HÊUOX DK VlLLEXEC\'E. > 

Cette belle famille de Vence part de Romée de Ville- 
neuve, surnommé le Grand j flls de Giraud de Villeneuve 
et d'Asturge. En voici la généalogie : 

Raimond de Villeneuve (1116-1170). 

Giraud de Villeneuve et Asturge (1 170-1204). 

Romée de Villeneuve, tige des Seigneurs de Vence et 
son frère Giraud des Arcs et de Ti'ans. 

PEEUIÈEE BItàNCBE. 

I. Romée de Villeneuve et Douce sa femme, 1204-1250. 

II. Paul-Romée, fils aîné de Romée, marié avec Aycade 

deCastellane, 1250-1307. 



NOTES ADDITIONNELLES 447 

in. Romée, le jeune, fils de Paul-Romée, 1307. 

IV. Boniface de Castellane, second fils de Paul-Romée, 

1307-1315. 
V. Pierre-Romée, second fils de Romée le Grand, 

1307. 
VI. Bertrand d'Aigunes, fils de Pierre-Romée et D'A- 

lasie d'Aigunes, 1315-1322. 
VII. Truand de Villeneuve, fils de Bertrand d'Aigunes 

et de Béatrix d'Esclapons, 1322-1327. 
VIII. Romée III, fils de Truand et d'Aymare de Pier- 

refeu, 1327-1338. 

XI. Paul de Villeneuve II, second fils deBertrandd'Ai- 

gunes et de Béatrix d'Esclapons, 1338-1356. 

X. Français de Villeneuve , troisième fils de Ber- 
trand d'Aigunes et de Béatrix d'Esclapons, 
1356-1375. 

XI. Giraud de Villeneuve, marié à Bourguette d'A- 
gout, 1375-1408. 

XII. François II, fils de Giraud et de Bouguette d'A- 

gôut, 1408-1453. 

XIII. Hugues, fils de François II et de Silette d'Agout, 

1453-1488. 

XIV. Raynaud et Nicolas; Raynaud fils de Hugues 

et de Marie de Grimaldi ; Nicolas, fils de Hu- 
gues et d'Alice de Brancas. 
XV. Nicolas, seul, I492-I498. 

XVI. Louis et Pierre, fils de Nicolas et de Marguerite 
deForbin-Janson. 

XVII. Pierre, seul, 1518-1528. 



SECONDE BRANCHE. 



I. Antoine de Villeneuve-Gréolières, arrière petit- 
fils de Giraud de Villeneuve et de Bourguette 
d'Agout et fils d'Antoine le Gros et d'Honoré 
de Castellane, 1528-1558. 



4tô !WTE3 

II. Caade de Mlleneove. baron de Vence, fils d^An- 
toine et de Françoise de Grasse, 1558-1502. 

m. ScipioD de VilleneaTe. fils de Claude et de Fran- 
çoise de Grimaldi, ladâ-1635. 

IV. Gaspard de VilleneaTe. second fils deGaudeetde 
Françoise de Grimaldi, 



I. Claude de Villeneuve n, fils de de César et d'An- 

nibal de Villeneuve et petit-fils de Claude de 
Villeneuve et de Françoise de Grimaldi, 1657- 
1667. 

II. Alexandre, marquis de Vence, fils de Claude II et 

de Catherine de Grasse, 1667-1699. 

iii. François-Sexlius, fils d'Alexandre et de Margue- 
rite de Brancas, 1699-1708. 

IV. Alexandre - Gaspard , fils de François - Sextius et 
de Jeannette de Millot de Courmettes, 1708- 
1774. 

V. Jean- Alexandre -Romée, fils d'Alexandre - Gas- 

pard et de Magdeleine-SophiedeSimiane,1774- 
1780. 

VI. Pierre -Paul- Ours -Hélion, fils de Jean- Alexandre 

Romée et de Angélique-Louis de la Roche- 
foucauld-Seugère, 1780-1819. 
VII. Clément-Louis-Hélion, fils de Pierre-Paul-Ours- 
Hélion et de Clémentine de Laage, marié avec 
Aymare Juliette d'Harcourt, 1819-1834. 

Nota. — Cette généalogie corrige ce qa*il y a de défectueux dans celle 
que nous avons donnée ailleurs. 

XIV. — DISTRICTS DE GRASSE ET DE SAINT-PAUL 



I. — DISTRICT DE GRASSE (10 CailtODS.) 

1 . Canton : Grasse avec ses annexes. 

2. — Antibes, commanes : Yallaaris et Biot. 



NOTES ADDITIONNELLES 449 

3. CaatOQ : Le Bar, commuaes I Caussols, Cipiéres, Gourdon et 

Le Rouret. 

4. — Cannes , communes : Le Cannet, Mandelieu, Pé- 

gomas. 

5. — Châteauneuf, communes : Gourmes, Opio, Valbonne. 

6. — Mougins, communes: Aurîbeau,Mouans, La Roquette, 

Sartoux, Le Tignet. 

7. — Mujouls, communes : Collongues et Sallagriffon. 

8. — Saint-Auban, communes : Aiglun, Amirat, Andon, 

Briançonnet, Caille, Châteauvieux, Gars, le Mas, 
Séranon, Valderoure. 

9. — St-Vallier, communes : Cabris, Escragnolles, Saint- 

Césaire. 
10, — Vence, communes : Conségudes, les Ferres, Roques- 

téron. 

II. — DISTRICT DE SAINT-PAUL (5 CautonS.) 

1. Canton : Saint-Paul, chef-lieu de district et de canton; com- 

munes : La Colle et Roquefort. 

2. — Le Broc, communes : Carres et Gattiôres. 

3. — Cagnes, communes: Saint-Laurent et Villeneuve- 

Loubet. 

4. — Courségoules, communes : Bezaudun et Boujon. 

5. — Tourrette- Vence, communes : Courmes, La Gaude, 

Saint-Jean net. 

DISTRICT DE NICE (en 1792 au moment de la conquête.) 

1. Canton : Nice, chef-lieu de district et de canton, communes : 

Villefranche, La Trinité, Saint- André, Eze. 

2. — Aspremont, La Turbie et ses annexes. 

3. — Contes, communes : Berre, ChÂteauneuf , Coaraze, 

Drap. 

4. — Escarône, communes : Lucéram.Peille, Peillon,Touêt. 

5. — Levens, communes : Duranus, Roquette du Var, 

Saint-Biaise, Saiut-M«rtin-du-Var. 

6. — Roquebillière, communes: Belvédère, La Bollône, 

Saint-Martin Lantosque, Venanson. 

7. — Utelle, commune : Lantosque et ses annexes. 

8. — Valdeblore, communes : Marie, Rimplas, Roure, Saint- 

Sauveur. 

29 



450 NOTES ADDITIONNELLES 

XV. — DÉPARTEMENT DES ALPES-MARITIMES. 

Aprôs la conquête déûaitîye, le département 8*étendit du Yar 

à la Taggia. 

(3 arrondissements y 29 cantons, 122 communes.) 

ARROMDissEMENT DE NICE (13 cautons, 49 communos.) 

1. Canton : Nice-Est. 

2. — Nice-Ouest. 

8. — Aspremont, communes : Dnranus, Falîcon, Levens, 

La Roquette, Saint- André, Saint-Biaise, Tourrette. 

4. — Briga, commune : Tende. 

5. — Menton, communes : Sainte-Agnès, Castellar, Gor- 

bio. Menton. 

6. — Monaco, communes : Eze, Monaco, Roquebrune, La 

Turbie. 

7. — Roquebilliôre, communes: Belvédère, Bollône, Ro- 

quebiliiôre, Saint-Martin-Lantosque, Venanson. 

8. — Saint-Sauveur, communes : Marie, Rimplas, Roure, 

Saint-Sauveur, Vaideblore. 

9. — Saorge, communes : Breil, Saorge. 

10. — Escarône, communes : Berre, Coaraze, Châteauneuf, 

Drap, Contes, Lucéram, Peille, Peillon, Escarône, 
Touêt. 

11. — Sospel, communes: Moulinet, Sospel, Castillon. 

12. — Utelle, communes : Lantosque, La Tour, Uteiie. 

13. — Yillefranche, commune avec ses annexes : Beaulien, 

Saint-Jean et Saint-Hospice. 

ARRONDtSSEMEIîT DE PUGET-THÉNIERS (7 CautOUS, 40 COmmunCS.) 

1. Canton : Beuil, communes: Beuil, Roubion, Uonse, Lieuche, 

Pierlas, Rigaud. 

2. — Gilette, Toudon, Tourrette. Bonson. 

3. — Guillaumes, communes : Châteaiineuf-d'Entraunes, 

Daluis, Entraunes, Guillaumes.Péone.Sause, Saint- 
Martin-d'Entraunes. Villeneuve-dEntraunes. 

4. — Puget-Théniers, communes : Auvare , La Croix, 

Puget-Théniers, Puget-Rostang , Saint-Léger, 
Touêt. 



NOTES ADDITIONNELLES 451 

5. Canton : Roquestéron, communes, Saint-Antonin, Ascros, La 

Penne, Cuébris, Pierrefeu, Roquesteron, Sigales. 

6. — Saint-Ëtienne, communes: Saint-Dalmas, Isola, 

Saint-Etienne. 

7. — Yillars, communes: Bairols, Clans, Malaussône, 

Massouins, Tournefort, Thiéry, Yillars. 

ARRONDISSEMENT DE SANRBMO (7 cantons, 33 communes.) 

1. Canton : Sanremo , communes : Paraixo , Saint-Constant, 

Palma, Piano, Sanremo. 

2. «• Bordighiôre, communes : Borghetto, Sasso, Sabourg, 

Yalbona, Saint-Biaggio (Saint-Biaise), Soldano, 
Yalcrose, Bordighiôre. 

3. — Dolceacqua, communes: Apri<mle, Boiardo, Isola- 

Bona, Dolceacqua, Roquetta, Périnaldo. 

4. — Pigna, communes : Castelfranco, Pigna, Colla. 

5. — Paggio, communes : Badalmo, Bassano, Cerlana, 

Montalto, Paggio, Taggia. 

6. -^ Briora, commune. 

7. — Yintimille, communes : Airole, Camporosso, Penna, 

Yintimille (Les Lattes, Bévéra.) 

En 1814, le Comté de Nice reprit ses anciennes divisions. 

XVL— ORGANISATION DES PAROISSES DU DIOCÈSE DE NICE 

EN 1803. 



l•^ ARRONDISSEMENT. 
I. MANDEMENT DE NICE (eST.) 

Église paroissiale de Saint-Jacques (le Jésus) ; Succursales . 
Saint-Martin, Sainte-Rosalie, Cimiès, Saint-Roch, l'Ariane, Saint- 
Sauveur. 

Église paroissiale de Saintc-Réparate (Ouest) ; Succursales : 
Saint-Jean-Baptiste, Saint-Etienne, Saint-Pierre-d*Arône, Saint- 
Barthélemj, la Madeleine, Sainte-Hélène, Saint-Roman. 

II. MANDEMENT DE VILLEFKANCHE. 

Église paroissiale de Villefranche ; Succursales: Beauliea, Saint* 
Jean. 



452 NOTES ADDITIONNELLES 

III. MANDEMENT D*ASPREMONT. 

Église paroissiale d'Aspremont; Succursales : Colomas, Saint- 
Michel de Castagner, Falicon, Saint-André, Tourrette, Saint-Biaise, 
Saint-Martin-du-Var, La Roquette-du-Var, Leyens, Duranus. 

IV. MANDEMENT DE L'ESCAKÈNE. 

Église paroissiale de TEscarône; Succursales: Peille, B^^^sasco, 
Peillon, Drap, Bendegeun, Cantaron, Touét, Berra, Contes, la 
Yernéa, Chateauneuf, Coaraze, Lucéram. 

V. MANDEMENT d'UTELLE. 

Église paroissiale d*Utelle; Succursales : Gros, Ciaudan. Reves- 
ton, la Rivière, Figaret, La Tour, Roussillon, Lantosque, Saint- 
Colomban. 

VI. MANDEMENT DE ROQUEBILLIÈRE. 

Église paroissiale de Roquebilliôre ; Succursales: Belvédère, la 
Bollône, Marie, Yenanson, Saint-Martin-Lantosque. 

VII. MANDEMENT DE SAINT-SAUVEUR. 

Église paroissiale de Saint-Jacques de Valdeblore ; Succursales : 
Saint-Dalmas du Plan, Rimplas, Saint-Sauveur, La Tour, Molières. 

2' ARRONDISSEMENT. 
I. MANDEMENT DE MONACO. 

Église paroissiale de Monaco ; Succursales : Eze , la Trinité , 
Roquebrune, laTurbie. 

II. MANDEMENT DE MENTON. 

Église paroissiale de Menton ; Succursales: Saint-Roman, Cas- 
tellar, Sainte-Agnès, Gorbie. 

III. MANDEMENT DE SOSPEL. 

Église paroissiale de Sospel : Succursales : Castillon, Breil, Mon- 
linet. 

IV. MANDEMENT DE PÉRINALDO. 

Église paroissiale de Périnaldo : Succursales : Dolceacqae, la 
Roquette, Isolabona, Apricale, Sabourg. 

V. MANDEMENT DE PIONA. 

Église paroissiale de Pigna ; Succursale : Buggio. 

VI. MANDEMENT DE SAORGE. 

Eglise paroissiale de Saorge ; Succursale : Fontan. 



NOTES ADDITIONNELLES 453 

VII. MANDEMENT DE BRIOA. 

Eglise paroissiale de Briga; Succursales: Carlin, Spèga, Rialde, 
Tende. 

3« ARRONDISSEMENT. 

I. MANDEMENT DE PHOET-THÉNIERS. 

Eglise paroissiale de Puget-Théniers ; Succursales : Touêt-de- 
Beuil, Puget-Rostan, la Croix, Auvare, saint-Léger. 

II. MANDEMENT DE ROQUESTERON. 

Eglise paroissiale de Roquesteron ; Succursales : Pierrefeu, 
Cuébris, Saint-Antonin, Ascros, la Penne. 

III. MANDEMENT DE GILETTB. 

Eglise paroissiale de Gilette ; Succursales : Bonson, Revestj 
Tourrette, Toudon. 

IV. MANDEMENT DE VILLARS. 

Eglise paroissiale de Villars ; Succursales : Malaussône, Mas- 
soins, Tournefort, Thierry, Bairols, Clans. 

V. MANDEMENT DE BEUIL. (bOOLIO.) 

Eglise paroissiale de Beuil ; Succursales : Pierlas, lUonse, 
Roubion, Lieuche, Rigaud. 

VI. MANDEMENT DB GUILLAUMES. 

Eglise paroissiale de Guillaumes ; Succursales : Yilletales, 
Bouchaniôre, Barels, Saint-Brôs, Villeplane, Amen, Sausses, 
Daluis, Péone, ChÂteauneuf-d*Ëntraunes, Villeneuve-d*Entraunes, 
Terres, Enaux, saint -Martin-d^Entraunes, Entraunes, Asteng. 

vu. MANDEMENT DE SAINT-ÉTIENNE . 

Eglise paroissiale de saint-Etienne ; Succursales : Auron, Roja, 
Douans, saint-Dalmas-le-Selvage, Bossiéjas, les Prats, Isola. 

XVII. — EGLISES EN 1790 (1) 
DANS LES DISTRICTS DE GRASSE ET DE SAINT-PAUL. 

GRASSE. 

Supprimer Magagnosc et Plascassier ; j établir une succursale 
dans chacune. Conserver la paroisse du Plan. 

(() Après avoir supprimé les éfèchés de Grasse et de Vence, rassemblée 
nationale formera aussi une nouvelle circonscription des paroisses. 



454 !(0rrE3 ADDITIONNELLES 

Établir deux paroisses dans la TÎile, soivant la division faite pour 

les jages de paix. Une de ces paroisses sera aax Cordeliers. 
Un oratoire a la chapelle S. Pierre. 
Conseryer Cabris ; sapprimer Peimenade, j établir une saccorsale. 

— la saccorsale da Tignet. 

— Saint-Césaire. 

— Saint 'Vallier. 

— La Roqnette, j rénnîr Pégomas^ où il continuera d*j 

avoir une soccnrsale, j réunir anssi la chapelle rurale 
de Mandelieo. 

— Auribeau. 
— > Cannes. 

— Le Cannet. 

— Mougins ; supprimer Mouans pour être réuni à Moogins; 

établir une succursale à Mouans qui comprendra Sar- 
toux. 
La Chapelle rurale de Sartoux supprimée. 

— Yallauris. 

— Antibes. Un oratoire aux Cordeliers. 

— Bîot. 

— Yalbonne. Supprimer Opio, la réunir à Yalbonne, mais 

en conservant à Opio une succursale. 

— Châteauneuf . Conserver la succursale de Bergier. et cette 

succursale fera le service du Rouret. 

— Le Bar, y réunir Gourdon où il y aura une succursale. 

— Yence, chapelle rurale à Mal vans. 

— CipièreSfChapelle rurale à Caussols desservie par Cipiôres. 

— Escragnolles ; supprimer une succursale. 

— Séranon ; supprimer I9 Valderoure, y établir une suc- 

curnale. 

— les succursales do la Dore et de la Perrière. Supprimer 

Châteauvieux ; la réunir à Séranon. Il y aura une suc- 
cursale. 

— Caille ; y réunir Andon qui sera supprimé. Il n'y aura 

qu'une succursale. 

— Les Mujouls. Supprimer Collongues, Sallagriffon et Ami- 

rat, y établir une succursale des Chenans, dépendants 
des Mujouls. 

— Le Mas. Suprimer Aiglun, où ily aura une succursale 

dépendante du Mas. Supprimer la succursale des Saus- 
ses, où il y aura une chapelle rurale. 



NOTES ADDITIONNELLES 



455 



Conserver Saint-Auban. Supprimer Briançonnet et Gars qui y se- 
ront réunies et où ne restera qu'une succursale Con- 
Herver la succursale des Lattes dans le territoire de 
Saint-Auban. 

— Conségudes. Supprimer Les Ferres et la Roquestéron 

qui y seront réunies et où il y aura uqe succursale. 

SAINT-PAUL. 

Conserver Saint-Paul. 

— La Colle, Roquefort et Tourrettes, 

Supprimer Courmes, j établir une succursale réunie à Course- 
goules. 

Conserver La Gaude, Saint -Jeannet, Gagnes, 

Supprimer Villeneuve, y érijçer une succursale; la réunir à Gagnes. 
Un oratoire au Loubet. 

Conserver Saint-Laurent, Le Broc. 

Supprimer Garros ; y établir une succursale dépendante du Broc. 

Conserver Gattiôres. 

Supprimer Dosfraires ; y établir une succursale, réunie au Broc. 

— Bezaudun ; y établir une succursale, réunie à Bouyon. 
Conserver Coursegoules ; en y réunissant Gourmes. 

— Gréoliôres-Basses ; supprimer Gréoliôres-Hautes, y lais- 

ser un oratoire. 

— Bouyon, en y réunissant Bezaudun. 

XVIII. — CLOCHES DES ÉGLISES SUPPRIMÉES. 

6 août 1790. 



Grasse : 


Jacobins. . , 


. . 4 choches 


— 


Cordeliers . 


. . 3 


— 


— 


Augustins . . 


. . 3 


— 


— 


Dominicains 


. . 3 


— 


— 


Séminaire . 


. . 1 


— 


Lérins. 




. . 2 





Antibes 


: Cordeliers. . 


, . 3 


_ 


— 


Bernadines . 


. 1 


— 


Vence : 


Séminaire. . 


. 1 


— 


Cannes : 


Capucins . . 


. 1 


— 



— (1120 quintaux). 



(012 quintaux) . 
(2,032 quintaux). 



quintaux 
6.431 



St-Césaire: la Miséricorde 1 — 

Restaient encore les cloches de la paroisse de Grasse . 7.800 

— — des chapelles 1.600 

— les quatre cloches d*Antibe8 (Paroisse) .... 1.750 



456 NOTES ADDITIONNELLES 

Restaient les autres cloches des communes du district de 

Grasse 7.000 

En 1790, le district enverra : Cloches 6.431 

— Cuivre rouge 906 

— Letton 2.308 

Le sieur Bœuf voiturier portera le tout à Cannes et le capitaioe 

Esprit-Houoré Serra les conduira à Marseille pour la fonderie, sur 
sa tartane le Saint- Jean- Baptiste, 

Les administrateurs de Marseille en accusèrent i-éception en 
novembre 1791. 

Le nombre des cloches était de 22 dems ce premier envoi. 

XIX. — CONTRIBUTIONS PATRIOTIQUES EN 1790. 

District de Grasse. 

Grasse devra fournir .... 111.808 francs. 

Antibes 16.417 > 

Cabris et Mousteiret .... 2.408 » 

Auribeau 895 » 

Le Bar r . . . . 2.333 > 

Biot 1.857 > 

Cagnes 3.902 » 

Cannes 9.730 > 

Carros 2.711 » 

Châteauneuf 1.002 > 

Le Broc 1.857 » 

La Gaude 1.461 » 

Mougins 2.062 > 

Saint-Césaire 1.7oS » 

Saint-Jeannet 2.818 » 

Saint-Laurent 2.596 » 

Saint-Vallier 1.230 » 

Sôranon 1.129 » 

Saint-Paul 7.176 > 

Vallauris 2.262 » 

Vonco 21.780 > 

XX. — ENVOI A LA MONNAIE DE MARSEILLE. 
!•' avril 1794. — District de Grasse. 

Grasse envoyait les bustes ( objets d*art) ou reliquaires de 
5. Honoré^ do S.Aigulphe^ de Ste Ursule^ de S. Pierre. Deux pe- 



NOTES ADDITIONNELLES 457 

tites Vierges, huit calices avec leurs patènes, quatre ciboires, 
galons d*or. glands un or, dix- huit croix, sceptres, deux bourdons 
des chantres avec la masse capii&l&ire, dix-huit chandeliers en ar- 
gent, croix d*autel, encensoirs, navettes, baisers de paix ou Agnui* 
Dei. En tout six cent douze marcs d'argent. — Vence deux cent 
trente-un. — Cannes centdouze. 

On j joignit Targenterie des émigrés, ce qui fit 1,207 marcs. 

Nous avons vu qu^Antibes s^était dépossédé de ses bustes véné- 
rés de Notre-Dame de la Garde, de S. Sébastien et de S. Roch, 
de sa grande croix de procession, toute en argent. Vence, des beaux 
bustes de S. Véran ot de S, Lambert ; cinq calices et leurs patè- 
nes, lampes, dix chandeliers en argent, statue de la Saite^-Vierçe, 
bâtons des chantres tout en argent. -- Saint-Paul sauva tout. 

Les envois de vases sacrés se continueront en 1793, 1794 et 1700. 

Nous trouvons dans les archives de la préfecture, district de 
Grasse : 

Le Bar donne, 11 novembre 1794 : calice et croix de procession. 

Le Cannet : ostensoir, ciboire, trois calices, bras d*argcnt. 

Cannes : ostensoir, ciboire, trois calices, vases des saintes huiles. 

Valbonne : quatre calices, bras en argent. 

Mougins : cinq calices, etc., etc. 

Valderoure : trois calices, etc., etc. 

Châteauneuf-les-Grasses : deux calices, deux ostensoirs, deux 
ciboires. 

Vence, encore : trois calices, le bénitier, les saints huiles, etc. 

Andon : deux calices, etc. 
. Tout y paraît : Mouans, Mandelieu, EscragnoUes, Le Rouret, La 
Roquette, Opio, Sartoux encore distincte de Mouans, Saint- Val- 
lier. Cette nouvelle expédition d*argenterie à Marseille, s*élôvcra à 
deux cent vingt marcs. 

Nota. — A la fin de la vie de saint Lambert, manuscrit sur par- 
chemin de quatre feuillets du xii* siècle, se trouve la note suivante : 

t Fidem facio et tester quod ad majorem Omnipotentis Dei glo- 
riam, die décima decembris 1793, extraxi saoras reliquias SS. Ve- 
rani et Lamberti positas in tecca argentea et reverenter collocavi 
in arca lignea deaurata presentibus Paulo Pons, presbilero, et 
Petro Geoffroy in quorum fidem manu nostra signavimus. 
« Vincii 10 décembre 1793. 

f Paulus Pons P*«'. 

« J. Geofttioy. 

t Petrus Abon P**'et Prœccntor bujus ecclesiae.» 



458 NOTES ADDITIONNELLES 



XXI. — PRÊTRES ASSERMENTÉS (1791) 

En janvier 1791 avaient prêté le serment constitutionnel ; les 
curés de Saint-Paul, Boujon, Bezaudun, le Broc, Garros, Gourmes, 
Gourségoules, Dosfraires, Gréoliôres-Hautes, La Gaude, Roquefort, 
Saint-Jeannet, Saint-Laurent, Tourrette, Villeneuve. 

Il y aura à La GoUe trois Raybaud, prêtres assermentés. 

Vence : le curé Vial (H.)» ^^^ abbés Abbon, Pons, Auzias, etc. 

Grasse : les curés Boniface Mougins de Roquefort, et Joseph 
Gasq, Louis-Joseph Bayon. prieur; Jean Maubert, directeur du 
collège ; les régents du collège : Joseph Fournier, Maurice Roque- 
maure; les vicaires Et. Jsnard, Joseph Pins; le chantre Jacques 
Robert; le vicaire J.-B.-Ant. Ricaud. 

Antibes : MM. Barquier, curé , vicaires Ardîsson, Guisolphe, 
Jaubert et Merle. 

Cannes : le curé Jean-Pierre, les vicaires Donat Preire, Et. 
Rioufie, Antoine Pascal, Joseph Martin, le curé des Iles Mai^ue- 
rite. Honoré Jean. 

Mougins : le curé, Allègre; vicaires, A.-J. Castellî, J.-A.OUivier. 

Auribeau : le curé, Gésar Vidal. 

Aiglun : J.-B. Barlet, curé. 

Amirat : J.-J. Bonéty, curé. 

Le Bar : le curé Henri-Henri, le vicaire, Antoine Arnaud. 

Biot : le curé DoUe, le vicaire Gimbert. 

Bergiés : Jacques Euzière. 

Briançonnet : le curé J.-B. Paul, le vicaire, J.-B. Gras. 

Gabris : le curé, Alexandre Raybaud ; vicaire J.-B. Jausseraa à 
Peiménades. 

Gaille : le curé, Amie. 

Le Gannet : le curé, Henri Toussan. 

GoUongues ; J.-P. Niel. 

Gipières : le curé, Flory ; le vicaire. D. Flory. 

Escragnolles : le curé, H. De Gaitte. 

Les Ferres . le curé, Audoly. 

Gourdon : le curé, H. Brunias. 

Gars : le curé, H. Durand. 

Mouans : P. Bonnet. 

Le Mas : L. Bernai d, curé. 

Mujouls : Alexandre Dedoue, curé. 

Pégomas : L. Baussy, vicaire. 



NOTES ADDITIONNELLES 459 

La Roquette : H. Mercurin. 

• 

Roquestéron : Joseph Audolj, curé. 

Saint-Auban : le curé, Alexandre Bœuf. 

Saint-Césaire : le curé, H. Cresp. 

Saint-Vallier : le curé, F. Darluc ; vicaire, J.-F.Peuverel. 

Salagriffon : le cure, Esprit Clari. 

Séranon : le curé, Bérard ; vicaires, A. Beliissime et V. Yigan. 

Le Tignet : Claude Trabaud. 

Valderoure : le curé, Antoine Rainard. 

Valbonne : le curé, J.-B. Raybaud ; vicaire, J. Fioup. 

Yallauris : le curé, H. Bastien Pugnaire; vicaire Antoine Arnaud. 

N'avaient pas prêté serment et résidaient encore en France : 
(Nous ne parlerons pas ici des prêtres émigrés.) 

Grasse : Joseph Cavalier, prieur de N.-D. de Valcluse, F. 
Imbert, aumônier de Thospice de la Charité ; L. F. Muret, aumô- 
nier des Visitandines ; H. Niel, aumônier de Thospice S. Jacques 
et Ant. Achard,2^ aumônier ; les cathéchistes, Ant. Comte, L. Cresp, 
H. Pajan, J.-B. Vial et Allavône. 

Vence : J.-Ant. Archier, curé. 

Aûdon : le curré Charrier. 

Cabris : le vie. Isnard. 

Châteanneuf: les vie. P. D. Trabaud et J.-H. Maubert, prêtent 
serment avec restriction. 

Opio : le curé J. Ollivier avec restriétion. 

Magagnosc: M. Chéry, avec restriction. 

Plascassier : J.-M. Pilard, avec restriction. 

Saint-Auban : A. Glurd, curé et J. -Honoré Bœuf, vie, avec 
restriction. 

Plusieurs reviennent à récépiscence, tel que le curé Archier de 
Vence etc, etc. 

Les curés de Cagnes et de Gattiêres prêtent le serment sous 
réserve, jusqu'à ce que le Souverain Pontife se soit prononcé. 

L'abbé Isnard, secondaire de Cagnes, non assermenté, sera arrêté 
à Saint-Jeannet et emprisonné à Saint-Paul, pour avoir voulu 
émigrer sans passe-port. 

Les curés de Caussols, Clcrmont, Mandeliou,Sartoux, LeRouret 
n'ont pas prêté le serment (23 mars 170L) 

1793. — Nous trouvons une nouvelle liste des prêtres asser- 
mentés dans les registres du district do Saint- Paul. 

Ont prêté serment : le curé de Bezaudun, Talladojre ; Le Broc, 
Mallet et Féraud ; Bouyou, Erigius Michélj ; Cagnes, Giraudj ; 



460 



NOTES ADDITIONNELLES 



Garros, Flory et Blanc ; Coursegoules, Laugier et Isnard ; Dos- 
fraireSi Audoli ; Gourmes, Lautier ; La Gaude, Audibert et Blacas; 
Grôoliôres-Basses, Ravel ; Gréolières-Hautes, Ravel ; Gattières, 
Gugj et Romain ; Roquefort, Ghérj ; Saint-Jeannet, Olivier et 
Faucachon ; Saint-Laurent, Rostan ; Tourrette, Audibert etBelon; 
Villeneuve, Trastour. 

(Registres des districts de Grasse et de Saint-Paul. Arch. de la Préfecture.) 

XXII. — GARDE NATIONALE. 



1793. — Réquisition d*un dixième des gardes nationaux du dis- 
trict do Grasse, pour se rendre avec armes et bagages à Antibes, 
1h 20 juin. Ce contingent est de 520 hommes. 

Grasse I.IGO hommes fournit 114 hommes. 



V41C»OOV7« • • • 

Antibes . . . . 


693 


Amirat . . . . 


34 


Auribeau. . . , 


58 


Andon 


30 


Aiglun 


67 


Le Bar . . . . 


234 


Biot 


71 


Briançonnet . . 


80 


Gabris 


424 


Gannes . . . . 


345 


Le Gannet . . . 


160 


Gaille 


36 


Ghateauneuf . . 


25 


GoUongues. . . 


27 


Gipiôres . . . . 


188 


Gonségudes. . . 


36 


Escragnolles . . 


48 


Les Ferres. . . 


82 


Gars 


74 


Gourdon. . . . 


59 


Le Mas . . . . 


79 


Mouans . . . 


51 


Mougins. . . . 


184 


Les Mujouls . . 


50 


La Roquette . 


61 


Pégomas . . . 


81 


Opio 


88 



34 


» 


2 


» 


6 


» 


3 


» 


7 


» 


23 


» 


4 


> 


8 


» 


42 


» 


34 


> 


16 


» 


3 


» 


2 


» 


1 


» 


18 


> 


2 


» 


4 


> 


8 


» 


7 


» 


5 


> 


7 


» 


5 


» 


18 


» 


5 


» 


6 


» 


6 


> 


8 


» 



NOTES ADDITIONNELLES 461 



Saint-CéFaire. . 


97 hommes fournit 


10 


hommes 


Saint-Auban . 


88 


— 


8 


» 


Saint-Vallier. . 


156 


— 


15 


» 


Sallagriffbn . . 


39 


— 


2 


» 


Sartoux . . . , 


36 


— 


4 


> 


Sér.'iDOQ . . . . 


70 


— 


7 


» 


Le Rouret . . . 


22 


— 


2 


» 


La RoquesteroD 


30 


— 


3 


> 


Le Tignet . . . 


41 


— 


4 


» 


Yalbonne . . 


249 


— 


22 


> 


Vallauris . . . 


362 


— 


28 


> 


Vence .... 


562 


— 


28 


» 


Valderoure . . 


65 


— 


ft 


> 



(Archives de la Préfecture. — Correspondances. — District de Grasse, 
de 1793). 

XXIII. — MAXIMUM DU PRIX DES VIVRES ET DENRÉES (GRASSE.) 

9 octobre 1793. 

Francs. SoU. Deniers. 

Tabac en carotte, poids d*étable 16 8 

— à fumer 8 4 

— sel (la livre) 1 8 

Bois à brûler, le cent pesant 18 6 

Charbon de bois, le cent 33 > 

Savon, la livre 1 10 > 

Mouton, la livre 9 » 

Bœuf, menon^ brebis 8 > 

Chèvre 7 t 

Veau 12 t 

Agneau et chevreau 12 > 

Cochon frais 9 > 

Viande salée 12 > 

Lard 16 t 

Saucisse et boudin 11 » 

Jambon cuit 18 t 

Saucisson 2» t 

Florentine 18 » 

Langues fourrées It > 

Poisson d*uno livre 18 » 

— 1/2 livre à 1 livre 12 > 

-— au-dessous '. . 7 > 



462 NOTES ADDITIONNELLES 

Francs. Sois. Denieit. 

Morue et merluche 9 

Ton mariné 16 

Harengs salés, la pièce 2 

Beurre, la livre 1 • 

Fromage du district 10 

Fromage étranger 16 

Sucre en pain 1 4 

— rapô 1 • 

Cassonnade 1*** qualité 18 

— 2'» qualité 16 

— 3« qualité 14 

— 40 qualité 12 

Miel 8 

Huile d'olive, fine 16 

— à brûler 12 

— de lin 13 

— de noix et de poisson 1 • 

Vin du district, le pot à la Saint- Michel 

à Pâques 7 

— après Pâques 9 

Raisin, le quintal 7 t 

Eau-de-vie, la livre 6 

Vinaigre, le pot ! . 5 

Bierre, bouteille noire. 12 

Mouton, la pièce 18 t 

Bœuf de 500 pesant 250 » 

Menon 16 • 

Brebis et chèvre 12 • 

Cochon de six mois 20 t 

Peau de bœuf, le quintal 80 t 

— de menon et de chèvre, la pièce .... 6 t 

— de mouton 2 15 

Cuir de bœuf en poil, le cent 190 • 

Cuir vert lavé, le quintal 150 t 

— en détail, la livre 2 t 

Fesses de cuir vert 1 » 

— de cuir rouge . . . 1 12 

Ventre lise 1 16 

Ventre lavé, noir et blanc 2 12 

Ventre accouplé 2 » 

Souliers d'hommes & deux semelles 8 » 



NOTES ADDITIONNELLES 463 

Francs. Sols. Deniers. 

Souliers ferrés & deux semelles 9 » 

— d'hommes à une semelle 6 t 

— ferrés à une semelle 7 » 

— de femme à une semelle 4 10 

— d'enfant de six à douze ans 3 > 

— d'enfant au-dessous 2 > 

Papier, grande-cloche, la rame 8 t 

— petite cloche 5 10 

— bâtard 12 > 

— à lettre, (grand) 10 • 

— raisin 10 t 

— à lettre, (petit) 7 10 

Graisse, le quintal 60 » 

Suif, la livre ' 1 4 

Chandelle, la livre 16 

Mirte en feuille, la charge 17 

Fer en barre, le quintal 36 • 

— en fonte 30 • 

Plomb, la livre 10 

Cuivre 1 16 

Acier 1 10 

Céruse 13 

Chanvre écru, la livre 13 

— peigné 1 10 

Lin, brut 10 

— peigné 1 05 

Laine de boucherie, (district) le quintal . « 80 t 

— de montagne 60 » 

— de matelas (étrangère) 136 • 

— d*agneau 89 • 

Cambouche commun, la livre 8 

— en couleur 10 

Sedan de 4 1/2 le pan 8 13 

Louviers de 4 1/3 9 7 

Elbeuf laine 6 i 

F.lbeuf ordinaire 4 13 

Drap fin, rayé, Silésie. 3 7 

— naturel de Louviers 6 13 

— de montagne 3 7 

— de collon à poil. •••• 1 4 

Serge d*Orange 19 



464 NOTES ADDITIONNELLES 

Francs. Sois. Denien. 

Serge Saint-Flour 8 

Caliaouk, commun 1 4 

— fin 1 16 

— refin 2 13 

Drap Caliaouk 38 

— Sagalis 10 

Étoffe de laine (district) 1 » 

Burate (district) 12 

— de montagne 1 > 

— surfine de ménage 1 4 

Drap de Silôsie 1 12 

— de Pépol 1 » 

Écarlate et bleu 1 1(5 

— Montauban 1 4 

— fin de Vienne, 5 pans de large 3 3 

— — 6 pans de large 4 » 

— Sainte-Afrique 1 t 

Camelot, poil 2 13 

— demi-soie 1 9 

— laine 1 » 

MoUetton de Saumiôres 1 » 

— plus fin 17 

— Rouen-lys 1 12 

— — croisé 2 » 

Segovie lissé 1 1 

— couleur fine 2 9 

— croisé 1 7 

— couleur refine 2 » 

Satin, Ljon 1 12 

— fin 2 » 

— plus fin 2 8 

— surfin sur soie 2 13 

Serge d'Agen et de Rouen 14 

— fine 1 12 

— surfine 2 3 

Étamine 1 12 

— fine 2 » > 

Voile fin 28 > 

Flanelle lissée 1 12 > 

— croisée 2» • 

Cazimir 4» > 



NOTES ADDITIONNELLES 465 

Francs. Sols. Déniera 
Tricot en laine 34 

Velours, coton de Rouen 4 » 

Quimordo 2 12 

D'Ancien plein 2 » 

Étamine de Reims 1 15 

— du Mans 1 17 

— surfine 2 13 

Drap de coton mi -croisé 1 9 

Burate en couleur 11 

Sicilienne 16 

Toile de coton, futaine blanche 16 

— fine 1 4 

— surfine 1 12 

Toile de coton en couleur 1 » 

— peinte 11 

— fine 1 4 

— surfine 2 t 

Coton, fabrique du pajs, le pan 1 » 

Toile grise, ordinaire 1 12 

— fine 15 

— blanche, ordinaire 16 

— fine 11 

— surfine 1 12 

— de Paris » 

— d'Auxonne 16 

Souliers de toile, simples, pour hommes ... 2 15 

— pour femmes ... 2 10 

Rebattat commua 7 

- fin . • ". 12 

Calezarde 13 

— fine 19 

Échevaux, fil de quarante-huit tours 2 6 

— trente tours 2 » 

Écorce de chôae-vert, le quintal rendu & Grasse 2 14 » 
Chapeaux pour enfants de~ huit à dix ans, fa- 
brique de Claviers 5t » 

Chapeaux pour enfants de six ans 3 » > 

«^ petits enfants (fabrique du pajs) ..25 > 

— pour hommes 3» t 

— en laine de Marseille, brodés pour 

hommes 5Ô » 



466 NOTES ADDITIONNELLES 

Francs. Sols. Déniais. 

Chapeaux pour hommes, dits Agnelis .... 810 

— — Perse 9 15 

— — Mélangé .... 11 » 

— — Demi-Castor . . 17 10 

— — — surûn 22 » 

Nota.— Nous avous conserré Torthographe. 

MAXIMUM DES VIVRES ET DENRÉES COLONIALES 

A VENCE 



Fr. Sols Deniers 

2 6 la livre et le panai 
» le panai 



Fr. Cent 
. 4 > 
. 4 50 
t t 
. 4 » 
. 3 50 
1 5 > 



Figues communes . . . • 

» l'* qualité . . . t 3 6 

Lentilles > 2 6 

Pois pointus » 3 t > > 

Fèves >>> > » 

Haricots > 3 5 > » 

Pommes l'* qualité . . > 1 6 

» 2* qualité ..il 
Châtaignes cuites ...» 3 

Raves » 1 

Oignons » 1 

Raisins t 5 

Gruyère 1 • 

Poivre t 5 

Pain s 3 

Blé 4 5 

Pieds de mouton ... 1 » 

» de bœuf .... t 12 

Langues de bœuf. . . » 12 

Ch&taignes l'"* qualité. 4 10 

» 2« qualité. 3 » 

Glands » 18 

Noix 2 5 

Œufs, la douzaine . . » 18 

^OTA. — On trouvera le maximum des denrées pour Nice, dans VHUlaire 
de Nice, par M. Toselii. 



le panai. 



le panai. 



NOTES ADDITIONNELLES 



467 



XXIV. — EMIGRES DE GRASSE. 

1791. — L'évoque, les abbés More, Bruéry, Cavalier, Martellj, 
Guize, Aubert, Chérj, Pajaa, Chevalier, Pontevôs, Comte, Jour- 
dan, Bernard, Bonafous, Bérenger, Cresp, Joubert, Mercurin. 

1793. ^ MM. les avocats Bartel, Alziarj, Gaitte, Marcj, Lam- 
bert et Benoit Autran, notaire. 

Les seigneurs Albert Durand-Sartonx, Albert Théas, Lombard 
de Gourdon, de Montgrand, Geoffroy du Rouret, capitaine de vais- 
•ean, Fautrié, artilleur. 

ÉMIGRÉS DE GRASSE 
6 norembre 1798. 



Achard, prêtre. 

Alziary, Ange. 

Augier J.-J. 

Bartel. 

Beaumont. 

Belissime. 

Bertrand. 

Bruéry. 

Calvi. 

Crouét. 

Cresp. 

Durand-Sartoux. 

Fan ton. 

Geoffroy. 

Gui/ol, Albert. 

Imbert. 

Lambert, Elzéar. 

Lemore. 



Levens. 

Luce Gasparl. 

Marcy. 

Maubert. 

Mercurin. 

Mougins, Jean-Baptiste. 

Mouton. 

Payan. 

Pilar, Michel. 

Pontevôs. 

Paulin, René. 

Prunière. 

Roberti. 

Roberti, veuve Blacai. 

Sicard. 

Théas. 

Trabaud. 



DÉTENUS MIS EN LIBERTÉ 
il noTcmbre 1794. 



Alaman, P.-Clande, détenu & Trans. 

Audibert Franç3is, de Caille, détenu à Draguignan. 

Baudoin, El., détenu à Draguignan. 



46S NOTES ADDinOXXELIJBS 

Brun. Antoiae. détena à Dra^ui^nan. 

Brrin, Joseph et sa femme, d:f-teniis à Dragaignan. 

Brun, Françiz.-s, déteaa à Loi^es. 

Blan*?. Jx^i-jes^ id. id. 

Blanc. Jean- E.. id. id. 

Ba3m:^n;. Paaliae dêienae à Lorgnes. 

Chiris, J.-Esp.^ de FaTence. déteaa à SeîUans. 

Caralier. P.-L.. déteaa à Dragaîgnan. 

Chaaret. F.-César. détena à Dragaignan. 

Descales, Anne, id. id. 

Flotte. Anioiae. id. id. 

Geoffpov. M. -Th., id. id. 

Geoifrov, Louis, id. id. 

Giraud. Félioie, 14 ans, détenae à Draguignan. 

GauQ. avocat et femme SaissT, Melchi or, détenus à Draguignan. 

Girard, P.. lo ans, dêtena à Draguignan. 

Gens, £., id. id. 

Hermine, Ch., id. id. 

Héraut, F.-D., id. id. 

Latii, Teuve Rajmondis, détenue à Draguignan. 

Lautîer, Jacques, detena à Draguignan . 

Lombard. Ch.. détenu à Dragaignan. 

Lemore. déteaa à Lorgnes. 

Michel, Marie, femme Geoffror, détenu à Draguignan. 

Perrache, veuve, détenue à Draguignan. 

RavmonJis. Claude, id. id. 

RavmoaJis, Mar^uet. détenu à Draeui^nan. 

La Roquette, Marguet, id. id. 

Raphel, id. id. 

Suffren, P.-Xavier. id. id. 

Théas. Ch.-F., id. id. 

Théas, J. -Paul-Louis, id. id. 

EMIGRES DU DISTRICT DE GRASSE 
de 1793 à 1795. 

Grasse : .\lbert d'Aix et la dame Théas son épouse (Cailles) ; 
Albanellv, Frans^is, prêtre (Saint- Vallier) ; Alziarj, Ange, avocat 
(Saint- Vallier] : Buéri, prêtre; Bartel, prêtre; Chevalier, prêtre; 
Comte, prêtre ; Chéri, prêtre: Chéri, Raphaël, curé de Magagnosc ; 
Etienne-François Pruniére, ex-évôque ; Fanton, ofSicier d'artillerie; 



NOTES ADDITIONNELLES 



469 



ilaitte, Jean- Joseph, homme de loi ; Geoffroy, Jean-Louis, capi- 
taine de vaisseau (Le Rouret); Guisol, Jean, prôtre; Jaury, prêtre; 
Imbert, François, prôtre ; Jourdan, prôtre; Lombard, Jean-Paul ; 
Marcy, Honoré, homme de loi (Opio) ; Méro, prôtre ; Pontevez, 
prôtre; Pagan, prôtre; Pilard, Joseph, curé de Placassier; Ro- 
berti, Antoine-Joseph, âls d*Alexandre,lieutenant-colonel ; Robert, 
dit Moissac, ancien militaire ; Sicard, François, menuisier; Rai- 
mondi. Octave, fils de François. 

Antibes : Barquier, Alexandre, commissaire des guerres ; Cu- 
gnac, Emmanuel, ancien commandant d*Antibes (Séranon) ; Cimon, 
Louis-Théodore, ancien conseiller d*Aix (Biot) ; Merle, Joseph, 
prôtre ; Joubert, Antoine, prôtre ; Raybaud, Pierre, prôtre. 

Amirat: Paulin-Rôné-Alphonse, major; S. Ferréol, de Mar- 
seille ; Féraud, Raynard. 

Andon : Charrier, curé (Caille), 

Le Bar : Cavalier, prôtre. 

Briançonnet : Grasse-Briançon, capitaine de vaisseau. 

Chateauneuf : Carlaven, Claude-Trophime, prôtre, 

Gars : Flotte Saint-Antonin ; Théas Saint-Antonin. 

Les Mujouls : Grimaldi, Sauveur-Pascal ; Villeneuve, âls, hé- 
ritier d'Antoine-François ; Douce, Alexandre, curé. 

Opio : Chauve, Mathieu, curé. 

Salagriffon : Rasque, Jean-François. 

Vence : Aubin; Bouyon , Marcellin ; Bouyon , Marguerite; 
Cayron, Marie ; Féraudy, directeur au séminaire; Fanton, fils ; 
Icard, Louis, organiste de la cathédrale ; Gandolfe, frères, prêtres; 
Méro, prôtre ; Pisani, ex-évôque de Vence ; Varrache, ex-chanoine 
de Vence; Villeneuve, Pierre-Paul-Hélion ; Suche, Claire, 

Nice comptait de 4,000 h 5,000 émigrés. 

Les registres concernant les biens des émigrés forment une cen- 
taine de volumes in-folio, dans les archives de la Préfecture des 
Alpes-Maritimes . 

XXV. — POPULATION DU DISTRICT DE GRASSE. 

1794. 



1794 


1878 




1791 


1878 


Grasse . . . 11.604 




Le Mas . . . 


467 




Antibes . . . 4.133 


5.134 


Mouans . . . 


438 


é 


Cannes et lies 2.626 


3.621 


Mujouls . . . 


256 




Aiglan ... 240 




Mougins. . . 


1.330 


1.506 



470 



NOTES ADDITIONNELLES 





m\ 


Andon. • • . 


122 


Auribeau. • . 


554 


Amiral . . . 


121 


Le Bar . . . 


1.206 


Biot 


1.000 


Briançonnet . 


496 


Caille .... 


160 


CaussoU. . . 


19 


ChÂteauaeuf . 


1.0G2 


Cipiôres . • . 


986 


CoUoDgues. . 


163 


Conségudes . 


252 


Cabris. . . . 


1.800 


LeCannet . . 


1 189 


Clermont. . . 


31 


Escragnolles . 


346 


Les Ferres . . 


292 


Oars .... 


240 


Ooardon. . . 


280 



1878 



1.093 



Mandeliea . • 
La Napoule . 
Pégomas. . . 

Opio 

Le Houret . • 
Roquesteron . 
La Hoquette . 
Saint-Auban • 
Saint-Césaire. 
Saint-Val'ier. 
Sallagriffon . 
Sartoux . 
Séranon . 
Le Tignet 
Yalbonne 
Vallauris 
Yalderoure 
VeDce. . 



MALES 

Un an & dix-sept 575 

Dix-huit ans à vingt-six 244 

Yint-six ans & soixante 481 

Soixante ans et au-dessus 140 



1.272 



17U 1978 



00 



453 
368 
80 
166 
209 
607 

1.099 
538 
160 
90 
338 
151 
060 

1,479 
350 

2.732 



1.576 



FEMELLES 

431 
180 

521 
160 



1.440 



1.292 
1.440 

2.732 



XXVI. — ETAT DESASTREUX DES PAYS DE LA VALLEE 

DE LA VÉSUBIE 

ArcbiTes de la commune de Belvédère, 1794 à 1796. 

c Nous ressemblons, dit le rapport, à un malade épuisé par de 
fréquentes saignées. » (10 ventôse an 4). Saint-Martin-Lantosque 
a en trois cents bastides brûlées, les combats du Raoûs et de TAu - 
ihion ont promené le fer et la flamme dans tout le territoire de la 
BoUène, Belvédère, place de défense respectable, offre le spectacle 



NOTES ADDITIONNELLES 471 

le plus lamentable. Ses granges ont été brûlées, ses vacheries et 
ses bergeries saccagées, ses maisons pillées. Venanson est ruinée. 

Saint-Mastin-Lantosque réclame 879,889 frênes. 

LaBollône — 848,985 — 

Belvédère — 339,488 — 

Venanson — 110,435 — 

Le canton de Roquebilliore a perdu 3,000 moutons, 1,500 va- 
ches, 300 bœufs, 100 mulets, 300 porcs. 

Le 25 janvier 1794, la République émettait son décret d*un em- 
prunt forcé et progressif. 

Avec 1,000 fr. de rente on devait donner àTÉtat 100 francs. 

— 1.500 - — 200 — 

— 2,000 — — 300 — 

— 3,000 — — 600 — 

— 4,000 — — 1,000 — 

— 5,000 — — 1,500 — 

— 6,000 — — 2,000 — 
-. 7,000 — — 2,800 - 

— 8,000 — — 3,000 — 

— 9,000 — — 4,500 — 

An delà de 9,000 la taxe était la totalité de Texcédant de 4,500 fr. 
10,000 fr. étaient taxés 5,500 fr. 

XXVII. — PAPIER DE CONFIANCE. 

1791. — Grasse met en circulation un papier de confiance (24 
août). On en fait pour 4,000 fr., 3 sous^ iO sous,2ô sous, qui n'au- 
ront cours que dans la commune. 

XXVIII. — OCTROI D'aNTIBES. — DROITS PERÇUS. 

Lorsqu'on 1804, Antibes établit ses droits d*octroi, elle observe 
que pour sa population évaluée à 5,500 habitants, on consomme par 
an, bœufs 200; veaux, 25 ; moutons, 400; porcs, 200. Il entre dans 
la ville 200 charges de vin étranger; 600 quintaux de poisson ; 30 
quintaux de viande salée. 

Chaque bœuf et chaque vache paiera dix fr. par tête ; chaque veau 
3 fr. ; mouton et chèvre. 90 cent.; agneau 30 cent.; cochon, 3 fr.50; 
▼in, la charge de 200 litres, 4 fr. ; poisson, le quintal, 2fr. 50, 
viande salée, 2 fr. 50. 



472 NOTES ADDITIONNELLES 

(Archives d'Antibes. — Registre des délibérations. — An IX, an 
X, an XI) 

On augmentera ces droits en 1808, ce qui donnera une recette de 
18,513 fr. 

Remarquons qu*on ne mangeait pas autant de viande qu*aujour- 
d'hui. 

XXIX. — CHEVALIERS DE MALTE INTERNÉS A ANTIBES 

EN 1798. (1) 

Les chevaliers de Malte qui s'étaient rendus k Bonaparte, mar- 
chant vers l'Egypte, furent internés à Antibes. Il y en a une qua- 
rantaine : Anne Charles Bailly-Fresnay, P. René du Pin Laguéri- 
viôre , C. L. Lachastre, F. H. Cornet, F. Guillaumanche, F. 
Chassegnay, I. J. Tigné, F. Grimaudet, Roche-Bouel, J. B. Bouet 
ou Buet, CF. d'Andignô, J. B. Lavarde, E. Jacquesson, J. L. 
Enard Jaquet, L. M. Ant. Grimaldi, P. L. Bort, Ch. Laureston, 
A. Lapanouze, M. A. E. Saint-Exepêre, F. H. Morel, L. A. d'An- 
say, C. L. Bude Guébriant, L. P. C. G. Lebôgue, I. et Ch. Lapa- 
nouze, L. Lyvône, C. Gombervelle, R. J. Dupeyron, C. Mérigny, 
A. L. Malard, J. F. M. Saint-Félix, P. R. du Pin, M. F. Mondion, 
J. B. Latreille, Livade, C. D. Boyer, C. Duchâtel, L. H. M. Cau- 
lincourt, Ch. Gueiche, l. L. Douhet, M. Folin, N. F. Boyer. Le 
chevalier Caulincourt détenu dans le château par le grand-maître 
depuis le 2 février 1791 n'a pu rentrer en France. Il déclare fixer 
sa résidence à Antibes. 

XXX. — STATISTIQUE DU DÉPARTEMENT 
DES ALPES-MARITIMES EN 1814 

par le sieur Gappeli.b, Secrétaire général de la Préfecture. 

1® Au lieu de cinquante familles étrangères, il en compte deux 
mille pour la saison d'hiver 1813-1814. Il célèbre les qualités ai- 
mables du baron do Hank, chambellan du prince de Saxe, la science 
de Sulzer, médecin du prince, la charité inépuisable des étrangers 
pour les pauvres de Nice et en particulier des bienfaits multipliés 
du prince Frédéric de Saxe Gotha. « Il a plus donné qu'il n*a dé- 
pensé pour lui même. » 

(1) Archives de la commune d*Antibes. 



NOTES ADDITIONNELLES 473 

2^ Il donne la statistique suivante dont nous extrayons certaines 
parties de 1799 à 1806 : 

Les filatures de soie ont rapporté 10,000 rups de cocons, dont 180 
quintaux de soie grègo au prix de 1,400 francs le quintal. 

70 quintaux de soie fagottière au prix de 900 francs le quintal. 
L'eau de fleur d*oranger fr. 48.000 

— de rose 2.400 

Pommade 24.000 

Fleurs d'oranger (salées en tonne), 30 francs le quintal. . 9.000 
Huile volatille de fleurs d*oranger à 72 francs la livre . . 96.000 

Huile d'aspic à 100 francs l'estagnon 1.000 

Huile de lavande ù 160 francs Testagnon 480 

Huile de thjm à 220 francs Tes tagnon 440 

Tanneries : 280 douzaines de peaux de mouton habillées 

en vert & 30 francs 

— 60 douzaines de peaux de mouton habillées en 

rouge à 30 francs 

— 360 douzaines de peaux de chèvre et mouton 

en maroquin à 50 francs 

— 2,500 quintaux de peau de veau ou de vache 

en empeigne à 100 francs 

Le produit des tanneries de 1799 à 1806 a été de 275,000 francs. 

Il y a des tanneries à Puget-Théniers, à Sospel, à Breil. 

Deux chamoiseries : Saint Dalmas-le-Selvage et Villeneuve- 
d*Entraunes. 

Une filature de couvertures de laine à Saint-Étienne. 

Trois fabriques de chapeaux à Puget-Théniers (3« qualité). 

Une fabrique — à Saint-fttienne id. 

Les mines de Tende ont rapporté 31,000 francs de 1799 à 1806. 

Les fabriques de papeterie, de verrerie, d'indiennes, de toile, de 
coton, de rubans filoselle ont été abandonnées depuis 1793. 

Il j a douze martinets, deux cent quarante fours & chaux et à 
plÂtre. 



474 NOTES ADDITIONNELLES 

XXXI. — LOGE MAÇONNIQUE DE GRASSE 
sous le titre de : La Nouvelle Amitié. 



A LA GLOIRE DU G.'. A.*. (L.\ N.'.A.'.) DE l'uNIVEHS. 

au nom et sous les auspices du S.*. G.*. M.*. 

TABLEAU 

des Frères qui composent leR: L'^ S^r, Jean, sous le titre 
de: La Nouvelle Amitié à tOr.\ de Grosse en Provence, 

tracé le 27"« jour du S"» mois de l'aa la V.". L.\ 5785, 
époque de rinstallation des nouveaux officiers. 

OFFICIERS. 

Noms, qualités civiles, offices et qualités maçonniques. 

F.'. Gérard, avocat au parlement, Vénérable, chevalier de l'Ordre. 

F.*. Boulaj, cadet, négociant, premier surveillant, chevalier de 
rOrdre. 

F.\ de Lombard, marquis de Gonrdon et Montauroux,cap. au rég. 
Roj.-Lorraine, cavalerie, second surveillant. Élu. 

E/. Gazan. avocat au Parlem., subdélégué de l'Intend., ex- Vénéra- 
ble, membre de la T.*. R.*. Grand L cz: prov. de Provence ; chev. 
de rOrdre. 

F.'. Isnard,avoc. au Pari. Orateur confirmé, associé libre de la 
R.'. L z=^ de r Amitié h 1*0. d*Aix et de celle des Amis réunis de 
rOr. du régiment de la marine, infanterie, chev. de 1*0.*. 

F.\ Luce de Gasparj, ancien major de dragons au service de la 
Pologne, orateur. Me.'.Pt.*. 

F.'. Roubaud, fils, avocat au Parl.,secrétaire-arçhivaire. Me.'.Pt.'. 

F.', de Bain, secret, de correspondance. Me.*. Pt.*. 

F.*. Roubaud d'Antelmy, écuyer, trésorier. Me.'. Pt.*. 

F.'. Boulay, aîné, négociant, garde-des-sceaux et timbre. Élu. 

F.'. Gérard, prêtre chanoine de TÉglis. cath., trésorier des aumé- 
nes, confirmé. Me.*. Pt.*. 

F.', de Court, écujer, seigneur d'Esclapon, expert. Élu. 

F.'. Isnard, aîné, négociant, expert. Me.*. Pt.'. 

F.*. Luce, aîné, négociant, maître des cérémonies, commis, de la 
T.*. R.'. Grande L !=l! provinciale dans TAtelier, ass. libre de la 
R.'. L ^=^ de la Constance à TOr.*. d'Antibes et de celle des Amis 



NOTES ADDITIONNELLES 475 

réunis & rOr.*. du régiment delà marine infanterie. Chev. de 
rOrd. 

F.*, de Robert, chevalier, seigneur d*Escragnolles, anc. off. de ca- 
valerie, maître des cérémonies. Maître. 

F.*. Debezieux, architecte du temple et des banquets. Élu. 

F.'. Bounin, négociant, infirmier. Ecossais. 

F.*. Gazan de Seillans et Clausonne, infirmier. Élu. 

F.*. Bonafons, négociant, Terrible. Élu. 

F;*. Luce cadet, négociant. Thuileur. Me.". Pt.'. 

F.*. Augustin Chaix, musicien, directeur d'harmonie. Maître. 

MEMBRES. 

F.*, de Barrigue de Fontainieu, conseil, au Pari. off. de la T.*. R.*. 
G.*. L t=i P.*. Vénérable de la R.*. L îHî d'Aix et en cette qualité 
membre né de T Atelier, chev. de 1*0. 

F.*, de la Touloubre, av. au Pari., Grand-Maltre-Président de 
la T.'. R.'. G.'. LCZ2 P.*. associé honoraire de R.*. Lî==:de la 
Parfaite Harmonie & rOr^'. de Toulon et de celle de la Réunion 
des Élus & l'Or.', de Marseille, associé libre de la R.*. L ^Hî du 
Choix de l'Homme libre & TOr.*. d*Aix ; ex-Vénérable de celle de 
TAmitié, môme Or.*, et en cette qualité membre né de rAtelier, 
chev. de l'Or.*. 

F.*. Chevalier de Bain, off. du Rég. do Vermandois, inf., Cheval, 
de rOr.-. 

F.' . Jean- Jacques Fargeon, nég. , parf . du Roi et de la Cour, Me. \ Pt. * • 

F.'. Maximin Roubaud, av. au Pari., Me.*. Pt.*. 

F.', de Reboul, lient, partie criminel en la Sénéch, Maître. 

F.'. Bernard, av. au Pari., Maître. 

F.*. Marcj, apprenti. 

F.*, de Geoffroy du Rouret, off. d'artillerie, apprenti. 

ASSOCIÉS LIBRES. 



/ F.*. Gazan fils, av. au Parlement, G'^.-secrétaire de la T.*. 
R.'. G.'. L C3 P.-, secrétaire de la R.*. L^^ de l'Amitié 
et associé libre, de celle du Choix de THomme libre & 
rOr.*. d'Aix. 

F.*. Isuard» cad. nég, membre de la T.*. R.\ G.*. C3 P.*. 
a \ Vénérable de la R.*. L i=i du Triomphe de TAmitie à 
rOr.-. de Draguignan. 

F.*, de Roubaud, très. -gén. de France au bureau des finances 
de Prov., membre de la T.-. R.*. G.-. L= P.*. Véné- 
rable de la R.'. L==3de l'Union des Alpes & l'Or.'. d'Aups. 






o 



a 



476 NOTES ADDITIONNELLES 

F.'. Turrel. av. au Pari, docteur en droit, Vénérable delà R.*. L 
c=î des Amis intimes à TOr.*. de Paris, député de Tatelier au G.*. 
Or.', de France. 

F.*. Merendol, av. au Parlement, membre de la R.'. L î^ de l'A- 
mitié h rOr.-. d'Aix. député de l'Atelier à la T.-. R.\ G.'. L :=! 
P.*. de Provence. 

F.*, de Thorenc, C^ de S. Empire, M** des camps et armées du Roi. 

F.', de Thorenc, chef d'escadre des arm nav. de Sa Maj. 

F.*, de Rouband, secrétaire du Roi. 

F.*, de Fanton d'Andon, lieutenant-gén. en la Sénéch. 

F.*, de Luce-Seillans, écuyer. 

F.*. Spitalier-Seillans, résidant à l'Or.*, de la Martinique, de St- 
Pierre et membre de la R.*. L î=: de la Sincérité des Cœurs, 
au même Or.*. 

F.-. Abbé de la Susse, prêtre de l'Ordre de Clugni. 

HARMONIE. 

F.*. Chaix, directeur, Violons: F.-. Boulaj, aîné; F.*. Chaix; F.'. 

Isnard, l'aîné; F.'. Debézieux. 
Flûtes : F.-, de Bain, off.; F.'. Bernard. 
Clarinettes: F.*. Marcj; F.'. Fargeon. 
Violoncelles: F.*. Roubaud d'Antelmj; F.*, de Bain. 
Alto: F.*, de Court. 
F.*. Issaurat, servant. 

Adresse directe et permanente de la R.*. L :=: A. M. Gazan, av. au Pari., 
subdélégué de Fintendance de Provence, à Grasse. 

Scellé et timbré par nous garde de sceaux 
et timbre de la R.'. L :iz 
F. Boulât l'aîné. 

Par mandement de la Rr. :=2 
F.'. Roubaud, fils. 
Secrétaire. 

(Àrch, de la Préf. de Nice — S. F, E, — Confréries laïques,) 

(Communication due à M. de Flamard, archiviste de la Préfecture.) 



CONCLUSION 



Nous avons essayé d'accomplir la lâche que nous nous 
étions imposée : raconter les événements de la grande 
Révolution française dans les Alpes-Maritimes. Vivant 
aujourd'hui à près d'un siècle de distance de cette com- 
motion sociale qu'on est convenu d'appeler Vémancipor- 
tion de la société française^ nous pouvons résumer les 
biens et les maux que nous en avons retirés. 

D'abord nous ne justifierons jamais les hommes qui 
croiraient nécessaire de verser le sang et d'abattre les 
têtes pour le triomphe d'une doctrine. La conscience pu- 
blique, comme la conscience individuelle, répudiera tou- 
jours les moyens violents. Fasse le ciel que nous en finis- 
sions avec les terroristes ! 

Les excès en tout genre,qu'ils viennent delà liberté,ou de 
l'autorité, sont funestes à l'une ou à l'autre cause. Ici-bas 
tout doit aller deux à deux, en se conciliant, et non en se 
divisant : ordre matériel et ordre moral, force et douceur, 
liberté et autorité, droits et devoirs, pouvoir civil et pou- 
voir spirituel, droits de l'État et droits de l'Église. 

1789 devait être une sorte de concordat entre le chef 
d'État et la Nation pour que le pouvoir fût tempéré par 
des assemblées parlementaires, par un ministère respon- 
sable, en sauvegardant TinviolabiUté du chef d'État. Voilà 
pour Vordre politique. 



478 CONCLUSION 

Vordre social j consacrait régalité des citoyens devant 
la loi. 

U ordre administratif, mieux ordonné, divisa laFrance 
en départements, en arrondissements, en cantons et en 
communes, de manière que tout tendît à l'unité et re- 
flétât l'image de la nation entière. 

Dans Vordre judiciaire a été fondée aussi l'unité de la 
législation, et l'indépendance du pouvoir dans la magis- 
trature. 

Dans Vordre financier j la révolution a remplacé le 
vieux système des impôts par les contributions directes 
et indirectes mieux réglées. 

Dans Vordre économique j elle a proclamé la liberté do 
commerce et de l'industrie. 

Dans Vordre morale elle a donné la liberté de con- 
science et de pensée. 

Nous ne nierons pas que c^tte ère de liberté ait im- 
primé un nouvel essor aux progrès dont nous sommes les 
heureux témoins et dont nous récoltons les fruits abon- 
dants. La vie commerciale, industrielle, artistique, scien- 
tifique et intellectuelle coule à plein bord dans toutes les 
parties de la France, jusqu'aux extrémités. Les peuples 
étrangers qui veulent nous imiter participent aux mêmes 
bienfaits. 

Observons maintenant la partie faible. Assurément,rien 
n'est parfait en ce monde et il n'y a pas de lumières sans 
ombres. Mais il faut qu'il y ait une juste proportion entre 
la lumière et les ombres. 

Depuis nos conquêtes modernes,resprit public a exagère 
la liberté au dépens de l'autorité, le bien-être matériel au 
dépens du bien-être moral. A force de vouloir être libre, 
un parti voudrait se passer de loi et d'autorité ; à force 
de chercher le bien-être ici-bas; on essaierait d'oublier ses 
immortelles destinées et l'acquisition d'une patrie meil- 
leure. 



CONCLUSION 479 

Certains esprits, faisant abstraction de Dieu et de reli- 
gion, prétendent expliquer tout sans Dieu, composer des 
ouvrages sans y introduire le souffle religieux, sans y 
prononcer même, de parti pris, le nom de Dieu ; ils par- 
lent de morale sans Dieu, de loi sans Dieu, d'instruction 
de rÉtat sans Dieu, d'école sans Dieu. Ils décorent cette 
morale du nom de morale indépendante. 

Voilà le mal de notre société contemporaine, mal qui a 
sa source dans ce qu'ont émis de dangereux les écoles 
philosophiques et politiques du XVIIP siècle. En mon- 
trant les hommes et les abus, on a attaqué les institutions 
elles-mêmes. 

La réforme a une fois de plus dépassé le but qu'elle s'é- 
tait proposé ; et nous ne sommes pas encore assis sur nos 
véritables bases : nous oscillons sans cesse. 

C'est en vain que les admirateurs outrés de 1789 
exaltent 1830, 1848, 1870 comme de nouvelles secousses 
imprimées au mouvement libéral qui, selon eux, ne doit 
plus s'arrêter jusqu'à son entier épanouissement. Belle 
réforme qui s'accomplit dans le sang et dans les ruines ! 

Pourtant nous serions les ennemis de notre siècle, si 
nous n'avouions les progrès qui , dans nos Alpes- 
Maritimes, s'ajoutent au bienfait providentiel d'un mer- 
veilleux climat. A Dieu ne plaise que nous ne soyons 
pas enthousiastes de ce que nous voyons ! Ce que nous 
n'admettons pas : ce sont les moyens violents, les haines 
de partis ; ce que nous n'admettons pas, c'est que saturés 
des bienfaits du christianisme, on veuille agir en dehors de 
lui et contre lui ; c'est que bien loin de reconnaître l'es- 
prit libéral de TÉglise, on l'accuse injustement d'être Ten- 
nemie de la liberté et de la civilisation, elle qui, depuis sa 
fondation , civilise, éclaire, travaille,défriche,con vie toutes 
les nations au banquet de la science. Dans quel progrès 
accompli, dans quelle œuvre de bienfaisance, dans quelle 
science ne rencontrez-vous pas, toujours, des moines et 



480 CONCLUSION 

des prêtres. Est-ce que de notre temps les R. P. Moigno 
et Secchi, Lacordaire et Montalembert et tant d'autres 
n'ont pas été savants en demeurant fervents catholiques? 
Est-ce que dans toutes les sociétés intelligentes vous ne 
trouvez pas de nombreux ecclésiastiques qui étudient avec 
elles ? Ah ! il est une certaine science délétère, qui au- 
jourd'hui consiste à faire table rase de Dieu, du Christ, de 
rÉvangile, de la Bible, et ose tout penser, tout dire et 
tout écrire. 

Les catholiques ne peuvent vouloir de cette science. 
Pour nous le progrès n'est pas là. Nous améliorons, nous 
étudions,nous approfondissons, nous cherchons,mais nous 
inclinons notre raison devant l'autorité religieuse ; jamais 
nous ne sacrifions l'autorité. Nous reconnaissons qu'il y a 
trois autorités qui sauvegardent le monde : autorité reli- 
gietisej autorité civile^ autorité paternelle. Or le grand 
mal c'est que de nos jours ces trois autorités sont forte- 
ment ébranlées. 

Les trois hommes qui ont contribué le plus à notre 
grande révolution, ont commencé l'attaque.' En parlant 
contre les abus de rautorité,ils les ont sapées toutes les trois, 
Voltaire, en attaquant V autorité r^/i^tew^^ ;Montesquieu, 
V autorité civile^ Koxx^s^dM^V autorité paternelle. Y oxxX&i" 
vous le salut ? Eh bien ! Tout en conservant nos libertés 
acquises, revenons au principe d'autorité. Bâtir seu- 
lement sur la liberté, bâtir sans Dieu, sans autorité, c'est 
poser sur le vide ; demain détruira ce qu'on édifiera au- 
jourd'hui. Que l'enfant respecte le père, que le citoyen 
obéisse aux lois, que l'homme rende à Dieu le devoir qui 
lui est dû et la société est sauvée. L'insubordination, l'in- 
discipline, l'irréligion, ce seraint les fléaux qui nous dévo- 
reraient. Prenez y garde. Cavete^ consules. 



FIN. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Dédicace v 

789. Chapitre I**^. — Assemblée 

Consliiuante ... 3 
2 l•^ Éiat des Alpes-Mari- 

tiraos 3 

'i 2. Assemblées provincia- 

les 12 

g 3. États-Géiiéraux . . 25 

^ 4. Premier cri d'alarme 34 
g 5. Nouvelles circuiiscrip- 

tioiis 40 

2 6. Deux ii'me cri d'alarme 41 

g 7. Troisièmecri d'alarme 48 

g 8. Quatrièmecri d'alarme 57 

^ 0. Trouilles de Grasse . 61 

791« § lu. (Craintes et alarmes . 65 

g II. Atîdires reli.'ieuses . 69 

^. 12. Mon de Mirabeau . 72 

jl 13. Fuite du Roi . . . 74 

g i4. Troubles d'Antibes . 78 
Chapitre II. — Assemblée léyis- 

lalive .... 88 
g !«'. Le représentant Is- 

nard 88 

2 2. Défection dans l'armée 1)2 

792. g 3. Terrible année . . 94 

I 4. Troubles .... 95 

^, 5. Préparatifs de guerre lUO 

>j 6. Le irénéral d'Anselme 1U3 
g 7. Les Marseillais à Aii- 

tibes 110 

g 8. Armée du Var . .113 
Chapitri: IIL — Convention na- 

tio'ialf 116 

g l*'.Occupatioa du comté 

de Nice 116 

g 2. Armée piémoniaise . IJ3 
g 3. Premières victimes à 

Nice 125 



2 



1793. i 

l 



2 



i 



Pages. 
1792. i 4. Fête du 19 novembre. 131 

5. Cabale contre d'An- 
selme 135 

6. Alarme du 4 jan- 
vier . . . . 143 144 

7. Général Biron. . .146 

8. Attaque de CastilloQ. 149 
9 Attaque de Sospel . 150 

10. Situation intérieure . 153 

11. Défection de Dumou- 
ries 158 

12. Combat du Baous . 162 

13. Combat de l'Authion. 167 

14. Fédéralisme . . . 169 

15. Arrestaliot» de Bru- 
net 175 

16. Armée des Alpes-Ma- 
ritimes 179 

17. Combat de Giielte . 183 

18. Combat d'Cteile . . 192 

19. Terreur .... 195 

20. Deuxièmecombatd'U- 
^p[le 212 

21. Prise dé Toulon ! .* 215 
2-2. La Guillotine. . 222 223 

23. Hoche à Nice . . . 232 

24. Prise de Suorge . . 234 

25. Attaque du col des 
Fenêtres . . . .241 

26. Robes[>ierre . . . 245 

27. B«»naparte à Antibes. 250 

28. Chue de iiobespierre V5I 
255 

20. Air.u/os militaires . 258 
3). Kellerniiinn . . . 260 
31 Los Barbets ... 263 
32. Situation içénérale . 270 
piTRr. IV. — Le Directoire . 273 
l»»" Victoire de Loaco. • 274 

91 



1794. j; 

f: 



l 
i 



1795. 



i 



i 

CUAI 



482 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

1796* g 2. Bonaparte général en 
à chef 278 

1798. g 3. Dix-huit fructidor. . 282 
g 4. Masséna à Antibes . 289 
g 5. Bonaparte et Lascaris. 292 
g 6. Faitmaritimed'Antibes 293 
g 7. Zèle républicain . . 296 

Chapitre V. — Le Consulat et 

VEmpire .... 299 

1799. g i^'DébarauementàFréjus 299 
g 2. MortaeChampionnet SOI 
g 3. Masséna à l'armée 

d'Italie 302 

1900. g 4. Blocus de Gènes . . 304 
g 5. Les Barbets . .317 

1901. g 6. Concordat. . . . 318 
à 7. Administration. . .321 
g 8. Guerres de l'Empire. 325 
I 9. Pie VII à Nice . . 327 
g 10. Sixième coalition . 328 

1914. g il. Pie VII à Nice . . 331 
g 12. Abdication de Napo- 
léon 332 

Chapitre VI. —Les Deux Res- 
taurations .... 334 
g 1" Nice retourne à la Sa- 
voie 334 

8 2. Grasse et Antibes . . 336 

1915. g 3. I^s C?nt jours . . 340 
p 4. Blocus d'Antibes . . 352 
'^ 5. Instruction publique . 367 
^6. Travaux publics . .371 

1916. Fastes chronologiques . . 373 
à Travaux publics depuis 1816 392 

1979. Instruction publique depuis 

1SI6 393 

Insdustrie et Commerce . 395 
Notes additionnelles . . 397 
g l«'. Notice du général 

Luce-Gaspari . . . 397 
g 2. Fra|?onard de Grasse 419 
g 3. Barrière de StJeannet 425 
g 4. Famille de Revel-St- 

André 426 



4i3 
i44 
448 



450 
451 



Pftg«t. 

1916. g 5. Famille d\\uvare. . 428 

à I 6. Mgr Colonnad'Isiria. 432 

1979. g 7. Chanoine de Cessole. 435 

g 8. Acte de Mariage de 

Masséna . . . .438 

g 9. Lettre de M«« la Ma- 
réchale Masséna . . 439 

g 10. Arrestation des barbets 440 

à 11. Déserteurs autrichiens 442 

g 12 Documents sur les 
Villeneuve- Vence 

g 13. Lettre du marquis de 
Vence 

g 14. Districts de Grasse et 
de Saint-Paul . . 

g 15. Département des Al- 
pes-Maritimes. 

^ 16. Division diocésaine . 

B 17. Paroisses supprimées 453 

g 18. Argenterie et cloches 

des églises . . . .455 

I 19. Envoi à la monnaie . 456 

g 20. (•ontributious patrio- 
tiques 456 

g 21. Prêtres assermentés. 458 

22. Garde-nationale . . 460 

23. Maximum des vivres 461 

24. Émigrés du district 
de Grasse .... 

g 25. Population du district 
d« Grasse .... 
g 26. État désastreux de la 
Vésubie .... 
g 27. Papier de confiance . 
g 28. Octroi d'Antibes . . 
g 29. Chevaliers de Malte 

à Antibes . . . . ^2 
g 30 Statistique du dépar- 
tement des Alpes-Ma- 
ritimes en 1814 . . .472 
g 31 Loge maçonnique de 

Grasse 474 

Conclusion 477 



467 

469 

470 
471 
471 



TABLE GÉNÉRALE 



Abbo (Marie-Anne), mère deMM. Mou- 
pns de Roquefort, membres du Tiers- 
Etat en 1789. — 8. 

Abbon. Aoon, capiscole du chapitre de 
Veace, prête le serment, fait partie 
du Conseil de Vence, sauve les reli- 
ques de saint Véran et de saint Lam- 
bert, 5. 

AcciARDi, AcHiARDf, comte de Saint- 
Léger (Nico),conseillormunicipHl, 336. 

AcHARD, bourgeois de Saint-Paul, ofûcier 
municipal de Saint-Paul, 6, 86. 

AoHEisEN, vallon de Sospol et Col, 129. 

Agnès (sœur) de Grasse, 373. 

AoocT (Antoine de Flotte d'), seiiçneur 
de Gars etSaiut-Auban. Famille illus- 
tre de Provence qui remonte à 11-28. 
Les d'Agout de Flotte étaient déjà 
seigneurs de Saint-Auban. Andon, et 
coseigneurs de Vence et de Malvans. 
Labrancheaînéedesd'Agout(Agoult), 
comtes deSault, commence en lOOi, 
sous l'empereur Henri IV, 9, 96. 

AïKKSY, coseigneur de Briauronnet, 
ancienne famille de l'arrondissement 
de Grasse, 9. 205. 

Alarmr (I*' cri d'alarme\ !"aoùt 1789. 

— 34, 41. 48,57,61,65, 12^,144. 
Alasséo. combat naval, 13 mars 1795. 

— 259. 

Alba.n'elly, famille bourgeoise de Grasse, 

8. François, cbanoine de Grasse, 7. 
Albkrti, commandant de place à Lan- 

tosque, 316. 
Albittb (frères de Dieppe^, ardents et 

cruels conventionnels (et non Alberti), 

176, 251, 252. 
AixtoEB, famille d'Antibes, 10. 



Allemagne (voir Dallemagne.) 

Alliqati, aide-camp du comte Saint- 
André, 213. 

Alli db Mvgaraxi (voir Macarani). 

Alpark. montagne du territoire de Sos- 
pel, 129. 

Alpes-Maritimrs érigées en départe- 
ment. 30 janvier 1793. — 146. 

Alziary, ancienne famille de Provence 
qui part de Roquestéron et forme plu- 
sieurs branches, d'où : 

Alziary, comte de Malaussène, 9. 

Alziary. chanoine de Vence, 5. 

Alziary, avooatde Grasse, 97. 

Alziary dk Ro:)rEKORT, viguier de Saiut- 
Paul, et ses filles Pauline et Blanche; 
Alz'ary de Roquefort (Jean-Antoinej, 
Al/.iarv François, frère de Jean- An- 
toine, juge de* Saint-Paul, 6. 177, 184, 
189, 190, 191. 

AnnARRÈRE, commandant du génie, 305, 
309. 

Amic, famille de Grasse, 8. 

André, famille bour;^eoise do Vence, 5. 

Andrkossy. comte de rEmpiro, lieute- 
nant-général, né à Caste! nandary en 
1761, arrière-p<»tit-fils de l'ingénieur 
Andréossy, sedistingaà Landau, sui- 
vit Honaparte à l'armée d'Italie, puis 
en Egypte... C'était aussi un savant, 
et un àmi des arts. Il est mort à Mon- 
tauban en 1828. — 3r)3. 

Andrioli, poète et capitaine Niçois, aussi 
vaillantsoldat que bon littérateur, 168, 
374. 

Angoulè.mb (duc d'), 346; duchesse, 364. 

Ansrlmk, général, sa notice, 103. Bon 
arrivée à l'armée du Var, occupation 
de Nice et autres faits militaires, jus- 
qu'à sa disgrâce, 103 à 142. Né à Apt, 



484 



TABLE GENERALE 



22 juillet 1720, il fut porté dès Vd^e 
de cinq ans sur les rôles du ré!];imeut 
de Soissons, comme fils d'oriicier. Il 
est mort dans sa ville natale en 1812. 
C'était un bon littérateur. 

Antibes, sa statisiiciue en 1789. — 9. 
Dilîérents faits importants, 27, 41, 4*2, 
44, 51. 52. 55, 56, 58, 79, 84, 92, 100. 
105. Assassinat. 1 12. Quartier général, 
114, 114. Faits divers, 145, 14S, 155, 
219, 245. Glorieux fait d'armes, 293. 
174, Restauration, 339. Cent jours, 
340. Blocus, 352. 

AosTE^du:d'),filsdu roi Victor-Amédée, 
180.181, 195,212. 

Appian, assassiné à Grasse, 286. 

Archieb. curé de Vence, 5, 70, 319. 

Ajièna, Corse, établi à Nice, défend 
d'Anselme, 135. 181, 193,380. 

Arqe.ntevu (d'), général piémon tais, 234, 
274,276. 

Argot (d'), lieutenant-colonel du 1 1"«, 
106. 

Arnoux, adjointe Antibes, 342. 

AsGRos, commune de l'arrondissement 
et du canton de Puget-Théniers entre 
le Var et l'Estéron, 183, 195. 

AsPÉnx (baron d'), mijor autrichien,353. 

AspREMONT, commune de l'arrondisse- 
ment de Nice, canton de Levons, rive 
gauche du Var. 306, 310. 

AspRKMONT (comte d'), 308. 

AssEMiiLÉE Constituante, 3. Assemblée 

LéOISLATlVE, 88. ASS.CMBLÉE PROVIN- 
CIALE. 13. 

AuRERNON (Albarnus, Albarnon), an- 
cienne famille d'Antibes, venue du 
Bar, qui date du XFV» siècle. 155, 
338. Le plus célèbre de cette famille 
est Philippe Aulienion, né à Antibes 
en 17.57, commissaire des guerres, 
mort à Paris en I8.i'2. Son Gis Joseph 
sera préfet de Versailles et pair de 
France. 

AuRERT, famille de Grasse, 8. 

AuBRY, bon dessinateur «le Nice, 374. 

AuDiBERT, curé de Gréolières. 98. 

AuDiBERTi, comte de Saint-^îtienne, 336. 

AuDiFFRET (chevali M- d'), 164. 

AoaEREAU, duc de Cjsti.;lione, maréchal 
de France, naquit à Paris le 11 no- 
vembre 1757, d'un maçon et d'une 
fruitière. Ce fut Tun*» des gloires mi- 
litaires de la République et de l'Em- 
pire Il est mort à sa terre de laHous- 
saye (Seine-et-Marne), le 12 juin 1826. 
Andréodsy a écrit ses mémoires. On 



lui reproche ses dilapidations en Ita- 
lie, connues sous le nom de fourgon 
d'Aïujrreaii, 274. 275. 

AuarER, chanoine de Grasse. 7. 

AuousTLNs de Grasse, 7; de Nice. 12. 

AuLAGMiiR, armurier de Grasse. 205. 

AuniiiEvu, commune de l'arrondissement 
et du canton de G risse. Troubles, 73. 

AussEL, cliirurgien à Vence, 5. 

AuTHioN, raonia.^ne céléb/e du terriloire 
dd La Bollène. Batailles. 167, 314. 

AuTRiGHiE.Ns, déserteurs, 442. 

AuvARE (Mémoires du chevalier d'). fa- 
mille du Comté de Nice, 11, 123. 
1-24, 165, 242, 432. 

AuzLAS, bourgeois de Vence, 5. 

AvÉNAS, consul de Nice, 11. 



Batn (de), sous-préfet de Grasse, 55, 
344,318. 

BvLDULxi, prévôtduchapitrc de Nice,l2. 

Balègne (de), feld maréchal autrichien, 
152. 

Banel, général français. 274. 

Banquets rkpudlicalns, 217. 218. 

BvRDvROux de Gras.se, 7. 

Baruentane (mirquis. Puget de), géné- 
ral né àPatisen 1747, colonel du ré- 
giment d'Aunis avant 1789. commua- 
dant de la 8** division militaire de 
1791 à 1796; mort à Paris en 1828. 

BARniKRi, comm indint de la garde na- 
tionale de Grasse. 62 204. 

Barbets, 263, 281,317. 3?2. 440. 

B\RLi, chanoine de Nice, 12. 

Baruuier (de), ancienne famille d'Anti- 
bes, dont est ori^in lire le comte de 
Birquier (Joseph-Divid, général. Il 
était en 1792 lieutenant-colonel, gé- 
néral de bfigide en 1793. Il suivit 
Leclerc à Saint-Domingue en 1801; 
eut le comm indement apr>s la mort 
de Ferrand; revint ap/ès une hoao- 
rable capitulation en 1809.11 est mort 
à Paris, 31 octobre 1814. - lU, 114, 
174. 178.228,23». 

BAROuiER(de),mai.-e d'\n»ihe8, 145,337. 

Bar^uier (de), curé d'Antibes. 61. 

BvRRvL(P ulde^.gén-iral, 124, \ib, 128. 

B\rrvlis. ciia:ioine de Nice, 12. 

Barrvlh, oftio'ier du régiment de Nice. 
138. 139. 

Barras (comte de), né à Fos-Emphoai 
(Var), mena une vie fort dissipée 
dans sa jeunesse ; servit comme offi- 
cier dans les Indes, revint en France 



TABLE GENERALE 



48S 



et embrassa les idées révolutionnaires 
les plus avaiicées, vota la mort de 
Louis XVI, »'t fui l'un des plus vio- 
leuts oratt'urs de la Couventiuii. Il est 
mort en 18^29. 105, 158, 171, 173, 
Mb, IUd, 210. 215. 

BARarÈKB DE Svint-Jkannet, membre de 
la se:onde Législati ve,52, 1 88,230, 425. 

B\RTF.L, famille de Grasse, 8. 

Baudoin, l'aveui^le. llù. 

Baudry, adjudaut du régiment des Ar- 
dénués, 49. 

Baussy. chanoine de Saint-Paul. 6. 

Baussy, conseiller municipal de V^once, 
5, 346. 

Bayastro, nirois, vaillant armateur, in- 
trépide marin et ami de Masséna. On 
Ta app 'lé le J fan-Bail Niçois. Né à 
Nice en 1760, il est mort dans sa pa- 
trie, le 10 mars 1833. Nice a donné 
son nom aune de ses rues, 304, 315. 

Beauveau (de), gouverneur de Provence, 
36. 

Brluiosgo, général piémontais, 165. 

Bellëgarde (de), général piémontais, 
234.238.311. 

Bellissime de Roquefort, maire de Si- 
Paul. 6. 14. 18. 

Belmon s vaillant capitaine niçois, 184. 

Belmondi, chanoine de Nice. 12 

Belvéi ère, commune de l'arrundisse- 
ment de Nice, canton de Saint-Mar- 
tiu-Lantosque. sur la rive gauche de 
la Gordolas(|ue, affluent de la Vésu- 
bie. i26, 152, 161, 169, 181.296, 312, 
316, 374. 

BÉKÉDKrriNs de Saint-Pons à Nice, 12, 
à Lérius. 7. 

Bendfjun. hameau de Châteanueuf-Le- 
vens, 133. 

Bànetvkl (de.', réfugié à Nice, 118. 

B^OLRT, col du territidrede Sospel.164. 

BéRANGER, maire de Vence, 5, 13, 289. 

Brranger, famille de Grasse, 8. 

Bèranoeri. cliaiioine de Nice, 12. 

Berlier, Cfimmandant d'artillerie à An- 
tibes, 229. 33.J. 

Brrxvrd. famille de Grasse, 8, 197, 

Bern.\rdi, famille de Grasse. 8, 203. 

BERifARD,(Joseph).chRnoiuede(jrasse,7. 

Bkrnardi d'Antibes, 229. 

Ber!iardixe8 d*Antibes, 7. 

BfiRRE, commune de l'arrondissement 
de Nice, canton de Conles. 13?. 133. 

Bebthif.r prince de Waijram et de Neuf- 
châtel. nls de Tingénieur Berthier, 
naquit à Versailles en 1753. Il était à 



17 ans officier d 'état-major. Il se pré- 
cipita de son balcon dans un accès de 
lièvre chaude, à Bamberg. l*' juin 
1815. Un de ses frères, aussi général, 
servira dans l etat-major de l'armée 
d Ir^lie, sera comte de TEmpire en 
1810, et mourra à Grosbois, 18 août 
1819. - 2-29, 269. 

Bertrand, pénéral de l'empire, 340. 

Bian«:hi, général aufrichien, 352, 353. 

Bl\nz\, capitaine piémontais, 2l2. 

Biron (de), général franrai.** : i^a notice, 
146; ses faiU et gestes^ 146 à 158. 

BiscARRA. chanoine de Nice. 12. Bis- 
CARRA, peintre du roi, né à Nice, 22 
février 1790, mort le 13 avril 1851. 11 
était fils du trésorier général. 

BiscARRtT, général piémontais, 165. 

BiZA.NRT, général franrais. 274. 

Blacas, s .int prélre do Vence, supérieur 
du Peit-Sè m inaire de Vence, grand 
vicaire de Fréjus, 246, 371. 

Blacas. notaire de Vence. 5. 83. 

Blacas (de), marquis de Garros, 7. 

BLANQur. le c(»nveijti<»nnel, né à Drap 
en 1759. fit ses études au collège roy«S 
de Nice. Il est mort du choléra à 
Paris en 1832, laissant l'économiste 
Blanqui (Ad(dphe) né àNice, en 1798 
et Louis, né à Puget-Théniers en 
1804. - 121. 143. Ui. 

Blanqui (de), coseiu'ne'jr d'Aiglun, 9. 

BoMPARD (de^ deGrasse.chefd'escadre,8. 

BoNA, capitaine niçois, 208: 

BoNAFO.NS. famille de Cirasse, 8. 

Bonaparte (Napoléon). 146, 238, 250. 
278, 292. 299. 32e. 332. 

Bonneau, d'Antibes. 10, 14. 

Bonn EAU. émiL'ré. 261. 

Bonnefoy ou Bonefoy, poète dramati- 
que, né à Bonson, exécutée Paris en 
I7V3. — 113, 

HoNNÉcoRvr. dit le Romain, 132. 
Bonnet, bourgeois de Saint-Paul, 6. 
Bonson, commune de Tarrond.dePuget- 

Tliéniers, cant.de Hoquesléron, 183. 
BoTTiÈRi. chanciine de Nice, 12. 
BoTTiERi (avocat), exécuté à Nice. 211. 
Bouchard u'Audetf.rre (de), d'Antibes, 

50. 51. 
BouNA, général autrichien, 314. 
HouNiN DE Cabris, 8, 9. 

BOURRON-CONDÉ, 1 1 . 

BouTHiLLiERS ide), préfet du Var, 345. 

BouvoN. commune de larrondissemeDl 
de Grasse, canton de Coursegoules, 
sur la rive gauche de l'Estéron, 187. 



iw 



TABLE GENERALE 



BoYER deGhoisy, famille d*Antibes, 10, 

BoYON, bourgeois de Vence, 5. 

Brvchm\nn, général autrichien, 194. 

Braûs, col du territoire de l'Escarène, 
313, 314. 

Breil, arrond. de Nice, chef-lieu de 
canton, sur la rive droite de la Roya, 
127, 315. 

Brentano, général piémontais, 130, 307. 

BnroNOLLES, pacte fédératif, Afjà 47. 

Bnoïs,colquidomineSospel.lO."),lf)<5,314 

Bruérv, famille de Grasse, 9. 

Brune, maréchal de France.néàBrives- 
la-Gaill;irde, on 1763, assassiné à Avi- 
gnon par le peuple.^ aoùtl8lo. — 347. 

Brunet (Gaspard), général français, né 
à Valensoles (Basses-Alpes), maré- 
chal de camp en 1791, mort sur l'é- 
chafaud à Paris, G novembre 1793. — 
114, 170, 127, 13>. 140, IGl. 168,175. 

Brunet (Jean-Biiptiste), général fran- 
çais, né à Reims en 1763 ei mort à 
Vitryen ISil. — 305, 308, 313. 

BruslÉ, général français, '234,243. 

Cacciardi (baron];, conimaudunt du fort 
Mont-AIban, 117, 121. — La famille 
Cacciardi était en possession du 
fief de Berre. 

(JAUNES, commune de l'arrondissem. de 
Grasse, canton de Vence, sur la route 
nationale, sur le chemin de fer, 80, 
81, 307. 

(Iah.le, commune ih» l'arroudisseni. de. 
Grasse, canion de Sainr-Auhan, 330. 

(iAiRE (Barthélémy , de Rriançon, ingé- 
nieur militaire, 67. 

(jaissotti m: Roluion (chevalier de\ 1 18. 
Famille noble et illustre de Nioe, ori- 
ginaire de Puget-Théniers. Le cheva- 
lier de Houhion avait une autre frère 
le comte de Roubion. Tous deux 
étaient filsdu célèhro ministre d'État. 
( Charlos-Louis) (^aissotti . ixrand- 
chaiîcelier, man|uis de Saint-Victor, 
mort à Turin en 17 76. 

Calvy, baron de Vignole, gvassois,202. 

Calvy, commandant de la garde na- 
tionale de Vence et coniniandaiit des 
gardes côtes, 5. 

Cambron-ne, général, 3'«0. 

Campon (de), capitaine piémuntais. 165. 

Campréoon. général du génie, 305. 

Canal (comte de), officier piéniontais, 
164, 169, 181. 

Cannes , ville de l'arrondissement de 



Grasse, cheMieu de canton, port de 
mer, route nationale, chemin de fer 
d'Italie avec em branchement sur 
Grasse, 106, 109. 341. 

Gapei.et ( le grand et petit), cols du 
territoire de Belvédère qui domioeot 
le Raoûs, 163. 

Gaprara (régiment et colonel), 157, 188. 
190. 

Capucino, officier piémontais, 212. 

Capucins à Cannes, à Grasse^ à Nice, 7. 
12. 137. 

Caravadossy (baron de). 11, 186,^ 
mille noble du comté de Nice, origi- 
naire d'Espagne. 

Caretto, officier piémontais, 164. 

Carmes à Lagbet, 12. 

Carnot, le i:onventiounel, 278. 

Carré, capitaine piémontais, 164. 

Casabi.vnca (Raphaël), cumtededereai- 
pire, général, né a Vescovato (Corse) 
173u, mort à Bastia en 1825. fit par- 
tie du régiment provincial Corse en 
1772devint lieutenant colonel en 1799. 

— Son fils sera aide de camp de Mas- 
séna, colonel d'infanterie, et sera tué 
dans la campagne de Russie en 1812. 

— 159. 234, 279, 280. 
Casarianca, officier de la suite de Na- 
poléon , dans le débarquement aa 
GoHeJuan. 341. 

CASoNr, chanoine de Nice, 87. 

Castel-Giseste, du tenir. d'Ulelle. 193. 

Castelueeiî, feld-maréchal autrichien. 
1-26, 128, 129, 152. 

C\STELiAM.\nK, officier piémoutuis, 181. 

(iASTEi.i-ANE (de), officier des chas.seurs 
des Ardennes, 49. 

C.vsTELLANE (de), famille des environs de 
Grasse, 8. 

Castim.ox. commune de l'arrondissem. 
de Nice, canton deSospel, 129,149,150. 

Cavalikr. famille de Grasse, 8. 

(iKRisiKRE. quartier de Lantosque. 181. 

Cer\()m, général lVan«;ais, né à Sovéria 
((^orse) en 1768, servit dans le réi^i- 
nienl-royal Corse : il fut lue d'un 
boulet de canon à Eckmiilh, 22 avril 
1809, pendant qu'il déployait une 
carte de l'état-major sous les yeux 
do Larmes et de Masséna II était 
aussi brave général, que sivant et 
lettré, 161. 251, 276. 

Cessoi.e (de) et Cbssomnes, 374, 335. 

CHARAri), à Nice, 122, 147. 208. 

Chabert, de Vence, 90, 189. 

Chadlais (duc de), frère du roi, 159. 



TABLE GENERALE 



487 



Ghabran (de), général français, 232 254. 

Chaudron, adjoint d'Antibes, 337. 

Ghampionnet , général français, né à 
"Valence en 1762, d'un avocat et d'une 
paysanne. Il était israélite et fils na- 
turel. On le surnomma Championnel, 
Setit champignon. Il eut une jeunesse 
issipée, quitta le pays et s'engagea 
dans les gardes wallonnes. Il servit 
au siège de Gibraltar. Il était général 
en 1793. Il est mort à Nice, 9 janvier 
1800. - 300, 301,302. 

Charles-Emma NU i:l, 376. 

Chablbt, général français, 274, 275. 

Chartoqnb, colonel français, 153. 

Ch A RTON, général français, 10 1 à 107,234, 
262. 

Chartroux. officiel munic.de Nice, 284. 

Château de Nice. 374. 

Chateauneuf-lk8-gr\sse. commune de 
rarroudissement de Grasse, canton du 
Bar, 52. 

Ghatkauneuf-Randon, préfet des Alpes- 
Maritimes. 321. 

Château- 8alk, d'Antibes, 250. 

Ghautaro, famille de Grasse, 8. 

Gh^ry, chanoine de Grasse, 7. 

CaiRV, famille de Grasse, 8. 

Chevaliers de Malte, à Antibes,294,298. 

Chbvretrl, chanoine de Grasse, 7. 

Ghivai.jèry (de), colonel piémontais, 150. 

CiNETTi(d(î), général français, 316. 

Gissé (de), archevêque d'Aix, 319, 374. 

Clapiers (marquis de), seigneur de Ca- 
bris, 8. 

Clans, commune de l'arrondissement 
de Puget Théniers, canton de Saint- 
Sauveur, sur la rive gauche de la Ti- 
• née. 182. 194, 195. 

Cloches et objets sacrés des églises, 41, 
93. 94. 95, 225. 

Closade, cap. de génie, français, 153. 

Clubs. 122, 147,258. 

CoLBERT (comte de) émigré, 184, 364. 

Collège d'Antibes, 370. 

GoLLi (baron de), général piémontais, né 
eo I760à Alexandrio. suivit lesguer- 
ras des Alpes-Maritimes jusqu'en 
1796 ; commanda ensuite les troupes 
papales et fut vaincu à Faênza par 
Victor, en 1797. Il est mort vers 1812. 
Sun fils suivit Napoléon. Il était ma- 
rié avec la sœur d'Alûeri, 163, 167, 
183, 234. 242,260. 

CoLLOT D'Hbrbois, ué à Paris en 1750. 
Auteur dramatique, il se fit un nom 
par ses discours populaires, arriva à 



la Convention, vota la mort de Louis 
XVI. Déporté en 1795, il est mort de 
la fièvre jaune à la Guyanne, 234. 

CoLONNA d'Istria, évéquc de Nice, 318. 
331. 374,432. 

Concordat de 1801. — 318. 

Constituante, 86. 

Consulat, 301. 

Contes, commune de l'arrondissement 
de Nice, chef-lieu de canton. 150. 

Conté, secrétaire de l'évéque de Nice, 7. 

Convention nationale, 116. 

CoRVKsi, capitaine français, 161. 

CoL'couLE, roc escarpé de Breil, 1 79. 

Gourmette, fief des Villeneuve-Tour- 
rette, 289. 

Gourmette, chirurgien de Vence, 4, 227. 

CouRSEOouLEs, commuoe de l'arrondis- 
sement de Grasse, chef-lieu de can- 
ton, 185 à 188. 

GouRsiN (d^). général français, 340. 

GouRT.maire de Grasse,famille de Grasse, 
8, 198. 

CouRTEN(dp), major-général à Nice, 102, 
117 à 126. 

Crrsp, famille de Grasse, 8. 

Cresp, maire de Grasse. 230. 

Cresp, peintre de Grasse, 8. 

Gresp-Gindal, de Saiiit-Gézaire. 290. 

Crosnier, de Grasse. 206. 

CuÉBRis, commune de l'arrondissement 
de Puget-Théniers, canton de Roques- 
teron, 139, 184, 195. 

CuuGiA, capitaine piémontais, 158 

CuoNAC(de). gouverneur d'Antibes, 91, 
34, 41, 48, 60, 137, 145. 

Culte rétabli, 258. 

CuRAULT, familles de Grasse et d'Anti- 
bes, 10, 203. 



Dabray, niçois, conventionnel, 143,146. 
154. 251, 328, 331. 

Daoan, 'jfficier piémontais, 181 

Dagorrrt. général français, né à Saint- 
Lô, d'une famille noble, servit en 1775 
dans le régiment de Tournésis, se dis- 
tingua dans la guerre de sept ans et 
en Corse. Il mourut d'épuisement à 
Urgel, après avoir conquis la Cerda- 
gue, 10 avril 1794.11 eut les honneurs 
du Panthéon, 114, 133, 151, 152. 

D'Allemagne, général français, baron, 
né à Périeux, près de Belley.en 1754, 
s'engagea à 19 ans dans le régiment 
de Hainault. Il fit la guerre d'Améri- 
que. Il obtint un sabre d'honneur, à 



488 



TABLE GENERALE 



Lodi, commanda Home après Mas- 
ftéua en 1708, eut encore un salire 
d'honneur en 1800. Il est mort à Ne- 
mours. 25 juin 1813.- 234 à ;245. 262. 

Daluis, commune de rarrondissement 
de Puget-Tliéoiers, canton de Guil- 
laume«(, 195. 

Dani, jeune oTiner ni<.!ois. d'une famille 
Doble des comtes de l'Escarène, 182. 

Dalmvs. fdmille de Grasse, 8, 205. 

Déesse- Raison, 203. 

DéFLY. famille de Nice, 122, 322. 

DELLÉnA.^énéral autrichien,! GO, 1G7 234. 

Despixoy, général français, né à Valen- 
ciennes en 176*. sera en 180! gouver- 
neur d'Alexandrie. Il joi.^nait à fart 
militaire, des connaissances littéraires 
très- variées, 153, ICI à 11)0, 212. 

Devaux, général français, 1G5, 315. 

Directoire, 273. 

District de Grasse et de St-Paul, i48. 

Disette, 147, 140, 257. 

Dolle, famille (rÀntibes, 229. 

Dominicains de Grasso et de Nice, 7, 12. 

DoMMARTix, général français d'artillerie, 
suivit Bonaparte en Eûjypte, et mourut 
au sié^e do St-Jean-d'Aore. Bona- 
parte l'avait en grande estime, 234, 
249, 274. 

DoxAUDY. chanoine, curé de la cathé- 
drale de Nice, 434. 

Daap, commune de rarrondissement de 
Nice, canton de Contes, 313. 

Drol'OT, général français, 305, 340. 

Dubois-(]r\nc^., conventionnel ardent, 
né à Charleville, de famille noble, 
1747. Député aux États-Généraux, il 
suivit toutes les Assemblées jusqu'aux 
Cinq-Cents. Bonaparte le mit décote. 
Il mourut à Rethel en 1814.— 109. 

DunoLT.HvoK, préfet des Alpes-Maritimes, 
32 1 à 328. 

Ducos, aide-de-camp de Masséna, 23 i, 
290. 

DuciOMMiF.R, f^énéral français (Jean-Fran- 
çois-(^0(|uille). né à la Guadeloupe 
Î736; Ois d'un riche planteur de b 
Martinique, il entra dans l'armée à 
l'Aire de 13 ans Nommé député de la 
Martinique à la Convention, il aima 
mieux suivre la carrière des armes. 11 
prit Toulon. U fut tué d'un éclas d'obus 
à St-Sébastien le 17 novembre 1794. 
Son nom lut inscrit au Panthéon. Ses 
deux lils péri.ent aussi d.uis la cam- 
pagne des Pyrénées et sa (ille épousa 
le général Dumoustier, 193, 215. 



I DuMERBioN. général françaifi. np en 1734, 
I Ht comme volontaire ix guerre de 
j S?pt-ans, se distiogai en Corse. En 
1789, il n'était encore que capitaine 
des grenadiers. Eu 1792. il é'ait irêoé- 
j rai de division. U mourut à Paris en 
17'J7. Bonaparte en p. riait avec éloge, 
, 114, 125 à 179, 232 à 244. 
I DuMOLRihiz, général français. 158. 
DupAix, oflicicr français/l61. 
Durand-Sartoux, 8, i03. 
Dlr\nte baron", général, historien de 

Nice, 374. 
Duraxteau (Luc), général français, né à 
Beaune en 1747. entra dans le régi- 
ment de Médoc. se distingua en Cône, 
sui\it Bonaparte en E:^ypte. IM, 164. 
DuRAXLs, commune de l'afrondissempot 
de Nice, canton de Levens. sur la 
rive gauche de la Vésubie, 263. 312. 

Ederlk. général français, 332, 335. 

Écoles : Ecole centrale, 369 ; écoles pri- 
maires, 225. 

Elpmtz, général autrichien, 305 à 313. 

ÉMIGRÉS, 41, 48, 65, 72, 74, 84, 92. 
104, 117. 

Emoxd u'Esclevixs, famille d'Amibes, 
10, 113, 145, 186, 330.— Balthaztr 
(Joseph), le plus célèbre de cette 
famille fut général, baron de TEm- 
pire. Né à Antibes. 20 mars 1765, 
il était petit-fils de Joseph-MicM 
Emond d'Esclexinsetde Bartholomée 
de Boyer de Cholsy. il fut lieutenant 
en 1786 du régiment de la Martinique; 
fît la campagne d'Egypte; revenu en 
France, il continua de monter en 
grade ; comliatlit glorieusement à 
Lutzen en 1813 et alla mourir en Bo- 
hême de ses blessures, 5 août 1813 

Empire. 332. 

Ernest fd'), régiment suisse. 99, 120. 

Escars (duchesse d'), aux îles de Lé- 
rins. 325. 

E?GRAnxoLEs (Robert d'). famille noble 
de l'arrondissement de Grasse,9,387. 

EsriTALiER, chanoine de Vence, 5. 

IÏtats d'Aix et deLamrbsc, 13, 14,18,19 

États-Généraix, 21, 25. 

EuziÈRE. famille de Saint-Paul, 6. 

EvPSALTiERjCommissairedes vivres, I0(' 
119, 229. 

F 

Farre, général français, 237 
Fanton, famille de Grasse, 8. 



TABLE GENERALE 



489 



Pa5tox. famille de Vencp, 5. 

Fastes Chronologiques de 1816 à 1878. 

— 373. 
Fauvette (La), navire, 325. 
Féd^.rvlisme, 160 à 171, 210. 

FtOÈRATION. 45. 

Féraud. famille de Grasse, 8. 

FftRUS, commissaire (leF \ ivres, 109,134. 

Fétes Républicaines, *245à248; 254 à 
2.15, 206. 

FioHiERA. chanoine de Nice, 12. 

Flaoct (ctimp du), territoire de Roque- 
billière et de Belvédère. 161, 180. 

Flory, chanoine-curé de Saint-Paul, 6. 

Flory. curé de Si- Paul, 6. 

Flotte 'i\e), ancienne branche de la 
famille d*Afçôul, seiîçneur de Saint- 
Auhan et de Gars, 9. 

Flourens, préfet des Alpes-Marit., 321. 

Fo:iCENEz, commandant de Villefraii- 
che, 121. 

FoREX, général autrichien, l65. 

FouRcoiN (camp de), sur la rive droite 
de la Roya, 314. 

Fragoiiard. peintre de Grasse, 8. 419. 

Francesghi, aide-de-camp de Soult, 310. 

Franciscains, à Antihes. à Cannes, à 
Grasse. 7; à Nice, à Menton, à Sos- 
pel, à Saorge, à Lantosque, 12. 

Frbimvmobte, roi des Alpes-Marit. 261. 

Fréron. conventionnel ardent, naquit à 
Paris en 1765 ; quoique filleul du roi 
Stanislas, protégé de .Madame Adé- 
laïde, tante de Louis XVL il devint 
l'un des plus grands ennemis de la 
monarchie. Il vota la ni( rt de Louis 
XVL 11 mourut sous-préfet de Saint- 
Domingue en 1802. — 171 à 181,195; 
210 à 214. 

Fuite du noi, 74. 

Gaite, Gaitte, de Vence, 5. 

Gaitte, dit Crillnn de Grasse, 8, 197. 

Galera (hiron de , 238 à 240. 

Gardane (de), comte de l'Empire, géné- 
ral, né à Marseille en 1766,servit dans 
les dragcms de Boufflers en 1780; fut 
porté à l'ordre du jour à Linières, à 
Arcole, à No\ i et à Marenixo. Napo- 
léon disait de lui nue c'était un gre- 
nadier pour la t.iille comme pour le 
conrage. Il brilla à Austerlitz. àléna, 
à Eylau. Tl mourut à son chfttrau de 
Lincel. le 23 juillet 1818. Le gouver- 
nement lui décerna un sabre d'hon- 
neur à MarengOy 114, 166, 185. 



Garde Nationate, 174. 177, 222 à Î26, 
247 à 256, 3i9 à 330 

Gapdinqui, famille de Saint-Paul. 6. 

Garidrlli, grand-vicaire de Nice, el 
chanoine, 12, 146, 258. 

Garin, chanoine de Nice, 12, 319. 

Garix (baron). Nice, 147. 

Garni r, général fran(;ais, fils d*un ma- 
çon auvergnat, s'engagea volontaire ; 
il ncquilt.-i plus Nice depuis l'eiitiée 
des Français, et acquit la villa La 
Cosie. bien d'émisrré (villa Peillon), 
114. 21M. 255 à 279, 283. 305 à 321. 

Gars, commune de l'arrondissement de 
Grasse, cm ton de Saint-Auban, 96. 

Gaspari (voir Luce.) 

Gasq, curé de Grasse, et famille de 
G asse, 7, 8. 

Gasq, François, président du Tribunal 
de Grasse, 229. 

Gatti-Mentone, chevalier piémontais , 
244. 

Gattières. commune de Tarrondisse- 
menl de Grasse, canton de Vence, 93, 

Gauthier dk KERvrouEN, général fran- 
çais, né à Brest en 1735, fut en 1755 
élève ingénieur de marine sous le 
comte d'Esting à Saint-Domingue, fit 
partie de Tex (.édition de Corse, alla 
en Amérique a\ecRochanibeau. passa 
à Tarmée des Pyrénées en 1792 et ar- 
riva à Nice le 8 mars 1793. avec le 
grade de maréchal de camp. Il fut élu 
général de division le 13 juin 1795, 
suivit Bonaparte en Italie en 1796. Il 
sera inspecteur général de l'infanterie. 
114, 160. 232,234. 279. 

Gautier d'Auret^rre. antibois, marié 
avec une fille de Bouchard d'Aube- 
lerre, 341. 347 à 351. 

Gaz\n, famille d'Antibes, 10, 145, 155» 
330, 338. — Nommons les hommes 
les plus célèbres : Gaz an , Nicolas, 
adjudant-général, qui se distingua 
dans la campagne d'Italie et mourut 
glorieusement pendant le blocus d'An- 
cone, dont il était le gouverneur, en 
1799. — Gaz AN, Marie- Joseph, né à 
.Antihes en 1785. fut d*abord attaché 
de léj^ation à Malte; entra, en 1804. à 
l'école militaire de Fontainebleau 
comme sous-lieutenant ; il reçut d'ho- 
norables bles.^ures à la bataille de 
Dresde; c'est pnurqutu on lui donna le 
commandement dos îles de Lérint, 

fK)ur se reposor. En 1825, il passa à 
'état-major de Paris ; fut envoyé, en 



490 



Table générale 



1835, comme gouverneur d'Ancooe ; 
il reçut son brevet de général de di- 
vision en 1815 et devint directeur du 
personnel de la guerre. Le choléra 
l'enleva le 12 juillet I8C9. 

GAZAN.dc Grasse. 8. 101, 339,344.- Ga- 
ZAN. Honoré-Théodore- Mai; i me, lieu- 
tenant-général, comte de la Pcyriére, 
naquit à Grass»*, le 29 octobre' 1765, 
de JosepLi Gazan, avocat, et de Auue- 
Clairc Luce. A 15 ans, il était sous- 
lieutenant dans les canouniers gardes- 
côtes; major de la girde nationale en 
1789, lieutenant-colonel dans le *2« 
bataillon du Var cantonné à Vence, 
19. septembre 1791 ; il en partit le 12 
janvier 1792 pour entrer comme ca- 
pitaine diins le 27' d'infanterie; il fit 
partie de Tarmée du Rhin. En 1799, 
il est général de division et s'illustre 
à Gènes avec Masséna; il assistée 
Mareugo ; il fera les campisnes de 
Polo&rné et d'Espagne. Napoléon le 
nomma comte en 1808. En 1814. il 
commandait la 9* division militaire; 

était pair de France en 1815 Il 

mourra en 1841. 

Géxes, 304. 308. 

Geoffroy, du Rouret, curé d'Antibes; 
il avait d*abord été grand vicaire de 
Grasse. 7, 8. 319. 365. 

GÉRARD, famille de Grasse. Gérard cadet, 
maire de Grasse, 8, 170, 229. 271. 

Gérard, Marguerite, peintre, 8, 424. 

Germ\no , trois frères, capitaines pié- 
mootais, de bonne famille de Nice, 
152, 

GiAConi, baron, maire de Nice, 122,131, 
147. 

GiLETTA, avocat de Nice, exécuté. 211. 

GiLETTB. commune de l'arrondissement 
de Puiçet-Théniers, canton de Ro- 
questeron, au confluent du Var et de 
l'Estéron. 183, 11*0 à 192. 

GixELLE qui a créé la marquetterie ni- 
çoise, 375. 

Girard, famille de Grasse. 8, W^. 

Girard, famille de Nice. 306. 

Girard, maire de Vallauris, 13. 

GiRAUD, famille deGras.<4e. 8. 

Giraudi, de Nice, exécuté, ^^5, 177. 

Glandchamp (de), D*. colonel fram'ais, 
352. 

Glaxj\nd ;de). 365. 

Glocester îduc de), à Nice, 11. 

GoBBRT, capitaine français. 311. 

GrORDELASQUE, afOueut de la Vésubie, 261 . 



1 



I 



GoRCPP, général autrichien, 295 à 305 et 
à314. 

GoupiLLEAU DE MoNTAiGU, né daos celt« 
ville, fut député de la Vendée à 11 
Législation et à lu Convention. Con- 
ventionnel ardent, il vota la mort de 
Louis XVI et siégea à la Montagne, 
il a fini ses jours en 1823. Son cousin, 
conventionnel comme lui, étant an 
moment de la condamnation de Loais 
XVI dans le département du Var, 
envoya son vote pour la mort par 
écrit. On Tappelle Goupileau de 
FoNTENAY ; c'est celui dont il est parié 
dans notre histoire, 121, 135, 147. 

GR4iLLiER,juge de paix à Antibes, 145, 
2-29. 

Grasse, chef-lieu d*arrondissement du 
Var de 1790 à 1860 et des A Ip?»- 
Maritimes depuis 1860. — 7, émeute 
eu 1789, faits divers. 51, 52, 57. 61, 
80. 86. 90, 97; —quartier général, 
109, — faits divers, 114,137, 145.156. 
161, 174. 177, 195. 166 à 206,222,224 
226; 247 à 256, 291, 297, 329, 330, 
336, 344, 315. 

Grasse DU Bar;^ comte de). famille noble,7. 

Grasse-Bri^.nçon, famille noble. 7. 

Grégoire (abbé), conventionnel, né près 
de Luné\ ille en 1756, élève des Jésui- 
tes de Nancy, fut Tun des premiers 
du clergé a suivre le Tiers-État en 
1789, présida T.Assembléc nationale 
pendant la prise de la Bastille or- 
ganisa le service du département des 
Alpes- Maritimes et de la Principauté 
de Monaco qui y fut annexée; il sera 
du Consoil des iinq-cents, sénat«>ur, 
comte de l'empire et mourra en 1822. 
— no. 142, 156. 157, 158. 

Grêolières, commune de l'arrondisse- 
ment de Grasse, canton de Cours<^ 
poules, 82. 

Grimaldi (marquis de), de Gagnes, 6.34. 

Grimvldi (baron de Sausse), Nice, H. 
306, 331. 

Grimaldi iPrince de Monaco), IGi, 234. 
244, 336. 344. 

Grimaldi. Marie-Christine, femme d'A- 
lexandre Alziar}*,visaiier de St-Paul,5 

Grimaldi, André, évéque du Mans, 6. 

Grimaldi. prand vicaire de Nice. 319. 

GuÉRiN, Charles et Théodore de Venc^ 
5, 55, 105. 287. 289. 290. 300. 

GuEVARRE. famille de Saint-Paul, 6. 

Guide, famille d'Antibes. Dprniorvi'îaiei 
10, 145, 155, 170. —Guide Joseph »« 



TABLE GENERALE 



491 



distingaa dans la campagne de Russie. 
Guide Victor, pair de Franco, naquit 
à Antihes, 28 novembre 1783, servit 
d'abord dans l'administration des \i- 
vres eu 1804. En 1810 fut conseillor 
d'Étal, préfet de Montpellier en 1814; 
préfet de V^ersailles et pair de France 
soQs Louis-Philippe. 

GciBE, de Nice, 284. 

GciLLADERT, général Antibois, 383. 

GuiLLAUSiKS, arrondissement de Puget- 
Tliéuiers, chef-liou de canton, 13i). 

GciLLOT, capiUiinc français, 193. 

Guillotine, 223, 224. 



Hachette - Desportes (Henri ), dernier 
évéque de Glandèves, 76. 

Hamcl, général français, 234, 235. 

Hautefecille (de), aide-de-camp d'An- 
selme, 121. 

HèRAM, général fraudais à Antibes, 277. 

HocRB, général français, 215, 232, 287. 

HooD. amiral anglais. 170. 

Hôpitaux militaires, 257. 

HoTHAM, vice-amiral anglais, '259. 

Hugues, famille de Vence, 5. 



Imbert, famille de Grasse, 8. 

IsFEftXBT, col des Alpes-Maritimes, 259. 

IssTRUCTio.N publique, 367, 393. 

IssAiTRAT. de Saint-Paul, 6. 

Imabd, de Grasse, 8, 230, 285, 322. 

1»ARD, de Grasse, le conventionnel, ba- 
ron de l'Empire, 8, 88, '?9,90, 96, 143, 
144. 156, 251,324. 327. 

IsRARD. de Vence, 5. 

Isola, commune de l'arrondissemeet de 
l^uget-Tliéuiers , canton de Saint- 
Êtiènne, 161. 



Jabla.xowski, voir Zablanowski. 
«^AGOT, conventionnel (non Junot), 156, 

157. 158. 
''AxsoNNET, général français, 263. 
"[AfiiE, famille de Grasse, 8. 
•AunE de Saint-Hilaire, botaniste, 8. 
jA|tRY, grand vicaire de Nice, 7. 
''QlBERT (Bartbélemy), général français, 
dé à Pont-de-Vaûx (Ain), simple vo- 
lontaire en 1791, suit Anselme dans 
les Alpes-Maritimes ; il succombe à 
Novi, le 15 août 1799.- 161, 163. 
576, 297. 
'■ouRDAK, famille de Grasse, 8. 



Junot, aide-de-camp de Napoléon, 179, 
252, 253. Corrigez Junol et mettez Ja- 
got, 156. 

K 

Kaim, général autricbien, 307. 

Kellermann, général français, duc de 
Valmy, maréchal de France, séna- 
teur, naquit à Strasbourg en 1735, 
servit avec distinction dans la guerre 
de Sept-ans et obtint le grade de ma- 
réchal de camp en 1788. Il eut avec 
Dumouriez le commandement de l'ar- 
mée de la Moselle. Il mourut a Paris 
en 1820. 

Son fils, François servit aussi avec 
distinction à Marengo. à Austerlitz, 
à Bautzen, à Waterloo et fut général 
de division en 1814 Exclus de la cham- 
bre des Pairs en 1816. il n'y reutra 
qu'en 1830 sous Louis-Philippe, 158, 
169, 179, 260. 269 

KuEssiF.wicK, général Autrichien, 305, 
306. 

li 

La AGE (de), marquise de Vence, 4. 

Ladaume, de Marseille, 399. 

La Bollènr, commune de l'arrondisse- 
ment de Nice, canton de Saint-Martin- 
Lantosque, 12t:, 181, 281. 

Ladorde, général français, 179. 

La GsRisE^colde St-Mariin-Lantosque, 
261. 

La Fon, chef do brigade, 245. 

La Gaude, commune de l'arrondissement 
de Grasse, canton de Vence, 80. 

La Giandola, hameau deBreil,l79, 180. 

La Harpe, général français, né dans le 
canton de Vaud (Suisse) en 1754, s'at- 
tacha au service de la France. 11 fut 
tué en 1796 entre Lodi et Crémone. 
234,251,259, 274 à 276. 

La Lombarde, col des Alpes-Maritimes, 
260, 263. 

Lamarre, famille d'Antibes; des deux 
Lamarre : l'un d'eux était notai re. l'au- 
tre chirurgien. Masséna épousa la fille 
du chirurgien, 10. 44. 178,221. 229. 

Lambert, émigré, 186, famille do Grasse. 
8, 198. 

Lamoi'ret. oflicier du débarquement de 
l'empereur, 341. 

La Napolle. hameau do Mandelieu, sur 
la mer. au pied de l'Estérel, et sur la 
rive droite de la Siagne. 

Langlois, général français, 235 à 244. 

Lannes, général français, duc de Mon- 



m 



TABLE GENERALE 



tebello, né à Lectoure en 1769, était 
fils (Fun ganon d'écurio. Il s'eorôia 
comme volontaire en 1792, devint gé- 
néral de brigade en 171)7, se couvrit 
de gloire à Monfebello en 1800, et 
contribua à la victoire de Marengo. 
11 fut en \SH maréchal de l'empire 
et duc de Montehello, se signala à 
Austerlitz, àléua.àEyiau et à Fried- 
land, et mourut à la bataille d'Esling 
18U7. Son corps fut transporté au 
Panthéon, 27b a 283. 

Lantosque. commune de l'arrondisse- 
ment de Nice, canton dX'telle, qui 
donne son nom à la haute vallée de 
la Vésubie, 126.281. 31?. 

La Planvroia (marquis de), gouverneur 
de Nice, 11, 42, 67, 92. 

Lapovpk, général franrais, 162, 170,252. 

La Roque (comte), général piémonfais 
pleindebravourp,139,164, 169 193.194. 

La Roquette, commune de 1 arrondis- 
sement de Nice, canton do Levens. 

Lasalcettk, conventionnel, 262. 

Lascaris. illustre famille de Nice, 219, 

Labource, conventionnel, ministre pro- 
testant de MontpellitT. Il fut exécuté 
avec les Girondins, le 31 octobre 1793. 
121, 147. 

Latii., futur cardinal, grand vicaire de 
Monseig. Pisani, évé<iue de Vence, 5. 

La T« un, conmiune de 1 arrondissement 
de l*uget-Tliéniers, canton du Villars, 
311. 

Lattehmann, général autrichien, 305 à 
312. 

Laval (de), capitaine piémoniais, 164. 

LAcnENTi de Uelvédéro. 127. 162. 

L\ui\ENTi (comti»), de Nice, 251, 279. 

Imvet, do Saint-I*aul, 6. 

liAYHSAC (de), colonel français 152, 153. 

L^.A (de), premier consul de Nice, 11. 

Lk Hah, commune de l'arrondissement 
do (irasse, chef-lieu de canton 68,96. 

LKimuN.général fianrnis, 161,163,235.242 

Lk («MiiK, ancien lief du territoiie de 
Tourn»fte.Vence, 289. 

IiK(î\NNi-;T,('ommune de l'arrondissement 
de (irasse, canton deCIunnes. 149. 

LmnANgo.s, g«'Miéral français, 234, 235. 

Li'';uiHi.\Tivi:, 88. 

LKMoni!, famille lie Grasse, 8. 

L^:oTAiun (lie), clie\ aller, nirtns, 163. 

LfcHiNM ,'lles du canton de ("aunes). — 
(8uint-IIonorat et Sainte-Marguerite), 
63, 138. 



Leroy de Beury, d'Antibes, 10. 
L*EscARÈNE, commune de larrcDdisse- 

ment de Nice, chef-lieu de canlOQ, 

130, 133. 161, 3;2. 
Leseurre, consul de France, à Nice,34 

41.48. 60. 75. 85.92, UH),à 121. 
Les Fr.Np.TRES.col et Madone des Alpes- 
Maritimes. '.i60, 261. 
Lespïnasse (l'Espinace), général fran- 
rais. '^62. 
Lhs Rosiers (col de Raùs\162. 
Les Rosilres, col des Alpes^Mariti- 

mes, 327. 
Lestenduaire , commandant d*£ntnu- 

nés, 177. 
Lesuirf, général français. 303 à 315. 
Levens, commune de' rarrondissemeot 

de Nice, chei-lieu de caoton, 126, 

:>08, 312. 
Levfnza, baisse du territoire deSospel. 

130. 
LiNCEL (de), commandeur de Nice. 9. 
Li.NiÈRES, col territoire du Mouliuet,164 
LoAXO (bataille de), 275. 277. 
Lombard de Roquefort (d'Aotibes), 10, 

18, 27. 114. 
Ix)MBARD de Gourdon (de Grasse). 9. 
LosTEVNE. capitaine piémontais, 181. 
Louis XVI, 144. 
Louis XVin, 339. 

LucE, famille de Grasse, 8, 203, 399. 
Luge-Gaspari, comte de Bel val, 8. 35. 

notice complète, 399. 
Lycée de Nice. 370. 373. 
Maccarani (de), noble niçois, 186,209, 

234 à 242. 336. 
Macqaro. général français, 334, 251.279. 
Malaussène. commune de Tarrondisse- 

ment de Puget-Tliéuiers, canton do 

Villars, 183. 



Mallet, archidiacre du chapitre d»* 
Grasse, 7. 

Mallet, famille de Vence. 5. 

Manfreoi. chevalier, ofQcier piémontais. 
234, 239. 

Mangiado, col du territoire de Sospel, 
129,130. 

Manouines, quartier du territoire dT- 
telle, 182. 

Mantéga. quartier du Moulinet, 165, 
180. 196. 

MvRnoT, général d'état-major, 303. 

Marcy. famille de Grasse. 8. 

Mari, trois frères, prêtres niçois, massa- 
crés, 133. 



T.VBLE GENERALE 



493 



Marie, commune du territoire de Puget- 
Théiiiers, Cdulou de St-Sauveur,323. 

Marnst, otlicier l'rariçais, 269. 

Mars, cbanuiue de Veuce, guillotiné, 
5, 137, 223. 

Mars, notaire de Vence, 5. 

Marta. camp retranché de la Roya,235. 

Martelly, famille de Grasse, 8, 204. 

Mariin, commandant du 3*^ bataillon de 
la Haute-Ga.oniie, 19 . 

Martin, contre-amiral, 259. 

Ma8sén\, maréolial de France, prince 
d'Ësliiig, duc de Rivoli, pairdePVan- 
ce, 10, 101, 120, 127, 132,152 à l5:slG5, 
2l2à2i2.2b9à294,30l à3;4,438, 439. 

Ma8sé.\a, Marcel, oncle du maréchal, 
229, 277, 288, 316. 

Massène, capitaine niçois, 169. 

Massilia, chanoine de Nice, 12. 

Maurert de Grasse, 8, 251. 

Maucune, général fraiH.ais, 305, 314. 

Maure de Grasse, 8, 202. 

Maurel de \%'nco, 5. 

Maxiuum des vivres. 214. 

Mazas. général français, SOI. 

Mêlas, feld-maréchal autrichien, qui 
eut le commandement eu chef de 
i796 à 1800. — 304 à 308. 

MouG\UD, général tranvais, 305 à 313. 

Merclrin, famille de Grasse, 8. 

Mérès, capitaine de génie, francais.232 

Méro, secrétaire del'évéquede Vence, 5. 

ME8NARD.généralfrancais,274,306à 315. 

Micas, adjudant-général, français, 153, 

lui. 

MicHAUD (\lexandre et Jean-Louis), 
comtes de Beauretour, 119. 335, 336. 

MiCHAUD (Alexandre), lieutenmt-géné- 
rai, comte do Beauretour, naquit à 
Nice, le 22 juillet 1772; arréui à la 
tête de 300 miliciens, les volontaires 
marseillais au Pont-Ma^nan. Il émi- 
gra à Turin, où présenté au Roi pir 
le comte de la Ruque.il serait comme 
officier dans les troui)»\s {>iémi)nlaisP8. 
II prit ensuite du Si>rvice dans l'ar- 
mée russe, 1 1 devint ai<le-de-camp de 
l'empereur Alexandre. C'est lui qui, 
au congrès de Paris, obtint de l'em- 
pereur Alexandre que Nice retounuU 
au roi de Piémont. Le roi le nomma 
comte de Beauretour et lieuteuant- 
géuéral. Ses enfants et ses petits- fils 
sont des familles les plus honorables 
de Nice. 

MicHACD ( Jean-Louis ) , frère d'.AIe- 
zandre, naquit à Nice, le 21 juin 



1775. II suivit son frère dans la car- 
rière des armes, et arriva au grade 
de colonel. S'étan'. aussi attaché à 
l'Empereur de Russie, qui Taima éga- 
lement, il resta à son service, même 
après la Restauration. 11 fut nommé 
gouverneur de Crimée, fortifia Sébas- 
topole, V appela des familles de Nice 
qui y établirent des comptoirs, et 
aida, quoique si éloigné, à la prospé- 
rité commerciale de sa ville natale. 

MiESGHOLOwsKi, général polonais, 164, 
311. 

Mii.AN (archiduc de), à Nice, 11. 

MiLLEPOuncHEs, moutague du territoire 
de la Bollène, 165, 167, 235. 

MiLLEViLLB (de), à Antibes. 352, 364. 

MiLLo (de), gouverneur de Monaco, 336. 

MiLLO, capitaine nirois. 182. 

Mi.NiMES, ordre religieux de Nice, '2. 

MiOLLis (Sextius) , général français . 
comte TEmpire, né à Aix en 1759, 
servit à 19 ans dans le régiment de 
Soissonnais. accompagna Rocham- 
beau en Amérique, son frère curé de 
Brignolles, lui dut son élévation à 
révéché de Digne. Un autre de ses 
frères fut adjudant-génénil , et un 

auitrième baron de l'Empire et préfet 
u Finistère. Le général MioUis est 
mort à Aix en 1828.— 110, 111, 114, 
119, 161, 229. 274. 
Mirabeau, 18, 72, 73. 
MiRAiiEAL' (de% marquise de Cabris, 8. 
Missio.NS, 3J0. 

MoLiJÈRE (de), capitaine piémontais, 169. 
MoLTCK (de;, commandant des sapeurs, 
3 10. 
! Monaco (principauté), 49, 50, 84, 86, 
211. 33b\ 
MoNTAFiA (marquis de), général pié- 
I montais, 162, 164. 
I Mo.NTALBAN, fo.t de Nice, 305, 312. 
I Mo.nt-Choisv (de), à Antibes, 10. 
; MoNTESviLiou (de). 105 à 115. 
Mo.NTùRAND, gouverneur des îles de Lé- 

rins, 6. 60, 72. 
Mo.NTPENsiER (de), aide-de-camp de 

liiron, 154. 156. 
Mo.NTRÉDO.N, général français, 155 i 161. 
MoRANoiÈ. général français, 161. 
More, famille de Grasse, 2o3. 
MouuiNSDE Roquefort, famille de Grasse 
dont les deux frères, l'avocat Mougios 
et le curé de Grasse, furent en 1789, 
membres des États-Généraux, puis de 
l'Assemblée (^instituante. Ils étaient 



494 



TABLE GENERALE 



fils de Jean-Joseph Mougins de Ro- 
quefort, décédé a Grasse en 1782, âgé 
88 ans, et d'Anne Abbo, aussi déce- 
dée à Grasse, le 4 octobre 1793, à 
l'Age de 84 ans, Mougins, aîné, l'a- 
vocat, laissa pour fils Mougins Ca- 
mille, aussi avocat, né à Grasse, le 5 
novembre 1792. qui fut membre du 
Conseil général du Var, chevalier de 
la Lngion-d'Honneur, et de 1851 à 
1864 maire de Grasse. lia laissé trois 
fils, le conseiller d'Aix, le docteur 
d'Antibes, et Mougins-Grasse, 7, 8, 
13, 15, 18, 25, 35, 109, 112. 198, 
251, 348. 

MouQiNS, famille de Saint-Paul, 6, 122. 

Mougins, commune de l'arrondissement 
de Grasse, canton de Cannes, 8'i, 105. 

Moulin (du), général frantjais, 229. 

Moumnet, commune de l'arrondisse- 
ment de Nice, canton de Sospel, 164. 

MouRET, général français, 2iU, 235. 

Mujouls, commune de l'arrondissement 
de Grasse, canton de Saint-Auban,95. 

MuRAOUR, grassois, docteur-médecin de 
la suite du débarquement de l'Empe- 
reur au Golfe-Juan, 340, 341. 

MuRAT, prince, vice-roi de Naples, 348. 

Napolkon, voir Bonaparte. 

Navkllo, chanoine de Nice, 12. 

NicK. statistique en 1789. — 10. Faits 
divers, 07, 7'i à S'i, I IG à 147, 207 à 217, 
223 à 248,27 1 à2S3,3l)r> h 315.322 à 335. 

Nicolas, général français, 251. 

Niej\, pont pt torrent de Sospel. 129, 
150. 157. 

NiKL, famille de Grasse, 8, 230. 

NiNUP, général autrichien, 310. 

O 

Orermann, gouverneur de Nice, 102, 
117, 118. 

OcTRors municipaux, 321. 

Olivari, chanoine de Nice, 12. 

Ollivier, prêtre exécuté h Grasse, 223. 

Ollivier, famille d'Antihes, 333 à 350. 

Omer de Talon, prisoimier de Sainte- 
Marguerite, 325. 

Oneille, ville de la rivière de Gènes, 120. 

Oratoriens de Grasse, 7. 

Orenoo, comte de Roquestéron, 8. 

Orestis (comte de), 140, 370. 

Ornano, maréchal de F'rance, 341. 

Ortoman, général français, 104, 166, 
176. 



Osasque (d*), famille noble da Piémont, 
129, 161, 164, 165. 336, 346. Le fiU 
cadet du général d'Auvare, Alexan- 
dre, capitaine d'artillerie, épouse eo 
juin 1878 une demoiselle cTOsasqoe. 

Ott, général autrichien, 304. 308. 

OuDiNOT, duc de Reg^io, maréchal de 
France, né à Bar-le-I)uc en 1767, était 
fils d'un négociant. Il prit du service 
en 1784 dans le régiment du Médoc; 
puis euti-a volontaire en 179UdaDs le 
à*"» bataillon de la Meuse et partit de 
là. A 26 ans, il sera colonel ; général 
de brigade en 1794: général de divi- 
sion en 1798; se concerte avec Sa- 
chet pendant le blocus de Gènes. Il est 
mort gouverneur dos Invalides, 13 
septembre 1847. Ses quatre fils ont 
tous servi dans l'armée , ainsi que 
trois de ses petifs-fils. Bar-le-Dac lui 
a érig<j une statue. C'était une Ame 
chevaleresque et chrétienne. 310. 
3l.^>. 



Paar, général autrichien, 3! I . 

Panisse-Pary (marquis de). 6. 

Paouspaou, major piémontais, 191. 

Papox, capitaine milicien, 193. 

Parra, général français à Ântibes, ba- 
ron de l'Empire, 277. 

Partouneaux (de), général français, né 
à Romilly sur-Auhe en 1771, fit ses 
études à Loiiis-h» Grand ; il s'enrôla 
comme volontaire à Paris en I71H, 
fut nommé. sons-licMiteiiant dans lo 
régimentdeilainautet conihattildatis 
l'armée des Alpes. H se disiiiiij^ua au 
sié.iie de Toulon ou il fut noinmA ad- 
judant général. Chef de bataillon, il 
commanda les îles Sainte-Marguerite, 
et en 1790 suivit Bonaparte en Italie. 
Il se distin£?ua à Rivoli, devint géné- 
ral de brii^'ade; lut fait prisonnier à 
Novi. Nommé général de division en 
1803 il continua de s'illustrer. Pri- 
sonnier des russes en 1813, il obtint 
sa délivrance en 1814. Les électeurs 
du Var le nommèrent député en 1820. 
Il commandait la division de Marseille 
en 1830. Il mourut à Menton, le II 
janvier 1835.— 193. 

Pascalis, général français, 305 à 307. 

Passeroni, chanoine de Nice, 12. 

Paulian, de Nice. 306, 321. 

Paullvm (baron de\ maire de Nice. UT, 
283. 



TABLE GENERALE 



495 



mncesse), à Nice, 332. 
nille de Saiut-Paul. 6, 348. 
mmuoe de l'arroadissement 
, canioa de r£scarène. 118. 
y général français, 274, 293, 

, général français, 305. 
i au territoire de Sospel, 165. 
rqais de Châteauneuf,l 1, 277. 
ésident du Tribunal de Nice, 

Nice, 327, 331. 

omte de), commandant du ré- 

de Coni, 305. 

[ (prince), général autrichien, 

?ioEO.N, général français, né à 
e en 1760, Gt ses premières 

14 ans dans le réi^iment de 
Il arriva en 1791 à rarniéo du 
nme adjudant-major dans le 
iUon de la Haute-Garonne. Il 
léral de bri^jade en 1794, sui- 
>oléon en Italie. Il mourra 
Qortellementà Vérone. 5 avril 

234, 274. 
cier français, 274. 
ite de), chef d'état-major à 
son fils le chevalier, 102, 117 
30, 164. 

I. marquis de la Gaude, dernier 
ie Vence, 5,64 à 76, 98, 319. 

(de la), voir La... 
I, famille d'Amibes, 155. 
[de), branche qui descend de 
e d'Agout, 7. 

!f de l'arrond* de Grasse, 469. 
nvET, colonel jdu l06«àAn- 
>1. 

^SERMRNTÉS, 458. 

ipitaine marin. 326. 
chanoine de Nice, 12. 
îjénéral autrichien, * 60, 264. 
;de), dernier évt^que de Grasse, 
1,78. 

.8TEUIL (de), baron de Chà- 
f, 8, 9. 

iNiERS, chef-lieu d'arrondisse- 
département des Alpes-Ma- 
139, 182, 531. 
famille de Grasse, 8. 



énéral français, 307. 
(de), officier du Comté de 
2. 



Raoicati, major piémontais, 150, 151, 
194, 234 à 238. 

Rambaud, adjudant-général, 261. 

Rangé, famille de Grasse, 8. 

Rancher, poète niçois, 374. 

Raoul, général français, 305. 306. 

Raty, chevalier piémontais, 164. 

Raous, Raus, col célèbre du territoire 
de Belvédère, 162, 18t. 

Rayraud de la Colle, 6. 

Raybado, chanoine de Saint-Paul, 6. 

Raybaud, directeur du collège de Gras- 
se, 370. 

Raymo.nd, baron de Conségudes, 6. 

Rbibacd d Antibes, 78, 389. 

Reibaud de Clausonne, antibois, 10, 338. 

Reille, famille d'Antibes, 9, 10, 338. 

Reille, maréchal de France, luiron de 
TEmpire. naquit a Antibes le 6 sep- 
tembre 1775 (Vllororé Reille. bour- 
geois d'Antibes et de demoiselle Vac- 
quier de Saint-Antoniu. vençoise. Il 
reçut les premières leçons de Tabbé 
Blanc, curé de Garros. En 1792, il 
combatavecle grade de sous-lieutenant 
à Rocoux et à Nerwinde, assiste au 
siège de Toulon en 1793. est aide-de- 
camp de Masséna, fait la campagne 
d'Italie avec Bonaparte, et sMllustreà 
Lodi. à Arcole, en Suisse, au blocud, 
de Gênes, à Austerlirz, léna ; Napo- 
léon le prend pour aide-dc-camp, il 
l'envoie en Espagne où à Gironne il 
bat 10.000 espagnols avec cinq batail- 
lons. Il dirige la jeune garde à Wa- 
gram. Ce n'est pas de sa faute, si 
nous ne ga>;nàmes pas la bataille à 
Waterloo. En 1819, il se rallia au 
gouvernement. Il est mort à Paris le 
26 février 1860, dans sa 85* année. 
En 1814, il avait épousé la fille de 
Masséna. Il a laissé un fils, 303, 346. 

Reinardi, général, baron de l'Empire, 
devint comte de Belvédère, 327. 

Restauration, 334. 

Revel (comte de), Thaon, général, 129, 
150,176,426. 

RiDOTTi (de), capitaine piémontais, 182. 

Ricord, famille de Grasse, 348. 

RicoRD le conventionnel, 177 à 195, 
210 à 227. 243,244. 

RiJOUARD, évoque constitutionnel du 
Var, 76, 98. 

RiouFFE, famille de Cannes, 9, 155. 

Ritter, conventionnel, 255. 



496 



TABLB OENERAUB 



Rivas, lieutenant-coloael d'étatma- 
jor, 112. 

Rivière (marquis de la), lieutenant-gé- 
néral, 349. 

RoBËSPiERRB, le jeune, à Nice, 177 à 
185, 195. 210 à 227, 234 à254. Les 
deux Robi»spierro naquirent à Arras. 
Ils étaient tiis d'un avucat, et fi.ent 
leurs éiudt*8àLi<)uis-le-Gr.ifid, Robes- 
pierre l'aîné, noDimé aux États-géné- 
raux, suivit ensuite toutes les phases 
do la g.ande Révolution. Il lit nom- 
mer son frère à la Convention. Tous 
deux votèrent la mort de Louis X Vl. 
tous deux périrent sur l'échafaud, 26 
juillet 1794. 

RocGATi, ofûcier piémonlais, 126. 

RocHAMDEAU, comte d » Vimeur, général, 
naquit en 1775 à Vt»ndôme. Son père 
en était gouverneur avec le titre de 
lieutenant des muréchaux de France. 
Il prit part à la guerre (rAmérique à 
la tète d'un corps de 6,000 hommes. 
De retour en France, il accepta le 
commandement de l'armée du Nord 
en 1791. Ilt'ut emprisonné en 179) et 
ne dut son silut qu'à la chute de Ro- 
bespie.re. Son fils le suivit en Amé- 
rique. Il se trouva avec Suchet au 
combat de Saiiit*Liureat-du-Var. Il 
mourut à Leipsick. le 19 octobre 
1813. - 161. 305 à 312. 

RoMKY, maire de Nice. 322. 

RoQLE ((Jomte de la;. \o\r La. 

RoQUEniLi.ÈRK, commune de l'arrondis- 
sement de Nice, canton de Saint- 
Martin-Lantosque, 126. 

RoQUESPvnviÈRE , hameau de Duranus, 
263, 280. 

Ro^uKSTKRON, commune de l'arrondisse- 
ment de Puget-ïhéuiers, chef-lieu de 
canton, 187. 

Roquette.— V^oir La. 

RoQUETTE-S[\riNK, comniune de l'arron- 
dissement de Grasse, canton de Can- 
nes, 64. 

Rosiers et Rosières.— Voir Les. 

RossY, ffénéral français, 151, 152. 

Rossi, vicaire général de Nice, 318. 

RosTAN, famille de Vence, 5. 

RosTAN Christophe, chanoi nede Vence,5. 

RouBAri). famille deG;asseJl), 143.230. 

Rounio-N (Cuissot ti de), famille du Comté 
de Nice. 118, 330. 

Rouret (Du).— Voir Geoffroy. 

RoL'STAX, famille de Grasse, 8. 

RousTA-N',chauoine-ihéologaldeGrasse,7. 



RuscA, général français, né à Dolcé- 
acqua; Toselly dit qu'il naquit à Brigi, 
209 à 234, 27*5, 327 à 333. 

S 

Sacre de l'Empereur, 324. 

Saint-Aoapitb, oflicier piémonlais, 194. 

Saint-Amour, gouverneur de Saorse. 
125, 234 à 243. 

Saint-André (Comte de) Thaon. Il, 114 
à 122. 127 à 133, 150, 165, 181, 193, 
426. 

Saint- A.NT01 NE (sieurs de) ofliciers pîé- 
moutais, 182, 195. 

Saint-Blaiss. commune de Tarrondis- 
sementdeNice.canton de Leveus,t34 

Saixt-Gésairb, commune de l'amnidis- 
sement de Grasse, ciotoa de Saint- 
Vallier. 291. 

Saint-Etienne, commmune de l'arron- 
dissement de Puget Théniers. chef- 
lieu de canton, sur la Tinée, 195. 

Saint-Etienne (Comte de), 176. 

SAiNr-KERRÉOL,comm mdanf de lagarde- 
nationale d'Antibes, V«, 10, 44, 137. 

S.viNT-FLoniGK (Chevalier de Coinin), 
commandant de la placeàAutibes,364. 

Saint-Hilairb, général franç..ais, Comte 
de l'Empire, naquit sous les drapeaux 
à Rihemont (Aisne) en 1746. était 
sous-lieutenant (\ 14 ans dans les hus- 
sards de Biuck. A Castiglione il rei;ul 
le surnom de chevalier sans peur et 
sans reproche. Bimaparto Taimait 
beaucoup. En I79'J il eut le cominan- 
denieat de la 8® division militaire. 11 
s'illustra à .\ustejlitz. à léna.à E>lau. 
Blessé à Esslincj, il mourut à Vienne 
en 180.1 (.ii m J).— 10 1, 234, 229,269, 
274, 308. 

Saint-Isidore, région de Nice, rive gau- 
che du Var, lu5, ICI, 3o7. 

Saint-Jean de Belvédère, redoute, 169. 

Sai.nt-Jea.nnet, commune d»» l'arroudis- 
seinent de Grasse, canton de Vence 36. 

Svint-Jl'lien cmipde Roquehi Mère, 153. 

Saint-Laurent-du-Var , coniiuune de 
l'arrondissement de Grasse, canton do 
Vence, sur la rive droite du Var, IU5. 
101, 307. 

Saint-Martin-Lantosque. commune de 
l'arrondissement de Nice, chef-lieu de 
canton. 261, 2SI. 

SviNT-MAnTiN-nu-VAR, commune de l'ar- 
rondissemenl. canton de Le «eus, 1.4, 

Salnt-Paui.-di'-Var, commune de l'ar- 



TABLE GENERALE 



497 



rondissement de Grasse, canton de 
Vence, 6, 57, 82, 83. 

SAiNT-PiERRË^commune du département 
des Basses-Alpes, 139. 

Saint-Sauveur, ae la Tiuée, commune 
de l'arrondissement de Puget-Thé- 
niers, chef-lieu de canton, 182. 

Saint-Sauveur de la Bollène, redoute, 
180, 181. 

Saint- Vallier, commune de l'arrondis- 
sement de Grasse, chef-lieu de can- 
ton, 68, 312. 

Sainte -Anne, col des Alpes -Maritimes, 
259, 263. 

Sante-Hélène, quartier de Nice, 307. 

Sainte-Marguerite, la grande île de Lé- 
rins, avec son fort, 137, 138. 165. 

Sainte-Marquërite, frères, capitaine ni- 
çois, 187. 188. 

Sainval (M"«»), nées à Roquefort, 6. 

Saissy. sieur de Séranon, 8, 119. 

Salaoriffon, commune de l'arrondis- 
sement de Grasse, canton de Saint- 
Auban, 144. 

Salamitr, famille de Gars, 96. 97. 

Salicktti. né à Bastia en 1757, fut 
un conventionnel ardent, .\vocat gé- 
néral en Corse, il fut député aux 
États-généraux en 1789; il vota la 
mort de Louis XVI, échappa au 9 
thermidor, fit partie du conseil des 
Cinq-Cents. Ministre de la police à 
Naptesen 1807, il mourra subitement 
dans cette ville en 1809. - 195, 224, 
234. 234.251, 269. 

Sanglier (Désiré de), major d'Antibes, 
10, 91, 99, 114,145. 156, 179. 

Saoroe, commune de l'arrondissement 
de Nice, canton de Breil, 125, 126, 
234 à 243. 

Sapia, professeur de rhétorique à Nice, 
374. 

Sartou^ ingénieur à Autibes, 10. 

Sassernô (Agathe- Sophie), poète de ta- 
lent, née à Nice en 1814, de Louis 
Sassernô. l'aîné de six frères, colonel 
et aide-de-camp -de Masséna, et de 
Marie-Sibille Chartroux, commença 
très-jeune à cultiver la poésie. Ses 
œuvres reflètent une Ame triste et mé- 
lancolique (1852 à 1856). Sa cantate, 
composée en l'honneur de Charles- 
Albert, en 1847 fut couverte d'applau- 
dissements. On cite encore la Guerre 
saillie (1848). Nos grands poètes lui 
ont adressé des félicitations méri- 
tées. Elle est morte à Nice le 6 juin 



1860. C'est le libraire Charpentier qui 
s'est chargé d'éditer ses œuvres. 

Savornin, famille de Vence, 5. 

Savournin, famille de Vence, 5. 

SAVOuRNiN(Joseph), archidiacre deVence, 
5.319. 

Savournin ( François ) , chanoine de 
Vence, 5. 

Savournin (Jean), maire de Vence, 5, 
18, 19, 33. 

Saut de la République ( territoire de 
Duranus), 263. 

Sauteron, sieur de Séranon, 8. 

Schèrer, général français, né en 1747, 
mort à Chaunv, en 1804 ; sa notice 
page 258, 259. 2iB9, 274 à 280. 

SèBASTiANi. général français, 252. 

Seirol, montagne du territoire de Ro- 
quebillière entre la Vésubie et la Ti- 
née, camp retranché, 168. 

Sêminairb de Vence, 371. 

Serrât, famille d'Antibes, 229. 

Sérurier, général français, comte de 
l'Empire, né à Laon en 1742, d'un of- 
ficier de la maison du roi, était lieu- 
tenant à douze ans. Il fit avec Marbeuf 
l'expédition de Corse en 1768. Il sera 
général de division en 1795. Il était 
en 1814 gouverneur des Invalides. Il 
mourutii Paris le 24 décembre 1829. 
Laon lui a érigé une statue en 1863.— 
114, 161. 165, 169, 185, 234,241,251, 
261, 274, 276. 

Seytre, famille de Grasse. 197. 

SicARD, chanoine de Saint-Paul, 6, 192. 

SiGALB. commune de l'arrondissement 
de Puget-Théniers, canton de Roques- 
té ron, 195. 

SiRAS, général français, 313. 

Sliwarick. général autrichien, 319,352. 

SoLA (Jean-Pierre), évoque de Nice, 374. 

SoLioNAG (de), général français. 305à 314. 

Sospel, commune de l'arrondissement 
de Nice, chef-lieu de canton, 125, 129. 
133, 150, 274. 

Souquet, colonel d'artillerie à (knnes, 9. 

Souzzo (prince), 415. 

Strasoluo, général autrichien, 150 à 160, 
180. 182. 

SucHR, famille de Vence, 5. 

SucHE, prévôt du chapitre de Vence, 5. 

SucHBT, général français, duc d'Albu- 
fera, maréchal de France, né à Lyon 
en 1770, s'enrôla comme volontaire 
en 1702. fut élu chef du 4* bataillon 
de l'Ardècbe, combattit au siège de 
Toulon, se distingua à Loano, fit par- 

32 



198 



TABLE GENERALE 



tie 6û Italie de la division Masséna. 
11 s'illustra enfin sur tous les champs 
de bataille. Il est mort à Marseille, le 
3 janvier 1826. — 304 à 315. 



TALLBYRilMO, 300. 

TÀULANB(de llsie), 7. 

Teller, général autrichien, 165. 

Terres-Rouoes de Belvédère, 181. 

Terreur (la), 165, 222, 223. 

Testoris, major piémontais, 184. 

Tête DE Pins, 180, 181. 

Tête des Rosiers, 152. 

Tnéxs, famille de Grasse, seigneurd' An- 
don et de Gars, 8, 9. 97, 202. 

TiRANTY, conventionnel, de Nice, famille 
originaire de Lf'vens, 142, 230. 

ToRiNi, chanoine de Nice, 12. 

ToRRBiLLE d'Antibes, 155. 

Toulon (siège), 104, 215. 

Tour de rôle, 10. 

TouRRETTE-Levens, commune de Tar- 
rondissemeut de Nice, canton de Le- 
vons, 131. 

TouRRETTB- Venge, commune de Tarron- 
diss.-de Grasse, canton du Bar, 180. 

TouRRB, famille d'Autibes, maire d'An- 
tibes, 10, 343, 374. 

Thâbaud, ofQcier du Comté de Nice, 
129, 133, 150, 151. 

Travaux publics, 371, 392. 

Trimênil, mont du territoire de Belvé- 
dère, 163. 

Trinquiéri (comte) de Venanson, 11, 
102. 182. 

Trinquiéri, chanoine de Nice, 12, 102, 
319. 

Truouet, amiral, né à Toulon en 1752, 
d'un chef d'escadre, gouverneur du 
port de Toulon, il entra dans la ma- 
rine à l'ilge do 12 ans, se sip;nala dans 
Texpédition de Corse, suivit d'Ësting, 
Tamiral de Grasse, de Guichen et ne 
Vaudreuil. Il fut chef d'escadre en 
1792 et quelque temps après contre- 
amiral. Lié avec Barras, il dirigea le 
ministère de la marine. En 1807 il 
était préfet-Maritime de Rochefort. 
Pair do France sous Louis XVIII, il 
fut élevé au grade d'amiral par Louis- 
Philippe en 1831 . Il est mort à Paris 
en 1839, et il a son tombeau au Père- 
Lachaise, 114, 117, 121, 131. 

TuEGH, mont et redoute du territoire de 
la Bollène, 166, 167, 179, 181. 

TuRRAU, conventionnel, 255. 



Ulm, général autrichien, 313. 
Utelle, commune de rarrondissement 

de Nice, chef-lieu de canton, 179,191 

212, 311,313. 



Yagca, colonel piémontais, 188. 
Vachot, générai français, 249. 
Vacquier, famille de Vence, 5. 
Yallauris, commune de rarroadiiiê- 
ment de Grasse, canton d'Antib68,5S, 

68, 137. 
Valperoa (de;, évéque de Nice, 11,102, 

119. 
Vanoly, terroriste de Vence, 219, 227. 
Vantrin, famille d'Antibes, 323, 371. 
Vassau de Sainte-Marguerite (voir 8t6- 

Marguerite.) 
Veillon de Nice, 121. 
Venanson (comte de), voir Trinquiéri 
Ventabrbn, col du territoire de Sospel, 

167, 168. 
Venge, commune de rarrondisseDientâl 

Grasse, chef-lieu de canton, andeii 

évéché, 4, 14, 20, 29, 34, 45. 48, 53, 

69, 82, 90 à 99, 106, 107, 218 à 247, 
286, 309, 340, 346. 

Vernaghan, chanoine de Vence et wpé- 
rieurdu séminaire, 5. 

ViAL, curé de Vence, 5, 62, 70, 72. 

ViAL, famille d^Antibes, 10, 330, 338. 

ViAL, Honoré, général de division, né à 
Autibes,22 février 1766, entra comme 
volontaire dans l'armée en 1788, loi- 
vit Tarmée des Alpes et obtint le bre- 
vet de général de brigade. Il moonit 
à Leipsick, 13 octobre 1813.— Vul, 
Jacques, baron de l'Empire, aussi gé- 
néral, eut son brevet de général efl 
1813. Il est mort à Antibes le 20 mai 
1855. Il était aussi savant qu'babilf 
guerrier et ami de Lasalle. — Vial, 
Sébastien, général, succomba à Or- 
cano, en 1809, quand il venait d*ètre 
nommé général. Il fut quelque tempe 
aide-de-camp de Gasabianca, pan ' 
d'Honoré Vial. 

ViGosE, général français, 274. 

Victor, général français, duc de Bellooe 
maréchal et pair de France, naquit à 
la Marche (Vosges) en 1764. Son père 
était huissier. Il entra en 1781 comme 
volontaire dans le 4« bataillon d'artil- 
lerie à Grenoble. Il était en 1792 dans 
1 le 3* bataillon de la Drôme, puis dans 



TABLE GENERALE 



499 



le 3« bataillon des Bouches-du-Rbône. 
Avec 600 hommes, il se défendit en 
1793 contre 3,000 piémontais à Goa- 
raze , se trouva sous Lapoype au 
siège de Toulon. Il reçut un sabre 
d'honneur à Marengo, brillai à Téna, 
à Friedland, à Montereau. Il est mort 
le !«' mars 1841, laissant deux fils et 
une fille, 274, 275. 

Victor -Amédée, 124, 149. 

Victor-Emmanuel, 374. 

Vidal, famille de Grasse, à Nice, 122. 

Vidal, d'Antibes, 178. 

Vioan, capitaine piémontais, 150. 

ViONOLLE ( Comte Martin de), général 
français, né près de Montpellier en 
1764, entra en 1780 comme cadet dans 
le régiment de Barrois. Il se distin- 
gua a Tarmée des Alpes. Quoiaue 
blessé à la tète dans le combat de Li- 
nières, au milieu de 200 hommes du 
91* tués ou blessés, il garda ses posi- 
tions. Il fut nommé chef d'état-major 
au camp de Millefourches en 1794. Il 
suivit Bonaparte en Italie, fut fait gé- 
néral de brigade à Gastiglione. C'est 
lui qui en 1814 ramena les troupes 
franç